Titre : euh... une idée, quelqu'un ?
Disclaimer : A Konomi-sensei ^-^


Chapitre premier :


Je ne me souviens pas du jour où je l'ai rencontré.
A vrai dire, en début de deuxième année, je me moquais bien des petits nouveaux qui pouvaient arriver, tentant d'assurer petit à petit ma place au sein du club.
J'étais d'ores et déjà régulier et plus ou moins assuré d'obtenir la place de capitaine l'année suivante si je continuais à ce rythme.
J'ai mis plusieurs semaines à le remarquer. Bien sûr, j'avais déjà dû voir que l'un de ces première année était vraiment grand pour son âge, mais je n'ai remarqué qu'il était là que vers le milieu de l'été.
Je remarquais qu'à chaque fois que j'avais besoin de quelque chose, d'une balle, d'une serviette, c'était toujours le même première année qui me le passait.
Il ne disait jamais rien, ne semblait d'ailleurs pas penser beaucoup, mais il était toujours... là.
Je me demandais si c'était un hasard ou s'il faisait exprès de toujours venir ramasser les balles là où je me trouvais.
Je ne disais rien. Après tout, je m'en fichais. S'il le faisait exprès, il avait bien raison de le faire... après tout, je le mérite.
Oshitari fut le deuxième à le remarquer. Enfin, à m'en parler en tout cas.

- Tu t'es trouvé un serviteur ?
- Je ne lui ai rien demandé.
- Mais tu ne vas pas cracher dessus.
- C'est juste quelqu'un d'intelligent qui sait que je serai capitaine l'an prochain et qui prend de l'avance.
- Le rang de capitaine ne t'octroye pas le droit de faire du reste du club tes serviteurs, tu sais.
- Les gens se ruent à mes pieds sans que je leur demande.

Oshitari émit un petit rire, remonta ses lunettes et lança un clin d'oeil au garçon, qui comme à son habitude était quelques mètres derrière moi.
Je lui en voulais pour ce geste.
Parce que ce première année était très clairement MA propriété et il se permettait de faire un geste envers lui alors que je ne lui avais même pas encore adressé la parole.
Oshitari quitta le terrain un sourire aux lèvres et je me retournais vers le première année, énervé.

- Comment tu t'appelles ?
- Kabaji Munehiro.

Il avait une voix grave et monocorde qui s'accordait avec tout le reste de sa personne.

- Viens, Kabaji.

Maintenant que j'y repense, je trouve ça étrange que ce soit l'une des premières phrases que je lui ai dites.

- Usu.

Il m'a suivi jusqu'aux gradins du court principal de l'école.
D'autres élèves se reposaient là et notre entraîneur regardait un match qui se déroulait sur le terrain.
Je m'asseyai et lui accordai un nouveau regard.
Je n'avais jamais vraiment fait attention à lui, et je voulais savoir ce à quoi ressemblait mon premier véritable admirateur.
Il était grand. Banal... enfin, pas banal, mais pas particulièrement plaisant à regarder. Il n'avait pas l'air d'avoir 12 ou 13 ans, en tout cas.
Il était musclé, mais son expression semblait vide. Malgré cela, je n'arrivais pas à trouver qu'il eut l'air bête.

- Assieds-toi, Kabaji.
- Usu.

Il mit quelques instants à s'asseoir à côté de moi.
Je sais depuis combien ce geste avait pu le rendre mal à l'aise, mais à l'époque, je ne voyais en lui qu'un garçon totalement inexpressif, qui aurait peut-être même pu rivaliser avec le glaçon de Seigaku de ce point de vue-là.

- Tu le fais exprès, d'être toujours pas loin de moi, hein ?

Il ne répondit pas et resta assis là, à fixer le vide comme si plus rien ne se passait dans son cerveau.

- Je te le dis tout de suite, je n'aime pas me répéter. Tu le fais exprès ?
- ... oui.

