Titre : Il est bien connu que l’eau a des vertues curratives
Auteur : (Satan Petite) Flore
Disclaimer : Shigure, Akito, et accessoirement Hatori appartiennent à Natsuki Takaya et pas à ma petite personne…
Petite note de l’auteur : Si, si, je vous assure, Akito est un bon personnage ^^; Et puis je savais plus du tout si Shigure disait « Akito », « Akito-san » ou « Akito-sama », donc j’ai opté pour l’option du milieu !






JOUR 1

Ce matin-là, Akito Sôma s’était réveillé plus tôt que d’habitude. Il ne voulait pas se l’avouer, mais il se réjouissait de la journée à venir.
Hatori ne passerait que d’ici une heure ou deux, vérifierait une dernière fois s’il était assez bien portant pour faire ce voyage…
Akito inspira longuement. Oui, il était en forme, aujourd’hui… Enfin, autant en forme qu’il pouvait l’être avec sa santé fragile et ses poumons qui semblaient ne jamais inspirer assez d’air.
D’ici quelques heures… d’ici quelques heures il serait dans une voiture et se dirigerait vers une destination inconnue. Un endroit qui n’appartenait pas à sa famille, un endroit où il se sentirait forcément bien, vu qu’il n’y aurait plus aucun de ses parents si énervants pour l’ennuyer.
Sauf Shigure.
Mais Shigure était différent.
Shigure était une des rares personnes qu’il aimait avoir à ses côtés sans avoir l’envie irrépressible de lui exploser la cervelle, de sortir ses tripes de son ventre et de verser de l’acide nitrique sur ses plaies encore ouvertes.
Shigure était drôle, dévoué, et complètement hypocrite.

Akito fit un petit sourire. Peut-être que Shigure serait plus beau avec une cicatrice. Peut-être deviendrait-il comme Hatori ?
… Ca n’avait pas d’intérêt.
Shigure était bien plus intéressant tel qu’il était. C’est pour ça qu’Akito l’avait choisi pour son petit voyage, sachant que Yuki ne voudrait pas venir et que Momiji courait trop vite pour qu’il puisse facilement le torturer.
Le chef du clan Sôma poussa un petit soupir.
Le temps ne passait pas.

________________________


Shigure finit par arriver, peu de temps après la dernière visite de Hatori.
Un sourire aux lèvres, il demanda à Akito si celui-ci allait bien et s’ils pouvaient partir.
Le chef du clan Sôma acquiesça et montra à Shigure le sac qu’on lui avait préparé, lui faisant comprendre ainsi qu’il n’avait pas l’intention de le porter jusqu’à la voiture.
Shigure répondit d’un sourire, attrapa le sac et accompagna Akito jusqu’à la voiture.
Ils s’installèrent tous deux à l’arrière après que Shigure ait demandé au chauffeur le temps du trajet et que Hatori les rattrape avec le sachet de médicaments d’Akito qui bien sûr avait été oublié.
Shigure fit un mince sourire au chef de famille.

« Vous allez voir, nous allons bien nous amuser. La plage doit être recouverte de jeunes filles fraîches et ingénues !»

Akito poussa un long soupir (et nota intérieurement d’assez occuper Shigure pour qu’il ne se préoccupe pas d’une quelconque « fille »).

________________________


La plage.
Le sable fin, le soleil qui brille, les vagues qui viennent et repartent à un rythme doux et régulier…
Le sable brûlait ses pieds nus, le soleil était trop fort pour ses yeux et l’odeur de sel qui traînait lui rongeait les narines.

« Shigure, le sable me brûle, porte-moi. »

Akito se retrouva en deux secondes sur une des épaules de Shigure.

« Pas comme ça, je ne suis pas un enfant.
- Comme vous voulez. », répondit Shigure en portant Akito tel un homme fraîchement marié portant son épouse.

Akito trouvait bizarrement la situation bien plus agréable. Il reposa sa tête contre l’épaule de Shigure et ferma les yeux. Le voyage avait été éprouvant. Akito n’aimait pas les voitures. Il n’aimait aucun moyen de locomotion en fait. Il préférait que les choses viennent à lui, ça semblait être plus dans l’ordre logique des choses.
D’ailleurs, de quel droit l’avait-on envoyé ici ? Hatori avait dit que « ça lui ferait le plus grand bien » et que « ce serait bon pour ses poumons », mais au final, il n’avait pas demandé à venir et il était en train de se rendre compte progressivement qu’on l’avait manipulé.
Oui, c’est ça, on l’avait manipulé ! On voulait l’écarter de la maison familiale pour une raison ou une autre. Et le pire, c’est qu’ils avaient osé invoquer sa santé pour le faire partir ! Dès qu’il rentrerait à la maison, il devrait punir les personnes concernées…

Et en plus ces saletés de gosses à côté faisaient du bruit !
Non, il n’aimait pas la plage.



