Chapitre quatrième :

Pour la première fois, les acclamations furent pour Kabaji.
Ce jour où il revint en cours, où il me suivit à nouveau, tout fut différent.
Ce n'était pas vers moi que se portait l'attention de nos camarades du club.

Tout le monde était heureux de le revoir.
Il a beau ne pas parler, je crois que tout le monde l'aime bien.
Je ne sais pas bien pourquoi.
Mais après tout, c'est mon cas aussi.
Jirô et Gakuto lui sautèrent dessus, et je dus les rouspéter pour qu'ils le lâchent, leur rappelant que le pauvre garçon était blessé.
Et puis je n'avais pas sauté sur Kabaji, alors personne n'allait sauter sur Kabaji.

Shishido et Otori l'avait accueilli d'un sourire, Oshitari lui avait caressé la tête comme s'il s'était agi d'un enfant, et Sakaki ne mentionna même pas le fait que Kabaji ne pourrait plus jouer pendant un temps.
Tout le monde semblait... soulagé de le voir.
Et je dois avouer, j'étais heureux qu'il soit là. Heureux qu'il se soit remis. Heureux qu'il soit encore et toujours à mes côtés. Heureux que l'attention du garçon qui attirait tous les regards ne soit que pour moi et moi seul.

Je décidai de prendre quelques minutes pour lui montrer le nouveau canapé que j'avais récupéré pour les vestiaires des réguliers, décidant par la même occasion que même si Kabaji ne jouerait pas pendant un temps, il resterait régulier pendant sa convalescence.
...
Je suis le capitaine, ce genre de décisions est de mon ressort, non ?

Je le forçai à s'asseoir sur le canapé et c'est là que je réalisai : je tenai sa main.
Je ne savais pas depuis quand, mais le fait était là. J'avais dû le traîner ici en le tirant par la main, et mes doigts serraient encore les siens alors que je me retournai vers lui.
Il contemplait nos mains et semblait légèrement rougir.
Cette vue me fit rougir à mon tour et je m'en voulus d'avoir fait... ça... sans même m'en rendre compte.

- ... Assieds-toi.

Ma voix était basse, et je ne le regardais plus.
Je ne pus m'empêcher de serrer très légèrement ses doigts avant de relâcher sa main.

- ... Usu.

Il s'assit, ayant l'air plus gêné qu'autre chose.
Je sentis mon coeur se serrer à nouveau.
Pourquoi mon coeur se serrait-il à chaque fois que Kabaji était face à moi ?? Etait-ce une façon de me dire que je ferais mieux de le garder derrière ?
Pris d'une inspiration subite, je me penchai légèrement vers lui, mais je me retins avant de faire quoi que ce soit.

- On est bien dans ce canapé, hein ?
- ... usu.
- Ca manquait vraiment d'endroit confortable où s'asseoir dans cette pièce, tu ne trouves pas ?
- Usu.

Je m'asseyai à ses côtés et ne pus m'empêcher d'attraper à nouveau sa main.
Je me maudis quand je m'en rendis compte.
Mais je devais l'admettre, c'était tout ce dont j'avais envie. Rester auprès de Kabaji, jouer légèrement avec sa main, de temps en temps regarder les quelques ecchymoses qui restaient sur son visage de l'accident.

- Je n'ai pas envie d'aller m'entraîner...
- ...
- ... je joue mal quand tu n'es pas là, ça me déconcentre. Et puis là tu seras là, mais tu ne feras rien, ce sera encore pire. Tu ne veux pas faire autre chose ?

Il se contenta d'acquiescer faiblement.

- ... ce n'est peut-être pas bien, hein ? Tu crois que quelqu'un va s'en rendre compte, si on n'est pas là ?

Il acquiesça à nouveau alors que mes doigts se glissaient entre les siens.

- Je devrais prévenir Sakaki.

Ma tête se posa sur son épaule.
Tout à coup, je n'avais plus envie de bouger, plus envie de rien. Je voulais que le temps s'arrête.

Bien sûr, tout le monde allait s'en rendre compte, si nous ne retournions pas sur les courts. Après tout, je suis le centre de ce club de tennis, mon absence ne pouvait qu'être remarquée.
Mais ma décision était prise.

Je me levai, rapidement, lâchant sa main par la même occasion.

- Viens, Kabaji.

