Auteur : (Satan Petite) Flore
Disclaimer : Crawford et Schuschu ne sont pas nés de mon esprit, même si j'aimerais bien ^^;
Petite note de l'auteur : Et oui, ce couple est encore et toujours un de mes favoris, et je ne me lasse pas d'écrire sur eux, en fait. Pour la première fois j'imagine une première rencontre entre les deux et tout le développement de leur relation... Sinon, je contredis peut-être beaucoup de sources originales sur Rosenkreuz et tout ça (mais qui en a vraiment quelque chose à faire ?) et ne me souvenant absolument plus de la différence d'âge entre Schu et Bradinou, je l'ai fixée à 4 ans. (C'est pas comme si ça changeait quoi que ce soit de ma fic, mais au cas où je me sois gourrée, je préviens.) Sinon, vous n'avez pas besoin de me tomber dessus en disant "Schuldig est totalement OOC au début", c'est voulu et normalement ça devrait changer ^^;;; Voilà, je crois que j'ai fait toutes mes mises en garde ^^;
Dédicace : Pour Diane, vu que c'est la seule vraie supportatrice de ce couple que je fréquente... ^o^


- Vous venez pour moi.

Pas une question, une affirmation.

- Oui.

La voix était accentuée.
Normal, le jeune homme n'était pas allemand.
Il était américain.
Avec un nom américain.

- Bradley... Crawford ?
- C'est ça.

Voyant dans l'esprit de l'homme en question qu'il comprenait l'allemand, il se décida à continuer dans cette même langue, faisant tout de même l'effort d'articuler mieux.

- Je... suis fatigué. Vous pourriez me 'dire' pourquoi vous êtes là, je n'ai plus la force d'aller chercher la raison dans votre esprit.
- Comme tu l'as dit juste avant... je viens pour toi.

Lisant dans l'esprit de Crawford qu'il ne lui voulait pas de mal, il se laissa reposer à terre et sans vraiment le vouloir, ferma les yeux.

____________________

- Tu es réveillé ?

Une pièce claire.
Le bruit des oiseaux qui chantent au-dehors.
Accompagné dans sa tête du murmure sourd et presque inaudible des pensées de l'Américain dans sa tête.
C'était fatigant d'avoir un sens de plus que la moyenne.
Pratique, mais fatigant.
Mais, des fois, les pensées des gens étaient agréables.
La plupart du temps, il avait la même réaction lorsqu'il passait à côté d'un marteau-piqueur bruyant que quand il se retrouvait au milieu d'une foule de personnes aux pensées diverses.
Mais comme le chant des oiseaux est agréable, le 'bruit' des pensées de certaines personnes était plaisant.
C'était le cas du jeune homme qui s'asseyait sur le coin de son lit.
D'ailleurs, en plus d'avoir des pensées calmes, il était bien fait de sa personne et sa voix était posée.
Il était... reposant.

- Oui.

Le flot des pensées de Crawford était tellement agréable sans s'y immiscer qu'il ne pensa même pas à y chercher où il se trouvait.

- Tu as faim ?
- Oui.

Crawford se releva du lit et alla jusqu'à une table avoisinante d'où il ramena un plateau.

- Voilà ton petit-déjeuner. Tu veux bien répondre à mes questions ?

Il fit un signe de la tête.

- Tu t'appelles comment ?
- J'ai oublié.
- Comment peut-on oublier son nom ?
- Vous... êtes au courant que je suis spécial. J'entends les pensées des autres. Un jour où ça allait mal, je confondais tout, et... à la fin de ma journée... j'étais incapable de différencier quel était mon nom de celui des personnes dont je lisais les esprits.
- Hmmm...
- Les gens qui me connaissent m'appellent Schuldig. Ce n'est pas un nom très agréable à porter mais on s'y fait.
- Ton âge ?
- 15 ans.
- Tes parents ?
- Je ne sais pas si j'en ai. Ca date du jour où j'ai... tout confondu. Je vis seul.
- Tant mieux.

Un silence.

- Vous allez m'emmener...?
- Oui. Dans une... hmm... école où on développera ton talent de télépathe.
- Je ne sais pas si j'ai envie de le voir développer, vous savez. Dès que je suis en présence de plus de trois personnes, c'est épuisant.
- C'est justement le genre de choses qu'on t'apprendra à éviter.

Un autre silence.

- Pourquoi vous faites ça ?
- Parce qu'entraîné, un télépathe est bien plus utile.
- Comment vous avez su ?
- Je suis... spécial, moi aussi. Mais pas de la même façon. Je ne suis pas un télépathe. Mais j'ai appris à ressentir -et empêcher- les intrusions mentales.
- Vous voulez dire... que je ne peux pas lire votre esprit ?
- Si je me concentre, oui.

Comme pour démontrer ce qu'il venait de dire, Crawford prit une brève inspiration et s'attela à la tâche de construire des boucliers mentaux.
Il était très bon à cet exercice mais n'aimait pas s'y adonner.
Schuldig sentit peu à peu le flot des pensées de Crawford s'estomper.
Ca... ne lui avait jamais fait ça auparavant. Etonné, il essaya d'intégrer l'esprit de l'Américain, sans réussite.

- Comment vous faites ça ?
- Ce n'est que de l'entraînement.

Crawford relâcha ses barrières mentales puis s'écarta du lit.

- Mange, maintenant.

Schuldig se contenta d'obéir, trouvant que la nourriture était assez à son goût pour ne pas rechigner.
Durant son petit-déjeuner, il étudia un peu plus profondément la pièce. Il supposait qu'il s'agissait d'une suite louée dans un hôtel... vu la décoration, que l'autre homme n'était pas Allemand et que le plateau qu'il avait devant lui faisait très room-service.

- Je dois faire quelque chose de particulier pour intégerer cette école ? Je n'ai... je n'ai pas vraiment d'argent, vous savez.
- Ce n'est pas un problème. J'en ai.

Schuldig préféra ne pas questionner plus l'Américain et finit calmement son petit-déjeuner.

_____________________

- Comment je dois vous appeler ?
- Crawford.
- Vous m'en voudrez si je lis vos pensées ?
- Non. Je n'ai rien à te cacher pour l'instant.

/Pour l'instant ?/
/Tu es capable de mener une conversation télépathique ?/

- Vous m'entendez ? Vous m'avez menti lorsque vous avez dit ne pas être télépathe.
- Je n'ai pas menti. C'est toi qui est capable de projeter tes pensées dans l'esprit des autres. A mon avis tu n'es pas encore capable de le faire avec quelqu'un qui n'a pas conscience de ses possibilités mentales.
- En d'autres termes, quand je rentre dans votre esprit, je ne suis pas discret.

Crawford fit un petit sourire.

- On peut dire ça comme ça.

Schuldig se tut un instant, contemplant sa silhouette dans les habits les plus chers qu'il ait jamais dû porter.
Crawford l'avait recueilli, logé, nourri, habillé... et il comptait l'envoyer à l'école. Un sacré tuteur qu'il s'était trouvé là.

- Vous savez... c'est bizarre de rencontrer quelqu'un qui comprend ce que je suis.

N'ayant pas de réponse de l'Américain, Schuldig continua.

- Pourquoi vous faites ça ?

Quelque part au fond de la pensée de Crawford, Schuldig crut entendre "parce que j'aurais aimé qu'on le fasse pour moi", mais ce ne fut pas la réponse qui sortit de la bouche de l'Américain.

