Titre : Comment s'est formé le comité exécutif du conseil des élèves du lycée privé Araiso.
Auteur : (Satan Petite) Flore
Disclaimer : Kubota et Tokito appartiennent à Kazuya Minekura ^^ Je les rends à la fin de ma fic (enfin, il faut espérer...)
Avertissement : yaoi, risque de virer angsty, pourra contenir une scène ^^ Je n'ai pas (encore) lu Wild Adapter donc si y a des trucs là-dedans qui ne concordent pas avec, ben... gomen, ne ^^; Sinon, les événements de cette fic se passent un peu moins d'un an avant le début de Shiristu Araiso Koutou Gakkou Seitokai Shikkoubu ^__^
Dédicace : A toutes celles qui ont supporté ma nouvelle passion soudaine pour Kubo-chan et Tokito-sama ^-^
 
 
 

La première chose que j'ai remarqué à son sujet, c'est qu'il était seul.
Non pas seul dans le sens d'isolé, ni même dans le sens de solitaire, mais seul comme quelqu'un qui n'a personne d'important dans sa vie.
Il était là, riant avec les gens autour de lui, mais pour moi il était seul.
Désespérément seul.
 

Il fut tout de suite populaire.
Un petit nouveau, fort à la bagarre, grande gueule et plus que mignon ne pouvait passer inaperçu.
Mais une des choses qui entretenait déjà cette popularité naissante était très clairement sa main droite.
Je voyais le regard des autres se poser sur son gant, se demandant quel grand mystère il pouvait cacher.
Et mystère il y avait car ce gant était là en permanence, comme si greffé à sa main, et lui ne répondait à aucune question concernant sa main droite.
 

Une semaine après son arrivée, sa présence était devenue "normale". Il n'était plus le centre du monde même si personne ne manquait l'occasion de passer un moment avec lui.

- Kubota-kuuuuuuuuuuuuuun !! Eteins cette cigarette et viens m'aider à accrocher ces affiches !

Je fais partie du conseil des élèves.
La plupart du temps, je n'y fais rien, profitant de la salle mise à notre disposition et à la limite donnant un coup de main pour une tâche banale de temps en temps, comme ce jour-là.
Je n'ai jamais regretté d'avoir aider un peu cette fois-ci.
Tout ne ce serait peut-être pas déroulé de la même manière sinon.

J'accrochais une affiche en fredonnant une chanson, prenant mon temps et faisant les choses bien, comme tout bon perfectionniste.
Oui, je suis perfectionniste.
Je ne l'avoue pas et personne ne m'en fait la remarque, mais j'apprécie les choses bien faites.
Personnellement, quand je fais quelque chose, je le fais bien, et je trouve ça normal.
Ca doit être pour ça que je ne fais pas grand chose.

Quelque chose me heurta.

Je fus destabilisé mais ne perdit pas l'équilibre, rattrapant ce -ou plutôt celui- qui me fonçait dessus.

- Hey, désolé... Kubota-kun, c'est ça ?
- Hmm. Kubota Makoto.
- Ore-sama wa Minoru. Tokito Minoru. Yorushiku.

J'ai tout de suite aimé le sourire qu'il m'adressait.
Intrigué.
Un brin différent de celui qu'il offrait à tous les autres.
Je n'ai jamais su si c'était voulu, mais j'avais l'impression d'être unique à ses yeux.

- Yorushiku.
- Tu es dans ma classe, non ? Pourtant on ne s'est jamais parlé...
- Oui.
- Pas bavard, hein ?
- Ca dépend des jours.

Il fit un petit sourire, un ricanement sortant de sa bouche.
Il m'avait déjà adopté.

- Qu'est-ce que tu fais ?
- J'accroche des affiches pour la soirée.
- Quelle soirée ?
- Cell organisée par le club d'art floral. Ils ont organisé ça pour ce soir et ce sont rendus compte aujourd'hui qu'ils ne s'étaient pas fait de pub, alors... je donne un coup demain.
- Oh... t'es sympa.
- Je suis au conseil des élèves, c'est normal.

