PARTIE 2 : Y a pas que les graaaands qui s'aaaiiiimeuh, y a pas que les graaands qui ooont des sentimeeents...


- Bonjour.

Tezuka releva les yeux de son pupitre et son regard tomba sur son meilleur ami.
Il ne put emêcher de sentir un petit trouble dans son coeur mais se contenta de répondre à la salutation d'Oishi.

- Apparemment, nous serons encore dans la même classe cette année, Tezuka-kun.
- Hmm...

Oishi s'assit au pupitre à côté de Tezuka.

- Comment ce sont passées la fin de tes vacances ?
- Bien.

Oishi fit une petite moue, un peu déçu que Tezuka ait si peu de choses à dire.
Il sortit ses affaires de classe et tenta de ne plus y penser.
C'était juste le caractère de Tezuka, il était habitué... mais ça lui faisait un peu de peine, quelque part...

- Oishi-kun.
- Oui ?
- On pourra discuter à la fin des cours, après les activités du club ?

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Ryuzaki-sensei accueillit les nouveaux comme l'année passée, et Oishi trouvait ça bizarre de ne plus être assigné au ramassage de balle.
Yamato-buchô n'avait pas redoublé malgré ses mauvaises notes, et il avait quitté le club en même temps que le collège.
Un troisième année avait été nommé capitaine, mais Ryuzaki-sensei avait demandé à Tezuka d'être vice-capitaine malgré son jeune âge.
Le garçon avait accepté, sachant qu'il avait gagné le respect de ses sempai durant l'année précédente.
Oishi sentit soudainement Tezuka partir loin de lui, mais n'en dit mot.
Après tout, Tezuka portait déjà le jersey réservés aux réguliers et pas lui.

Un autre garçon de deuxième année était nouveau dans le club.
Il s'appelait Kawamura et avait fait jusqu'à présent partie du club de karaté.
C'est Oishi qui avait été chargé de lui présenter le club, vu qu'il n'aurait pas le même travail que les kohai.

- Je m'appelle Oishi Shûichirô. Je suis en 2e année. Classe A.
- Kawamura Takashi. 2e année classe D.

Kawamura semblait un peu gêné d'être ici et d'embêter quelqu'un à l'aider à se retrouver dans le club.

- Les deuxièmes années aident encore aux tâches avec les premières années. Il y a un tableau dans les vestiaires qui te dira quand c'est à toi de ranger les balles ou de nettoyer les locaux.
- D'accord...
- Il y a un tournoi tous les mois pour savoir qui est régulier. Les deuxième année peuvent déjà y participer.
- Le vice-capitaine est un deuxième année, non ?
- Oui, Tezuka-kun est vraiment doué. Mais ce n'est pas le seul. Il y a Fuji.

Oishi pointa un jeune homme à l'apparence frêle qui portait aussi la veste des réguliers.

- Et puis Inui, mais lui il n'est pas encore régulier.

Là, Oishi montra un garçon bien plus grand, assis sur un banc, occupé à prendre des notes.

- Le capitaine observe les joueurs et décide qui participe au tournoi. Si tu es bon, tu peux aussi être régulier, mais je te préviens, la lutte est sévère, Kawamura.
- Les gens m'appellent Taka-san, en général.

Oishi répondit par un sourire.

- Je vais te montrer les vestiaires, Taka-san.

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- Tezuka-kun ! Excuse-moi, je faisais faire le tour à Taka-san.
- Taka-san ?
- Euh... Kawamura.
- Hmm.

Un silence plana alors que Tezuka s'était mis en marche, ne prenant pas la peine d'attendre Oishi.

- Tezuka-kun, ça ne va pas ?

Tezuka poussa un soupir.
Il se retourna vers Oishi.

- Je ne sais pas. Tu as un peu de temps ?
- Bien entendu.
- Je t'offre un café ?

Oishi fit un sourire et en deux pas rejoignit Tezuka.

- Tu veux parler de quelque chose...?
- Je ne sais pas vraiment... C'est... hmm...
- A propos de ce qui s'est passé ces vacances ? Tu es fâché ?

Tezuka s'arrêta net.

- Non, non, pas du tout. Je... Je ne sais juste plus comment agir... quand je suis avec toi.

Oishi rougit légèrement.

- Ah... hmm... à vrai dire moi non plus. Il vaut mieux ne pas s'en préoccuper et juste discuter comme avant, non ?
- Sûrement.

Les deux collégiens firent encore quelques pas en silence avant d'entrer dans un café.

- Tezuka-kun, tu veux venir chez moi, ce week-end ?

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- Cadeeeeaaaaaaauuuu !

Tezuka avait à peine franchi le pas de la chambre d'Oishi que son camarade de classe lui tendait une petite boîte emballée.

- Pourquoi ?
- Parce que. Ouvre.

Tezuka s'exécuta, défaisant le ruban qui entourait la boîte et trouvant une forme emballée dans un papier protecteur à l'intérieur.
C'était une tasse.
En porcelaine, avec un bord doré finement ciselé.

- Je t'avais promis une tasse. Mais c'est ma maman qui l'a choisie. Je lui ai dit que c'était pour quelqu'un que j'aimais beaucoup, mais je crois qu'elle a cru qu'il s'agissait d'une fille.

Oishi semblait essayer de trouver une explication au malentendu avec sa mère. Il ne voyait pas comment elle avait pu croire qu'il aimait beaucoup une fille.
Les mamans étaient bizarres, des fois.

- Ce n'est rien, elle est très belle.

Tezuka contempla une seconde la tasse puis la posa sur le bureau d'Oishi, avant de se retourner vers le garçon.
Il ne savait pas vraiment comment il devait faire ça, mais il décida de tenter le coup.
Il attrapa la main d'Oishi dans la sienne et déposa un court baiser sur la joue de son camarade.
Il avait déjà remercier des tas de gens de cette manière, mais il ne savait pas vraiment pourquoi, c'était différent et beaucoup plus difficile avec Oishi.

- Merci, Oishi-kun, c'est très gentil de ta part.

Oishi se sentit rougir alors que Tezuka se demandait s'il pouvait rester aussi près d'Oishi, s'il pouvait garder sa main dans la sienne, sans pour autant enfreindre une quelconque loi de bienséance et sans gêner son ami.
Les deux garçons restèrent l'un à côté de l'autre sans bouger pendant de longs instants, jusqu'à ce qu'Oishi coupe le silence qui devenait gênant.

- Euh... tu veux voir mon aquarium ?

Il se déplaça un peu, sans oser lâcher la main de Tezuka, et attira le jeune homme vers l'aquarium qui trônait sur une table.

- Je n'ai pas encore beaucoup de poissons, mais j'en prends bien soin !

Effectivement, seuls trois petits poissons partagaient le grand aquarium. Il étaient entourés de petits monticules de sable, d'algues et même de quelques coraux.

- Le noir c'est un poisson éléphant, j'en suis très fier, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui en ait aussi un !!

Le poisson noir était particulièrement étrange, allongé avec une queue toute fine.

- C'est un poisson d'eau douce ?
- Oui, pour l'instant je n'ai que des poissons d'eau douce, c'est plus simple pour l'eau. Ma maman a dit que j'étais trop petit pour avoir deux aquariums, de toute façon...

Les deux autres poisons étaient beaucoup plus classiques, de ceux qu'on imagine dès qu'on parle de poissons exotiques... l'un était d'un jaune brillant et l'autre avait des rayures et était beaucoup plus petit que les deux autres.
Tezuka contempla les poissons d'eau douce quelques instants, s'amusant à les voir se cacher derrière un petit galet, s'arrêter et repartir au pas de course.