- Parce que tu me serviras. Je comptais t'expliquer ça plus tard, mais autant que je te mette de suite au courant. L'organisme dans lequel je compte te faire entrer se nomme Rosenkreuz. Comme je te l'ai dit, c'est une sorte d'école où les personnes possédant des pouvoirs paranormaux peuvent apprendre à les développer. A ma connaissance c'est la seule qui existe.
- Vous y étiez ?

Crawford inclina la tête en signe d'acquiescement.

- Il y a deux façons d'y entrer. Soit on a un parrain, soit on est recruté par un membre de l'école. Ils ont toute une équipe qui, à l'aide de leurs pouvoirs, décèle les gens comme toi. Dans le deuxième cas, les "étudiants" ne payent pas leurs études mais sont tenus d'exécuter des travaux pendant un certain nombre d'années pour l'institution, ou de racheter leur "liberté". C'est mon cas. D'ici quatre ans, je serais libre de continuer de travailler pour eux ou de me mettre à mon propre compte et de vivre la vie que je souhaite...
- Et pour les gens qui ont un parrain ? Comme je suppose que vous allez être le mien...
- Le parrain paye les études et ensuite l'élève est tenu par le même contrat de servir son parrain pendant cinq années.
- Je vois...

Schuldig réfléchit un instant.

- Suis-je libre de refuser votre proposition ?
- Oui. Mais prends le temps d'y réfléchir.
- ... Je peux vous poser encore quelques questions ?
- Autant que tu le jugeras nécessaire.
- Quel est votre pouvoir ?
- Je suis un oracle. Je peux voir l'avenir. Et la réponse à ta prochaine question est "tueur professionnel". Bien entendu je ne fais pas que ça mais c'est une de mes activités principales.

Le télépathe resta interloqué une seconde.

- Vous pouvez tout savoir à l'avance ?
- Plus ou moins. Tout ce qui me touche et qui arrivera dans les deux minutes sans aucun problème. J'ai besoin de plus de concentration pour prévoir à plus long terme ou pour quelqu'un d'autre.
- Wow. Ca doit être pratique.
- Disons que je ne sais pas vraiment ce que c'est de vivre sans...
- ... Et si je dis oui, à quoi est-ce que vous m'employerez pendant cinq ans ?

Crawford remonta ses lunettes sur son nez avant de plonger son regard dans celui de Schuldig.

- Les télépathes piussants sont rares. A mon avis tu as les capacités pour être un jour capable de sortir n'importe quoi de la tête de presque n'importe qui. C'est à ça que je t'employerai principalement, je pense. Les séances de torture prennent du temps et de l'argent. Un télépathe est bien plus utile.

Schuldig fit un petit sourire.

- Mais à ce que j'ai cru comprendre, un télépathe coûte cher aussi... et pour seulement cinq ans...
- Les télépathes ne durent jamais longtemps, de toute façon, sans vouloir te faire peur.
- Je n'ai pas peur de grand chose, vous savez. Pourquoi vous dites ça ?
- La force qu'ils ont à leur disposition est souvent trop importante. Les plus puissants sont capables d'acquérir des abilités rien qu'en volant des pensées. Comme parler une autre langue, être bon aux échecs ou n'importe quelle activité mentale. Seulement le cerveau humain à ses limites et beaucoup de télépathes ne le ménagent pas assez.
- Si vous le dites...
- J'ai quant à moi une dernière question à te poser... As-tu déjà tué quelqu'un ?
- Oui.

Crawford hocha faiblement de la tête, montrant que c'était la réponse qu'il espérait.

- Tu as trois jours pour réfléchir, je te donnerai toutes les précisions que tu souhaites. En attendant, tu peux utiliser cette chambre comme bon te semble.

Crawford sortit et Schuldig se rassit sur le lit, enviant le jeune homme qui venait de sortir de connaître son avenir.

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Crawford ne croyait pas vraiment à la chance.
Surtout quand il était si facile de changer la destinée.
Le futur n'était jamais décidé. Lui pouvait le changer comme il le souhaitait.
Mais certains événements arrivaient toujours, quoi qu'il fasse, et d'autres avaient lieu sans qu'il ne les voit arriver.
Sa rencontre avec Schuldig faisait partie de ces derniers.

Il n'avait pas prévu de trouver un télépathe lors de cette mission en Allemagne.
Mais il aurait été bête de laisser tomber cette opportunité.

L'adolescent lui semblait pour le moins instable, même si particulièrement calme.
Il avait tout écouté sans broncher, sans peur, sans même trop de surprise.
Il pensait que la mention de son métier effrayerait le garçon qui lui avait tout d'abord semblé faible... mais apparemment non.

Il avait du mal à appréhender le caractère du jeune homme. D'un côté, il semblait incapable de faire du mal, mais d'un autre... il ne doutait même pas de la véracité de la dernière affirmation du télépathe. Oui, il avait sûrement déjà tué quelqu'un. Sans aucun entraînement, sans aucune formation préalable, il avait tué quelqu'un sans être dérangé par les pensées d'un homme qui meurt.
Nombre télépathes étaient morts pour moins que ça. Et Crawford savait pertinnement qu'il était tombé sur une perle rare.

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- Schuldig ?

Le jeune homme détourna la tête de la fenêtre de sa chambre, arrêtant là sa contemplation du ciel pluvieux, et fixa son regard sur Crawford.

- Je serai sorti ce soir. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux commander ce que tu veux au room-service, je payerai.

Le télépathe hocha lentement la tête alors que Crawford réajustait les manches de son costume.
Une voix calme et posée lui fit relever la tête.

- Vous allez tuer quelqu'un ce soir ?
- Sûrement, oui.
- Vous n'avez pas pris la peine de vérifier dans le futur ?

Crawford fit un petit sourire.

- Non. Ca n'en vaut pas la peine pour l'instant.

Schuldig se retourna vers la fenêtre et Crawford déduisit que la conversation était finie.
Il allait sortir quand à nouveau cette voix calme et presque douce, malgré la langue dans laquelle elle s'exprimait, se fit entendre.

- Quel âge avez-vous ?
- 19 ans.
- Je savais quelque part... que vous étiez plus jeune que vous en aviez l'air.

Crawford ne répondit pas et quitta la pièce.

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Une forme était assise à l'entrée de la suite quand il ouvrit la porte.
Apparemment, Schuldig avait décidé de passer la nuit ailleurs que dans sa chambre...
Crawford rangea ses clefs dans sa poche, remonta ses lunettes sur son nez et se rapprocha de Schuldig.

Cela faisait plusieurs fois que le jeune Allemand... le surprenait.
Il avait beau ne pas être toujours plongé dans le flot de l'avenir, la plupart du temps, Crawford savait ce qui allait se passer.
Avec ce garçon, il avait l'impression de... d'être quelqu'un de normal.
Il ne s'était pas attendu à le trouver, il ne s'était pas attendu à une de ses questions. Et maintenant, il le trouvait là, sans même l'avoir su auparavant.

- Schuldig...

Il approcha doucement sa main de l'épaule du télépathe, voyant qu'un réveil trop brusque lui vaudrait une giffle qui ferait voler ses lunettes.

- Hmmmmmmmmmmmmmmmmm.....
- A mon avis tu t'es trompé d'endroit pour dormir.
- Je vous attendais.

Crawford émit un petit soupir.