Je continuais d'accrocher mes affiches sereinement, sentant que Tokito m'observait toujours...
Curieux. Intéressé.
Finalement, je repris la parole, sachant qu'il n'attendait que ça.

- Tu veux venir ?
- Hmm... je sais pas... ce sera bien ?
- Si tu me demandes si j'y vais, la réponse est oui.

Tokito rougit légèrement et lança :

- Non, ce n'est pas ce que je demandais ! Mais... je vais y réfléchir.

Je lui fis un sourire que les filles qualifient de "charmeur". Il balbutia un "salut" et se détourna, reprenant son chemin alors que je recommençais à fredonner.

Ce fut ma première discussion avec Tokito.
Rien d'extraordinaire.
Mais c'est un souvenir qui m'ait assez cher.
Et je suis plutôt fier de moi... au final, ce n'était pas le garçon banal intéressé par le nouvel original mais le contraire...
Enfin, "banal".
Je dois être la seule personne à penser que je suis "banal".

Il me faut une clope.
 
 

Chapitre 1.
 

J'étais dans un coin.
Je fumais.
Les fille du club détestaient ça.
Détestent toujours.
Mais j'étais le garçon le plus apprécié de la gent féminine présent, elles n'allaient pas me jeter dehors...

Autour de moi, les gens discutaient, buvaient, grignotaient.
L'assemblée n'était pas bien nombreuse, mais l'ambiance était bonne.
J'étais le seul membre du conseil des élèves présents, mais je connaissais bien un garçon et une fille de ma classe.
J'ai peut-être l'air de me ficher de la présence de quelqu'un que je connais et de plutôt être un repère pour les autres, mais il n'en est rien.
Enfin... j'apprécie de rester avec des gens que je connais.

Je restais avec Kobayashi, la fille de ma classe.
Elle faisait partie du club.
Elle était plus ou moins timide, mais répondait gentiment à mes questions quant aux personnes présentes que je ne connaissais pas.
Je me liais vite d'amitié avec une bonne moitié des membres du club d'art floral, découvrant avec une surprise bien dissimulée qu'un certain nombre étaient masculins.

Je suis quelqu'un de flegmatique.
Certains disent que je ne réagis pas.
C'est un peu vrai.
Mais je pense beaucoup.

Au final, un groupe se décide à faire un jeu stupide.
Kobayashi m'y traîne.
Je la suis.
Je n'ai rien de mieux à faire.
Et j'aime bien les choses stupides.
C'est peut-être pour ça que j'ai craqué pour Tokito si vite, d'ailleurs.

C'est ce jeu, vous savez, où une personne fait tourner une bouteille vide (qui se révèle toujours contenir quelques gouttes pour arroser quelqu'un aux premiers essais) et embrasse la personne que la bouteille pointe.
C'est un jeu de collégiens.
Mais je m'y prêtais avec gentillesse, sachant que la moitié des filles du cercle formé me trouvaient irrésistibles.
Et puis... même si ce jeu est puéril... il est particulièrement drôle.
L'humeur était au beau fixe et je n'ai pu m'empêcher un fou rire quand Kobayashi tomba sur un garçon dont elle me parlait quelques minutes auparavant.
Tout le monde riait au dépens de tout le monde, personne ne se prenait au sérieux.
Je ne serais pas rester.

La porte s'ouvrit.
Et il était là.
Bien sûr, il capta mon attention.
Mais aussi celle de toutes les personnes présentes.
Très vite, il fut amené vers le cercle que nous formions.
Il s'assit à terre et me regarda, faisant un petit sourire.
Ma réaction fut...
Non, je n'ai pas réagi.
Ma cigarette s'inclina peut-être vers le haut, mais pas plus.
Son attention se reporta vite ailleurs.