- Ils sont très beaux, et ton aquarium est magnifique.

Oishi se sentit particulièrement fier et attrapa une petite boîte à côté de l'aquarium.

- Je vais les nourrir, tu vas voir, Lyly est terrible quand il mange !
- Lyly ?
- Le gros jaune. C'est un goinffre.

Oishi lâcha la main de Tezuka pour ouvrir une petite trappe sur le haut de l'aquarium et laissa la nourriture pour poissons s'écouler à l'intérieur sous forme de minuscules grains.
Effectivement, en quelques secondes, Lyly avait foncé sur la nourriture et mangeait goulûment.
Oishi émit un petit rire avant de refermer la trappe et de reposer la boîte près de l'aquarium.
Dès que ses mains furent libres à nouveau, Oishi attrapa de nouveau la main de Tezuka dans la sienne, sans vraiment savoir pourquoi mais espérant que ça ne gênait pas son ami.
Apparemment pas, vu que Tezuka émit une petite pression sur ses doigts, sans quitter l'aquarium des yeux.
Oishi sentit ses joues se teinter de rose.
De nouveau cette drôle de sensation qu'il ressentait quand il était proche de Tezuka, quand ils étaient seuls tous les deux.
Qu'est-ce que c'était...?

- Tezuka-kun ?
- Hmmm ?

Oishi glissa ses doigts entre ceux de Tezuka, collant leurs deux mains un peu plus.

- Non, rien.

Oishi poussa un léger soupir.
Il avait déjà dit à Tezuka ce qu'il ressentait, il n'avait rien de nouveau à dire, mais il avait constamment la bizarre impression d'avoir oublié quelque chose.

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- Le bain est libre, les garçons.

Oishi releva la tête et répondit par un sourire à sa maman.

- Vous y allez ensemble, messieurs-les-inséparables ?

Oishi fit oui de la tête sans réfléchir et se releva du sol où Tezuka et lui avaient commencé une partie de cartes.

- Kunimitsu-kun, je t'ai laissé une serviette à l'entrée de la salle de bains.
- Merci, madame.
- Tu es tellement poli. Ce serait bien que Shûichirô soit pareil...

Oishi tira la langue à sa mère qui quitta la pièce.

- "Tu es tellement poli, Kunimitsu-kuuuuun"... pff...
- Tu es jaloux... Shu-chan ?
- Hein ?
- Pardon ?
- Comment tu m'as appelé ?
- Shu-chan... Après tout, Shûichirô est ton prénom, non ?
- Oui, mais ça fait bizarre dans ta bouche, ... Kunimitsu.

Oishi avait dit le prénom de Tezuka en rigolant à moitié.
Tezuka le regarda avec son plus parfait air de "je n'ai pas compris ce qu'il y avait de drôle là-dedans".

- Ce serait difficile de t'appeler comme ça...
- Ah ?
- Oui, c'est mignon, mais c'est un peu pompeux, comme prénom.
- Je dois te remercier ?
- Non, non, ne le prends pas mal, il te va bien !
- Je suis mignon et pompeux ?

Oishi tira la langue à Tezuka qui attrapa la main de son camarade de classe, encore une fois.
Le geste ne gênait plus aucun des deux garçons, et dès qu'ils en avaient l'occasion, leurs doigts s'entremêlaient.

- Viens, la salle de bains est par ici.

Oishi réalisa alors qu'il avait dit à sa mère qu'il prendrait son bain avec Tezuka.
Bizarrement, cette perspective le faisait se sentir bizarre. Il se sentait gêné quelque part, alors qu'il voulait pourtant être le plus proche possible de Tezuka.
C'était illogique.

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Une fois dans le bain, Oishi poussa un énorme soupir de soulagement.
Il se sentait plus à l'aise dans l'eau chaude et tranquille et fermait les yeux, tentant presque d'oublier la présence de Tezuka à ses côtés.
Prendre sa douche avec le jeune homme avait été plus difficile et plus embarassant que jamais.
Il devait se l'avouer, il était troublé par le fait que Tezuka soit nu et tout près de lui.
Cette sensation était encore plus étrange, couplée au fait qu'il avait envie de se rapprocher un peu plus de son ami.

Il fut pourtant sorti de ses pensées par un son auquel il n'était pas habitué.
Un rire.
Le rire de Tezuka.

Oishi cligna des yeux à plusieurs reprises pour être sûr qu'il ne rêvait pas, mais non, Tezuka était bel et bien en train de rire à côté de lui dans le bain, semblant avoir trouvé quelque chose de particulièrement amusant.
Le garçon semblait retenir des larmes de rire alors que sa bouche souriait comme Oishi ne l'avait jamais vu sourire, et apparemment Tezuka n'arrivait pas vraiment à s'arrêter de rire, essayant de se retenir de pouffer encore plus fort en plaçant une main devant sa bouche.

- Tezuka....-kun ?

Tezuka arriva à glisser un "pardon" entre deux rires.

- Tu n'as pas besoin de t'excuser, mais... pourquoi tu ris ??

Tezuka montra une petite forme jaune qui flottait à côté de lui.

- C'est à toi, Oishi-kun ?

Tezuka partit dans un nouvel éclat de rire qu'il tenta veinement de supprimer.
Oishi se sentit rougir, et se dit qu'avec la chaleur du bain il devait être pivoine.

- Je ne vois pas ce que ça a de si drôle...

Tezuka, encore incapable de parler, émit une petite pression sur le bec de ce qui était effectivement le canard en plastique d'Oishi, et le palmipède s'enfonça dans l'eau, ses yeux tournant très vite alors qu'il remontait à la surface.
Nouvel éclat de rire de Tezuka.

- Je ne pensais pas que tu avais le rire si facile.

Tezuka prit de longues inspirations et son souffle retourna à la normale quelques instants après avoir tendu le canard à Oishi pour ne plus l'avoir sous les yeux.

- Je suis désolé.

Son visage avait pratiquement repris ses traits habituels, si ce n'est une légère lueur de gaieté dans ses yeux noisette.

- Mais pourquoi, ça fait plaisir de te voir rire, tu sais...
- ...

Tezuka avait définitivement repris son air de sévérité habituel et Oishi se sentit triste de voir que Tezuka n'était pas d'accord sur ce point avec lui.
Il aimait voir le garçon sourire, et il se désolait du fait que cela reste excessivement rare.

- Tu n'es pas drôle, Tezuka-kun.
- Désolé.

Oishi poussa un long soupir avant de se rendre compte qu'il avait dans sa main une arme de choix.
Il s'approcha de Tezuka (ayant complètement oublié ses appréhensions de plus tôt quant à la nudité de son partenaire) et sortit son cher canard, lui faisant rouler les yeux dans tous les sens.
Et il vit que Tezuka se retenait trèèès fort de rire.

- Allez, ris.
- Non.

Oishi voyait un sourire commencer à se former sur les lèvres de Tezuka et il décida de sortir sa botte secrète. Il appuya sur le derrière du canard et les pattes de celui-ci se mirent à s'agiter dans tous les sens, ce qui, conjugué aux yeux gigotants, allait finir d'achever Tezuka, il en était sûr.
Effectivement, un rire s'échappa de la bouche de Tezuka et le plus jeune des deux garçons attrapa la main de son compagnon qui tenait le canard, l'écartant de lui pour ne plus le voir.

Sauf que dans le feu de l'action, il ne fit pas attention au fait qu'il destabilisait Oishi et ce dernier se sentit glisser sur le fond de la baignoire et percuter Tezuka.