- Et ça ne pouvait pas attendre demain matin ?
- Non.

Crawford se redressa et tendit sa main au jeune homme pour l'aider à se lever.
Schuldig l'attrapa et la serra légèrement une fois qu'il fut redressé.
Encore une fois, le jeune télépathe étonnait Crawford d'une de ses actions.

Les deux se dirigèrent jusqu'à la chambre de Schuldig et alors que le télépathe s'asseyait sur le lit, Crawford resta dans l'entrée, appuyé contre l'encadrure de la porte.

- Pourquoi m'attendais-tu ?
- Vous avez tué quelqu'un ?
- Oui.
- Ca vous gêne si je viens voir... ce que ça fait ?
- Je croyais que tu avais déjà tué quelqu'un.
- J'étais complètement saoûl, mes pouvoirs sont atténués dans ces cas-là.
- Hmm, je vois. Et moi qui pensais que tu étais exceptionnel... Les télépathes ont souvent du mal à supporter les pensées des personnes mourrantes sans formation.
- Désolé de vous décevoir. Alors... vous acceptez ?
- Comme tu voudras.

Crawford s'assit à une chaise et tâcha de repenser à sa soirée.
Aux trois personnes qu'il avait tuées.
Il sentit l'intrusion de l'esprit de Schuldig dans le sien... Mais ça se limitait à celà. Le télépathe ne partageait pas son esprit comme lui et Crawford ne pouvait rien savoir de ce que pensait le jeune homme.
Tout revint soudainement à la normale et Crawford entendit Schuldig se recroqueviller sur son lit.
Il se releva et s'approcha du jeune homme.

- Tu vas bien ?
- Je crois...

Schuldig se retourna vers Crawford alors que ce dernier s'asseyait à côté de lui sur le lit.

- Je pense que j'ai vu... plus que je n'aurais dû voir...

Le télépathe se redressa et s'assit face à Crawford.
Une de ses mains vint se poser sur la joue de l'Américain alors que son esprit pénétrait à nouveau le sien.

- Vous avez tellement souffert.

Crawford resta interloqué une seconde avant d'entendre les pensées de Schuldig directement dans son esprit.

/Non, pas ce soir. ... Avant./

Plus par réflexe qu'autre chose, Crawford leva des boucliers mentaux, ne pensant pas que Schuldig serait allé explorer autre chose que sa soirée.
Le télépathe retomba lourdement sur le lit, comme si Crawford l'avait frappé physiquement.

- Ca va ?
- Je ne pensais pas que ça faisait mal, vos boucliers mentaux...
- C'est parce que tu étais d'ores-et-déjà dans mon esprit.
- Je croyais... que vous n'aviez rien à cacher.
- C'était un réflexe. Je n'ai rien à te cacher.

Crawford relâcha ses boucliers.

- Vous êtes pardonné. Mais vous serez encore plus pardonné si vous me trouvez de l'aspirine.
- Ils devraient avoir ça à la réception.

Crawford voulut se lever mais s'arrêta quand il sentit une main attrapant sa manche.

- Alors n'y allez pas. Vos pensées sont apaisantes, je préfère que vous restiez près. Vous ferez office d'aspirine.

Crawford ne bougea plus, attendant que le télépathe relâche sa manche, ce qui ne tarda pas à arriver.

- Je ne veux pas vous retenir plus longtemps.

Crawford se leva, bizarrement moins soulagé qu'il ne l'aurait cru de pouvoir quitter son nouveau protégé.

- Bonne nuit.

Il éteignit la lumière et quitta la pièce, se dirigeant vers sa propre chambre.

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La porte s'ouvrit, déversant un flot de lumière dans la chambre de Crawford.
L'Américain attrapa ses lunettes et son pistolet, conscient qu'il ne pouvait s'agir que de Schuldig vu la sécurité qu'il avait installé à l'entrée de la suite, mais voulant tout de même être prudent.

- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne voulais pas vous réveiller...

Crawford cligna des yeux une ou deux fois pour se réhabituer à la lumière.
Schuldig semblait gêné, dans l'encadrure de la porte, ne sachant pas trop comment expliquer sa présence.
Crawford s'assit au bord de son lit, réposa son pistolet sur la table de nuit et se dirigea vers le télépathe.

- Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je n'arrivais pas à dormir... Et j'entendais vos rêves... de loin. Je voulais... mieux entendre.

/Je sais que vous ne comprenez pas, mais... laissez-moi vous expliquer./

- C'était... comme une musique au loin. Qu'on n'entend pas vraiment, mais qu'on trouve jolie, alors on veut se rapprocher de la source.
- Je comprends.
- Je ne peux pas intégrer les rêves, je ne sais pas ce qui s'y passe. Ce ne sont que des flots de pensées totalement inintelligibles pour moi, mais les vôtres sont... particulièrement plaisants.

Crawford passa une main dans ses cheveux, tachant d'écarter les mèches qui retombaient sur ses yeux l'empêchant de mieux fixer le télépathe.

- Je ne pensais pas qu'en me rapprochant... j'arrêterais la musique.

Schuldig lui faisait un petit sourire.
Il ne lui avait pas encore souri, il lui semblait.
Le peu d'expressions qu'il avait vues dans le jeune homme se concentraient dans son regard.

- Ce n'est pas grave. Tu peux retourner te coucher.

Crawford retourna vers son lit mais se rendit compte que Schuldig n'avait apparemment pas l'intention de quitter la porte.

- Je peux rester... au moins un peu ?

Crawford poussa un soupir.

- Si tu y tiens. Mais tu ne dormiras pas ici.

Schuldig acquiesça vivement de la tête avant de fermer la porte derrière lui et de s'approcher du lit.
Crawford s'assit à la place où il dormait, reposant son dos contre le sommier de son lit, alors que le télépathe prenait place de l'autre côté, un sourire toujours aux lèvres.

- Tu veux parler ou je peux lire ?
- Faites ce que vous voulez. De toute façon, plus vous ferez quelque chose qui vous plaît plus vos pensées seront plaisantes...

Crawford attrapa un livre et tâcha de se concentrer dessus malgré l'heure tardive et le jeune homme qui en plus de le fixer, s'immisçait dans son cerveau.
Il avait pris beaucoup de retard dernièrement, et prendrait sûrement des vacances histoire de pouvoir étudier un peu plus. Il devrait trouver un précepteur pour certaines matières, et il pensait à commencer de nouvelles langues.
Relisant les lignes de son manuel d'allemand, il réalisait qu'il n'avait plus vraiment besoin d'apprendre la langue. Il en était de même de son français et de son espagnol. Après... il ferait sûrement de l'italien, du russe, et peut-être du chinois, ou du japonais. Il apprenait très vite. Autant en profiter.
Mais ce soir, ou plutôt cette nuit, Crawford n'était pas particulièrement d'humeur à étudier. Le jeune homme à côté de lui le destabilisait un peu. Il n'était pas habitué à avoir quelqu'un à côté de lui. Quelqu'un qu'il ne cernait pas vraiment, qui plus est.
Pour la première fois, Crawford se demanda ce que Schuldig pouvait penser de lui, ce qu'il avait ressenti depuis qu'il vivait dans cette suite, ce qu'il pensait de cette proposition d'avenir qu'il lui avait faite.

/Je suis bien avec vous. Je crois que je vais accepter votre proposition./

Crawford tourna le regard vers le télépathe assis à côté de lui et ferma son livre.