Le jeu continua.
Une fille tomba sur Tokito et se hâta d'aller poser un baiser timide sur sa joue, une huée se levant comme à chaque fois que quelqu'un n'osait pas plus.
Tokito gardait toujours son petit sourire arrogant.
Il attrapa la bouteille et son regard se tourna un instant vers moi, mais se reporta tout de suite ailleurs.
La bouteille tourna.
Je ne sais pas si c'est par la force de ma pensée mais la bouteille s'arrêta juste devant moi, me montrant très clairement.
Tout le monde éclata de rire.
D'habitude dans ces cas-là, on faisait comme si la bouteille avait "choisi" la fille la plus proche.
Une ou deux personnes s'exclamèrent "Kobayashi !" et l'interpellée rougit à nouveau.

- C'est Kubota que je dois embrasser, non ?

Les rires redoublèrent. Quelqu'un s'exclama "si tu y tiens" et Tokito s'approcha doucement de moi.
Les filles pouffèrent, et même les garçons riaient.
Je ne le quittais pas des yeux.
Ses yeux.
Ses yeux brillaient d'une lueur bizarre quand il me regardait.
Enfin...
Comme d'habitude, je n'eut aucune réaction.
Enfin, si, j'eu la décence d'enlever ma cigarette de ma bouche, montrant à tous que si Tokito comptait m'embrasser, ce n'était pas moi qui allait le rejeter.
Tokito ralentit, se trémoussant en avançant vers moi.
Les filles gloussèrent encore plus, encourageant celui qui se rapprochait de moi.
Il arriva finalement à mon niveau et posa un genou de chaque côté de ma personne, glissant lentement le long de mon corps, pour finalement être assis sur mes cuisses.
De nouveau un éclat de rire général et quelques cris.

- Hmmm... Ku-bo-chaaaaaaaaan...

Moi-même je ne pus suppresser un ricanement en entendant Tokito m'appeler comme ça.
Il avait vu que les filles appréciaient le spectacle.
Alors il leur en donnait.
Je comprenais pourquoi il était si populaire.

Ses mains saisirent mon visage et ses lèvres descendirent doucement, au combien doucement vers les miennes.
J'eu une réaction.
Même deux.
La première fut que je déglutis avec difficulté, et j'en eu honte.
La deuxième était une réaction normale d'un jeune homme ayant une personne se frottant à soi sur les genoux. Enfin, c'est ce que je me suis dit après coup.
Mais le fait est que je n'avais jamais été autant excité.

Ses lèvres furent sur les miennes.
Elles n'étaient pas particulièrement douces, mais leur goût était divin.
Mes mains encerclèrent sa taille et j'entendis encore des cris autour de moi.
Mais plus rien n'aurait pu m'atteindre à ce moment.
Je résistais à l'envie d'ouvrir la bouche et de forcer ma langue au contact de celle de Tokito, n'étant pas sûr de la réaction que pourrait avoir le jeune homme ni de si je voulais vraiment le violer en public.
Au bout de quelques instants, son visage s'écarta, séparant nos lèvres.

- Fais-moi penser à t'embrasser plus souvent, Kubo-chaaan...

Il passa un doigt sur ses lèvres, le posa sur les miennes et se releva en se trémoussant encore un peu.
Le spectateur moyen ne vit aucune réaction de ma part mis à part un petit sourire alors que je reprenais ma cigarette en bouche.

- J'ai toujours dit que j'embrassais bien.
 

Chapitre 2.

Le lendemain, la nouvelle avait fait le tour du lycée et les potins allaient bon train.
Certains disaient que Tokito était homo, d'autres qu'il me draguait, d'autres que nous étions d'ores-et-déjà ensemble.
Mais je ne vais pas si vite en besogne tout de même...
Je ressassais plus ou moins ce qui s'était passé entre Tokito et moi.
J'ai vite admis être attiré par lui.
Mais comme je l'ai déjà dit, je suis un lycéen comme un autre. Je marche aux hormones.
Ca ne voulait pas dire que j'allais lui sauter dessus la prochaine fois que j'allais le voir.

Il m'a raconté plus tard comment il avait vécu ça.
Il ne s'attendait pas à ce que ce geste, qu'il avait voulu un peu provocateur et qui était plus qu'inconsidéré, ait autant d'effet.
Mais il aimait jouer sur la provocation.
C'est pour cela que je fus gratifié d'un "Kubooo-chaaaaaan, tu m'as manqué !!! Où es-tu passé hier soir ?!?" en arrivant dans la salle de classe où il se trouvait.