Oishi lâcha le canard qui se mit à dériver, complètement oublié par les deux garçons qui restaient immobiles, quasiment dans les bras l'un de l'autre.

- Je... Tezuka-kun...

Oishi se sentit rougir et essaya tant bien que mal de trouver la volonté de s'écarter de Tezuka, de faire en sorte que sa jambe ne touche plus la cuisse de Tezuka, que son visage s'écarte des pectoraux du jeune homme qui commençaient à apparaître sous la peau mouillée...
Après avoir respiré un bon coup, Oishi prit appui sur le rebord de la baignoire et allait s'écarter quand il sentit la main de Tezuka sur son bras.


- Niiiiiiiiiiiiiii-chan, tu as bientôt fini ??

Oishi se sentit soudainement ridicule en entendant la voix de sa petite soeur et s'écarta rapidement de Tezuka sans regarder celui-ci.
Il sortit du bain rapidement et répondit à sa soeur.

- Oui, oui, on sort tout de suite.

Il entendit Tezuka sortir du bain derrière lui et retenut son souffle en sentant son meilleur ami le frôler en pasant dans la partie sèche de la salle de bains.

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- Tu n'as plus ton pyjama à nounours ?

Oishi était un peu déçu de ne plus pouvoir voir Tezuka dans ces habits qui contrastaient autant avec son caractère.

- Non, il est au sale...

Oishi poussa un long soupir, s'effondrant sur son lit.

- Qu'est-ce que tu voudras faire, demain ?
- Je ne sais pas, tu as une idée ?

Oishi aimait beaucoup aller à la piscine le dimanche, mais il avait eu assez d'aventures avec Tezuka dans l'eau pour le week-end.

- Si on m'écoutait, on irait visiter un aquarium...
- Pourquoi pas ? Je n'en ai pas beaucoup visités, en fait... et puis tu pourras me servir de guide.

Tezuka s'assit sur le lit aux côtés d'Oishi.

- Oui, promis !

Oishi attrapa la main de Tezuka et se mit à jouer avec.

- En fait je m'en fiche tant que je reste avec toi.

Tezuka fut un peu embarassé par la remarque, ne sachant pas vraiment s'il devait prendre ça comme il l'espérait.
Il se laissa tomber sur le lit à côté d'Oishi et laissa ses yeux observer longuement son compagnon.
Qu'y avait-il de si particulier chez Oishi pour qu'il ait à ce point envie d'être proche de lui ?
Le regard de Tezuka parcourait le visage de son ami, les grands yeux à présent fermés, son sourire si agréable traînant encore sur sa bouche, ses cheveux encore mouillés collant à son front.
Soudain, les yeux d'Oishi s'ouvrirent, et Tezuka fut pris sur le fait.
Oishi se tourna légèrement vers lui et lui adressa un sourire encore plus grand que d'habitude.
Et quelque chose dans le coeur de Tezuka lui disait de répondre à ce sourire, à faire de même, mais il n'y arrivait pas.
Oishi bailla et ses yeux qui criaient au sommeil se refermèrent alors qu'il se pelotonnait contre Tezuka.

- Oishi-kun ?
- Hmm ?
- On ne peut pas passer la nuit comme ça...

Un futon avait été sorti pour qu'Oishi puisse laisser son lit à Tezuka, et puis les deux garçons n'étaient pas très bien installés.

- C'est vrai, tu as raison.

Oishi frotta un de ses yeux et se redressa, semblant contempler la situation et tâchant de trouver la solution.

- Tu vas être loiiiin de moi.
- Dis-toi qu'en général je dors à plusieurs kilomètres de ton lit.
- Ce n'est pas drôle.

Une des mains de Tezuka se posa sur sa joue.

- Je ne disais pas ça pour t'embêter.
- ... je sais.

Les deux garçons se levèrent et Tezuka s'insinua dans le lit qu'Oishi avait insisté qu'il prenne plus tôt.

- Allez, viens, on tiendra bien à deux ici...
- Ouiiii !
- Tu as intérêt à ne pas trop bouger...
- Si je t'embête, tu as le droit de me chasser du lit.

Un petit silence prit place.

- Oishi-kun ?
- Hmm ?
- Je crois que tu ne m'embêtes jamais.

Oishi répondit par un petit rire tout en encerclant le corps de Tezuka de ses bras.

- J'aime bien dormir contre toi.
- Pourquoi ?

Oishi réfléchit à la question à laquelle il avait beaucoup pensé mais pas encore trouvé de réponse.

- Je ne sais pas. J'aime bien ta chaleur et ton odeur. Et j'aime bien être près de toi.

Tezuka sentit son coeur se serrer, s'accélérer.
D'une main tremblante, il caressa les cheveux d'Oishi, ne sachant pas vraiment si ce qu'il faisait était bien.
Oishi poussa un petit soupir et Tezuka retira sa main.

- Pardon.
- Non, ne t'arrête pas, c'est agréable.

Tezuka s'exécuta et ses doigts retrouvèrent le cuir chevelu d'Oishi, caressant doucement la peau du jeune homme, ne sachant pas vraiment à quoi correspondait ce geste.
Une des mains d'Oishi s'approcha de son visage, retira ses lunettes et les posa sur la table de nuit avant d'éteindre la lumière.

- Tezuka-kun ?
- Oui ?

Tezuka était amusé de cette habitude qu'avait Oishi de toujours l'appeler par son nom avant de lui parler, comme s'il avait pu s'endormir entre temps...
Oishi sembla hésiter une seconde et sa main rejoignit à nouveau le visage de Tezuka.
Sa respiration s'était accélérée, et Tezuka sentait que son autre main s'agrippait à la fabrique de son pyjama. Lui-même sentait son coeur battre de plus en plus vite, et il n'osait pas imaginer ce qui pourrait se passer.

- Reste près de moi.

Tezuka ne put s'empêcher de sourire, mais les yeux d'Oishi s'étaient fermés et ne pouvaient pas le voir.

- Je ne comptais pas te laisser.

La main d'Oishi quitta le visage de Tezuka, caressant la joue de son ami au passage, et trouva sa place quelque part sur le corps du collégien.

- Bonne nuit, Tezuka-kun.

Tezuka reserra un peu son étreinte sur Oishi.

- Dors bien, Oishi-kun.

Ses caresses dans les cheveux d'Oishi ralentirent progressivement jusqu'à ce que Tezuka s'endorme complètement.

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Tezuka ouvrit doucement les yeux alors que le son de petits oiseaux primesautiers se faisait entendre au-dehors.
La chambre était plongée dans une semi-obscurité grâce au store, mais Tezuka discernait sans aucun problème les traits d'Oishi, encore endormi et toujours dans ses bras.
Sa respiration calme faisait doucement se relever et retomber son ventre à un rythme régulier, alors qu'une de ses mains tenait encore lâchement le haut du pyjama de Tezuka.
Tezuka sentit un frisson passer dans son dos. Il avait bizarrement froid à toutes les parties de son corps qui ne touchaient pas Oishi.
Baillant légèrement, Tezuka souleva l'un des bras d'Oishi pour se pelotonner tout contre son ami. Une fois son but atteint, il reposa délicatement le bras d'Oishi par-dessus son corps.
Il hésita une seconde à passer un bras et une jambe au-dessus du corps de son ami, mais jugeant qu'il serait installé plus confortablement en le faisant, il s'exécuta.
Son visage était maintenant tout contre le coeur d'Oishi, qu'il sentait battre doucement.
Tezuka émit un petit soupir de satisfaction.
Il faisait plus chaud tout à coup.
Tezuka referma les yeux, se disant que même s'il ne retrouvait pas le sommeil, il était particulièrement bien installé.

