PARTIE 3 : Ils s'aiment, tout hésitants, découvrant l'amour, découvrant le temps...


Les semaines suivantes avaient été éprouvantes.
Les deux garçons étaient surchargés de travail pour la fin du trimestre, et à part des visites communes à la bibliothèque, les deux collégiens ne se voyaient pratiquement pas en-dehors des cours.
Oishi en était bien malheureux, mais il ne pouvait le reprocher à personne, vu que ce n'était que des concours de circonstance qui empêchaient les deux garçons d'être ensemble.
Une semaine c'était l'anniversaire d'une des soeurs de Tezuka, l'autre la famille d'Oishi décidait de partir en week-end, la troisième Tezuka tombait malade,...

Mais aujourd'hui, tout était différent. C'était le dernier jour du trimestre, et les vacances d'été commençaient le lendemain.
L'atmosphère dans la classe était au beau fixe, et un sourire était placardé sur le visage d'Oishi.
Depuis deux mois Tezuka et lui avaient décidé de passer tout ce qu'ils pourraient du mois de vacances ensemble, et il avait été fixé qu'Oishi viendrait dormir chez Tezuka dès le premier week-end.
Une excursion en montagne avait été prévue pour la fin des vacances, une ou plusieurs embardées à la piscine ou à la plage, peut-être un nouvel essai de poterie dans l'atelier du grand-père de Tezuka... enfin, des tas de choses.

Mais en ce dernier jour, pour leur dernière heure de cours, les élèves de deuxième année avaient été conviés à se rendre pour la première fois en cours de chimie.
Les cours de chimie commenceraient au deuxième trimestre, et le professeur tenait à les voir avant les vacances pour leur indiquer le matériel à avoir prêt dès le premier jour du second trimestre.
La salle de chimie était impressionnante, avec de grandes tables surplombées de bechers, une hotte au fond et des bouteilles rangées par dizaines dans les vitrines sur lesquelles se reflétaient le soleil de l'après-midi.
Contrairement à leur salle de cours habituelle, la salle de TP de chimie était équipée de longues tables pour plusieurs personnes, chacune avec un évier, que leur professeur appelait "paillasses".
Tezuka et Oishi s'assirent au troisième rang et écoutèrent le professeur, qui parlait de sécurité, de travail d'équipe, et qui donnait des noms bizarres à toute la verrerie présente dans la pièce.
Au milieu de ses explications, le professeur fut appelé en-dehors de la salle et indiqua aux élèves d'essayer de retenir les différents noms qu'il venait d'introduire.
Studieux, Tezuka étudia de plus près les espèce de "verres" et "bouteilles" qu ornaient sa table, regardant son cahier pour retrouver leurs noms.

- Pfff, tu es trop sérieux.
- Je me contente de faire ce que le professeur a demandé.
- C'est ce que je dis, tu es trop sérieux. Demain c'est les vacances !
- Justement "demain". Ca ne veut pas dire qu'il ne faille pas travailler aujourd'hui...
- On dirait que tu ne te réjouis pas à l'idée d'être en vacances...
- J'aime bien aller en cours.

Oishi poussa un petit soupir.
Il pensait sincèrement que Tezuka attendait aussi impatiemment que lui ces vacances où ils pourraient enfin se voir juste tous les deux, mais apparemment pas.

- Tu n'as plus envie... d'être avec moi ?

Tezuka sortit instantanément ses yeux de son cahier et se tourna vers Oishi.

- Bien sûr que si, qu'est-ce qui te fait croire ça ?
- Tu n'es pas assez expressif, je ne sais jamais ce que tu penses de... de tout ça...

Tezuka hasarda un petit sourire, enfin, ce qu'il pensait s'approcher d'un sourire mais qui n'était pas encore bien fructueux.

- Parfois les actions valent plus que les mots...

Sa main vint retrouver celle d'Oishi sous le banc, et Oishi ne put s'empêcher de rougir légèrement.
Ce geste lui avait manqué. Ce simple contact de leurs mains, cette légère caresse des doigts de Tezuka sur les siens, c'était tout ce qu'Oishi demandait.
Le professeur intégra de nouveau la pièce, mais Tezuka retint la main d'Oishi sous le banc.
L'avantage d'être gaucher était qu'ils pouvaient écrire tous deux tout en gardant leurs mains inactives jointes.
La présentation fut bientôt finie et le premier trimestre s'acheva.
Les deux collégiens se ruèrent vers le terrain de tennis pour le dernier entraînement avant septembre.

