Chapitre cinquième :

Je m'étais étonné moi-même de mes paroles.
Mais je l'avais vraiment pensé, et il était trop tard pour les reprendre.
Un sourire vint naître sur mes lèvres, alors qu'étendu sur le canapé, je repensais à sa réponse. Il n'avait rien trouver de mieux à dire que "usu" alors que je lui avais dit "fais-moi tomber amoureux de toi"... peut-être que contrairement à ce que je pensais, Kabaji était moins romantique que je ne l'avais cru.
Il était parti faire des courses vu que la maison était vide, et j'étais resté là, bêtement.
J'avais envie d'être avec lui... après tout, c'est pour ça que nous étions venus jusqu'ici, mais je... non, je n'avais pas envie d'aller faire les courses, simplement.
Ou j'avais juste envie de cinq minutes seul, pour me remettre les idées en place, pour décider de ce que nous allions faire ici, pour savoir ce que j'allais faire par la suite.
Parce qu'il y avait une évidence que je n'avais pas pris en compte.
Je lui avais dit "fais-moi tomber amoureux de toi".
Mais je ne pensais pas être capable d'aimer quelqu'un plus que j'aimais Kabaji à ce moment (à part peut-être moi-même).
Je ne me voyais avec personne d'autre, ne voulais de personne d'autre.
Il voulait que je lui dise que je l'aime... j'aurais peut-être pu... sans mentir, en plus.
Mais maintenant que j'avais dit cette stupide phrase, ça ferait vraiment débile de lui dire que je l'aimais quand il rentrerait des courses.
Ce qui voulait dire, pas de fantasme accompli.

... Kabaji était énervant, il ne pouvait pas juste coucher avec moi en attendant que je trouve un bon moment pour lui dire que peut-être quelque part un petit peu je l'aimais bien ?

Alors que je me retournais dans le canapé, j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir, et me levai pour aller rejoindre Kabaji, regrettant déjà de ne pas le laisser venir me trouver de lui-même.
Il fermait la porte d'entrée derrière lui alors que je pénétrai dans le hall, faisant un sourire et lançant un "par ici, Kabaji" en lui montrant le chemin des cuisines.
Je voyais la table et me disais qu'on pourrait le faire là si j'ouvrais ma bouche, je voyais la porte et pensais à ce que ce serait de le faire debout, à moitié porté par Kabaji. Je voyais le frigo et réalisai tout à coup que j'avais faim.

- Tu sais cuisiner, Kabaji ?

Il hocha négativement de la tête.

- Moi non plus. On aurait peut-être mieux fait de commander quelque chose.

Après tout, j'étais riche, et ce ne serait pas le premier gâchis de mon existence.

- ............................. je... peux essayer quelque chose.
- Hmm... Oui, je suppose qu'on pourra toujours commander quelque chose de mangeable si ce qu'on prépare est râté.

J'avais dit "on". J'avais vraiment envie de m'y mettre aussi.
Ou alors c'était juste l'idée de couvrir Kabaji de chocolat puis de le lécher qui me donnait envie, mais ce ne serait peut-être pas le repas le plus sain qui soit.

Aah, pourquoi avait-il dit non ? Maintenant je n'arrivais plus à penser qu'à ça.
Il ne m'aurait sûrement pas résisté longtemps si je lui avais sauté dessus, en plus.

Je le vis attraper quelques légumes, les rincer puis après avoir trouvé ce dont il avait besoin pour, les éplucher et les couper d'une façon qui me semblait plus qu'honnête.

- Tu es sûr de ne pas savoir cuisiner ?
- Je... regarde ma mère faire... souvent.

Un léger sourire pris place sur mes lèvres, imaginant parfaitement la scène, la mère de Kabaji cuisinant dans la cuisine familiale, peut-être même aidée de sa fille, alors que son aîné restait là à regarder, ayant peut-être envie d'aider sans le dire, ou alors occupé à quelque chose d'autre comme ses devoirs mais souhaitant rester proche de sa famille.

Au final, je le laissai faire entièrement, lui laissant même le choix du menu.
Nous prîmes rapidement place à table, et même si le repas était loin d'être le plus délicieux que j'eus mangé, il était bien suffisant pour mon estomac affamé.