- Hnnn... Tezukaaaa ?

La petite voix d'Oishi se fit entendre et Tezuka s'en voulut d'avoir réveillé son compagnon.

- Tu peux te rendormir, Oishi-kun, il est encore tôt.

Le corps d'Oishi se mit en mouvement, s'écartant un peu de Tezuka pour s'étirer.
Ce coup-ci, Tezuka émit un petit soupir de déception qui fut vite oublié quand les bras d'Oishi revinrent l'encercler et le serrer contre son corps.

- Je ne veux pas me rendormir...

Tezuka ne demanda pas pourquoi.
Il savait.
Oishi, tout comme lui, voulait profiter de ce moment, voulait être éveillé pour jouir de la présence de l'autre un peu plus longtemps.

- Et je ne veux pas que le matin vienne non plus...

Une des mains d'Oishi trouva son chemin jusqu'aux cheveux de Tezuka, et commença à doucement caresser la tête du jeune homme, comme celui-ci avait fait la veille.
Tezuka soupira. C'est vrai que c'était agréable.
Il embrassa le coeur d'Oishi à travers son pyjama, sachant que le garçon ne sentirait rien, et ne se rendrait probablement compte de rien.
C'était sûrement mieux comme ça.
La main d'Oishi descendit dans sa nuque, caressant la peau douce mais froide et Tezuka se sentit frissonner.
De longs moments passèrent, et les deux garçons n'osaient pas parler, n'osaient plus bouger, si ce n'est la main d'Oishi qui caressait rythmiquement la base du cuir de chevelu de Tezuka.
Aucun des deux ne voulaient savoir combien de temps s'était écoulé, dans combien de temps ils devraient se lever et se séparer, dans combien de temps Tezuka devraient finalement rentrer chez lui, dans combien de temps ils pourraient à nouveau être aussi proches...

On toqua à la porte.

- Shûichirô, Kunimitsu-kun, le petit-déjeuner sera prêt dans un quart d'heure.

Les deux garçons poussèrent un soupir simultané et s'écartèrent l'un de l'autre.
Oishi fit un petit sourire triste à Tezuka en passant ses lunettes à son ami.
Celui-ci essaya du mieux qu'il put de sourire en retour, mais il savait pertinemment que sa bouche n'avait pas dû bouger d'un iota.

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- Le jour où j'aurais un aquarium d'eau salé, j'en veux un pareil !!

Le sourire d'Oishi faisait plaisir à voir.
Le garçon traînait son ami d'aquarium en aquarium, connaissant apparemment l'endroit par coeur et absolument tout ce qui s'y trouvait.
Même l'exposition temporaire n'était pas une surprise pour lui et Tezuka se sentit pour une fois bien ignorant à côté de son camarade de classe.

- Regarde, c'est la même espèce que Lyly.

Tezuka se rapprocha de l'aquarium.
Effectivement, des poissons jaunes brillants nageaient tranquillement en groupe.

- C'est en les voyant que j'ai décidé d'en avoir un pareil !

Le groupe de poissons fit une embardée sur le côté et Oishi émit un "wooow" admiratif.
Et Tezuka devait avouer qu'il trouvait bien plus intéressant de regarder Oishi que les poissons, bien que l'idée de visiter un aquarium lui plaisait particulièrement.

- Tezuka-kun, je t'embête ?
- Non, non, c'est plutôt le contraire.
- Ca te plaît ?

Une lueur d'espoir semblait briller dans les yeux d'Oishi.

- Oui, beaucoup.
- Tu ne mens pas ?

Tezuka poussa un petit soupir.

- Désolé, c'est juste que j'ai peur que je t'oblige à voir des choses qui ne t'intéressent pas...
- Oishi-kun, ça m'intéresse, je t'assure.

Un petit silence s'installa et Tezuka se rapprocha d'Oishi.

- ... Mais en fait je m'en fiche tant que je reste avec toi.

Il avait répété la phrase qu'Oishi avait prononcée la veille, et le jeune homme ne savait pas trop comment réagir.
Un léger rougissement apparut sur ses joues puis il se retourna à nouveau vers les poissons.

- C'est gentil.

Tezuka se tourna aussi vers l'aquarium, et sa main frôla celle d'Oishi.

- Non, c'est vrai.

Oishi fit un grand sourire et repartit dans ses grandes explications sur telle ou telle espèce...

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- Joyeux anniversaire, Oishi-kun.

Oishi resta interloqué une seconde.

- Merciiiii, Tezuka-kun !!!!!!!!!

Il se retint très fort de sauter au cou de son meilleur ami au milieu de la classe, même s'il en avait particulièrement envie.

- Qu'est-ce que c'est ??????????

Tezuka lui avait tendu ce qui était très clairement un paquet-cadeau, vu l'emballage.

- C'est un cadeau d'anniversaire, ça ne se voit pas ?
- Si si, mais qu'est-ce qu'il y a dedans ?
- Ce ne serait pas plus simple de l'ouvrir ?

Une des filles de la classe s'était mise à rire à côté des deux jeunes hommes.
Oishi se décida donc à défaire l'emballage et découvrir ce que Tezuka avait bien pu lui trouver comme cadeau.
C'était du matériel pour son aquarium. Quelques décorations et un kit d'entretien.

- Je n'avais pas vraiment d'idée...
- CA ME PLAIT ENORMEMEEEEEEEEEENT !!

Tezuka fit un pas en arrière à l'enthousiasme d'Oishi.

- Si, vraiment, merciiiiii ! Merci, Tezuka-kun ! J'adore ce cadeau !!

Oishi fit encore un grand sourire à Tezuka avant de contempler son cadeau.
Un garçon de la classe s'approcha.

- Tu as un aquarium, Oishi-kun ?
- Oui ! J'adore les poissons !! J'ai des poissons exotiques d'eau douce chez moi...

Tezuka se rassit à sa place et laissa Oishi parler joyeusement de Lyly et de ses autres animaux de compagnie.
La joie du garçon faisait plaisir à voir et Tezuka pouvait se contenter de l'observer plutôt que de la partager.
Leur professeur principal finit par faire son apparition et Oishi glissa un coup d'oeil à Tezuka pour le remercier encore une fois.
Tezuka se contenta d'incliner légèrement la tête en réponse, se disant qu'il aurait bien l'occasion de parler plus tard dans la journée avec Oishi.

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- Tezuka-fukubuchô.
- Fuji. Il se passe quelque chose ?

Le seul autre régulier parmi les deuxième année fit un petit sourire et s'approcha de Tezuka.

- C'est l'anniversaire d'Oishi, aujourd'hui, les kohai veulent lui préparer une fête dans les vestiaires pour le remercier de prendre soin d'eux... Tu pourrais l'occuper un peu à la fin de l'entraînement pour qu'ils aient le temps de tout finir ?

Autant Tezuka aurait voulu garder Oishi pour lui en fin d'après-midi, autant l'annonce de Fuji lui fit plaisir, sachant combien Oishi apprécierait une telle attention.

- Pas de problème, je ferai de mon mieux.
- J'en suis certain, Tezuka.

Et le garçon s'éloigna, toujours le sourire aux lèvres.

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- Oishi-kun.

L'interpellé se retourna et se rapprocha de Tezuka, curieux de ce qu'on avait à lui dire.
Tezuka réalisa alors le dur défi que lui avait lancé Fuji.
Pour occuper Oishi, il allait devoir parler. Mais il n'avait rien à lui dire.
En tout cas rien qui justifia qu'il le garde éloigné du vestiaire.
Les yeux de Tezuka s'écarquillèrent légèrement à la réalisation, mais le jeune homme garda son calme alors qu'il remontait ses lunettes sur son nez.