Je m'approchais de lui.
Je pris son visage dans mes mains et le fou-rire qui avait pris la classe s'éteignit dans l'instant, un silence glaçant l'assistance.

- J'ai préféré quitté la fête avant d'embrasser un autre homme. J'aurais été déçu et je n'aurais pas voulu que tu penses à une trahison de ma part.

Tokito battit des cils à plusieurs reprises et attrapa une de mes mains.

- Hmmm... je comprends, Kubo-chan...

Il se leva et reprit son attitude "normale", son regard brillant à nouveau de cette lueur étrange. Il me fit un sourire qui était en fait le vrai salut qu'il m'adressait et s'éloigna de moi dans le chahut général que notre attitude avait provoqué.

Je m'asseyais un sourire aux lèvres, résistant à l'envie de sortir mon paquet de clopes.

A partir de ce jour-là, je fus plus proche de Tokito.
Nous n'étions pas tout le temps ensemble, comme nous le sommes aujourd'hui, mais nous appréciions la compagnie l'un de l'autre et ne manquions pas l'occasion d'être ensemble pour un moment.

Tokito ne m'a plus jamais appelé Kubota-kun, le Kubo-chan ayant eu le succès le plus fulgurant en matière de petit nom qu'avait connu ce lycée.

Un jour quelqu'un d'autre osa m'appeler Kubo-chan.
Dans l'instant, Tokito survint, m'attrapa par la taille et jeta un regard noir au bonhomme en question, signalant que j'étais 'son' Kubo-chan.
Comme d'habitude, mes réactions furent minimes.
Un sourire.
Une clope.
Plus personne d'autre que lui ne m'appela "Kubo-chan".

Tokito était un garçon, drôle, charmant, enthousiaste.
Il s'emportait vite.
J'étais flegmatique.
Il draguait ouvertement.
Je me contentais de mon charme naturel.
Il était mauvais perdant.
Je ne faisais même pas attention à ce qu'on faisait.
Il médisait sur chaque heure de cours que nous avions.
J'étais un petit génie qui ne voyait comme seul inconvénient aux cours qu'on ne pouvait y fumer tranquillement.
Et pourtant nous étions pareils sur bien des points.
Nous aurions très bien pu rester à ce stade de simples amis... enfin, de très bons amis, tout en laissant flotter l'ambiguïté que les gens aimaient déceler dans notre relation.
Nous aurions pu.
Peut-être.
Si cette journée-là n'était jamais arrivée.

Je rentrais de cours après une heure de permanence dans la salle du conseil des élèves.
Pendant une heure, je m'étais plaint du manque d'effectif du susdit conseil vu que j'étais seul et que je m'ennuyais particulièrement.
Heureusement, on pouvait fumer dans la salle du conseil.
Enfin, bon, je rentrais de cours, comme à l'accoutumée, passant par le portail arrière de notre lycée pour faire quelques courses dans un quatrier commercial avant de passer une soirée chez moi en tête à tête avec une pizza.
Je ne savais pas encore que je ne rentrerais pas chez moi ce soir-là.

Il était là, assis adossé contre le mur d'enceinte, à peine caché par une ou deux plantes grimpantes.

- Tokito ?

Je m'étais précipité vers lui.
Vous auriez fait de même si vous l'aviez vu.
Il était en bien mauvais état, du sang séché à la commissure de ses lèvres, des rougeurs et des marques un peu partout sur son visage, un oeil au beurre noir s'annonçant déjà.
Tokito était un très bon bagarreur.
Meilleur que moi.
Ils avaient été au moins 4 ou 5 pour le mettre dans cet état, j'en étais certain.
Et encore, je connaissais mal les capacités de Tokito à l'époque.
J'appris plus tard qu'ils avaient été plutôt 8 ou 9...