- Inutile de faire semblant.

Le télépathe lui sourit une nouvelle fois.

- Tu comptes vraiment accepter.
- Oui... si je peux rester avec vous.
- Pas pendant tes années d'études, mais je viendrai te voir si tu veux.
- J'aimerais bien.
- Pourquoi... Pourquoi tu apprécies ma présence ?
- Le calme. Même vos pensées les plus violentes sont calmes et réféchies. Vous n'avez pas haussé la voix une seule fois. Et vos rêves... J'aimerais partager vos rêves...

Schuldig regardait Crawford de ses grands yeux d'émeraude, semblant chercher encore autre chose derrière le regard impassible de l'oracle.

- Je suis content que tu acceptes, en tout cas. Que dis-tu d'aller te coucher ?

Cette fois-ci, Crawford ne fut pas surpris par le prochain geste de Schuldig : il avait sondé le futur depuis le début de cette conversation.
Mais pourtant il ne bougea pas quand les lèvres de Schuldig vinrent se poser sur les siennes et que sa main entra en contact avec son torse.

- Vous tenez à ce que j'aille dormir à côté ?
- Oui. Tu ne m'intéresses pas. Enfin, pas dans ce sens-là.
- Pourtant j'ai cru voir que je ne vous laissais pas indifférent.
- Non, mais ce n'est pas une raison. Et ce serait une erreur. Ne vois pas ça comme quelque chose d'insultant, mais en plus du fait que tu sois encore trop jeune, ce ne serait pas intelligent d'entamer quoi que ce soit à ce niveau de nos relations. Et je pense qu'une folle nuit de passion ne fera que créer des tensions entre nous par la suite. Or je te rappelle que je compte faire de toi mon futur collègue.
- Ca rend les choses tout de suite moins romantiques...
- Désolé.
- Ce n'est pas grave. Je tentais juste ma chance. Vous êtes très beau, vous savez. Si je voulais rester tout à l'heure, c'est parce que je vous trouvais particulièrement attirant en caleçon, en fait.
- La prochaine fois, je mettrai un pyjama.
- Ce serait dommage de cacher un si joli corps pour moi.

Schuldig sourit tout en se relevant du lit et en recoiffant ses cheveux en arrière, avant d'étouffer un baillement derrière sa main.

- Bonne nuit, Crawford.
- A demain.

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Le bruit d'une porte lourde qui se refermait le réveilla.
La fenêtre de sa chambre était grande ouverte et l'établissement se faisait livrer tôt ce matin. Pas étonnant que ça le réveille.

D'un pas chancelant, il se dirigea jusqu'à la fenêtre, avec la ferme envie d'observer ce qui se passait en bas, même si cela n'avait que peu d'intérêt.

Aujourd'hui encore, il resterait dans sa chambre.
Il n'aimait pas vraiment l'établissement, mais il aimait bien sa chambre.
Et il y passait tous ses jours de congés.
On était samedi. L'"école" n'était pas plus morte ces jours-là, la grande majorité des élèves y restant malgré l'absence de cours.

Mais à part pour la livraison du matin, le samedi était un jour de mortel ennui.

Schuldig entendit le livreur jurer et reconcentra son attention sur l'entrée du bâtiment.
Une belle voiture noire passait le portail.
Elle ressemblait à celle de Crawford.
Crawford.
Est-ce qu'il le reverrait avant d'avoir fini ses études ici ?
Il avait envie de le revoir.
Ici, les pensées des gens étaient dures et froides.
Il était bon, et les professeurs envisageaient déjà de le changer de classe mais... il n'était pas apprécié. Il n'avait envie de parler à aucun élève. En fait tout le monde l'indifférait plus ou moins.

La voiture s'était garée dans le parking prévu à cet effet et Schuldig eut le souffle coupé en voyant la silhouette élancé aux courts cheveux noirs qui en sortait.
La voiture ne faisait pas que 'ressembler' à celle de Crawford. C'était celle de Crawford.

/Bonjour/
/Tu me sens arriver, maintenant ?/

Schuldig esquissa un sourire qu'il savait que Crawford ne pouvait voir.

/Non, je te vois arriver. J'étais à la fenêtre./

Il vit Crawford lever les yeux vers la bâtisse et fit un mouvement de la main pour que son parrain le remarque.

/Tu es venu me voir ?/
/Entre autres, oui. Je passerai dans ta chambre d'ici deux heures, sois-y./
/A vos ordres, mon capitaine./

Deux heures ?
Mais qu'est-ce qui allait retenir Crawford pendant deux heures alors qu'il pouvait venir le voir tout de suite ?
Schuldig regarda la silhouette se rapprocher du bâtiment et s'engouffrer dans l'entrée, puis reporta son regard à la voiture de l'Américain.
Au bout de quelques instants, il alla s'asseoir sur le lit, attendant sagement la visite de son aîné.

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Il sentit le flot familier des pensées de Crawford au moment-même où il entendit ses pas résonner dans le couloir.
Il reconnaissait les deux sans aucune difficulté.
Il ne savait pas vraiment pourquoi, c'était une des rares personnes pour qui il en était capable, malgré le fait qu'il ait très peu fréquenté Crawford.
L'Américain l'avait gardé près de lui le temps de finir sa mission puis directement amené ici. Ils n'avaient passé qu'une semaine ensemble.
Et durant les deux premiers mois qu'il avait passés ici, il n'était pas encore venu lui rendre visite.

La porte s'ouvrit.
Crawford entra, referma doucement la porte et sonda la pièce du regard, redressant un peu ses lunettes sur son nez.

- Tu vas bien ?

Schuldig répondit par un grand sourire.

- Et toi ?

Crawford resta muet une seconde, semblant réfléchir à la réponse qu'il devait donner.

- Comme d'habitude.
- Tu vas bien, d'habitude ?

Un petit sourire apparut sur les lèvres de Crawford.

- Oui. Ne t'inquiète pas. Que donne tes cours ?

Schuldig indiqua l'unique fauteuil de la pièce, une chaise un peu rembourrée, à Crawford, alors qu'il s'asseyait sur le lit.

- On va me changer de classe. Je progresse vite.
- Tant mieux. Je m'en doutais un peu à vrai dire...
- C'est facile quand on connait l'avenir.

Un petit silence prit place.
Schuldig ferma les yeux, se laissant bercé par les pensées de Crawford sans essayer de les lire.

- Tu es à ton aise, ici ? La chambre me semble petite et tu as la seule chambre occupée du couloir. Ils mettent les élèves parraînés à part... Mais je peux faire en sorte que tu te retrouves à un meilleur endroit.
- Je suis bien. Je préfère ne pas avoir de voisin. J'aime bien être seul. Et je peux guetter l'entrée d'ici.
- Si tu le dis. Je n'aimais pas non plus les autres personnes qui étudiaient avec moi, mais je ne voudrais pas que tu sois reclus. Je suis sûr que tu peux trouver au moins une personne que tu supportes, ici.

Schuldig hocha légèrement la tête.
Si Crawford lui disait de se trouver un ami, il le ferait.
Il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose lui disait qu'il fallait toujours écouter quelqu'un qui connaissait le futur.

- Bon, je vais y aller...
- DEJAAA ???

Schuldig s'était levé en quatrième vitesse, prêt à barrer la porte à Crawford.

- Je pensais plus te déranger qu'autre chose.

Schuldig baissa la tête.