JOUR 2

Affalé à une fenêtre, Akito regardait les mouettes voler au-dessus de la falaise voisine.
Cette fenêtre ne valait pas celle qu’il avait chez lui.
D’accord, la vue était plus intéressante, mais elle n’était pas à la bonne hauteur et il était difficile de se sentir bien en étant affalé dessus. En plus s’il tombait il serait en bien piteux état.

La porte s’ouvrit, tirant Akito de sa rêverie.

« Akito-san… »

C’était Shigure.
Son hakama estival était généreusement ouvert, laissant apercevoir une peau qui ne demandait qu’à être dorée au soleil.

« Vous me faites de la peine à rester dans cette chambre toute la journée… »

Shigure s’assit tout près d’Akito, sa main se posant sur la cuisse du jeune homme.

« Ne serions-nous pas mieux à l’extérieur ? Après tout c’est pour ça que Hatori nous a envoyés ici…
Je connais bien les manigances de Hatori ! Il a juste voulu m’écarter !!!
Je vous ai déjà dit que non, Akito-san… Et quand bien même, autant vous amuser tant que vous êtes là…
… amuser… pfff… »

Akito fit un petit geste de la main qui voulait dire qu’il souhaitait que Shigure s’écarte de lui.
Obéissant, l’écrivain se releva en poussant un soupir.

« Venez au moins aux sources chaudes, si vous n’aimez pas la plage… On pourra espionner les jeunes filles en fleur…
Les jeunes filles en fleur ne m’intéressent pas.
Je sais. », fit Shigure avec un petit sourire énigmatique avant de quitter la pièce.

_______________________

Akito hasarda un pied à l’extérieur de la chambre.
Personne.
Où était Shigure quand on avait besoin de lui ??
Akito remonta son hakama sur son épaule et commença à arpenter les couloirs de l’auberge.
Et voilà qu’on l’avait abandonné à l’inconnu maintenant !
C’était sûr, à présent, sa venue ici avait été fomentée par quelque membre sournois de sa famille, et Akito savait pertinemment qu’un assassin risquait de croiser sa route dans chacun des couloirs de l’auberge.
Mais quelque chose le poussait à aller plus loin, à trouver les bains et Shigure, à enfin reposer son corps maladif.
Après quelques tournants, quelques poussées d’adrénaline en croisant les autres habitants de l’auberge et après s’être pris les pieds trois fois dans son hakama trop grand, Akito arriva aux bains.
Il savait que Shigure était ici. Il devait être ici.
Akito se dépêcha de déposer ses affaires et de rejoindre le bassin. Effectivement, Shigure était là, les yeux fermés et murmurant une quelconque chanson à la mode.

« Shigure. »

L’interpellé ouvrit les yeux et sourit en voyant arriver Akito.

« Vous vous décidez enfin à venir ?
Tu aurais dû m’attendre. »

Akito glissa doucement un orteil dans le bassin.

« C’est chaud.
C’est fait pour.
C’est trop chaud.
Je suis désolé, mais je ne pense pas que je puisse refroidir ce bassin. Mais venez de ce côté, il y a une petite brise fraîche. »

Après avoir jeté un regard suspicieux à Shigure, Akito plongea l’intégralité de son pied gauche dans le bain, puis se laissa glisser dans l’étendue d’eau chaude et étouffante.
Shigure indiqua qu’il y avait de quoi s’asseoir à côté de lui, faisant semblant de ménager une place pour Akito.
Le jeune homme rejoignit donc son aîné et effectivement, un léger vent rafraîchissant soufflait de ce côté du bassin.
Imitant Shigure plus tôt, Akito se laissa aller et ferma les yeux.
Au bout de quelque longs instants de silence où il commençait à apprécier le séjour, Akito sentit la main de Shigure sur son épaule.

« Vous voyez qu’on est pas si mal ici, Akito-san… »

Akito se mordit la lèvre. Shigure avait raison. Il détestait ça.
Il fit semblant de ne rien entendre et de ne rien remarquer quand la main de Shigure descendit sur sa cuisse.



JOUR 3

Akito regarda autour de lui.
Shigure semblait peu disposé à installer le périmètre de sécurité qu’il avait souhaité établir autour de sa serviette.
Tant pis, il devrait faire avec les enfants bruyants et les balles de beach-volley qui manquent toujours de vous éborgner.
Il s’inspecta une dernière fois avant de sortir de l’ombre protectrice fournie par le parasol géant qu’il avait demandé.
Bob, OK. Lunettes de soleil, OK. Tongs, OK. Maillot de bain fraîchement acheté car le précédent était ridicule, OK. Aaaaaah !