Je ne lui ai pas demandé pourquoi.
Je n'en avais rien à faire, en fait, c'était son problème et pas le mien.
Je me suis relevé pour retourner sur un court et il m'a suivi le plus naturellement du monde.
Il avait considéré cette discussion comme une autorisation de me suivre -et de me servir-, apparemment.
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Il me suivait sans que je lui demande, mais pourtant je ne pouvais m'empêcher de lui dire "viens, Kabaji", "suis-moi, Kabaji", de lui intimer de faire ce qu'il faisait déjà de lui-même.
Je ne comprenais pas bien pourquoi.
Je n'avais pas besoin de ça pour bien paraître auprès des autres. Mon tennis et ma classe naturelle me suffisent largement pour ça. Je n'avais pas besoin d'un première année comme esclave personnel pour que les gens me respectent et m'admirent.
Ca amusait Oshitari, ça énervait Shishido et la plupart des troisième année trouvaient ça mignon.
Pourquoi m'en serais-je privé ?
Sa présence était devenue naturelle aux entraînements, mais bien vite elle le fut aussi durant toutes les pauses de la journée puis après l'entraînement.
Je ne savais pas où le garçon habitait, et je m'en moquais, mais il me suivait chaque fois que je décidais de rentrer à pied plutôt que de me faire chercher en limousine.
Un jour, il avait attrapé mon sac avant moi pour le porter, et depuis lors, je ne me souviens plus l'avoir eu à nouveau sur mon épaule en sa présence.
Je n'ai pas réfléchi une seconde à pourquoi il faisait ça ni à ce que ça pouvait bien lui apporter.
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Je me souviendrai toujours de ce moment, je pense.
J'étais en ville, à acheter tout ce qui me semblait digne de ma personne, et je l'ai dit.
"On y va, Kabaji."
Mais... il n'était pas là.
Ce qui était normal, vu qu'on était dimanche.
Kabaji ne m'aurait servi à rien ce jour-là. J'avais déjà quelqu'un pour porter mes affaires, et n'importe qui m'aurait suivi, mais je me suis senti... frustré.
Pour une des premières fois de ma vie, j'avais honte.
Honte d'avoir dit ça dans le vide, même si personne ne l'avait entendu.
Honte d'avoir bêtement pensé que le garçon était toujours derrière moi.
Peut-être qu'il avait une vie, après tout.
Peut-être qu'être derrière moi n'était pas ce qui importait le plus pour lui et qu'il passait son week-end à des activités bien plus intéressantes.
Et cette idée me révulsait.
Il n'avait pas le droit, tout simplement pas le droit, de ne pas me considérer comme sa première et unique priorité.
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- Kabaji ?
- Usu ?
- Ton anniversaire, c'est quand ?

Il mit quelques secondes à répondre.

- Le 3 janvier.
- Joyeux anniversaire en avance.

Je jetai un paquet derrière moi, sans regarder, lui faisant confiance pour le rattraper.

- C'est un téléphone portable. Comme ça je pourrais te joindre tout le temps.

Pendant un moment, j'ai cru qu'il n'allait rien répondre comme à son habitude, mais au bout de quelques mètres, je l'entendis s'arrêter.

- Merci... Atobe-sempai.

Je m'arrêtai à mon tour, bizarrement surpris d'entendre mon nom dans sa bouche.
Ou peut-être était-ce sa façon de m'appeler.
Elle n'avait pourtant rien d'extraordinaire, vu qu'il était en première année.

- Je sais, je suis trop généreux, ça me perdra.