Je m'accroupissais à côté de lui et il me fit un petit sourire malheureux.
Il avait à la fois l'air de se réjouir et d'être déçu que ce soit moi qui le trouve dans cet état.

- Tokito, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Rien... juste une bagarre...
- Juste une bagarre ?? Regarde dans quel état tu es !

Je l'aidais à se relever, remarquant très clairement la petite plainte qui s'échappait de ses lèvres alors que je le tirais vers le haut.

- Tu n'es même pas capable de te tenir debout !

Comme pour me défier, il s'écarta de moi et un petit sourire au lèvres me démontra qu'il pouvait tenir sur ses deux jambes sans mon aide.

- Qui c'était ?

Il me regarda avec cette lueur dans ses yeux.
Cette lueur que je n'arrivais pas à qualifier.

- Tu veux me venger, Kubo-chan ?
- Bien sûr !

Il s'appuya à nouveau contre moi, poussant un soupir.

- Tu ne préfèrerais pas m'aider à rentrer chez moi, d'abord...?

Je passais un bras protecteur autour de ses épaules et l'attirait à moi.
Je voulais tuer ceux qui avaient fait ça à Tokito.
A mon Tokito.

- L'hôpital me paraît une meilleure destination.

Je le sentis frissoner.

- Je... je déteste les hôpitaux et les docteurs... Je te jure, je n'ai rien de bien grave...
- Tokito, c'est sérieux...
- Sincèrement, je n'ai rien de cassé, juste quelques bleus... Je me bagarre souvent, je n'ai pas besoin d'un médecin pour ça.

J'enfouissais mon visage dans ses cheveux.

- Si tu le dis...

Je lui fis confiance.
Je me demande encore aujourd'hui pourquoi son attitude de l'époque ne m'a pas semblée étrange.
Peut-être que dans le contexte c'était normal.
Peut-être parce que je ne pouvais pas me douter...
Peut-être parce que j'étais bouleversé de le trouver dans cet état.
 

Chapitre 3.

Je ne remarquai qu'au bout de plusieurs longues minutes de marche dans un silence totale le détail que je savais qu'il me manquait.
La main droite de Tokito.
Elle était enfoncée dans une des poches de sa veste.
Depuis que je l'avais retrouvé.

Je ne lui ai rien demandé.
Je savais qu'il ne voulait pas en parler et je ne suis pas le genre d'homme à forcer la main de quelqu'un que j'apprécie.
S'il voulait m'en parler, il pouvait.
Il savait que je l'aurais écouté et que j'étais capable de garder un secret.

Il me guida dans la ville jusqu'à l'appartement qu'il habitait.
Un deux pièces.
Plutôt grand.
Surtout pour un lycéen vivant seul.
Je ne savais pas ce que faisaient ses parents.
Je ne lui avais jamais demandé.
Mais je savais qu'il vivait seul.

Une fois la porte ouverte, il se sépara de moi et se dirigea d'un pas peu sûr vers son futon encore ouvert par terre avant de s'écrouler dessus.
Je m'accroupissai à ses côtés.

- Tu es sûr que ça ira ?
- Hmm. Kubo-chan... je peux te demander un service ?
- Bien entendu.
- Dans l'armoire à pharmacie, dans la salle de bains. Il y a une bouteille blanche contenant des gellules. Tu peux me l'amener ?

Je fis oui de la tête, me redressai et me dirigeai vers la salle de bains.
Je me posai la question "à quoi servent ces gellules ?" et me demandai si j'allais la poser à Tokito ou non.

Quand je fus de retour dans sa chambre, il était appuyé à un meuble.
Il se tourna précipitemment vers moi, refermant un tiroir.
Sa main droite...
Etait de nouveau couverte d'un gant noir, presque le même que celui qu'il portait d'habitude.

- Si c'était pour m'écarter de la pièce pendant que tu enfilais ça *je montrai le gant*, tu aurais pu le demander tout simplement, j'aurais compris.

Il sembla interloqué une ou deux secondes.

- Pardon, Kubo-chan. Mais j'avais aussi besoin de ces gellules.