Je le regardai pendant notre repas. Il était calme, mangeait lentement, évitait de me regarder tout en veillant à ce que je ne manque de rien, remplissant mon verre dès qu'il n'était plus qu'à moitié plein.
Comme d'habitude, ce fut moi qui entama la conversation. Je ne tenais pas, et ne tiens toujours pas à faire parler Kabaji.
Mais je ne me gêne pas pour lui poser des questions, vu qu'il fera toujours l'effort de me répondre à moi.

- Tu as déjà couché avec un garçon ?

Il rougit légèrement et fit non de la tête.
Je fus surpris qu'il ne s'étouffe pas de surprise à une question pareille si subitement, mais en fait j'aurais été bien embêté si Kabaji s'était étouffé dans la cuisine de ma maison de campagne...

- ... et avec une fille ?

Il refit le même geste, son regard fixant son assiette.
C'était adorable, en fait.
En tout cas, sûrement plus que s'il s'était étouffé.

- Je t'envie un peu tu sais... ta première fois sera avec quelqu'un que tu aimes et qui t'aime en retour...

Quelque part, je ne doutais pas que ce serait moi, et je m'avouais par là que si je ne l'aimais pas déjà, ça ne tarderait pas.
Son regard se releva légèrement, semblant hésiter à croiser le mien, ses joues toujours légèrement rosies par la conversation que j'avais amenée.

- Tu sais... ma première fois... c'était bien mais... bah, je ne me suis jamais vraiment soucié des sentiments... mais si ça se trouve, ça apporte quelque chose.

Je faisais un léger sourire, ma remarque m'amusant légèrement.
Je ne savais pas pourquoi je lui racontais ça, en fait.

- Je verrai bien un jour. Et je te dirai le résultat.

Il ne sembla pas comprendre que je disais quelque part que ça l'impliquerait lui, et se contenta de hocher de la tête.
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L'après-midi fut d'une inproductivité incomparable.

La piscine étant entretenue, j'avais décider de faire quelques brasses, histoire de faire mon sport quotidien et pour voir si mon corps de rêve vêtu d'un simple maillot de bain suffirait à faire changer les résolutions de Kabaji.
Pas vraiment, en fait.
Il devait me respecter trop pour laisser apparaître un quelconque désir physique.
Ca ou ma fierté en prenait un coup.
Mais je ne doutais pas qu'il devait ressentir quelque chose en voyant mon corps ruisseler d'eau, lui demander une serviette dans la position la plus langoureuse possible, dévoilant que mon corps pouvait prendre des courbes que l'être humain moyen ne pouvait même soupçonner d'exister.

Flirter avec Kabaji était drôle.
Le laisser être romantique était un plaisir.
L'allumer était une tâche difficile mais ô combien savoureuse, et je me délectais en me demandant s'il me regardait, ce qu'il pensait, et comment sa volonté allait pouvoir tenir.
Au final, le jeune homme fut pareil à lui-même durant toute l'après-midi.
Malgré mon corps pratiquement mis à nu, malgré mes intonations sensuelles, malgré toutes les demies-propositions que laissaient suinter mes phrases, Kabaji se contentait d'être ce qu'il avait été toujours été : un serviteur fidèle.
Cette réalisation me fâcha tout d'un coup.
Je ne voulais pas qu'il soit là juste pour m'obéir et parce qu'il m'aimait.
En fait je voulais... qu'il en profite.

- Kabaji ?

Il releva la tête, attendant comme d'habitude ma prochaine demande.

- Tu ne t'amuses pas ?
- ... si.
- Tu ne fais que me chercher à boire et me regarder. Tu dois t'ennuyer.
- ....... non.

Je poussai un soupir théâtral.

- Viens te baigner.
- ... je n'ai pas de maillot.
- Ce sera pas la première fois que je vois un homme tout nu.

Il se mit à rougir, mais n'osa pas bouger.

- Mets-toi au moins à l'aise et viens tremper tes guiboles !

Ce qu'il comprit par là fut "ouvre ta cravate, remonte ton pantalon de dix centimètres et ôte tes chaussettes pour pouvoir tremper tes pieds dans l'eau en t'asseyant sur le bord de la piscine".
Je soupirai à nouveau et nageai vers lui, m'appuyant finalement sur le rebord de la piscine à côté de l'endroit où il s'était assis.

- Elle est bonne, hein ?
- Usu.
- Tu ne sais pas nager ?
- ... si.
- Et ça ne te donne pas envie ?