Je continuai mon chemin et un sourire naquit sur mes lèvres alors que j'ordonnais "Allons-y, Kabaji."
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J'avoue, le premier match que je l'ai vu disputer fut bien plus tard.
Bien sûr, il participait aux activités du club comme tout le monde, et se rendait aux exercices pour les première année quand il devait.
Mais je n'avais jamais pris la peine d'aller voir comment il se débrouillait. Quand il était libre ou qu'on lui disait de ramasser des balles, il venait systématiquement sur le terrain où j'étais, alors pourquoi aurais-je fait l'effort de le chercher ?
D'ailleurs, ce jour-là, je ne le cherchais pas, je tentais de retrouver Jirô, qui était censé jouer contre moi mais qui avait sûrement dû s'endormir quelque part en chemin.
Je passais le long d'un terrain réservé aux première année et c'est là que je l'ai vu.
Mon oeil fut tout de suite attiré par lui. C'était tellement étrange qu'il soit... dans mon champ de vision et pas derrière moi, en fait.
Et je fus passablement surpris.
Il était bon.
Bien sûr, je me doutais qu'il était puissant.
Mais tout son jeu était bon. De loin supérieur à celui des autres première année, et sûrement supérieur à celui de certains deuxième ou troisième année.
Il serait régulier avant la fin de l'année, sans aucun doute.
D'ailleurs, je décidai à ce moment que s'il ne l'était pas, je ferais en sorte qu'il le devienne.
Sakaki me devait encore un service.
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La limousine s'arrêta devant nous et Kabaji déposa mon sac à terre.

- Où est-ce que tu habites, Kabaji ?
- Makyoku, Shinsekimachi, Kyûkashô.

Mon chauffeur mettait mon sac dans le coffre alors que je prenais place en voiture.

- Monte, Kabaji.

Pour la première fois, je remarquai son hésitation. Je "voyai" quelque chose dans son visage qui disait qu'il était un peu intimidé à l'idée de venir s'asseoir dans la limousine.
Je me déplaçai et laissai une place sur la banquette à mes côtés.

- Usu.

Je souriais.
C'était étrange d'avoir Kabaji assis à côté de moi, mais je ne savais pas pourquoi, je trouvais cela plaisant.

- Mon chauffeur te déposera chez toi après.

Je n'avais pas envie de lui dire après quoi.
Mais je voulais qu'il se rende compte de tous les efforts que je faisais pour lui.

C'était la première fois que j' "invitai" Kabaji chez moi.
Je ne savais pas pourquoi, mais j'étais sûr à ce moment-là qu'il risquait de revenir souvent.
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- Kabaji, ce soir on va chez toi.

Maintenant que j'arrivai à lire ce petit mouvement de son arcade sourcillière qu'il faisait quand il était embarrassé, je tentais de le provoquer pour le revoir, pour l'étudier, ressentant une véritable satisfaction intérieure en me disant que j'étais le seul à voir ça.
Je décidai de laisser la limousine, et de faire avec Kabaji le chemin qu'il faisait habituellement, par curiosité.
C'était d'ailleurs embêtant, vu qu'il était habitué à marcher derrière moi, et que là c'était lui qui connaissait le chemin.
Je le chargeai juste de prévenir quand il fallait tourner, refusant de le laisser marcher à mon niveau sans vraiment savoir pourquoi.

Le trajet prit un peu plus d'un quart d'heure.
La maison de Kabaji était bien sûr modeste par rapport à la mienne, mais d'une taille tout à fait acceptable.
Après tout, Hyôtei est un collège privé, et l'un des plus chers, donc sa famille devait avoir de quoi lui payer ses études là-bas.
Alors que nous enlevions nos chaussures dans l'entrée, la mère de Kabaji vint nous accueillir.
Elle était grande, mais elle ne lui ressemblait pas.
Elle fit un léger sourire en me voyant et je décidai de prendre la parole.

- Je suis Atobe Keigo, un... ami de... Munehiro. Enchanté de faire votre connaissance.

Je m'inclinais même légèrement vers elle, persuadé qu'elle n'était pas au courant que ce genre de gestes m'était tout sauf familier.

- Ah, c'est donc toi, Atobe-kun ! Munehiro me parle souvent de toi ! Il paraît que tu es le plus fort au club...