- Je peux te parler, un peu ?

Il venait de gagner bien trente secondes, là.
Mais peut-être que ça ne suffirait pas à Fuji et aux autres...

- Bien sûr ! Sur le chemin des vestiaires ?

Oups.

- Euh... on pourrait rester un peu dehors, s'il te plaît ?

Oishi sembla surpris mais finit par répondre par un sourire.

- Bien sûr, si tu préfères.

Tezuka commença à marcher dans la direction opposée des vestiaires, vite suivi par Oishi.

- De quoi tu voulais me parler ?

Une idée. Il devait trouver une idée.

- Tu fais quelque chose pendant la Golden Week ?

Mine de rien, Tezuka était très fier d'avoir trouvé ça.

- Je n'ai rien de prévu, et toi ?
- ... Non plus, en fait.

Au final, l'idée n'avait pas été si bonne que ça.

- Pas de marche en montagne ?
- Non, pas cette fois-ci.

Oishi poussa un petit soupir.

- Dommage, j'aurais bien aimé recommencer !

Les deux jeunes hommes étaient arrivés à un banc où ils s'assirent, vu qu'il était devenu évident qu'il n'y avait aucun but précis à leur marche.

- Hmm...

Un silence s'installa.
Oishi regardait les quelques étudiants qui s'affairaient au loin sur un terrain de base-ball.
Tezuka se concentra.
Il 'pouvait' trouver quelque chose à dire...
Après tout, il suffisait de réfléchir un peu, non ?

- Ca te dit de faire quelque chose ensemble pour les vacances ?
- Bien sûr. Plus je passerai de temps avec toi et plus je serai heureux.

Vu le peu de monde qui passait, Oishi se permit de poser sa main sur celle de Tezuka qui reposait sur le banc.
Bizarrement, il n'avait pas envie que quelqu'un les voit ainsi, et il voulait garder ce genre de moments juste pour lui.

- Tu as une idée ?
- Hmm... je ne sais pas... tu ne m'as pas dit que tu aimais la pêche ? Tu ne veux pas m'apprendre ?
- Si tu veux.
- Ca n'a pas l'air de t'enchanter plus que ça...

Oishi avait pris un ton boudeur et Tezuka tourna son visage vers son ami.

- Tu te trompes.

Les deux collégiens se regardaient, à présent, et leurs visages n'étaient séparés que de quelques centimètres.

- Je... Tezuka...

Tezuka ferma les yeux et se força à s'écarter un peu d'Oishi.
Il avait pensé à... il avait pensé à embrasser le jeune homme. Et ce n'était certainement pas une chose à faire. Encore moins dans l'enceinte même du collège.

- Retournons aux vestiaires.

Sa voix n'était pas aussi calme qu'il le voulait, et ses pensées formaient un flot incessant de questions auxquelles il ne trouvait pas de réponse.
Pourquoi avait-il voulu embrasser Oishi ? Est-ce que ça voulait dire que ce qu'il ressentait pour lui était plus que de l'amitié ? Et puis il se demandait surtout comment aurait réagi son meilleur ami... est-ce qu'il ressentait la même chose ? Aurait-il été d'accord ?

Oishi, quant à lui, voyait que quelque chose préoccupait Tezuka, mais il ne voulait pas déranger le jeune homme plus que nécesaire. De plus, ses élucubrations furent coupées par un tonitruant "Joyeux Anniversaire !!!" de ces camarades du club de tennis quand il ouvrit la porte des vestiaires.

Oishi fut étonné mais particulièrement heureux de l'attention qu'on lui portait, même s'il jugeait tout ça un peu exagéré.
Après avoir remercié quelques personnes, Oishi se retourna vers Tezuka mais n'eut que le temps de voir l'ombre du jeune homme quitter le vestiaire.
Apparemment Tezuka n'avait pas envie d'assister à une fête qu'on donnait pour lui.
Peut-être l'avait-il fâché tout à l'heure ?

Oishi retint un soupir et remercia le kohai qui lui offrait à boire.

_____________________________


- Excuse-moi.

Tezuka s'arrêta net.

- Pardon ?
- Je m'excuse. Tu es fâché, ça se voit. Alors je m'excuse, j'ai dû faire quelque chose de mal sans m'en apercevoir...
- Je ne suis pas fâché.
- Tu es parti à la fête. Et tu ne m'as pas parlé de tout le chemin jusqu'ici.

Tezuka et Oishi étaient effectivement presqu'arrivés à l'endroit où leurs chemins se séparaient pour rentrer chez eux.
Le plus grand des deux amis fut surpris de voir qu'Oishi se préoccupait pour des choses si bêtes... et qu'il pouvait voir si facilement que quelque chose le préoccupait.
Il s'approcha donc de l'autre garçon et chercha ses yeux du regard.

- Je ne suis pas fâché. Je réfléchissais.
- Plus fort que d'habitude ?
- Oui, plus fort que d'habitude.
- A quel propos ?
- Je pensais à toi.

Oishi rougit instantanément.

- Aah ? Euh... pourquoi ?
- Je me posais des questions sur ce que je ressens pour toi.

Oishi se sentir déglutir avec beaucoup de difficulté.

- ... Et ?
- Et je n'arrive à rien. Je crois que je ne suis pas très doué dans le domaine des relations humaines...

Oishi se mit à rire et attrapa la main de Tezuka dans la sienne.

- On n'est pas très doués, hein ?

Tezuka soupira tout en remontant ses lunettes de sa main encore libre.

- Tu tiens à moi, Tezuka ?

Celui-ci fut surpris de l'ablation du "kun" à la fin de son nom et d'entendre cette question dans le bouche d'Oishi.

- Bien entendu.

Il se sentit rougir aussi un peu, et il avait tout à coup particulièrement chaud.

- Hmm...

Les deux garçons firent encore quelques pas et arrivèrent au carrefour où chacun prenait d'un côté différent.
Ils se regardèrent un instant et Oishi se mit à rire.

- On va se quitter comme ça ?
- Je ne sais pas. Je t'emmènerai bien avec moi.

Oishi répondit par un sourire et se rapprocha de Tezuka dont il n'avait pas lâché la main.

- Je suis déjà en retard, ma mère va me gronder.
- Je n'aimerais pas que tu te fasses gronder à cause de moi.
- Oui, surtout que tu tomberais dans l'estime de ma maman.

Un petit silence prit place.

- On se voit demain, alors.
- Oui, demain.

De nouveau, les deux collégiens se turent, chacun refusant de lâcher la main de l'autre.
Finalement, Oishi franchit la distance qui le séparait de Tezuka et déposa un baiser sur sa joue.

- Merci encore pour le cadeau.

Les deux garçons se quittèrent là, sentant tous les deux qu'une partie de leur coeur partait avec l'autre.
____________________________

- Oishi-kun ?
- Tezuka-kun ???
- Oui.
- C'est rare que tu appelles !
- Hm.
- Tu vas bien ?
- Oui. Toi ?
- Très bien !! Tes vacances ?
- Agréables. Je t'appelais pour savoir si tu voulais toujours aller à la pêche.
- Oui, bien sûr !
- Demain, ça te dit ?
- Pas de problème.
- Tu as un vélo ?
- Oui. Tu veux y aller à bicyclette ?
- Hmm. Je connais un chenal poissonneux à environ 20 minutes à vélo de chez toi. Ce sera bien pour une première fois.
- D'accord !
- Je prendrai du matériel pour deux. Je passe te prendre à 9 heures. Prends de quoi pique-niquer.
- Entendu !!
- ...
- .....
- Alors, à demain.
- Oui, à demain ! .... J'ai hâte d'y être !
- Moi aussi.
- ...
- .... Oishi-kun, je crois que l'un de nous deux va devoir raccrocher.
- Tu le fais.
- D'accord.
- A demain.
- Passe une bonne soirée.

