Chapitre deuxième :

*petite note : il me semble qu'Atobe n'appelle pas Gakuto Gakuto mais Mukahi, mais ce nom de famille est tellement immonde qu'on va l'occulter et vous allez faire comme si tout le monde appelait Gakuto par son prénom ^^;*


J'ai très mal dormi cette nuit-là.
Je cherchais à comprendre les drôles de pensées qui avaient germé dans mon esprit, et pourquoi tout à coup je pouvais... ressentir quelque chose à la déclaration de quelqu'un.
Je ne me comprenais pas. Je ne comprenais pas pourquoi, tout à coup, un événement si banal puisse m'affecter.
Je rejouais l'après-midi plusieurs fois dans ma tête. La partie de tennis, le chocolat, le massage... la déclaration. Je ne sais pas ce qui m'avait troublé le plus.
Je savais très bien que Kabaji m'aimait. C'était évident comme le nez au milieu de la figure, c'était quelque chose que tout le monde avait dû remarquer. C'était quelque chose que j'avais parfaitement su, sans vraiment l'admettre.
Et je ne savais pas pourquoi je trouvais cela différent, maintenant qu'il l'avait dit.
Différent...
Je lui avais dit que cette déclaration ne changerait rien... bah, Kabaji comme tant d'autres savait parfaitement que je n'avais aucun problème pour mentir de temps à autres... mais... ce n'est pas vraiment que je culpabilisais, parce que ce concept me reste encore assez flou, mais je me sentais juste mal.
Et je m'étonnais de voir que la relation que j'avais avec Kabaji, si on pouvait appeler ça "relation", était une des seules que je n'avais pas envie de juste... gâcher.
Je me sentais faible, et épuisé, et incapable de trouver le sommeil.
Quand ces pensées ne me perturbaient pas, le souvenir de ses mains sur mon dos refaisait surface, et je réalisais avec effroi que j'avais laissé quelqu'un qui se meurt d'amour -et sûrement de désir- pour moi me toucher... autant.
Et qu'en plus de ça... j'avais apprécié.
Je me dégoûtais moi-même, d'autant plus que je n'arrivais pas à occulter le fait que j'aurais bien aimé... une seconde fois.

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A la pause déjeuner, Oshitari et Gakuto vinrent me chercher.
C'était assez commun que je mange avec les réguliers du club de tennis, en fait.
Tout le monde aimerait manger avec moi, mais je dois dire que je n'ai pas envie de passer mon temps avec n'importe qui.
J'apprécie sincèrement une bonne partie des membres de notre club. Ce n'est pas parce que je leur suis de loin supérieur et que je m'aime plus que les autres que je n'apprécie pas leur présence.
Oshitari et Gakuto me font rire.
Vraiment.
J'aime quand Oshitari énerve exprès Gakuto pour pouvoir se faire pardonner après.
Je sais que même si sa voix est son plus grand atout, son plus grand plaisir reste quand Gakuto lance ses "Yuuuuushi" qui feraient pâlir les plus prudes d'entre nous. (Heureusement, Jirô dort la plupart du temps à ces moments-là.)
Sincèrement, ce sont des moments que j'apprécie.
Quand je parle, tout le monde se tait et m'écoute. Mais j'aime voir ces petits bouts de vie, entendre tout le mal que Shishido a à dire sur les autres (il semble qu'à présent la personne qu'il aime le plus dénigrer soit un deuxième année du nom d'Otori Chôtarô... il faudra que je vois de qui il s'agit car je n'en ai vraiment aucune idée...).
J'aime passer ma pause déjeuner sur les gradins de notre court principal entouré de gens plus ou moins intelligents, mais qui me connaissent, me respectent, et m'amusent.
Ce jour-là comme tous les autres, nous nous retrouvâmes tous sur les gradins.
Je savais très très bien que quelque chose manquait, mais j'espérais sincèrement que personne d'autre ne le remarquerait. Je ne voulais pas y penser.
Personne ne dit rien, même si je remarquai plusieurs fois leurs regards se perdre juste... derrière moi.
Vers le dessert, Jirô se réveilla.
J'aime bien Jirô aussi. Il peut être exaspérant, mais aussi tellement... hmm, comment dire... disons que j'apprécie toujours quand quelqu'un me regarde et me parle come si j'étais la 8e merveille du monde (surtout que c'est un peu vrai), et c'est le cas de Jirô quand il est réveillé.