Je lui tendai la bouteille.
Il me fit un petit sourire en l'attrapant.
Il l'ouvrit et avala deux gellules d'un coup, sans eau.

- Tu veux un verre d'eau ?
- Ca ira...

Je m'assis à côté de lui.
Le plus proche possible.

- Tokito...
- Kubo-chan, je... je sais que tu veux me poser des questions et je comprends. Tu peux, tu sais, ça ne me vexera pas. Mais... ne m'en veux pas si je ne réponds pas à tout.

Je fis un petit sourire et passai une mains dans ses cheveux.
Sa tête vint se reposer sur mon épaule et un silence prit place.

- Qui t'a fait ça ?
- Je ne les connaissais pas.
- Vraiment ?
- Je ne te mentirais pas, Kubo-chan.
- Et tu sais pourquoi ils t'ont tabassé ?
- Oui.

J'espérai qu'il continuerait.

- Pourquoi ?
- Joker...?

Je le pris un peu plus dans mes bras, heureux de resentir la chaleur qui émanait de son corps.

- Ca risque d'arriver souvent ?
- Non. Je ne crois pas.
- Ces gellules, c'est quoi ?
- Elles m'aident à tenir le coup.
- Tenir le coup ? Tu te drogues ?
- Plus ou moins...
- Comment ça plus ou moins ?
- Bah, je reconnais être dépendant de ces médicaments. Je pourrais vivre sans. Mais je ne sortirais plus de chez moi dans ce cas.

Ma bouche vint poser un court baiser sur sa joue, juste en-dessous d'une ecchymose commençant à apparaître autour de son oeil.

- Kubo-chan... Tu ne veux pas savoir... ce que j'ai à la main ?
- Pas si tu ne veux pas me le dire.
- Tu n'es pas curieux ?
- Si, mais je respecte ton intimité.

Un petit rire sortit de sa bouche.

- Mon intimité ? Alors que tu me prends dans tes bras et m'embrasse comme si de rien n'était ?
- Je ne cache pas que je tiens à toi, c'est tout.

Un nouveau silence.

- Merci, Kubo-chan.
- Pourquoi ?
- Parce que ça faisait longtemps... que personne n'avait tenu à moi.

Je fis un petit sourire.
Je le savais.
Je l'avais toujours su.
Il était seul.
Mais ça ne durerait pas.
Je serais celui qui le sortirait de sa solitude.
 

Chapitre 4.
 

Au bout de longues minutes où seuls les bruits de notre respiration pouvaient se faire entendre, Tokito se dégagea un brin de moi.
Il se leva et je sentis mon coeur se pincer en voyant le si vaillant et alerte Tokito avoir du mal à se redresser sans qu'une plainte sourde ne s'échappe de ses lèvres.
Je me levai, passant un de ses bras sur mon épaule.

- Je t'aide ?

Son visage se tourna vers le mien et s'éclaira d'un sourire.
Mon coeur manqua un battement sans que mon visage ne le fasse paraître.

- Volontiers.

Je l'aidai à se diriger vers la cuisine et le forçai ensuite à me laisser lui préparer quelque chose.
Il pensait sincèrement que j'allais le laisser faire sa cuisine dans l'état où il était ?

- Je ne suis pas en si mauvais état, Kubota-chan !
- Je ne peux même pas te préparer quelque chose sans que tu me cries dessus ?
- Baka.

Je fis un petit sourire en devinant l'air boudeur qu'il devait afficher, assis à la table de sa cuisine quelques mètres derrière moi.
Le repas se passa dans notre bonne humeur naturelle et nous discutâmes de choses et d'autres, de tout et n'importe quoi et plus encore alors que le temps s'écoulait dans une infinie lenteur.
Je le forçai à rester assis le temps que je fasse la vaisselle puis le ramenait dans sa chambre, le couchant avec précaution dans son futon.

- Ca ira ?
- Hmmmm...
- Soit clair. Oui ou non ?
- Je pense, oui.
- Comment ça, tu penses ?
- Tu sais, cette activité du cerveau dont tu dis que je fais défaut...
- Très drôle.
- En fait... ça te dérangerait de rester ici pour la nuit ?