- Non, loin de là. Je viens de passer les une minute trente les plus agréables depuis que je suis ici.

Crawford resta debout, semblant réfléchir une seconde.

- Tu veux sortir ?
- Pardon ?
- Aller jusqu'à la ville la plus proche, boire un café, acheter de la lecture et visiter un musée ?
- Tu es sûr d'avoir 19 ans ?
- 20 depuis quelques jours.
- Oh. Joyeux anniversaire, alors. Tu as de drôles de loisirs pour un jeune homme de 20 ans, quand même.
- Tous les jeunes hommes de 20 ans ne sont pas tueurs.
- Hmmm... Et donc tu extériorises tes pulsions en lisant et en regardant des tableaux ?
- Je fais du sport, aussi.
- C'est vrai, quoi ?
- J'étais champion de boxe quand j'étais plus jeune. Et de loin le plus fort de cet établissement quand je le fréquentais.
- Je ne pourrais pas avoir une offre spéciale café/bouquins/salle de sport, alors ?
- Si tu y tiens...

Schuldig attrapa un blouson et suivit Crawford vers l'extérieur, content de quitter l'établissement un temps et impatient de voir son aîné montrer ce dont il était capable.

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A chaque fois qu'il fermait les yeux, chaque fois qu'il cherchait une pensée plaisante pour s'endormir, cette journée lui revenait à l'esprit. Chaque détail, chaque phrase dite ou pensée, tout était resté incrusté dans sa mémoire.
Il avait passé une journée... normale, avec quelqu'un qu'il appréciait et il s'était senti... tout simplement heureux.
Et c'était assez nouveau, assez original pour lui pour que cette journée soit mise à part, pour qu'il se la remémore en quasi-permanence, pour qu'il imagine déjà la suivante, la prochaine fois où Crawford reviendrait.
Crawford.

Schuldig poussa un petit soupir tout en se retournant dans son lit.
Pourquoi cet homme lui faisait cet effet-là ?
Il n'avait rien de particulier.
Enfin, si, tout.
Il n'était ni comme le commun des mortels, ni comme l'élite qui hantait les couloirs de Rosenkreuz.
Il était... différent.

Il ne savait pas s'amuser, c'était certain. Schuldig s'était plu à essayer de faire tomber la façade froide qu'il pensait que Crawford maintenait.
Jusqu'à ce qu'il comprenne que ce n'était pas une façade.
Le jeune homme aimait lire, travailler, et était quelqu'un d'horriblement sérieux de nature, apparemment.
Et à chaque fois que Schuldig l'avait tiré par la manche vers une nouvelle vitrine, un nouveau café, l'Américain avait émis un soupir exaspéré des plus sincères.
Tout en suivant Schuldig.

Peut-être était-ce justement à cause de cette franchise qu'il appréciait particulièrement l'assassin ?
Crawford était au courant qu'il ne servait à rien de lui mentir.
Et il n'aurait de toute façon pas pu lui cacher qu'à plusieurs reprises dans la journée il avait pensé à lui d'une façon plus que... particulière...
Schuldig ressassait les pensées de Crawford, s'imaginant dans les bras de l'Américain, rajoutant quelques-unes de ses fantaisies aux pensées déjà plus qu'impures de Crawford.
Il savait qu'il ne pouvait forcer ce dernier, mais il se demandait si celui-ci se tiendrait à sa première résolution de ne rien "faire" avec le télépathe.

Schuldig poussa un autre soupir...
De toute façon, il était déjà reparti, le laissant seul pour plusieurs mois à nouveau.

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Un professeur lui avait demandé de venir le voir à la fin d'un cours.
Il n'avait pu chercher dans son esprit pourquoi, vu que tous les professeurs de l'établissement levaient des boucliers mentaux surpuissants, mais il se doutait que ce n'était pas pour sauter une nouvelle classe.
Il était un élève doué et calme, et il ne comprenait pas bien ce que lui valait cette convocation.

- Schuldig.

Le télépathe s'arrêta devant le bureau du professeur et leva de grands yeux interrogateurs sur celui qui enseignait le bel art du contrôle d'esprit.

- Ton parrain est à l'hôpital. Pour plusieurs mois. Il nous a chargé de te remettre ça.

Le professeur tendit un fax à Schuldig, 2 pages d'une écriture qui n'était pas celle de Crawford.

- A l'hôpital ? Mais qu'est-ce qui lui est arrivé ?
- Il te dit tout ça dans sa lettre. Maintenant, si tu veux bien m'excuser.

Le professeur contourna son élève et s'engouffra dans l'ouverture de la porte, laissant Schuldig seul, regardant d'un air morose les pages qu'il tenait en main, sûr dès à présent que la visite de Crawford qu'il attendait depuis 7 mois maintenant serait encore retardée.

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Son nez le grattait horriblement.
Malheureusement, aucune de ses deux mains ne pouvait l'aider à assouvrir cette envie démoniaque qu'il avait de vouloir se gratter le nez.
Pourquoi avait-on besoin de se gratter, d'ailleurs ?
Pourquoi était-il réveillé ?
Il aurait été bien mieux endormi pour les 2 mois et demi qu'il aurait encore à passer ici.
Il ne pouvait pas mettre ses lunettes, pas tourner les pages d'un livre, pas manger tout seul. Encore moins se lever, se tourner ou se gratter le nez.
Il était donc condamné à attendre les visites plus qu'espacées des infirmières en contemplant un plafond blanc et flou, ainsi que ses plâtres, tout aussi blancs et flous.
Seuls les rideaux de la chambre le changeaient en étant verts et flous.

Il s'était réveillé à 6 heures.
On l'avait lavé et habillé à 7 heures, puis donné son petit-déjeuner.
Il était à présent 9 heures et demi, et il commençait déjà à ressentir l'ennui profond dans lequel il savait qu'il serait plongé jusqu'au repas de midi.

Crawford poussa un soupir qui mis à mal ses 5 côtes cassées et referma les yeux, se demandant s'il n'avait pas quelque chose à faire.

N'importe quoi, mais quelque chose.

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Keiko venait de rentrer dans la pièce, malgré le fait qu'il était 15h42, heure normale d'ennui pour Crawford jusqu'à environ 17h12 où elle serait passer lui demander s'il avait besoin de quelque chose.
Keiko était l'infirmière de Crawford. La seule de l'hôpital à parler l'anglais. Crawford avait beau avoir précisé qu'il comprenait le japonais, on lui avait assigné une jeune fille qui revenait de ses études aux Etats-Unis et qui était apte à parler anglais avec lui.
Il n'allait quand même pas s'en plaindre.
Par contre il avait de quoi se plaindre de sa non-abilité à l'avoir vue arriver.

- Monsieur Crawford.
- Re-bonjour.

Keiko lui sourit tout en se rapprochant du lit.

- Le garçon témoin de votre accident a souhaité venir vous parler.
- Il est toujours à l'hôpital ?
- Oui, en pédo-psychiatrie. Il n'a pas de famille, il ira à l'orphelinat une fois qu'il sera... plus stable.
- Je vois.
- Vous l'autorisez à venir vous parler ?
- Bien entendu.

L'infirmière se retourna, s'adressant en japonais à un garçon d'environ 8 ans qui poussait timidement la porte.

- Entre, Nagi-chan.

Crawford tenta un sourire pour rassurer l'enfant, mais il n'avait jamais été doué avec les enfants et ses muscles faciaux lui semblaient de toute façon trop faibles pour qu'il puisse faire quoi que ce soit.