« Shigureeeeeeeeeeeeeeeeee !!!
Qu’est-ce qu’il y a ? », demanda Shigure qui faisait bronzette pas trop loin.

« Mets-moi de la crème solaire, sinon je vais attraper des coups de soleil. »

Shigure quitta sa serviette au soleil et vint rejoindre Akito sous le parasol, attrapant un tube de crème solaire, soupirant légèrement vu que le soleil était actuellement caché derrière un nuage..

« Pas celle-là. Je veux la waterproof indice 100. Tu veux donc que ma peau se fasse irradier ??
Bien sûr que non, Akito-san… »

Shigure s’attaqua donc à un huilage en règle du chef de famille, laissant ses mains glisser le long des flancs d’Akito, remontant le long de son dos, massant légèrement ses épaules.
Akito émit un petit soupir.
Il nota dans un recoin de son cerveau que demander un massage à Shigure était une activité qu’il devrait faire à chaque fois que l’écrivain lui rendait visite.
Sans vraiment le contrôler, Akito poussa un autre soupir.

« Ca ne va pas ? »

Akito se maudit mentalement.
Il n’allait tout de même pas avouer que c’était un soupir de plaisir ! Sa réputation en pâtirait.

« C’est juste que j’ai hâte de rentrer à la maison. », inventa-t-il, se trouvant un peu mou sur la réponse.

Il envisagea une seconde d’attraper une poignée de sable et de la jeter dans les yeux de Shigure, puis se rappela qu’il avait décidé de ne pas blesser son aîné.
Il ne se souvenait déjà plus pourquoi il devait s’en empêcher, mais s’il se l’était dit un jour, c’est qu’il devait avoir raison.
Akito se contenta donc de soupirer plus fort, espérant que les mains de Shigure, douces et énergiques, ne quittent jamais son dos.




JOUR 4

« Action ou vérité ? », demanda Akito, qui trouvait que Shigure avait une façon plus que pittoresque de passer des vacances.

Il pleuvait depuis le début de la journée, et après avoir passé la matinée à errer entre une salle de soins et une piscine surpeuplée, Akito avait décidé de passer le reste de la journée dans la chambre.

« Vérité. »
Que penses-tu de moi, Shigure ?
-     Je vous aime, Akito. », fit Shigure le plus hypocritement du monde. « Action ou vérité ?
Vérité. »

Akito n’en revenait toujours pas, mais il trouvait ce jeu passionnant.

« Que pensez-vous de moi, Akito-san ? »

Les lèvres d’Akito formèrent un petit sourire narquois.

« Mais moi aussi je t’aime, Shigure. », répondit Akito, certain que Shigure devait savoir qu’il mentait encore plus fort qu’il ne respirait (ce qui n’était pas dur vu le mal qu’il avait à respirer). « Action ou vérité ?
Action.
Embrasse-moi, alors. »

Ca y est, il l’avait coincé.
Comme ce serait jubilatoire de battre Shigure, de le forcer à avouer ses pires défauts, à admettre sa défaite cuisante et sans équivoque !
Mais contrairement à ce à quoi s’attendait le chef de la famille Sôma, Shigure l’enlaça doucement, et il ne put résister à l’envie de fermer les yeux et de continuer à jouer la comédie.
/Il va craquer, il va craquer./, se dit le chef de la famille Sôma en son for intérieur, persuadé que Shigure n’oserait porter la main sur lui plus que sa position ne lui permettait. *Et puis ils étaient de la même famille, ce genre de choses ne se font pas au sein de personnes de la même famille, quand même !*
Le contact avec les lèvres de Shigure fut électrisant.
Akito rejeta tout de suite ce corps étranger qui le tenait contre lui, essuyant sa bouche du mieux qu’il pouvait.

« Mais mais mais !!!
- C’est vous qui m’avez demandé… », expliqua Shigure dans un sourire.

« Mais nous sommes cousins !
Au troisième degré par alliance…
Ce n’est pas une raison ! »

Akito sentait ses joues s’empourprer… Non… ce devait être la défaite de Shigure, pas la sienne !
Il fixa son aîné de deux grands yeux noirs exorbités, remontant son hakama sur son épaule pour la énième fois de la journée.

« Quoi de plus naturel pour deux personnes qui s’aiment ? », demanda Shigure un sourire aux lèvres.

Akito connaissait ce sourire. Le fameux sourire hypocrite de Shigure, celui qu’il utilisait quand il voyait que sa phrase ne pouvait sonner qu’ironique.

« Tu ne m’aimes pas. »

Le chef de la famille Sôma ne trouva rien de mieux à répondre et se mordit les lèvres une fois que la phrase fatidique s’échappa de sa bouche.
Ils le savaient tous deux, alors pourquoi cela faisait-il mal à Akito ?
Peut-être qu’il ne voulait pas avouer que quelqu’un puisse ne pas l’aimer, puisse conserver son libre-arbitre et choisir de ne pas l’aimer.
Et que cette personne soit Shigure, la seule personne qu’il ait jamais trouvée qui soit au moins un peu identique à lui.
Egoïste. Sans cœur. Narcissique.