- Ah, j'ai dormi.

Gakuto éclata de rire à l'affirmation.
Comme si Jirô pouvait faire autre chose.
Il ouvrit son bentô, semblant encore un peu endormi, et commença son repas sous l'oeil amusé de tous les autres. Je crois que la plupart des réguliers trouvent Jirô adorable. Je crois même qu'il pourrait réveiller l'instinct maternel de Gakuto, par moments.
Et puis ce déclic dans son oeil, ce quelque chose qui montre que Jirô s'est connecté à la réalité, même si ce n'est peut-être que pour quelques minutes.

- Où est Kabaji ?????

J'ai réussi à maîtriser sans trop de problème ma réaction.
Je ne voulais pas entendre cette question. Mais c'était évident qu'elle m'était adressée.

- Je ne sais pas.

Jirô me regarda comme si j'avais dit que j'avais petit-déjeuné avec des extra-terrestres. Il se tourna vers Gakuto.

- Il est malade ??
- Je n'en sais rien, moi !
- Tu ne l'as pas appelé, Atobe ???????

Je détournai le regard.

- Non.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Vous êtes fâchés ?

Je me levai.
Je n'avais pas envie de parler de ça.
Je ne savais pas quoi dire, ni quoi penser.

- Finis vite ton repas ou tu vas être en retard en cours, Jirô.

Il a très bien compris que ça voulait dire que je ne voulais plus en entendre parler.
Et un long silence s'installa, pendant lequel j'échangeai un regard avec toutes les personnes présentes.
Shishido rougissait un peu sans que je comprenne vraiment pourquoi, Gakuto avait l'air énervé et Oshitari poussa un long soupir quand mon regard croisa le sien.
Je m'en allais.
Seul.
C'était étrange.
C'était... désagréable.

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- Hiyoshi m'a dit qu'il était en cours... alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Oshitari.
Comme si j'avais besoin qu'on vienne me le rappeler à l'interclasse.

- Comment ça ?
- Tu veux me faire croire que rien ne s'est passé, alors que Kabaji est en parfaite santé et que tu te déplaces sans lui ?
- On n'est pas des frères siamois, à ce que je sache.

Oshitari était venu s'asseoir sur ma table, mais je n'avais pas envie de croiser son regard.

- Je ne t'avais pas vu déjeuner sans lui depuis presqu'un an.

Un an ?
Ca faisait donc si longtemps que je connaissais Kabaji ?
Si longtemps que le collégien me suivait partout ?

- ... et ?
- Et je savais bien qu'il finirait par se rendre compte que tu avais une personnalité insupportable, mais je ne pensais pas que ça se ferait d'un jour à l'autre. Qu'est-ce que tu lui as dit ?

J'avais envie de lui crier que ce n'était pas ses affaires, pas sa vie, et qu'il n'avait pas le droit de parler de moi de cette façon.
J'avais envie de me lever et de l'étrangler, de le jeter par la fenêtre, vu que je ne pouvais pas ordonner à Kabaji de le faire à ma place.

- ... je lui ai dit de me laisser. Je suppose qu'il a compris "pour toujours".

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça.
Pourquoi j'étais incapable de répliquer.
Pourquoi j'avais envie que quelqu'un sache, que quelqu'un me donne un indice de ce que j'étais censé faire, vu que j'étais bien trop fier pour le demander directement.

- C'est ce que tu voulais dire ?
- ... non.
- Pourquoi tu ne lui dis pas ?

Je relevai les yeux.
Oshitari avait très clairement perdu l'esprit.
Il voulait que MOI j'aille trouver Kabaji ?
Que je fasse le chemin ? Que je lui dise que je n'avais pas envie qu'il me laisse ?

Oshitari se mit à rire.

- Ca ne va pas entâcher ta dignité de lui dire de te suivre à nouveau, Atobe.

La cloche sonna, signalant la fin de l'interclasse, et Oshitari se releva pour retourner dans sa salle de cours.