Je restai interloqué deux secondes...
Kabaji... parler ?
Je lançai un regard en coin à Kabaji avant de me retourner vers sa génitrice, mon sourire le plus enchanteur aux lèvres.

- Disons que je me débrouille... J'espère que je ne dérange pas.
- Non, bien sûr que non. Allez vous installer dans la chambre de Munehiro, je vous apporte à boire.
- Merci infiniment.
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Sakaki a toujours été un bon entraîneur. Il a tout de suite compris que j'étais la perle rare et m'a traîté en conséquence.
C'est pour ça qu'il est venu me demander qui je voulais avoir comme vice-capitaine plutôt que de choisir tout seul.
Et puis aussi parce que parmi les réguliers qui seraient en troisième année, aucun ne semblait vraiment l'inspirer. Jirô dormait tout le temps, Oshitari semblait se foutre royalement du club de temps à autre, Gakuto était trop hystérique, Shishido trop instable et aucun n'avait le dixième de mon charisme.
J'ai dit "Kabaji" à moitié en rigolant.
Mais j'étais sérieux.
Je ne voulais pas d'un vice-capitaine qui pourrait me contredire.
Le capitaine ordonne, le vice-capitaine fait.
Kabaji n'aurait pas pu être mieux placé pour ça.

J'ai beaucoup aimé la réaction de la plupart des membres du club à l'annonce de leurs nouveaux capitaine et vice-capitaine pour l'année suivante.
Mais personne n'osa protester.
Après tout, Kabaji était bon, et on le jugeait peut-être assez responsable pour le rôle que je voulais qu'il joue.

Ce soir-là, j'avais choisi de rentrer à pieds, voulant profiter des premiers beaux jours du printemps et me sentant d'assez bonne humeur pour honorer la rue de ma présence.

- Merci... Atobe-buchô.

Je m'arrêtai et me retournai vers Kabaji, levant un sourcil étonné.
Je n'avais rien à répondre.
Je le trouvais... mignon, quelque part.

Kabaji peut parler.
Il parle peu, mais il en est capable.
Il comprend ce qu'on lui dit, et je l'ai même surpris une ou deux fois à lire un livre.
J'avoue même avoir regardé ses résultats après un examen blanc et avoir été surpris de voir qu'il était dans les premiers de sa classe.
Je trouvais d'ailleurs ça rassurant de savoir que le garçon qui me suivait partout jouissait de toutes ses capacités mentales.
De savoir que c'était même peut-être quelqu'un d'intelligent qui avait choisi de son plein gré de devenir mon esclave, si on peut dire ça comme ça.

Et c'était tellement rare qu'il fasse quelque chose de lui-même (hormis prendre mon sac ou me suivre), que je ne pouvais m'empêcher d'adorer les quelques fois où il faisait quelque chose de son plein gré, ou qu'il m'adressait la parole sans que je ne lui aie demandé quoi que ce soit au préalable.
Bien sûr, je n'aurais pas supporter qu'il le fasse trop souvent. Une fois par mois était bien suffisant.
Après tout, Kabaji était Kabaji.
S'il se mettait à me parler, ce ne serait plus lui.
Et je suis sûr qu'il deviendrait beaucoup moins intéressant.
Mais une fois de temps à autre, c'était tout à fait acceptable... surtout si c'était pour me remercier.
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Il pleuvait des cordes ce jour-là.
L'averse avait commencé vers midi et ne s'était pas arrêtée une seconde, empêchant tout entraînement sur les courts extérieurs.
Hyôtei ne disposait, et ne dispose toujours, que de deux courts de tennis en salle, et lorsqu'il pleut, les réguliers ont la priorité pour les utiliser.
La plupart des membres du club étaient donc rentrés plus tôt, et nous étions une petite dizaine sur les terrains à nous entraîner.