J'avalai ma salive avec difficulté, ne me faisant pas vraiment confiance.
J'attrapai la main de Tokito dans la mienne et la serrai comme si sa vie en dépendait.

- Ce que je ne ferais pas pour toi...
- Merci, Kubo-chan.

Il fit un mouvement pour se relever.

- Je te sors un fut...

Je le replaquai dans son lit.

- Dis-moi où ils sont. Tu restes couché jusqu'à ce que je t'aie fait couler un bon bain chaud.
- Grumpf. Oui, maman...
- Alors, ces futons ?
- Le placard derrière toi. Et si tu tiens à faire couler le bain, je te laisse cet honneur, mais fais-moi le plaisir de le prendre en premier, alors.
- Tu en as plus besoin que moi.
- Arrête un peu ! Je ne vais pas 'si' mal que ça !

Il s'arrêta un instant, semblant réfléchir à ses prochaines paroles.

- Ca me gêne... que tu t'occupes autant de moi. Je veux dire, j'apprécie le geste mais... n'en fais pas trop, tout de même.
- Tu ferais la même chose à ma place.
- Pff... De toute façon je sais bien que je n'arriverai pas à te convaincre d'arrêter de me pouponner ce soir...

Je fis un petit sourire mais ne répondis rien.
Tokito était habitué et il était une des rares personnes à ne pas s'offusquer quand je ne répondais pas.
Ce n'est pas que je n'écoute pas, ou quoi que ce soit, mais des fois, je pense qu'il n'est nul besoin de paroles.

Cette nuit... cette nuit fut des plus étranges.
Je n'ai pas eu une seule arrière-pensée, pas une fois un début d'envie de profiter de la situation.
Non.
J'étais là pour lui. Parce qu'il avait besoin de moi. Et c'était tout.
Tout ce qui comptait.

Je l'aidai à se laver puis à sa demande, je pris mon bain en même temps que lui.
Au final, je me couchai le plus près possible de lui sans enfreindre les limites de son futon.
Quelques instants après lui avoir souhaité une bonne nuit, je sentis une main attraper la mienne.
Sa main gauche.
Elle était froide.
Depuis que je le connaissais, jamais je n'avais appliqué cet adjectif à Tokito.
Et cela me désolait.
Je voulais à tout prix faire quelque chose.

Lentement, je passai de mon futon au sien, passant un de mes longs bras autour de son corps, tout en gardant mes distances pour ne pas qu'il se fasse de fausses idées.
Après une seconde ou deux, il se blottit contre moi, poussa une sorte de soupir et s'endormit, paisible.
Je passai encore ma main libre dans ses cheveux pendant de longs moments avant de moi aussi tomber dans les bras de Morphée.

En y repensant aujourd'hui, je me dis que cette nuit est une des plus belles que j'ai passées aux côtés de Tokito.
Parce que, oui, il y en a eu d'autres, mais chaque chose en son temps, voulez-vous...?
Je me demande encore comment j'ai pu être si attentionné, sérieux, enfin... un vrai gentleman, non ? Et comment ai-je pu résister au corps si envoûtant de mon Minoru tout en le tenant dans mes bras ?
Aujourd'hui encore, je n'ai pas vraiment la réponse.
Tokito m'a dit que ça devait être par amour.
Mais il a tendance à appeler tout ce qui vient de moi à son égard comme ça.
Je ne sais pas.
Je ne pourrais pas dire si je l'aimais déjà à l'époque... enfin, l'aimer comme je l'aime aujourd'hui, ou si... Enfin, Tokito a raison, ce n'est pas comme si j'avais une meilleure explication à ma conduite de toute façon...
 
 

Chapitre 5.

Quand je me réveillai, Tokito n'était plus dans mes bras.
J'entendais des bruits venant de la cuisine, un juron résonnant plus fort que la radio qui tournait à volume réduit, débitant une musique enjouée et de très mauvais goût.