Il ne répondit pas, mais pour une fois, ça ne me gênait pas plus que ça.
Je finissai par lui tendre une main.

- Aide-moi à sortir de l'eau.

J'aurais pu le faire tomber à l'eau, mais me suis ravisé au dernier instant.
Il s'est levé et m'a tiré hors de l'eau, et je me contentai d'être collé à lui à tremper ses vêtements une seconde.

- Kabaji... ?
- ... usu ?
- Si tu ne veux pas nager, on jouera au tennis. Tu as tes affaires avec toi, au moins.
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Quoi qu'on en dise, le tennis est la seule activité où je perds tout à fait la notion d'heure, où je m'amuse pendant des temps inconsidérés sans me rendre compte que le temps passe.
Cette fois-ci fut un des meilleurs exemples de cette perte de conscience du temps.
En fait, nous jouâmes jusqu'à ce que je me rende compte que le soleil se couchait. Je n'étais pas vraiment fatigué, et j'aurais pu continuer sûrement encore un moment, mais je n'avais pas vraiment envie de jouer en lumière artificielle, et encore moins le courage de retrouver où on lançait le groupe électrogène dont dépendait les lumières des courts de tennis.
J'indiquai à Kabaji que notre entraînement s'arrêterait là.
Il me remercia, sans que je sache vraiment pourquoi.
Peut-être parce que contrairement à moi il était fatigué, mais plus vraisemblablement pour ce qu'il avait pu apprendre à jouer directement contre un joueur de mon niveau.
Magnanime, je le laissai prendre sa douche à part avant que nous ne rejoignîmes le salon de la maison.
Je commandai une pizza pour le repas du soir, me demandant un instant si c'était sérieux de ne toujours prévenir personne de notre "fugue en amoureux".
Pour sûr, Sakaki ne penserait rien de bizarre d'une ou deux journées d'absence au club, et mes autres professeurs ne s'inquièteraient pas plus que ça... mais mon absence avait sûrement due être remarquée chez moi, et pour sûr la mère de Kabaji s'inquièterait bientôt que son fils ne soit pas là pour le repas du soir.
Je lui disais de l'appeler pour dire qu'il dormait chez moi.
Quant à moi, je me contentai d'envoyer un mail à mon valet de chambre pour dire que j'allais bien et que je rentrerai le lendemain, avant de débrancher mon portable. Ainsi, on ne viendrait pas m'assaillir de questions.

Kabaji se mit en tête d'allumer un feu dans la cheminée.
Je ne disais rien, après tout, c'était plus romantique qu'autre chose. Mais ça se marierait mal avec la pizza.
En fait, il aurait plutôt fallu un mauvais DVD ou un jeu de société peu intellectuel pour une soirée pizza, donc je n'étais pas si mécontent du feu de cheminée.

Et puis... malgré des doigts qui se frôlaient en attrapant des bouts de pizza, malgré le feu de cheminée, malgré ma tête s'écroulant sur son épaule alors que mes yeux se fermaient... rien ne se passa dans ce salon.
Nous fûmes silencieux la plupart du temps, lui par habitude et moi par fatigue, et quand dans un léger moment d'éveil je réalisai qu'il était déjà bien tard, j'invitai Kabaji à ce que nous allions nous coucher.

Je me relevai le premier et il me suivit comme d'habitude dans le mouvement.
Il éteignit le feu et débarassa nos restes alors que je me contentais de le regarder.
Hmpf, escapade en amoureux, soirée romantique... rien ne se passait, oui.
Qu'est-ce que c'était devenu frustrant d'être si près de lui et de ne rien faire.
Comment faisais-je avant pour l'avoir constamment à mes côtés sans avoir envie de l'emmener dans le lit le plus proche et m'amuser ?
Nous arrivions devant ma chambre et je savais que je n'allais pas lui dire que je l'aimais pour le faire y entrer, mais je ne voulais pas juste... que tout s'arrête si vite.
Je me suis arrêté et me suis tourné vers lui, cherchant ce que je pouvais dire d'autre que "bonne nuit".

- Kabaji ?
- Usu ?
- Est-ce que je peux t'embrasser ou ça violera ton voeu de chasteté ?

Son regard fuya le mien, et un coin de ma bouche se releva dans un sourire vainqueur.
Il ne dirait pas non. J'en étais certain.

- U... usu.