J'étais exténué quand l'entraînement s'arrêta, ayant disputé un long match contre Jirô et ne me sentant pas particulièrement bien.
Alors que je posais un pied dehors, je me rendis compte que quelque chose n'allait pas et je me retournai.
C'était la première fois que je voyais Kabaji... oublier son parapluie.
En règle générale, par temps de pluie, le garçon tenait un parapluie au-dessus de ma tête, et un autre par-dessus la sienne. Des fois je lui faisais le privilège de tenir moi-même mon parapluie, mais comme il semblait très bien se débrouiller avec deux, je lui laissais de plus en plus souvent l'honneur de tenir ma tête au sec.

Il sortit mon parapluie de mon sac et l'ouvrit, le tendant au-dessus de ma tête alors que j'appelais mon chauffeur pour lui dire de venir me chercher au portail sud, vu que c'était le plus proche de nous à ce moment.
Je regardai le visage de Kabaji un instant. Il ne semblait pas particulièrement dérangé à l'idée de se faire tremper. Peut-être juste à l'idée que mon sac soit mouillé alors qu'il le portait, en fait.

- Kabaji ?
- Usu ?
- On tiendra bien à deux sous ce parapluie.

Il ne bougea pas d'un centimètre, et au bout de quelques secondes, je repris la parole.

- Je n'aime pas me répéter, Kabaji.

Il se rapprocha de moi pour que nous soyons tous deux abrités, mais gardait du mieux qu'il pouvait ses distances.
Un sourire aux lèvres, je me rapprochais de lui avant de faire résonner un "en avant, Kabaji" dans la cour désertée de notre collège.
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Kabaji s'était trouvé son coin favori dans ma chambre.
Enfin, dans l'une de mes chambres, celle où je restais le plus, on va dire.
Il était toujours au même endroit, droit comme un piquet, sauf quand je lui intimais de s'asseoir.
En fait je n'aimais pas le voir debout quand je m'asseyais moi-même. Pas par pitié ou quoi que ce soit, mais parce que je le trouvais trop grand. C'aurait été un comble qu'il se retrouve en position de supériorité, quand même, non ?

Ce jour-là, nous avions échangé quelques balles sur mon court privé, et je me réjouissais de voir que même si Kabaji s'améliorait, son niveau restait toujours très inférieur au mien.
Après une longue douche, j'étais retourné dans ma chambre, et comme je ne lui avais pas encore dit de rentrer chez lui, il m'avait suivi, comme à son habitude.
Je crois qu'il détestait le fait qu'on vienne nous servir à boire à tous les deux de la même façon, et il avait pris l'habitude de prendre le plateau des mains de notre majordome pour le porter lui-même jusqu'à ma chambre.
Ou peut-être ne voulait-il pas que quelqu'un d'autre que lui me serve alors qu'il était là.
Ce jour-là, il en était de même, et il avait posé le plateau avec les deux tasses de chocolat fûmant sur une table alors que je m'allongeais sur le lit.

Je me sentais bien sans vraiment savoir pourquoi.
Je le regardais un sourire aux lèvres alors qu'il ajoutait un sucre à ma tasse avant de me l'apporter.
Je m'asseyai en tailleur et attrapai la tasse qu'il me tendait, n'arrivant pas à m'arrêter de sourire.

- Tu peux t'asseoir, Kabaji.
- Usu.

Il prit sa propre tasse sur la table et s'assit à terre.

- Je viens de te faire une place sur le lit.

Ma phrase avait un ton de reproche, comme s'il avait été clair qu'il devait s'asseoir à mes côtés.
Je n'ai toujours pas compris pourquoi je tenais à ce qu'il s'assoit plus près, mais je le regardais avec des yeux amusés tout en entamant mon chocolat.
Sa gêne était évidente alors qu'il prenait place sur le lit.
Enfin, elle était évidente pour moi.
Je suppose que personne d'autre ne l'aurait remarquée.
Il ne me regardait pas.
Mais en règle générale, il ne me regardait jamais quand je l'observais moi-même.
C'aurait été irrespectueux, d'une certaine manière.
Je commençai à parler en buvant mon chocolat, faisant la conversation tout seul, ne m'attendant pas à ce qu'il fasse plus qu'acquiescer.
De toute façon, je n'aime pas parler avec les personnes qui ne sont pas d'accord avec moi.