Tezuka raccrocha le combiné et ferma les yeux.
Oui, il avait vraiment hâte d'y être.

__________________________

- Shûichirô, je ne fais pas de courses, donc si tu ne ramènes pas de poisson, tu n'auras rien à manger ce soir.
- Quoi ??
- Comme ça tu ne feras pas l'imbécile et tu feras des efforts.
- Mais...

Oishi quitta le seuil de sa maison plutôt angoissé à l'idée de ne rien prendre de la journée.
Mais la vue de Tezuka à cheval sur son vélo le remit d'aplomb et Oishi s'empressa lui-même d'aller chercher son deux-roues préféré dans le garage pour rejoindre son meilleur ami.

- Bonjour ! Tu vas bien ??
- Oui, toi ?
- Ouiiiii ! La journée s'annonce super !
- Alors, en route.

Tezuka réenfourcha son vélo et se mit en route, à un rythme modéré pour qu'Oishi puisse bien le suivre et qu'ils ne s'épuisent pas trop vite.
Après tout, ils avaient tout leur temps.
Ils seraient juste tous les deux toute la journée.
Rien qu'à cette pensée, Tezuka était pressé d'arriver, de pouvoir juste s'asseoir dans l'herbe à côté d'Oishi, de pouvoir observer le collégien et son perpétuel enthousiasme.

Ils arrivèrent finalement au chenal dont avait parlé Tezuka. Il s'agissait d'une banlieue où les maisons étaient assez espacées, un petit coin de campagne presque loin de la ville.
Le chenal était séparé de la route par plusieurs rangées d'arbres, et une fois traversées, les deux amis avaient l'impression d'être coupés du monde et pratiquement dans la nature.

- C'est un joli coin.
- Je trouve aussi. C'est assez tranquille.

Oishi reposa sa bicyclette à terre et s'effondra juste à côté.

- Pfff, tu roulais vite...

Tezuka vint s'asseoir près de son compagnon.

- Tu trouves ?
- Oui !
- C'est que je devais avoir hâte d'être avec toi.

Oishi ne resta pas bien surpris bien longtemps. Il attrapa l'un des bras de Tezuka et tirant un peu, força le collégien à s'allonger près de lui, le rattrapant d'un bras.
Il enfouit rapidement son visage dans la chemise de Tezuka et respira profondément.

- Tu m'as manqué.

Tezuka rendit son étreinte à Oishi autant qu'il le pouvait. Il avait l'impression que s'il serrait encore un peu plus le garçon dans ses bras, ses os allaient se rompre. Mais il avait peur que s'il relâchait la pression, Oishi disparaîtrait loin de lui...

- Toi aussi.

Et c'était vrai.
Pas un instant ne s'était passé sans qu'il ne pense à son compagnon, sans qu'il n'appréhende et n'espère leur prochaine rencontre.

- Tezuka-kun... on peut rester encore un peu comme ça ?
- Oui, ne t'inquiète pas. On a tout notre temps...

Tezuka avait l'impression que son coeur allait exploser.
Oishi ne voyait pas le supplice qu'il lui infligeait à lui dire ça et à le traîter ainsi ?

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- C'est bon, tu as compris ?
- Oui !
- Alors lance la ligne.

Oishi s'exécuta et ne fut pas trop déçu par le résultat.
Il s'assit à terre, Tezuka lui ayant signalé un peu plus tôt qu'il se fatiguerait vite s'il comptait rester tout le temps debout.
A côté de lui, Tezuka fixait son flotteur d'un oeil implaccable, prêt à devoir lutter à tout moment.
Oishi sourit au sérieux de son ami, puis se concentra sur sa ligne.

Il ne se passait pas grand chose.
Le courant était faible, et de temps en temps, les deux amis sortaient leur ligne de l'eau pour la replacer.
Une fois, Oishi se rendit compte que son appât était tombé à l'eau et dû remettre un asticot au bout de sa ligne avec beaucoup de difficulté, sous le regard amusé de Tezuka.

- Ca te fait rire ?

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez.

- Non.
- Tant mieux.

Oishi remit sa ligne dans l'eau alors que Tezuka se relevait.

- Tu commences à avoir des fourmis ?
- Non, j'ai une prise.
- Wow, pour de vrai ?
- Oui, pour de vrai.

Après quelques coups experts de moulinet, Tezuka fit sortir un poisson de taille moyenne de l'eau, qu'Oishi identifia comme une carpe.

- L'épuisette.

Oishi courut chercher le-dit ustensile et attrapa le poisson que Tezuka ramenait à son niveau.

- Tu vois, tu ne mourras pas de faim ce soir.
- Ce n'est pas moi qui l'ai pêché.
- Ce n'est pas moi qui irais le dire à ta mère...

Oishi répondit par un sourire.

- Ma façon de pêcher est donc si désespérée que ça ? Tu crois que je n'attraperai rien de la journée ?
- Je n'ai pas dit ça non plus.

Tezuka reposa sa canne à pêche et montra à Oishi comment sortir l'hameçon de la bouche du poisson frétillant avant de replacer ce dernier dans un filet qu'il avait accroché à la berge en arrivant.

Les deux garçons se remirent en place et se remirent à pêcher.
Dix minutes plus tard, le même manège recommençait et Tezuka sortait un poisson un peu plus petit des flots.

- Mais comment tu fais ?
- L'expérience. Tu vas voir, tu vas réussir aussi.

Oishi poussa un petit soupir alors que Tezuka lui laissait l'honneur d'ôter l'hameçon de la gueule du poisson.

- Et maintenant ?
- Dans le filet.
- Ah, oui !

Oishi se rua vers le filet et glissa bêtement dans l'herbe humide, se retrouvant la tête la première dans le chenal.

- Oishi !!

Tezuka se rua vers l'endroit où son ami avait "plongé", particulièrement inquiet.
Mais le collégien refit surface sans dommage, juste un peu embarassé.

- J'ai glissé.
- J'ai vu ça.

Tezuka s'accroupit et tendit une main à Oishi.

- Je t'aide à remonter ?
- A vrai dire...

Oishi attrapa la main de Tezuka et tira dessus.

- ... je préfèrerais que tu descendes !

Et Tezuka se retrouva aussi parmi les poissons.
Quand la tête du collégien refit surface, il tenait fermement ses lunettes et regardait Oishi d'un air incrédule.

- C'était particulèrement bête.
- C'était très drôle.
- J'aurais pu perdre mes lunettes.

Oishi réalisa qu'effectivement, Tezuka n'était peut-être pas la personne à qui il aurait dû faire cette blague.

- Désolé.
- Ce n'est rien, elle est bonne.

Tezuka retira ses lunettes et son t-shirt qu'il déposa sur la berge avant de nager un peu.
Oishi sourit en voyant que son meilleur ami ne lui tiendrait pas rigueur de cette petite embardée sous-marine.
Et puis il réalisa.

- Aaaaaaaah !
- Quoi ?
- J'ai lâché le poisson.

Tezuka ne put s'empêcher de glousser de rire et Oishi fut très fier de cet exploit.

- Dramatique, effectivement.

_________________________

Une fois de nouveau à l'extérieur de l'eau, les deux garçons ôtèrent l'intégralité de leurs habits mis à part leurs caleçons respectifs et allèrent déposer tout ça à sécher au soleil.
Heureusement, il faisait déjà chaud en ce début de mois de mai, et les deux garçons ne souffraient pas trop du froid malgré leur petite tenue.