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Je ne mis pas bien longtemps à me décider.
Ce soir-là, au club, je voyais bien que tout le monde me regardait bizarrement... ou regardait bizarrement Kabaji.
Je ne sais pas pourquoi, mais je voulais juste... ne pas le voir. Je ne suis pas allé aux exercices réservés aux réguliers et suis allé m'occuper des première année à la place. Je ne voulais pas le voir. Je ne voulais pas savoir qu'il était là... mais pas pour moi. Qu'il pouvait exister sans être derrière moi.
J'oubliai la moitié de mes affaires sur les terrains en retournant aux vestiaires... C'était devenu tellement étrange d'avoir à les porter que je n'y avais pas fait attention.
Pourquoi cet imbécile de Kabaji avait-il compris ce que je voulais dire de travers ?
Il était censé m'aimer, non ? Alors pourquoi n'était-il pas à mes pieds ?
Et pourquoi cela m'énervait-il que Kabaji arrête d'être à mes côtés ? J'aurais pu le remplacer par n'importe qui. Je suis certain que la moitié des première année seraient prêts à s'entretuer pour pouvoir porter mon sac et me suivre partout.
Mais je ne voulais pas de n'importe qui.
Je voulais Kabaji.
Pourquoi ?
Il ne parlait pas, semblait incapable de décider de quelque chose par lui-même et en plus de ça il n'était même pas mignon.
Je n'arrivais pas à trouver la raison... mais je savais qu'il fallait que je fasse quelque chose, parce qu'il n'était pas question que je repasse une journée comme celle-là.

Au final, en rentrant dans les vestiaires réservés aux réguliers, je me rendis compte qu'il était là. Seul.
Il ne tourna pas la tête vers moi quand je rentrai dans la pièce et je me dirigeai vers mon casier, me demandant comment j'allais bien pouvoir dire ce que je voulais dire.
J'ouvris mon casier, et me changeai, mais n'osai dire un mot.
Qu'est-ce qui me retenait ? Cette journée n'avait pas suffi ? Je savais qu'Oshitari avait raison, et que ce ne serait pas m'abaisser que de donner à nouveau des ordres à Kabaji.
J'entendis un bruit derrière moi. Il refermait son casier. Il allait partir.
Je devais faire quelque chose.

- Kabaji ?

Ca y est, j'avais fait le premier pas.
J'avais fait ce que je ne pensais jamais faire.
Je n'allais pas m'excuser, mais je... je n'avais pas juste attendu qu'il revienne à mes pieds en rampant.

- Usu ?
- Où étais-tu à midi ?
- ... dans ma classe.
- Depuis quand tu manges avec quelqu'un d'autre que moi ?
- ...

Je lançai un regard en arrière et le regardai dans les yeux.

- Je t'avais dit que ça ne changerait rien entre nous.

Je fermai mon sac et le lui lançai.

- On y va, Kabaji.

J'ai eu peur un instant qu'il ne me suive pas.

- Usu.

Un sourire naquit sur mes lèvres alors que je me mettais en route.
Ca... n'avait pas été si dur, finalement.

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Tout était redevenu normal.
Kabaji me suivait à nouveau partout, portait mon sac, m'obéissait, et j'en vins presque à oublier sa déclaration.
Presque.
De temps à autres, j'y repensais, mais je tachais de chasser cette pensée le plus vite possible de mon esprit.
Elle n'amenait jamais rien de bon.
La dernière chose dont j'avais envie était bien d'être gêné face à Kabaji.

Il m'aimait ? Soit. Après tout, tout le monde m'aime. Il était bien normal que Kabaji m'aime. Ca prouvait juste qu'il avait bon goût.

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Je me suis endormi sans m'en rendre compte. Il faisait tellement bon dans ma chambre, que j'ai juste fermé les yeux et j'ai dormi.
Je me suis réveillé désorienté, sous une couverture, sans vraiment comprendre où j'étais.
Il était assis par terre, pas trop loin de mon lit, et me regardait sans vraiment me voir.
Il détourna le regard quand il remarqua que je m'étais réveillé et que je le fixais.

Je me redressai, étouffant un baillement.

- C'est toi qui m'a mis cette couverture ?
- Usu.