Je lui tendis ma tasse une fois que je l'eue finie, et il alla la reposer avec la sienne sur la table alors que je m'allongeais à nouveau sur mon lit.

- Masse-moi, Kabaji.

Je regrettai un instant de m'être couché sur le ventre et de ne pas pouvoir voir son visage à ce moment-là.
Un silence s'installa et je le sentai hésiter alors qu'il se rasseyait sur le lit, tout près de moi, plus près qu'il ne l'avait jamais été.

- Je ne sais pas faire ça.

Mon sourire s'élargit en l'entendant prendre la parole, imaginant ses mains hésitant quelques centimètres au-dessus de mon dos.
Je savais bien qu'il voulait juste ne pas me décevoir.

- Essaye au moins.

Je poussai un long soupir en sentant ses mains trouver mon dos et commencer leur oeuvre.
Bien sûr, il était moins doué que le masseur professionnel que j'employais habituellement, mais je tirais un plaisir immense de cette situation, me demandant ce qu'il pouvait penser, ce qu'il pouvait ressentir.
Ressentir.
C'était bien la première fois que je me souciais de ce que Kabaji pouvait ressentir.
De ce que quiconque pouvait ressentir, en fait.
Je réalisai que le contrôle que j'avais sur Kabaji n'avait rien à voir avec celui que je pouvais avoir sur d'autres personnes.
Il aurait tout fait pour moi. Sans que je lui demande, sans que je lui donne rien en échange.
Sans aucune raison ?
Juste parce qu'il... m'admirait ?
Je me rendais bien compte que c'était étrange que ce garçon avec une volonté propre et un minimum d'intelligence choisisse d'être à mes pieds juste par respect.
Je me demandais pour la première fois "pourquoi" Kabaji me suivait. "Pourquoi" il m'obéissait.
A cause de mon tennis ? De mon intelligence ? De mon charisme ?
Qu'est-ce qu'il ressentait à mon encontre ?

Ces pensées m'avait fait oublier le massage et je réalisais que celui-ci n'était pas vraiment à la hauteur de mes espérances.

- Arrête-toi, Kabaji.
- Usu.

Ses mains repartirent aussitôt et je me redressai, peu sûr de savoir ce que je voulais vraiment faire.
Au final, j'ôtai mon polo et me recouchai.

- Mets-y plus de conviction, maintenant.
- Usu.

Je frissonnai en sentant ses mains entrer en contact avec ma peau nue, ne comprenant pas vraiment pourquoi, vu que je n'avais jamais ressenti cela lors d'un quelconque massage, et que celui de Kabaji n'était pas extraordinaire.
Comme je le lui avais demandé, ses mains exerçaient une pression un peu plus forte sur mon dos, glissant dans un mouvement répétitif plutôt agréable qui semblait relaxer chacun de mes muscles.
Au bout de longues minutes, je décidai pourtant que ce n'était pas ça que je voulais.

- Plus doucement.
- Usu.

La pression s'atténua, et ses doigts se contentaient désormais de glisser sur ma peau dans un contact qui me semblait particulièrement divin.
Une de ses mains glissa sur ma nuque, osant se risquer sur mon épaule puis dans mon cou et fit mon corps s'arc-bouter légèrement sans que je ne puisse le contrôler.
J'en voulais plus.
Je tremblais à cette réalisation.
Plus ?
Ce n'était qu'un massage.
Ce n'était que Kabaji.
Pourquoi est-ce que ça me faisait... cet effet ?

- Stop !