Le garçon s'approcha du lit, assez près pour que Crawford puisse distinguer presque nettement son visage.
De grands yeux vides surmontés de mèches éparses et une expression figée.
Pas particulièrement courant pour un enfant.

- Je vous laisse.

Keiko sortit de la pièce, après avoir indiqué à Nagi où il devrait la chercher une fois qu'il aurait fini.

Un silence s'instaura.
Crawford choisit de le rompre de la première façon qui lui venait à l'esprit.

- Bonjour.

Le garçon se contenta de hocher la tête.

- Alors... tu t'appelles Nagi ?
- Naoe Nagi.

Un nouveau silence.

- Tu avais quelque chose à me dire ?
- Oui, je serais venu plus tôt si j'avais su que vous parliez japonais.
- Pas encore très bien.
- Comment vous avez su ?
- Moi aussi, je suis... différent.

L'image d'un jeune homme roux, assis dans un lit d'hôtel, revint à la mémoire de Crawford.
Une deuxième fois, il aurait à tout expliquer.
Mais cette fois-ci, tout ne serait sûrement pas aussi facile.
Il avait d'ailleurs appris en rencontrant Nagi qu'un télékynésiste pouvait s'avérer bien plus dangereux qu'un télépathe.
Maintenant, restait à savoir si l'explication serait plus facile en japonais qu'en allemand.

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Keiko entra, un sourire sur les lèvres et un bouquet d'oeillets à la main.

- On a déposé ça pour vous.
- Merci Keiko.

Keiko remplaça les dernières fleurs du vase de Crawford par les nouvelles, particulièrement heureuse de voir que quelqu'un s'inquiétait pour lui, vu que le jeune homme ne recevait aucune visite si ce n'est celle du petit garçon qui avait vu son accident.

- Je vous lis la lettre ?
- De qui est-elle adressée ?
- Euh... il est marqué "schuldig"...?
- Vous pouvez l'ouvrir.

Keiko s'exécuta et sortit quelques pages écrites d'un trait fin et nerveux.

- C'est de l'allemand, je ne parle pas l'allemand.

Crawford ferma les yeux une seconde.

- Ce serait abuser de votre gentillesse que de vous demander de me redresser, de me mettre mes lunettes et de me tourner les pages ?
- C'est mon métier.

Au bout de quelques minutes, Crawford fut en mesure de lire les nouvelles de Schuldig.

"Crawford.
J'ai dû insister à de nombreuses reprises pour avoir le droit de t'écrire et j'espère que l'on ne m'a pas menti en me disant que tu étais dans un hôpital au Japon. De toute façon, je sais que ma lettre sera lue par de nombreuses personnes avant toi, donc je vais éviter tout passage sur mon apprentissage, même si je suis sûr que tu es impatient de savoir comment se débrouille ton futur associé préféré.
Tout d'abord je vais bien. Les cours se passent bien. Je voulais venir te voir à l'hôpital, mais j'ai besoin de ton autorisation, à la fois pour quitter l'école et pour qu'on me prête l'argent du billet d'avion. Je peux venir ? Je me fais du souci. Ta dernière lettre n'était pas très précise, mais j'espère que tu vas mieux et que je pourrais te revoir sous peu.
Je suis allé voir mon professeur de... communication, il m'a expliqué que si tu étais en état et vu mon niveau, je pourrais peut-être te parler malgré la distance. J'essayerai tous les dimanches à 16 heures, heure japonaise, dès cette semaine. J'espère pouvoir te parler en direct !
A part ça, j'ai fini la moitié des livres que nous avions acheté ensemble et dont tu avais dit que la lecture était indispensable pour avoir un minimum de culture générale. Je n'aime pas particulièrement lire, mais ça me fait penser à toi. Je me demande ce que tu as pensé en lisant tous ces livres, qu'elles ont été tes réactions. En tout cas la prochaine fois on ira dans une vidéothèque histoire que je fasse aussi ta culture générale. (Tu as déjà vu Terminator ?)
J'ai l'impression de n'écrire que des choses niaises et sans importance...Tu n'en as peut-être rien à faire de toutes mes histoires... je dois t'ennuyer. Excuse-moi. J'ai juste... envie de te revoir, Crawford. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'aimerais vraiment. Mais qui c'est, je serais peut-être capable d'entendre à nouvau la mélodie de tes rêves d'ici peu..."

- Keiko ?
- Je tourne la page ?
- Non, je lirai la suite demain, si ça ne vous dérange pas. J'aime économiser les choses que j'apprécie.

Keiko sourit et rangea la lettre dans la table de chevet de Crawford avant de lui retirer ses lunettes et de le rallonger, laissant le jeune homme à nouveau seul.

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Le verre explosa contre le mur.

- C'est moi qui ai fait ça ?
- Oui.
- Et j'ai fait pareil avec vous ?
- Exactement.
- Ca doit faire mal.
- Légèrement.
- Je suis désolé, monsieur Crawford.
- Tu n'as pas fait exprès, Nagi.

Le garçon contempla le sol un instant.

- Vous avez dit que je pourrais apprendre à me servir de ce pouvoir ?

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Si ses calculs étaient exacts -et il l'étaient vu qu'ils les avaient refaits au moins 20 fois dans la journée-, il était un peu plus de 15h30 au Japon.
D'ici peu, il tenterait pour la première fois une communication à grande distance, et il espérait de tout son coeur être capable d'un tel prodige.
Crawford était de l'autre côté de la planète, mais il 'devait' réussir.

Schuldig s'affala sur son lit, saisit un livre et commença à lire. Au bout de quelques paragraphes, il réalisa que rien ne s'imprimait dans son esprit et qu'il n'arrivait pas du tout à se concentrer sur autre chose que le bel Américain qu'il devait contacter d'ici peu.
N'y résistant plus, il ferma les yeux et décida de tenter un essai 20 minutes avant l'heure prévue.
Comme lui avait appris un de ses professeurs, il ralentit sa respiration et étendit doucement ses pouvoirs. Toutes les pensées des habitants de l'école arrivèrent à son cerveau, suivies par celles des habitants de la ville voisine.
Schuldig se concentra un peu plus, et les pensées des personnes normales s'estompèrent. Mais les habitants de Rosenkreuz formaient un véritable bruit de fond qu'il ne pouvait soustraire.
L'étape suivante. Etendre plus son influence, éteindre toutes les pensées qui n'étaient pas dirigées vers lui.
Les murmures dans son esprit s'éteignirent progressivement, et il entendit un dernier "Ah, Schuldig devrait tenter de contacter Crawford d'ici peu" qu'il reconnut comme provenant de son professeur de télépathie préféré.
Puis le silence.
Il n'y arriverait pas...
Il se concentra plus fort sur Crawford, imaginant le jeune homme face à lui.

/Tu es en avance./

Schuldig émit un long soupir.

/J'avais hâte de te parler./
/Je me demande bien pourquoi.../

Schuldig sourit.
A l'intérieur de son esprit se tapissait une chambre d'hôtel familière à tous deux, et il projeta son image sur une des chaises présentes dans la pièce virtuelle.
La 'voix'... la pensée de Crawford se matérialisa debout face à lui, tel qu'il l'avait vu la dernière fois qu'ils s'étaient rencontrés.