Je ne remercie jamais Kabaji.
C'est un principe.
Il fait ce qu'il fait sans que je lui demande, donc pourquoi je le remercierais ? Je sais qu'il est assez heureux de juste prendre soin de moi pour que je n'ai pas à le remercier en plus.

Je le regardai pendant de longs instants.
Depuis ce jour où il avait dit qu'il m'aimait, depuis cet instant, et malgré ce que j'avais pu dire, quelque chose avait changé.
Il avait la même attitude avec moi, mais je remarquais plus souvent qu'il était gêné dès que nous étions un peu proches.
Et mon attitude... je ne comprenais rien à mon attitude. Des fois je regrettais de garder Kabaji auprès de moi, et des fois j'étais juste... heureux de le regarder du coin de l'oeil et de me dire que ce garçon... m'aimait.
C'était bête. Ce n'était tellement pas... moi.

J'étouffai un nouveau baillement. J'étais bizarrement fatigué sans aucune raison. Pendant un court instant je pensais à Jirô puis oubliai alors qu'une idée germait dans mon esprit.

- Kabaji, viens.

Il se leva et s'approcha de mon lit.
Je m'écartai du bord, lui laissant une place.

- Assieds-toi.
- Usu.

Je le regardai intensément, sans vraiment savoir ce que je cherchais, alors qu'un frisson courrait le long de mon dos.
J'ai toujours froid quand je me réveille. Surtout quand je me réveille d'une sieste au plein milieu de l'après-midi.

- Allonge-toi.

Un sourire glissait sur mes lèvres alors qu'il hasardait un regard vers moi, hésitant.

- Il n'y a aucun but pervers là-dessous, allonge-toi.

Il devait peut-être être plus déçu que rassuré par cette phrase, mais tant pis.

- Usu.

Ca y était, il était allongé, raide comme un piquet, contemplant le mur opposé de ma chambre pour ne pas avoir à affronter mon regard et... il rougissait, même si seulement un petit peu.
C'était... adorable.
Je ressentais un plaisir malsain à tourmenter le petit coeur de ce pauvre Kabaji, mais je me disais qu'après tout, il allait être bien récompensé de tous ses fidèles et loyaux services.
Je me rallongeai, tout contre lui, tirant la couverture sur mes épaules.
Son corps était chaud, et je sentais mes yeux se refermer.
Je déplaçai un de ses bras, le calant sous ma tête pour me servir d'oreiller, le laissant courir dans mon dos pour être entouré de cette chaleur.

- Réveille-moi dans deux heures.

Je souriais.

- U... usu.

Je me collai un peu plus à lui, attendant que le sommeil revienne.
Mais il n'en avait apparemment pas l'intention.

J'entendais son coeur battre tout contre mon oreille. C'était la première fois que j'avais un oreiller... vivant.
Il n'osait pas bouger d'un millimètre, mais je sentais chacune de ses respirations, chaque frisson qui faisait légèrement tressaillir son corps.
Et je réalisai que j'étais couché dans les bras de Kabaji, que c'est moi qui avais ordonné ça et surtout... que j'étais bien ici.
J'avais envie de me taper la tête contre un mur de faire des choses si bizarres, mais j'avais encore plus envie de tester la résistance de Kabaji, envie de passer un bras par-dessus son corps, et même de sentir la main dans mon dos me serrer plutôt que d'être juste... là.
Je tressaillis.
Ce n'était pas de bonnes idées.
Très clairement pas.
Mais je ne pouvais pas m'en empêcher.
Et je ne pouvais même pas l'accuser.

Mon visage finit par déménager de son bras à sa poitrine, j'hasardai une main par-dessus son corps et décidant que quitte à faire quelque chose, autant le faire jusqu'au bout, une de mes jambes glissa par-dessus les siennes.
J'entendais toujours son coeur battre dans mon oreille, de plus en plus fort... jusqu'à réaliser que ce n'était pas son coeur que j'entendais battre, mais le mien.