De nouveau, les mains de Kabaji s'écartait de mon corps, et je fixai le jeune homme pendant de longs instants.
Il semblait aussi inexpressif que d'habitude, mais je savais que quelque chose n'était pas normal dans son visage.

- Pourquoi tu fais ça ?
- ... parce que vous me l'avez demandé.
- Non, je veux dire, pourquoi tu fais tout ce que je te demande ?
- ... pourquoi pas ?

Je le frappai à l'arrière du crâne.
Il venait de me répondre.
Je ne supportais pas ça.

- POURQUOI ?
- ...

Je pris une longue inspiration, ayant l'impression que je n'arriverais jamais à me calmer.
Je savais très bien ce que je voulais qu'il me réponde, même si je ne voulais pas me l'avouer, mais j'étais surpris qu'il ose me tenir tête pour ne pas avoir à le dire.
Je laissai quelques instants s'écouler pour que ma voix soit de nouveau égale à elle-même, sirupeuse au possible.

- Tu peux le dire, ça ne changera rien entre nous.

Je rigolais intérieurement de ma phrase.
Si quelqu'un avait envie que quelque chose change entre lui et moi, ça ne risquait pas d'être moi. Après tout, c'était moi qui donnais les ordres, et lui qui portait les sacs.

- ... je...

Je me surprenais à le trouver mignon alors que je décelais ce que j'interprétais comme un rougissement sur son visage qui semblait paradoxalement être pourtant le même que d'habitude.

- Dis-le, Kabaji.
- ... parce que je vous aime.

C'était ce que j'attendais, mais maintenant qu'il l'avait dit, je ne savais pas quoi faire.
Ce n'était pas la première personne à me faire une déclaration, loin de là.
Mais c'était sûrement la première personne que j'avais forcée à me déclarer ses sentiments.
Pourquoi en avais-je quelque chose à faire ?
Pourquoi est-ce que ça m'importait qu'il m'aime ou pas ?

- Et tu penses que tu pourras t'attirer mes faveurs en faisant tout ce que je te dis ?

Je savais très bien que c'était faux.
Kabaji n'avait jamais rien fait, rien essayé, rien dit. Il n'avait même pas voulu le dire, d'ailleurs.

- ... non.

Je le savais, je le savais parfaitement.
C'était ce que les gens appellent communément un "amour désintéressé". Je savais qu'il était juste heureux d'être avec moi et de m'aider comme il pouvait. Je le savais.
Mais ça me semblait tellement étrange que je n'arrivais pas à comprendre.

- Regarde-moi quand je te parle.

C'était la première fois que je lui demandais ça.
Et sûrement la première fois que nous parlions les yeux dans les yeux.
Il devait être troublé, mais je dois avouer que je l'étais aussi.
C'était la première fois que j'en avais vraiment quelque chose à faire que quelqu'un... m'aime.
Je posai une main sur sa joue.

- Ca me fait plaisir que tu l'aies dit. J'aime quand les choses sont claires.

Je récupérai ma main. Pour la première fois, je n'étais pas sûr de "quoi" faire avec Kabaji.
J'aurais aimé le renvoyer chez lui pour réfléchir à ça, ou arrêter d'y penser, mais je me disais que ce serait cruel envers le jeune homme de le renvoyer juste après sa... déclaration.
Je crus être malade d'en avoir quelque chose à faire, vu que ce que pouvait ressentir Kabaji n'avait jamais fait partie de mes priorités.
D'ailleurs je n'y avais pas pensé avant ce fameux jour.
Il me regardait toujours, vu que je le lui avais demandé, mais je trouvais désormais gênant d'être observé.
Je ramassai mon polo et le réenfilai, ne comprenant pas pourquoi tout à coup je me sentais bizarrement faible torse-nu face à Kabaji.

- Kabaji, laisse-moi.

Je l'avais dit, je ne pouvais pas faire autrement.
Il se leva et sortit de ma chambre sans dire un mot alors que pour la première fois de ma vie... mon coeur se serrait.