/Tu sais combien je t'apprécie./
/Ca n'explique pas pourquoi./
/J'ai vraiment besoin d'une raison ?/

Crawford releva ses lunettes virtuelles sur son nez, et Schuldig sourit à l'idée que Crawford n'était certainement pas myope à l'intérieur de ses pensées. Mais on ne changeait pas ainsi ses habitudes...

/Alors tu es à l'hôpital ? Je n'ai eu aucun détail !/
/J'ai eu un petit... accident, avec un télékynésiste./
/Ca m'étonne de toi de ne pas l'avoir vu venir./
/Je l'ai vu venir, mais je n'ai pas réussi à l'empêcher./
/Ouch./

Schuldig sourit plus fort à la projection de Crawford et se leva pour rejoindre son tuteur.

/Ouch, comme tu dis. J'en ai encore pour 2 mois d'hospitalisation. Mais au moins je t'ai trouvé un petit camarade./

L'image d'un petit garçon japonais apparut à côté de Crawford pour disparaître quelques instants plus tard.

/Je suis très triste de voir que je ne suis pas ton seul protégé./
/Jaloux ?/
/Oui./

Crawford poussa un soupir, ne sachant pas quoi répondre.

/Au fait, moi aussi je me suis trouvé un petit copain. Sauf qu'il est plus âgé que le tien./

Crawford leva un sourcil interrogatif.

/Tu m'avais dit de me faire au moins un ami ici. Alors c'est ce que j'ai fait. Il s'appelle Johann, il a 17 ans, c'est un manipulateur./

L'image d'un jeune homme blond apparut aux côtés de Schuldig, fit un petit signe de la main à Crawford et disparut à nouveau.
Schuldig réalisa que Johann n'aurait jamais fait un tel signe, mais bon, il était si fier de ses projections mentales qu'il se devait de montrer ses progrès à Crawford.

/Tu avais besoin de choisir quelqu'un qui est capable de te faire faire n'importe quoi ?/
/Il ne sait pas manipuler l'esprit des télépathes. Mais tu le verrais avec les autres ! Il arrive toujours à nous faire avoir double-ration de dessert à la cantine !/
/Très utile, effectivement.../
/Tu n'as pas besoin d'être ironique alors que j'ai fait ce que tu m'as demandé./

Schuldig fit une petite moue, mais Crawford ne répondit pas.
Quand il n'avait rien d'intelligent à dire, Crawford préférait se taire.
Schuldig trouvait ça insupportable.
Il voulut attraper une des mains de l'oracle dans une des siennes, mais il passa au travers.
Toute la pièce était une projection de son esprit. Il pouvait s'asseoir sur les chaises. L'image de Crawford venait de l'Américain lui-même et il ne pouvait la toucher.
Schuldig s'écarta, déçu.

/Ne fais pas cette tête, nous nous reverrons bientôt./
/Je peux venir te voir ?/
/Je n'ai pas d'argent à gâcher pour un billet d'avion qui te servirait à me voir couvert de plâtres, Schuldig./
/Mais je m'inquiète./
/Nous pourrons avoir ce genre de discussions fréquemment, si tu le souhaites./
/Fréquemment comme dans quotidiennement ?/

Crawford sembla réfléchir.

/Si tu veux, je n'ai rien d'autre à faire de mes journées. Mais demande l'accord à ton professeur de télépathie, je veux être sûr que tu ne risques rien./
/Ooooh, comme c'est gentil de te soucier de ma santé.../

Crawford émit un autre soupir. Schuldig répondit par un sourire.
La main de Crawford s'approcha du télépathe et sembla glisser sur sa joue, même si Schuldig ne sentait rien.
Bizarrement, les murs devenaient flous...

/Ta santé est un investissement à long terme./

La silhouette de Crawford disparut, et l'ensemble de sa vision s'effaçait petit à petit.

/Apparemment nous arrivons à la limite de tes pouvoirs, Schuldig./
/Demain à la même heure !!/

Et tout s'éteignit.
Schuldig rouvrit lentement les yeux avant d'attraper son duvet dans ses bras.
Il se résigna à ne pas crier et commença à attendre désespérément le lendemain.

__________________________

- Johann !

Le jeune homme se retourna et Schuldig lui fit un sourire éclatant.

- Alors ?
- Qu'est-ce que tu crois, j'ai réussi.
- Ce serait bien la première fois que tu arrives à quelque chose.

Schuldig se contenta de tirer la langue.

- Ca te dit de sortir ce soir ?

Les lèvres de Johann avait formé un sourire plus qu'inquiétant.

- Sortir ?
- Le gars à l'entrée... Manipulable à 3 km, j'en fais mon affaire. Puis on pourra "persuader" un automobiliste de nous emmener en ville, de nous "prêter" de l'argent et on passera une soirée sympa.

Schuldig cligna des yeux.
Il n'avait jamais pensé à ça.

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Il était 16h15.
Crawford n'en revenait pas.
C'était la première fois que Schuldig n'était pas à l'heure.
Il ne devait rien lui être arrivé de grave, vu que Crawford voyait quelque part dans le futur qu'il reverrait Schuldig en chair et en os -et en pleine forme- dans les 15 jours.
Mais si le jeune homme commençait déjà à lui manquer de respect ainsi, qu'en serait-il quand il serait un puissant télépathe ?

/CRAWFOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOORD !/

Crawford poussa un long soupir et vit lentement une pièce se former dans son esprit sous l'action de la télépathie de Schuldig.

/Je suis désoléééééééééééééééééééééééééééééé. J'étais avec Johann et et et.../
/Je vois que je ne suis plus si important, maintenant que tu as trouvé quelqu'un d'autre à embêter./

Crawford se demanda un instant pourquoi il avait dit ça.
Etait-ce seulement pour entendre encore une fois Schuldig dire qu'il lui manquait, qu'il voulait le voir ?
Etait-ce pour voir cette lueur dans les yeux du jeune télépathe qu'il n'arrivait pas à interpréter correctement (et peut-être ne voulait pas interpréter correctement) ?

/Tu me manques./
/Tu te répètes./
/Tu es long à la détente./
/Tu es bien la première personne à dire ça./

Crawford se retint de sourire.
Il sentit une main attraper la sienne dans le monde réel et rouvrit les yeux.
Nagi était là, et ses grands yeux semblaient demander "mais qu'est-ce qu'il est en train de faire ?"

/Schuldig, il est temps de tester tes capacités. Peux-tu inclure à la conversation la personne à côté de moi ?/
/C'est ton fameux Nagi ?/
/Arrête d'être jaloux, il a 8 ans./

Crawford entendit Schuldig émettre un petit grognement et dit à Nagi de se concentrer avant de refermer les yeux.
La silhouette du garçon apparut doucement à côté de lui.
Elle ne ressemblait pas à Nagi, c'était une projection de Schuldig, et le jeune télépathe n'imaginait pas le petit Japonais comme il était réellement.
Mais Nagi était là, et Crawford pouvait l'entendre à l'intérieur de son esprit.

/Qu'est-ce qu'il se passe ?/
/Tu es dans une projection de l'esprit, tu sais, je t'en ai parlé./

Schuldig fit la moue en face d'eux en réalisant qu'ils conversaient en japonais.

/Hey hoooo, je ne parle pas le japonaaiiiis... Qu'est-ce qu'il dit ?/
/Il voulait savoir où il était./

Crawford se retourna "mentalement" vers Nagi.