- Aaaaaaah, j'adore nager.
- La prochaine fois, on ira à la piscine, pas à la pêche, alors.
- Ah oui, tiens, enfin un domaine où je serais peut-être meilleur que toi !
- ... oh ?

Oishi bomba le torse fièrement.

- J'étais de loin le meilleur de toute mon école primaire. Je vais nager au moins deux fois par semaine !

Tezuka répondit en remontant ses lunettes sur son nez, prenant presque un air amusé.

- Et bien que dis-tu de dimanche prochain pour que tu me montres ça ?

Oishi fit un grand sourire à la perspective de pouvoir 'encore' revoir Tezuka et acquiesça la tête de façon à montrer son entoushiasme.

- Ca te dit de pique-niquer maintenant ??
- Si tu veux.

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez encore une fois (il avait apparemment peur de les perdre depuis qu'il était tombé à l'eau) et se dirigea vers son sac d’où il sortit son bentô. Oishi fit de même et les deux garçons s'installèrent confortablement dans l'herbe pour apprécier leur repas.
Les deux amis échangèrent une partie de leurs entrées et au final, après un repas agrémenté surtout par la conversation d'Oishi, ce dernier sortit la pièce maîtresse de son sac : des pâtisseries.

- Je les ai faits avec ma soeur !
- Est-ce que c’est comestible ?
- C’est méchant...

Tezuka attrapa un des gâteaux suspicieux et après l’avoir dévisagé une seconde, l’enfourna en bouche, ne voulant pas qu'Oishi garde ce visage déçu plus longtemps.
Après une longue mastication, Tezuka avala le morceau qu'il avait jugé douteux vu sa forme peu protocolaire.

- Très réussi.

L'inquiétude d'Oishi se transforma en joie.

- C'est vrai, tu aimes ?
- Beaucoup.
- Tant mieux ! Je t'en referai si tu veux !
- Je vais te charger de tous nos futurs goûters, si c'est comme ça.
- Pas de problème !

Et Oishi avala un de ses propres gâteaux, toujours le sourire aux lèvres.

- Tu sais ce qui serait 'vraiment' bien, maintenant ?
- Non.
- Une sieste.

Oishi s'étendit dans l'herbe pour illustrer son propos.

- Il fait teeeellement bon.

Tezuka contempla un instant son meilleur ami, qui avait fermé les yeux et placé ses bras sous sa tête comme oreiller.

- Ce n'est pas comme ça que tu vas attraper quelque chose.
- Pfffff...
- Attends, j'ai une idée. Prépare ta ligne.

Les deux garçons s'affairèrent à relancer leurs lignes, et une fois cela fait, ils bloquèrent leurs cannes à pêche dans le sol.

- Comment va-t'on voir si on a une touche si on dort ?

Tezuka sortit du fil de son sac et en coupa deux longs morceaux.

- Accroche ça à ta ligne. Après le moulinet.

Tezuka illustrait ses propos en faisant de même. Il passa ensuite l'autre bout de la ficelle sous sa jambe et fit un noeud, ayant maintenant sa ligne accrochée à sa cheville.

- Comme ça, on saura. Enfin, j'espère, je n'ai jamais essayé.

Oishi imita Tezuka et les deux amis s'allongèrent dans l'herbe, juste derrière leurs lignes.
Oishi poussa un petit soupir qui montrait à quel point il était bien installé.

- Tezuka-kun ?
- Oui ?
- On est bien, là, non ?

Tezuka attrapa la main d'Oishi dans la sienne, sentant son coeur s'accélérer.

- Mieux comme ça.

Oishi sourit et serra légèrement les doigts de son ami.

- Beaucoup mieux.

Un silence prit place, et seul le léger bruit du cours d'eau venait déranger la sieste des deux amis.
De temps à autre, l'un de deux serrerait la main de l'autre un peu plus, ou carresserait du pouce l'arrière du poignet de l'autre, et ce dernier rendrait la pareille...
Au bout d'un moment, Oishi se mit sur le flanc et se rapprocha de Tezuka.

- Je... peux ?

Tezuka sentit son coeur s'arrêter.

- Bien entendu.

Sa voix n'était plus aussi calme qu'auparavant, reflétant son anxiété tout comme son excitation.
Le corps d'Oishi vint se placer tout contre le sien, un bras par-dessus son corps, le visage d'Oishi à quelques centimètres du sien. La deuxième main d'Oishi, au bout du bras qui lui servait toujours d'oreiller, jouait légèrement avec les cheveux de Tezuka, glissant régulièrement sur les cheveux mouillés.
Tezuka sentit sa respiration s'accélérer un peu. Le garçon était presque nu. Il était à la fois gêné et... heureux, d'une certaine façon. Il ne savait pas vraiment comment caractériser ce sentiment, en fait.
Au bout d'une minute, il n'y résista plus et se tourna aussi vers Oishi, passant aussi un bras par-dessus le corps du garçon, sentant la respiration de ce dernier sur son visage.

- Pourquoi se retrouve-t'on toujours ainsi ?

Oishi avait posé la question sur un ton amusé, se demandant peut-être si une force surnaturelle jouait avec eux de façon à ce qu'ils se retrouvent toujours dans les bras l'un de l'autre.
Tezuka prit une longue inspiration avant de répondre.

- Oishi-kun, je...

Il n'arrivait pas à aller plus loin.
Il fixait le menton d'Oishi, voulant à tout prix éviter le regard de son camarade de classe alors qu'il sentait ses joues se rosirent.

- ... je...

Que devait-il dire ? Que devait-il faire ?
Tezuka reserra son étreinte sur Oishi, sentant qu'il n'aurait pas le courage d'attendre plus longtemps.

- Excuse-moi.

Il déposa à la vitesse de l'éclair ses lèvres sur celles d'Oishi, les retirant aussitôt, effrayé par ce qu'il adviendrait de leur amitié maintenant.
Pourquoi ? Pourquoi avait-il tellement besoin de le prendre dans ses bras, de le toucher, de l'embrasser ?

- ... Tezuka-kun ?

Tezuka ferma les yeux, ne voulant ni voir ni entendre ce que lui réservait l'avenir.
Il crut qu'un temps infini s'était écoulé avant qu'Oishi ne bouge, ne réagisse.
Lentement, le bras qui l'encerclait se détacha de son corps et Tezuka se mordit une lèvre pour se retenir de pleurer.
Mais le bras ne se détachait en fait que pour pouvoir attraper la main de Tezuka.
Oishi glissa ses doigts entre ceux de Tezuka, alors que son visage s'enfouissait dans les cheveux de son ami.
Tezuka poussa un léger soupir et se pelotonna plus près de celui qu'il... de celui qu'il aimait.

Un long silence prit place, les deux garçons s'endormissant progressivement sous le soleil printannier.

Soudain, Oishi se mit à bouger et Tezuka rouvrit les yeux, un peu surpris.

- Je crois que j'ai une prise !

___________________________

- He he he, il est plus gros que le tien !

Oishi se rassit dans l'herbe le sourire aux lèvres après avoir capturé son premier poisson de la journée, avec l'aide de Tezuka.

- Ca suffira pour nourrir ta famille, Oishi-kun ?