Je me levai, passant une main dans mes cheveux ébouriffés et cherchai mes lunettes, me dépêchant de les mettre sur mon nez avant d'avoir un accident.
Un jour, je m'achèterai des lentilles.
Enfin... c'est pas comme si je verrai mieux le matin au réveil une fois que je les aurai, mais tout le monde dit que je suis bien mieux sans mes lunettes (et les cheveux lâchés, accessoirement).
J'ôterai mes lunettes, je me ferai top model et je serai immensément riche.
Mouais...
Bof.
Je crois que je vais rester à mes bonnes vieilles lunettes.

Donc, j'enfilai ce qui me permet de discerner mes alentours et me dirigeai vers la cuisine où officiait Tokito, debout et bien alerte par rapport à la veille.

- Yo, Kubo-chan, bien dormi ?
- Comme un bébé.
- T'es une vraie marmotte, hein...
- J'ai pas ronflé, au moins ?

Il émit un petit rire.

- Non, non, enfin je crois pas... Par contre tu as parlé un peu... Et...

Tokito prit un air sérieux.

- Je sais que je suis irrésistible, mais bon, tu pourrais éviter les "hmmmm... Tokitooooo... oui..."

Je rougis instantanément vu que j'avais très bien pu émettre des sons pareils durant la nuit.
Je ne me rappelle pas de mes rêves la plupart du temps. Mais quand je m'en souviens, je me rends compte que Tokito figure dans la plus grande partie d'entre eux.
Il éclata de rire.

- C'est bien la première fois que je te vois rougir pour quelque chose comme ça !

Je sortai une cigarette un petit sourire aux lèvres et l'allumai.

- J'ai juste été... surpris.
- En tout cas tu as si bien gobé cette blague que je suppose qu'y a une part de vrai dans ce que j'ai inventé, ne ?

Alors comme ça ce n'était même pas vrai ?
J'aurais dû m'en douter.

- Je ne voudrais pas que ça te gêne...
- Non, non, pas du tout. De toute façon, je suis habitué à être adoré...

Il servit le petit déjeuner et s'assit face à moi un grand sourire aux lèvres.
Son visage tuméfié la veille était dans un bien meilleur état, seulement marqué par un petit oeil au beurre noir et un bleu au menton.
De nouveau, je ne me suis pas posé de question et me contentai d'être content qu'il guérisse vite.
Contrairement à ce que j'aurais pu penser, Tokito faisait bien la cuisine.
J'appris plus tard qu'il la faisait rarement bien, juste qu'il en était capable de temps à autre. Et je fus flatté de voir qu'à chaque fois qu'il la fit pour moi, ce fut délicieux.

- Tu viens en cours, aujourd'hui ?

Il sembla hésiter.

- Tu y vas ?
- Je n'ai pas vraiment de raison de sécher, alors que toi...
- Hmmm, moui. J'ai pas trop envie d'aller en cours mais...

Il hésita encore une fois, semblant avoir un peu honte de ce qu'il allait dire.

- ... j'ai pas trop envie de rester seul aujourd'hui.

J'attrapai sa main gauche et plongeai mon regard dans le sien, cherchant ce que je pourrais faire.
Je me sens rarement impuissant -non, pas dans ce sens'là'- mais en cet instant, j'étais complètement perdu, ne sachant discerner les sentiments de Tokito.
Ce garçon si ouvert, si transparent, était devenu un mystère, tout son esprit caché par juste un petit bout de tissu noir ornant sa main droite.

- Je reste avec toi. Fais comme tu le sens.

Je fis un petit sourire pour cacher mon désarroi et l'envie irrépressible qui naissait au fond de moi de savoir tout de cette affaire qui pouvait à ce point marquer Tokito.

Il prit un petit air malicieux tout en déservant la table puis se rapprocha de moi et finalement s'assit sur mes genoux.

- Ca te dit toute une journée au lit ?

Je déglutis avec difficulté alors que ses bras passaient autour de mon cou et que sa tête venait se reposer sur mon torse.

La journée allait être trèèèèès difficile.