/Voici Schuldig, je t'ai parlé de lui./
/Je ne l'imaginais pas comme ça./
/Comment, alors ?/
/Un peu comme vous./

Schuldig poussa un long soupir.

/Tu peux lui parler touuuuut le temps, tu avais besoin de l'amener "ici" ??/

Crawford ne répondit pas à Schuldig et dit rapidement à Nagi qu'il n'allait pas rester ici encore bien longtemps.

/Tu peux couper le lien avec lui. C'était juste pour te le présenter./

L'image de Nagi disparut instantanément et Crawford sentit sa main serrée par celle du petit garçon qui revenait à la réalité.

/Et ben je le déteste déjà./
/Je ne te comprendrai jamais./

Schuldig sembla bouder encore une seconde avant de s'approcher de la projection de Crawford.

/Alors, tu reviens quand ?/
/Dans 11 jours, normalement. Je quitte l'hôpital après-demain, je règle quelques formalités et je viens./

Crawford vit les lèvres de Schuldig former un sourire et à l'intérieur de son esprit fut projeté une image plus que censurable de Schuldig et lui, accaparés par une occupation qui semblait des plus... passionnantes.

/Tu comptes faire faire ça à un pauvre homme convalescent ?/
/Ce serait un joli cadeau d'anniversaire pour mes 16 ans./
/Je suis persuadé que tu ne connais même pas ta date d'anniversaire./
/Non, mais j'ai décidé que c'était dans 11 jours./

Crawford leva les yeux au ciel.

/Demande à ton Johann de te faire un cadeau./

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Rosenkreuz.
Bizarrement, depuis quelques mois, la première pensée qui lui venait à l'eprit en pensant à cet établissement était celle d'un jeune télépathe qu'il avait laissé ici en apprentissage.
Passer les portes de l'école impliquait d'aller voir Schuldig.

Il se vit discuter avec Schuldig d'ici quelques minutes, mais quelque chose semblait bizarre.
La vision s'arrêta d'elle-même et Crawford décida de ne pas inspecter ça de plus près, sentant un mal de crâne s'insinuer doucement dans son cerveau.

Les couloirs de Rosenkreuz étaient pratiquements vides, vu que la plupart des élèves étaient en cours.
Mais il avait vu qu'en arrivant à cette heure-ci il trouverait Schuldig dans sa chambre.

La porte s'ouvrit avant qu'il est pu toquer, mais fort de son don de prémonition, il réussit à éviter -de peu- que Schuldig ne lui saute dessus.

- ... heureux de te revoir aussi.

Le télépathe fit une petite mine contrite en voyant que son plan avait échoué et invita Crawford à rentrer dans sa chambre.

- Tu vas bien ? Tu restes longtemps ? Tu vas rester en Europe un peu ? Tu passeras plus souvent ?
- Oui. Oui. Oui. Oui.

Schuldig fit un grand sourire alors que Crawford prenait place sur l'unique fauteuil de la pièce, fixant le jeune télépathe d'un regard amusé.
Il avait toujours mal au crâne, mais tout s'atténuait doucement alors qu'il sentait l'esprit de Schuldig doucement pénétrer le sien.

- Tu n'es pas discret.
- C'est grave ?
- ... non.

Schuldig s'était assis sur le lit, se contentant de regarder Crawford alors qu'il s'insinuait dans son esprit.
L'Américain retira ses lunettes une seconde, et fut gratifié d'un baiser "dans les pensées" de la part de Schuldig.

- Schuldig, ne fais pas ça.
- Je n'ai pas bougé, je n'ai rien fait.
- Tu sais très bien de quoi je parle.
- Hmpf.

Crawford réenfila ses lunettes et sortit quelque chose de sa poche qu'il tendit à Schuldig.

- Joyeux anniversaire, vu que tu as décidé que c'était aujourd'hui. Je te préviens, tu ne pourras plus en changer à partir d'aujourd'hui pour avoir plusieurs cadeaux par an.
- Je déteste comme tu devines tout à l'avance.

Crawford fit un petit sourire alors que Schuldig contemplait le paquet sans oser l'ouvrir.

- Ce n'est pas ce que j'avais demandé.

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Il savait pertinemment que Crawford était à deux doigts de céder.
Qu'il suffirait d'un rien pour que l'Américain le prenne dans ses bras et accepte de faire... mille et une choses avec lui.
Seulement il n'arrivait pas à trouver ce que pouvait être ce petit "rien" qui manquait.
Il poussa un léger soupir alors que quelqu'un s'asseyait à la même table que lui dans le réfectoire de l'établissement.
C'était Johann, son "ami". Enfin, le garçon avec qui il passait le plus de temps depuis qu'il était ici.
Johann était drôle, il ne se prenait pas au sérieux une seconde, et leur relation aurait pu passer pour une amitié normale entre deux adolescents, surtout que Johann n'avait que 14 ans.

- Encore en train de penser à ton bel Américain ?
- On ne me le vole pas.
- Je ne l'ai même pas encore vu.
- Oui, mais je te connais, tu...

Schuldig sembla avoir une idée de génie et s'arrêta au milieu de sa phrase.

- Je... ?
- Tu pourrais... faire en sorte qu'il...
- ... qu'il arrête de te repousser ? Je ne sais pas. Toi tu n'y arrives pas, alors bon...
- Mais toi tu es un manipulateur, tu es beaucoup plus doué pour "convaincre" les gens que moi !!
- Oui, mais on ne s'attaque pas à quelqu'un de normal, là, Schuldig, ton bonhomme a suivi une formation entière ici. Je ne rentrerai jamais dans son esprit sans me faire repérer et je n'ai pas envie que mon cerveau court-circuite si ses boucliers mentaux sont trop puissants...
- ... pff... si seulement j'étais toi... moi il me laisse rentrer dans son esprit.
- Tu es désespéré à ce point ??
- ... je ne sais pas... je pense à lui tout le temps.
- Tu es bizarre. Ou amoureux.

Schuldig émit un petit rire.

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- Crawfoooooooooooooooooord !
- Tu es incapable de prononcer mon nom sans crier ?
- Je suis juste content de te voir.
- Je sais. Trop content. Tu es prêt ?
- Toujours quand il s'agit de partir d'ici avec toi !

C'était sa première "mission" extérieure. La première fois qu'il accompagnait Crawford pour le travail.
Mais son rôle était particulièrement simple ce jour-là, vu qu'il n'avait qu'à repérer la présence et les pensées de gardes alors que Crawford allait assassiner quelqu'un dont il n'avait pas retenu le nom.
On lui avait expressément ordonné de ne pas lire les pensées de la future victime, et autant Schuldig avait eu envie de désobéir, autant un seul regard de Crawford lui avait fait oublier cette idée.
Crawford voyait l'avenir. S'il avait fait ce regard sévère au moment même où Schuldig avait eu l'idée de désobéir, c'est qu'il voyait dans le futur un événement néfaste résultant de cette décision.
Schuldig poussa un soupir à cette réalisation. Il se sentait si faible face à Crawford. Comment pouvait-on aller contre quelqu'un qui voyait le futur ? Qui voyait à l'avance chacun de ses mouvements, de ses actions, de ses paroles ?
Quelque part, Schuldig trouvait ça ennuyeux, et plaignait un peu le jeune homme de toujours... tout savoir.
Mais il nota dans sa tête, au cas où, qu'il semblait plus intelligent de toujours faire ce que Crawford disait.