Une de mes mains se posa dans sa nuque alors que mon corps se rapprochait du sien.

- Ferme les yeux.

Il obéit, et je sentis son corps se raidir alors que j'attirais son visage vers le mien.

- Détends-toi, je ne vais pas te manger.

Ce n'était pas totalement vrai, mais quitte à l'embrasser, je préférais que ce soit aussi agréable pour lui que ça le serait pour moi.
J'attrapai une de ses mains pour la poser sur ma taille alors que ma bouche s'arrêtait, si proche de la sienne qu'il devait sentir mon souffle sur ses lèvres.
J'hésitais un instant. Ce serait notre premier vrai baiser. Et quelque part, je voulais qu'il soit parfait.

Mes lèvres retrouvèrent les siennes, d'abord un court instant.
J'avais oublié à quel point tout était différent quand il s'agissait de Kabaji, comme mon esprit s'emballait plus vite, comme en plus des réactions auxquelles j'étais habituées, mon coeur semblait vouloir sortir de ma poitrine.
Le second contact fut tout aussi excitant, mais légèrement plus calme, plus long.
Kabaji était immobile, et je savais dès le début qu'il se contenterait sûrement de se laisser faire plutôt que de... participer.
Ca ne me gênait pas plus que ça, vu qu'avoir le contrôle m'était chose naturelle.
Mes lèvres découvrirent doucement les siennes, plus larges, peut-être un peu plus rêches, s'humidifiant peu à peu alors que j'insistais légèrement plus, attrapant une de ses lèvres des miennes pour jouer avec.

J'avais droit à un baiser, alors il allait durer le plus longtemps possible.
Je laissais les légères caresses durer, sachant que prendre mon temps ne m'empêcherait pas d'aller plus loin par la suite, et que ça ne pouvait que mettre Kabaji en confiance.
Est-ce qu'il... appréciait ? Est-ce qu'il avait envie d'aller plus loin, est-ce que j'en faisais trop pour lui ? Est-ce que son coeur se serrait comme le mien à ce contact ?

Alors que pour une énième fois je capturais une de ses lèvres entre les miennes, je me décidai à aller plus loin, laissant ma langue glisser sur sa lèvre, le plus légèrement du monde.
Contrairement à ce que j'aurais pu croire, j'eu droit à une réaction. La main de Kabaji qui était sur ma taille me serra légèrement contre lui, alors que sa deuxième main se décidait enfin à rejoindre mon corps.
Apparemment, il appréciait.

Je décidai donc de continuer sur ma lancée, ma bouche ouvrant doucement la sienne, ma langue partant au contact de ce qu'elle rencontrerait, ne s'aventurant pas trop loin au départ. Pourtant, je ne pus me retenir bien longtemps de chercher le contact avec sa langue, d'approfondir le baiser alors que mon corps se pressait plus contre le sien.
Je le sentis trembler au premier contact, mais après quelques mouvements experts de ma part, il sembla comprendre le principe et prit part au baiser, me rendant maladroitement ce que je lui offrais.

A cette réalisation que ce n'était pas que moi qui embrassait Kabaji, mais aussi Kabaji qui m'embrassait, je sentis mon coeur faire un énième bond dans ma poitrine et ma main alla trouver la joue de Kabaji, la caressant légèrement, le félicitant d'une certaine manière.

Ce baiser... était différent de tout ce que j'avais pu vivre auparavant. Et n'aurait jamais dû prendre fin.
Mais après plusieurs longues minutes, après avoir exploré et re-exploré la bouche Kabaji, nos lèvres se séparèrent, sans que mon cerveau y donne un accord conscient.

Je laissai mon visage reposer contre son torse, me laissant le temps de savoir ce que j'allais dire, quel visage j'allais lui offrir.
Ses bras quittèrent doucement mes flancs, mais je ne voulais pas me résoudre à le quitter.

- Ne me lâche pas. Pas encore.

Ses mains retrouvèrent mes hanches, l'une d'elles me caressant doucement.

- A propos de notre conversation de ce midi... Je pense que...

Je relevai la tête vers lui, m'écartant juste très légèrement.

- ... qu'au final, c'est mieux avec des sentiments, en fait. Bonne nuit, Kabaji.

Et sans regarder son visage à nouveau, sans attendre de réponse, je me retournai prestement et entrai dans ma chambre.

Je... l'avais dit.