Oishi tira la langue et prépara sa ligne une nouvelle fois alors que Tezuka sortait une prise de l'eau, quasiment aussi grande que celle que venait de pêcher Oishi.
Les deux garçons se rassirent à terre, oubliant leur sieste.
Oishi tenait difficilement en place. Il ne savait pas trop quoi penser, et pour une fois, le silence habituel de Tezuka le gênait particulièrement.
Il voulait... il voulait savoir, mais il ne savait pas quoi.
Il voulait dire quelque chose, mais il ne savait pas quoi.
Mais il était sûr d'une chose, il était loin de Tezuka. Trop loin.
Il toussa une ou deux fois et essaya de réintroduire une conversation, histoire de chasser de son esprit le souvenir de la proximité de Tezuka lors de leur sieste, et la sensation de ses lèvres sur les siennes.

- Depuis quand est-ce que tu pêches ?
- Tout petit. C'est mon grand-père qui m'a appris.
- ...
- ...
- Tu as beaucoup de matériel...?
- ... oui, assez.
- ...
- ...
- Tezuka-kun ?
- ...

Oishi posa doucement sa main sur celle de Tezuka. Ce dernier tressaillit, sachant qu'il n'éviterais désormais plus ce moment.

- Tezuka-kun... avant...

Tezuka récupéra sa main, laissant celle d'Oishi tomber sur l'herbe.

- Je m'excuse.
- ... ce n'est pas ce que je voulais dire.

Tezuka regardait fixement le bout de sa ligne, tentant veinement d'ignorer le regard interrogatif d'Oishi.

- Tezuka-kun...

Tezuka déglutit difficilement en entendant le ton un peu suppliant de la voix d'Oishi, mais garda son regard fixe et son visage imperturbable.
La main d'Oishi revint se poser sur sa main, insistante.
Tezuka soupira. Rien que ce contact était palpitant, et le collégien n'osait pas écarter la main de son ami. Il ne voulait pas que la chaleur d'Oishi s'éloigne, mais il voulait encore moins que l'amitié que le garçon ressentait pour lui s'éteigne.
Il devait prendre la bonne décision.

- Oishi-kun. J'ai fait quelque chose que je n'aurais pas dû faire, c'est pour ça que je m'en excuse. Je t'assure que je ne recommencerai plus, mais s'il te plaît, reste mon ami.

Oishi fut interloqué un instant, ne comprenant pas vraiment ce que Tezuka disait.

- Pourquoi je ne voudrais plus être ton ami ?
- Parce que... parce que je t'aime.
- Et... ?

Tezuka prit une longue inspiration.

- Oishi-kun, je voulais dire que je t'aimais... plus qu'on aime un ami. Plus que je devrais t'aimer.

Oishi sembla pensif un instant, puis son étreinte sur la main de Tezuka se reserra.
Un silence prit place, et cette fois-ci, c'est Tezuka qui était gêné par le silence prolongé d'Oishi.

- Moi je ne veux pas te quitter.

Tezuka poussa un soupir intérieur, tout à coup soulagé d'un grand poids.
Oui, tant qu'Oishi voulait rester avec lui, rien ne comptait. Il pouvait se contenter de juste fréquenter le jeune homme, de juste être à ses côtés.
Oishi se rapprocha, laissant sa tête tomber sur l'épaule de Tezuka.

- ... et je ne pense pas qu'on puisse aimer quelqu'un "plus qu'on ne devrait l'aimer".
- Oishi-kun...
- Qu'est-ce qu'on va faire ?
- Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas.

L'étreinte de la main d'Oishi sur la sienne se reserra encore, et Tezuka sentait que son ami était troublé.

- Comment tu sais si tu... si tu "aimes" quelqu'un ?
- Je ne sais pas... si tu penses à cette personne constamment, que tu as toujours envie d'être avec elle, je suppose.
- ... tu ressens ça à mon égard ?
- ... oui.
- ........ Tezuka-kun ?
- Hm ?
- Moi aussi. Je ressens ça. Pour toi.

Tezuka ferma les yeux et soupira lentement. Sa tête se pencha, venant rejoindre celle d'Oishi, alors que son pouce caressait doucement le dos de la main de son meilleur ami.

_______________________

Tezuka commençait à ranger doucement leurs affaires, ayant promis à la mère d'Oishi de ne pas ramener son fils trop tard.
Il ne savait pas vraiment quoi penser de la journée.
Il avait passé un très bon moment -comme à chaque fois qu'il était seul avec Oishi, en fait-, mais il ne pouvait s'empêcher d'être anxieux quant à l'avenir.
Qu'allait devenir leur relation ?
Que devenaient deux amis qui s'aimaient ?
Tezuka n'était déjà pas bien sûr de ce que devenait deux personnes qui s'aimaient, mais deux garçons, deux meilleurs amis ? Il n'en avait aucune idée...
Il savait juste qu'il n'était jamais plus heureux que quand Oishi lui souriait, que quand le collégien le prenait dans ses bras ou lui caressait distraitement la main.
Tezuka émit un petit soupir.
Oishi ressentait la même chose. Enfin, au moins à peu près.
Alors rien ne les empêchait de se donner la main s'ils en avaient envie, de s'embrasser, de rester ensemble autant qu'ils pouvaient, non ?

La main d'Oishi sur son bras vint interrompre ses pensées, et le garçon se tourna vers son meilleur ami.

- On est obligés de partir maintenant ?
- Hmm... Je voudrais aussi rester, Oishi-kun.

Oishi fit une petite moue, mordillant sa lèvre inférieure.

- On se voit après-demain en classe, Oishi-kun.

Tezuka avait dit ça plus pour se rassurer lui-même, mais il avait accompagné sa phrase d'une caresse dans les cheveux courts d'Oishi.

- Je sais bien, mais...

Tezuka ferma les yeux une seconde, résistant à l'idée de se rapprocher d'Oishi, de le prendre dans ses bras.

- Moi aussi, je veux rester avec toi, Oishi-kun... Nous avons déjà bien profité de cette journée, non ?

Tezuka rouvrit les yeux en sentant les mains d'Oishi attraper les siennes et les serrer doucement.

- Oui... et nous en aurons certainement beaucoup d'autres...

Un silence s'installa, mais aucun des deux garçons ne voulait s'écarter de l'autre.

- ... pourtant je ne peux pas me résoudre à juste... te quitter, Tezuka-kun.

Tezuka voulut détourner son regard quand il sentit les deux grands yeux verts d'Oishi percer au fond des siens, devinant qu'il pensait la même chose.
Oishi rougit légèrement et embrassa Tezuka. Le baiser n'était qu'un contact presque furtif entre leurs lèvres tremblantes, mais c'était déjà une étape quasiment insurmontable pour leur coeur.
Tezuka sentit toutes ses idées rationnelles le quitter, et il ne pensait qu'à une chose, rester près d'Oishi.
Mais une fois le baiser fini, les deux garçons ne se rapprochèrent pas, ni ne s'écartèrent l'un de l'autre.
Ils restaient juste là, à se regarder, rougissant tous les deux.

- C'est ce que font les gens qui s'aiment, non ?

Oishi hasarda un petit sourire en plus de son explication pour son geste.

- ... Oui.

Tezuka se demanda un instant s'il souriait. Il savait que non, mais quelque chose dans son coeur lui faisait dire que c'était une situation dans laquelle il aurait dû sourire, s'il avait su.
Oishi avait l'air de le comprendre. Tezuka savait pertinemment que son ami pouvait lire bien des choses dans ses yeux chocolat.

- Alors... on est... ensemble ?

Tezuka serra les mains d'Oishi.

- Rien ne me ferait plus plaisir.

Oishi rit un instant puis récupéra ses mains.
Sans un mot de plus, les deux garçons finirent de ranger leurs affaires, enfourchèrent leurs vélos et rentrèrent dans leurs maisons respectives.