Je ne faisais pas ça pour le tester, je ne faisais pas ça pour voir si Kabaji pouvait me résister. Je faisais ça parce que ça me plaisait. Parce que j'avais envie de sentir son corps contre le mien.
Et après tout, où était le mal ?
C'est normal pour un adolescent de mon âge d'avoir ce genre d'envies, et qui plus est, Kabaji aurait été consentant pour faire n'importe quoi avec moi.
Alors pourquoi pas ?

J'attrapai la main qui reposait dans mon dos et la posai sur mon flanc en poussant un léger soupir.
Kabaji était décidément bien résistant, même si je sentais son corps trembler de ce que je lui faisais subir.

- Kabajiiiii ?
- Usu ?

Je me glissai un peu plus sur lui, mon visage se décollant de son torse pour pouvoir le regarder.

- Tu es bien installé ?
- ... usu.

Ma jambe glissa le plus doucement du monde sur les siennes alors qu'un sourire naissait sur mon visage.

- Hmmm...... moi aussi...

Je me recouchai sur son torse, réalisant que désormais mon corps était plus en contact avec celui de Kabaji qu'avec le matelas, et que j'étais un monstre de faire ça à un garçon éperdument amoureux de moi.
Ma main droite reposait sur son torse à côté de mon visage, et je me mis à tracer de petits cercle avec mon index, observant comment le tissu de sa chemise se pliait sous mes doigts.

- Tu as envie de faire quelque chose ?

Je m'arc-boutai, faisant glisser la main qu'il avait dans mon dos un peu plus bas.

Je venais de faire une proposition indécente à Kabaji.
Je n'en revenais pas.
Mais je m'amusais comme un fou.

- ...

Pauvre pauvre Kabaji.
Je rapprochai mon visage du sien, ma bouche se trouvant désormais au niveau de sa gorge, et je sussurai dans son cou :

- Si tu veux faire quelque chose, n'hésite pas.

Je soufflai le plus doucement possible sur son oreille et le vit frissonner. Quel effet j'avais sur lui. Kabaji, si grand, si fort, mais incapable de faire quoi que ce soit face à moi.
Mon pied vint caresser l'intérieur d'une de ses jambes alors que je reposais mon visage sur son épaule.

- Si tu n'as envie de rien, je n'insisterai pas... Moi qui me trouvais d'humeur généreuse...

J'en aurais presque été vexé si je n'avais pas vu et senti les frissons que quelques petits mouvements de ma part faisaient naître en lui.
Et...
Je sentis sa main qui était dans son dos remonter doucement le long de ma colonne vertébrale, me faisant trembler à mon tour. Au final, elle s'arrêta à ma nuque et l'empoigna doucement, tournant le plus délicatement possible mon visage vers le sien. Je me sentis rougir stupidement.
Ses lèvres se posèrent sur mon front, une fraction de seconde, puis repartirent, alors que la petite pression qu'il émettait sur ma nuque disparaissait.
J'avais l'impression de m'être fait avoir à mon propre piège.
Je sentais mon coeur battre à cent à l'heure, et ma main qui reposait sur son torse avait agrippé sa chemise sans que je m'en rende compte.
Ce n'était pas normal.
Pourquoi mon coeur se serrait-il ? Pourquoi je ressentais quelque chose au simple contact de ses lèvres sur mon front ?
Je n'avais jamais ressenti ça. Ce n'était pas normal.
Et autant j'avais monstrueusement envie d'en avoir plus, autant j'avais... peur de ce... sentiment que je ressentais.
Ce n'était vraiment, vraiment pas normal.
Je devais faire quelque chose pour arrêter ça.
Un instant, je me dis que je devais m'écarter et lui dire de partir mais je savais que ça ne changerait rien... ça ne me ferait qu'avoir à le rechercher le lendemain...
Ce n'était pas sa faute. Ce n'était pas ses sentiments.
Ca venait de moi.

Je fermai les yeux et sentis tout mon corps se décontracter. Je me rendis compte que son pouce caressait doucement ma nuque, dans un petit geste régulier particulièrement agréable.
Je sentis un sourire réapparaître sur mes lèvres. J'étais bien, là. Dans les bras de Kabaji.

- Tu es bien sage, je trouve.

Ses lèvres se posèrent de nouveau sur mon front, de nouveau un très court instant.

- ... mais ce n'est peut-être pas un mal.