________________________________________

La lourde porte s'ouvrit sans problème.
Apparemment, j'avais trouvé la bonne clef.
La maison était pareille que dans mon souvenir, même si les rideaux étaient tirés et qu'une fine couche de poussière avait pris place.
C'était le prix à payer pour venir ici sans emmener quiconque pour faire le ménage.

Mais je voulais être seul.
Enfin, non, je voulais être avec Kabaji.
J'en étais venu à me dire que c'était à peu près pareil, des fois.

Il n'avait pas protesté.
Comme d'habitude, il s'était contenté de me suivre, alors que j'étais retourné chez moi, que je "dérobais" la clef d'une de nos nombreuses maisons de campagne, puis que je l'emmenais avec moi jusqu'au lieu du crime.
Et le pire... c'est que nous avions emprunté les transports en commun pour l'atteindre.

Seulement... à présent que j'étais là, je ne savais plus bien ce que j'avais en tête au départ, mis à part sécher l'entraînement.
Je me tournais vers Kabaji et... mordit ma lèvre.
J'avais failli lui demander ce qu'il avait envie de faire.
A croire que ce n'était pas lui qui avait eu un accident, mais plutôt moi qui avait perdu une partie de mon cerveau.

Il me fixa quelques secondes, puis fit le tour du vestibule des yeux avant que son regard ne se repose sur moi.
Qu'est-ce qu'il pensait ?
Que croyait-il que je faisais ?

Je me rendis compte que la porte était encore ouverte juste derrière nous et je la refermai d'un geste.
Et là je me souvins de ce que j'avais envie de faire.
De pourquoi j'avais envie d'être seul avec Kabaji.

- Kabaji ?
- Usu ?
- Un jour... tu m'as dit que tu m'aimais... c'est toujours le cas ?

Il détourna son regard.

- ... usu.
- C'est toujours le cas ?

Cette fois-ci il se contenta d'acquiescer, sans pour autant me regarder.

- ... qu'est-ce que ça veut dire ?
- ....... que je veux être auprès de... toi.

Kabaji. M'avait. Tutoyé.
Ce n'était pas si gênant. J'aime quand les gens me respectent et vénèrent mon nom, mais mes amis (en d'autres termes, la meilleure partie du club de tennis) me tutoient.
Kabaji avait été une exception.
Enfin, si on pouvait considérer que Kabaji eut été un ami à un moment.

Et bizarrement je n'arrivais pas à être choqué de ce manque flagrant de politesse.

Je le fixai encore quelques secondes, un léger sourire aux lèvres dont je n'arrivais pas à me débarasser.

- Personne ne l'est plus que toi, tu sais ?
- ... usu.
- ... personne.

Son regard avait retrouvé le mien. Il semblait un peu triste, quelque part, mais je n'arrivais pas à savoir pourquoi.
La suite se passa sans que je m'en rende compte.
Une de mes mains vint se placer à la base de son cou, attirant son visage vers moi. Je m'arrêtais alors que nos lèvres n'étaient plus écartées que de deux ou trois centimètres.
J'avais fermé les yeux.

- ... personne.

Je l'entendis prendre une brève inspiration alors que la main que j'avais dans sa nuque remontait légèrement dans ses cheveux.

- ... et tu voudrais être encore plus près de moi ?

Mes lèvres avaient frôlé les siennes alors que j'avais prononcé cette phrase.
Je ne l'avais pas voulu.
Mais je ne le regrettais pas vraiment.
Ce simple contact avait été plus électrisant que n'importe quoi d'autre auquel j'aurais pu penser.

- ... seulement si tu... si vous le souhaitez.

Son hésitation m'avait amusé. Apparemment, il n'était pas encore très fixé sur la façon dont il devait me parler.
Il faut dire que c'était tellement rare.

Et... j'en avais assez d'attendre. Assez d'hésiter.
Après tout, pourquoi ne pas profiter de la vie quand on est jeune, beau, riche et intelligent et qu'on a un grand jeune homme musclé pour obéir à ses quatre volontés ? J'avais juste été bête de ne pas avoir fait plus que de lui faire porter mon sac auparavant.

Je me rapprochai juste un tout petit peu plus de lui. Je sentais sa respiration sur mes lèvres.

- ... Kabaji...