« Non, mais je masse comme un dieu. Ca ne suffit pas ? »

Ca y est, il l’avait dit.

« Va-t’en. »

Akito retint ses cris, retint ses larmes, retint ses coups.
Il ne savait pas ce qu’il était censé faire s’il n’hurlait pas, s’il ne blessait pas.

« Akito-san…
Va-t’en ! »

Le ton de la voix d’Akito s’était élevé.
Le jeune homme ferma les yeux de colère, serrant les poings et tentant de retenir sa fureur.

« Va-t’en… », dit-il un peu plus doucement, alors que l’envie de faire mal montait en lui.

L’envie de faire mal à Shigure, de se faire mal à lui-même, de faire mal à tous ceux qui ne le comprenaient pas, qui vivaient heureux… qui vivaient.

Une main vint toucher sa joue brûlante.
Les doigts étaient frais, doux, et leur caresse aurait peut-être pu calmer Akito s’il n’avaient pas appartenu à la personne qu’il souhaitait voir partir.

« Vous voulez que je vous aime, n’est-ce pas ?
Va-t’en. »

La main était insistante, ne voulait pas décoller de sa joue, de ses cheveux.
Elle caressait doucement la peau d’Akito, refaisant cent fois le même geste, le même trajet, bizarrement apaisant.

« Est-ce parce que tout le monde doit vous aimer ou… parce que c’est moi ?
Shigure… va-t’en… »

Akito ne faisait plus que murmurer et sa joue allait inconsciemment à la rencontre des doigts qui la parcouraient.
Une deuxième main vint rejoindre sa peau, à la base de son autre joue, deux doigts glissant sur le cou du chef du clan Sôma.

« Akito-san… »

Le souffle de Shigure chatouillait Akito. Son visage devait être tout près, mais le jeune homme se refusait à ouvrir les yeux.

« Vous savez que vous êtes ce qui compte le plus pour moi… »

Les lèvres de Shigure vinrent se poser sur son front, et Akito se sentit tirer vers Shigure.
Son visage vint heurter le torse de son aîné et les mains de l’écrivain encerclèrent son dos, le serrant contre lui.

« Et je suis très heureux de voir que vous ne supporteriez pas l’idée que je ne vous aime pas. C’est très mignon. »

Akito sentit la colère remonter, mais en même temps, la phrase précédente de Shigure n’indiquait-elle pas qu’il avait peut-être menti en disant qu’il ne l’aimait pas ?
Le jeune homme attrapa dans ses poings un pan du hakama de son aîné, enfouissant plus son visage contre le torse de Shigure.
Il sentit une main se poser sur ses cheveux.

« Il va falloir que je vous apprenne à mentir, Akito-san. »

La main dans ses cheveux faisait de lents allers-retours, et Akito ne savait plus quoi faire.
Devait-il mentir ? Dire la vérité ? Devait-il expliquer ce qu’il ressentait à Shigure ? Le frapper pour son insolence et le livrer en pâture aux requins après l’avoir jeté par la fenêtre (ce qui serait difficile mais pas infaisable) ?

« On retournera à la plage, demain ? »

Akito ne savait pas d’où sortait cette phrase.
Pourtant c’était lui qui l’avait dite.

« S’il fait beau. Et si vous en avez envie.
Tu me mettras de la crème solaire ? »

Un silence prit place.
Akito commençait à étouffer, mais ne voulait pas s’écarter de Shigure, et ne voulait surtout pas voir son visage.

« Si vous m’en mettez aussi. »



JOUR 5

Akito quitta l’auberge un mince sourire aux lèvres.
Il se retourna furtivement avant d’atteindre la voiture qui le reconduirait chez lui, où il pourrait enfin punir Hatori et toutes les personnes qui avaient tenter de le manipuler en l’envoyant ici.
Derrière lui, Shigure portait leurs sacs et revêtait pour une fois des habits occidentaux, sûrement plus agréables pour le voyage retour.
Le sourire d’Akito s’accentua alors qu’une de ses mains s’élevait et attrapait le col de la chemise de Shigure, attirant l’écrivain à lui.
Leurs bouches se retrouvèrent à quelques centimètres l’une de l’autre, et Akito était conscient que Shigure respirait l’air chaud qu’il expirait.

« Je te préviens… si tu me déçois… tu es mort. »

Shigure sourit puis réduisit à néant l’espace entre leur lèvres, embrassant le plus doucement possible le jeune homme face à lui.

« Moi aussi je vous aime, Akito-san. »