Ma bouche avait frôlé la sienne à chaque syllabe puis s'était refermée sur la sienne, juste un court instant.
Et je m'étais retourné vers l'escalier après avoir saisi sa main dans la sienne.

- Il y a des lits à l'étage. Allons réaliser tes rêves les plus fous, Kabaji.

Je fis un pas en avant et réalisai qu'il ne me suivait pas.
Je me tournai à nouveau vers lui, étonné et même un peu contrarié.
Que Kabaji ne me suive pas n'était déjà pas normal. Mais qu'il ne me suive pas alors que je venais de lui promettre mon corps me semblait encore plus anormal.
Il ne semblait pas vraiment intimidé.
Sa main tremblait légèrement dans la mienne, et je me surpris à la serrer, mais je savais qu'il y avait... autre chose.
Il semblait vouloir dire quelque chose.
Et se demander s'il pouvait prendre la parole.

- Tu as quelques chose à dire, Kabaji ?
- ......... usu.
- Je t'écoute.

Un véritable silence prit place, mais je n'étais pas pressé.
Et j'étais curieux de ce qu'il avait à dire.

- ... mon rêve le plus fou n'inclut pas de lit.

J'émis un petit rire.

- Oh ? Tu veux faire ça ailleurs ?

Il se mit à rougir comme je ne l'avais jamais vu, et il se contenta de baisser le regard un peu plus en hochant négativement de la tête.
Mon visage vint trouver son cou et ma bouche se plaça à quelques centimètres de son oreille.

- ... alors quoi ? J'espère que ça me concerne, tout de même...

Mes mains avaient retrouvé son corps tout naturellement, et j'hésitais à m'écarter à nouveau pour voir son expression ou rester pressé contre lui, ce qui était tout de même une position bien agréable.

- ... usu.
- Dis-moi, Kabaji.

Mes lèvres déposèrent un léger baiser dans son cou.

- ... dis-moi...

J'embrassai ensuite sa joue, me rendant compte qu'une de mes mains était venue caresser son visage.

- ... dis-moi...

Je laissai un dernier baiser au coin de ses lèvres avant de m'écarter, juste très légèrement.

- ........ mon rêve le plus fou... est de vous entendre dire... que vous m'aimez aussi.......

J'avais été foudroyé sur place.
Je m'étais écarté assez vivement avant de presque crier ma réponse.

- Et bien... tu... tu as de grands espoirs !

... sauf que j'étais bien conscient d'être rouge comme une pivoine et que ma fougue habituelle devait juste sembler pathétique.
Et en fait... je n'avais même pas vraiment eu envie de refermer son clapet sur cette phrase.
J'avais juste été... été... même pas étonné, vu qu'il m'aimait, c'est juste que... que personne ne m'avait jamais dit ça.
Et même si quelqu'un d'autre me l'avait dit, ça ne m'aurait pas troublé de cette façon.

Il avait détourné le regard.
Il semblait triste.
C'était peut-être normal, vu ce que je lui avais dit.
Ce qui n'était pas normal, c'est que ça me faisait mal, de le voir triste.
Mais je commençais à m'habituer au fait que je ne contrôlais plus du tout mes réactions en ce qui concernait Kabaji.

J'émis un petit rire. Qui se fit de plus en plus fort.
Je ne pouvais pas m'en empêcher.

Il releva la tête, semblant se demander pourquoi je riais. Peut-être même si c'était à ses dépens.

- Est-ce que ça voudrait dire que tu ne voudrais pas coucher avec moi sans... sentiments ?

Je riais plus fort.
C'était... c'était si mignon comme attitude.

Il hocha négativement de la tête.

Mon rire se calma progressivement, laissant pourtant un sourire sur mes lèvres.

- Un grand amour platonique, hmm ?
- ... usu.
- Kabaji, tu es la première personne à refuser de coucher avec moi alors que je lui propose. Tu sais, je pourrais le prendre mal.

Il détourna le regard.

Bah... après tout le sexe n'était pas si important...
.................. non, je n'avais pas pu penser ça. Je retire ce que j'ai pensé, ce n'était pas moi.
Mais je dois avouer qu'à ce moment précis, je m'en fichais.

Je me rapprochai de lui à nouveau, posant une main sur son épaule, une autre sur son torse, mon visage retrouvant la jonction de son épaule et de son cou.

- Kabaji... fais-moi tomber amoureux de toi.