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Oishi posa son sac à dos au sol et commença à inspecter la chambre de son meilleur ami qu'il n'avait encore jamais visitée.
Le fond de la pièce était tapissé de livres dans deux grandes étagères remplies qui montaient jusqu'au plafond.
Des affaires de pêche étaient exposées dans un petit meuble vitré et quelques photos se disputaient un des murs de la chambre. Une affiche du Mont Fuji, des photos de paysages et de montagnes.
La seule photo présentant des personnes était celle que Sanako avait pris d'eux deux en haut de l'Asama-san.
Oishi pointa la photo du doigt.

- Tu ne me l'as jamais montrée !
- Tu ne me l'as jamais demandé.

Oishi émit un petit soupir boudeur.

- Tu devrais te douter que j'aurais aimé la voir... Tu as encore les négatifs ? Je la tirerai en double.
- Je te trouverai ça.
- Merciiii !

Oishi continua l'inspection de la chambre plutôt spartiate de son ami, remarquant que les livres étaient classés par ordre alphabétique d'auteurs.

- Tu as tout lu ?
- Presque.
- Ca fait beaucoup.
- J'adore lire, je peux passer des journées entières à ça.

Oishi inspira doucement. Il adorait apprendre des choses sur Tezuka. Et cette pièce regorgeait de tout ce qui faisait Tezuka. Il baignait dans l'odeur du collégien, regardait ce que le jeune homme voyait tous les jours en se levant...
Soudain, il sentit les bras de Tezuka encercler sa taille, le visage du garçon un peu plus grand que lui venant se perdre dans ses cheveux.
Tezuka ne dit rien, se contentant de savourer le corps d'Oishi tout contre lui.
Il avait eu l'impression de devenir fou, pendant ces quelques mois passés à voir Oishi sans pouvoir le garder pour lui, le serrer contre son coeur.
Et aujourd'hui ils étaient enfin ensemble juste tous les deux.
Juste tous les deux.
Les souvenirs de la dernière journée qu'ils avaient passée ensemble remontèrent à l'esprit de Tezuka et le collégien soupira doucement.
Oishi ferma les yeux, se laissant bercer par l'étreinte.

- Tezuka...

Au bout de quelques instants, le plus âgé des deux garçons se tourna vers son compagnon et attrapa son visage entre ses paumes.

- ... tu m'as manqué.

Comment avait-il pu lui manquer alors qu'ils passaient tous leurs jours de cours côte à côte, Oishi ne le savait pas vraiment, mais le fait était là.
Il attira le visage de Tezuka à lui, sentant son coeur s'accélérer.

- Je... peux... t'embrasser ?

Oishi devait être rouge comme une pivoine, mais il fut rassuré de sentir les joues de Tezuka chauffer aussi sous ses paumes.
Le plus grand des deux garçons ne répondit pas, se contentant de retirer ses lunettes rapidement puis de réduire à néant la distance qui séparait encore leurs lèvres.
Bien que les deux amis fussent encore un peu hésitants, le baiser dura un peu plus longtemps que les précédents, leurs lèvres se caressant dans une infinie lenteur.
Ce simple contact semblait mettre à vif le moindre nerf de Tezuka, et le garçon se sentit soudain arrêter de respirer, arrêter de penser. Seuls comptaient Oishi, ses lèvres sous les siennes, ce corps dans ses bras qui le serrait contre lui.
Les lèvres se séparèrent et les deux collégiens reprirent leur respiration doucement, front contre front, restant dans les bras l'un de l'autre.

- Tu m'as manqué aussi, Oishi.

Oishi sourit à la remarque et glissa sa main jusqu'à celle de Tezuka, récupérant les lunettes du jeune homme et lui remettant sur le nez.
Il s'écarta ensuite de son ami et alla s'asseoir sur le lit.

- On dort ensemble ce soir ?

Tezuka se sentit rougir mais tâcha de garder son calme.

- Mère doit sûrement prévoir une chambre pour toi, mais je demanderais à ce que je puisse te garder avec moi. Il ne devrait pas y avoir de problème.

Oishi répondit par un sourire.

- Qu'est-ce qu'on fait en attendant ?
- Mes soeurs ont des jeux de société si tu veux.
- Tu en as combien ?
- Je ne sais pas, ils ne sont pas à moi...
- Je parlais de tes soeurs.
- Oh. Trois. Deux plus grandes.
- Je pourrais les rencontrer ?
- Je ne te le souhaite pas.

Oishi rit un peu nerveusement, n'osant pas vraiment répondre à ça.

- Bon, et bien allons chercher ces jeux !!

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Oishi rougit un peu en suivant Tezuka dans la chambre de sa plus grande soeur.
Elle était actuellement occupée par celles qu'Oishi identifia instantanément comme les deux plus grandes soeurs de Tezuka.
L'une, la plus grande, avait le même air impassible que son petit frère, ce petit froncement de sourcil sévère qui inspirait le respect. Elle était très belle mais ne ressemblait pas tellement à son petit frère. Elle avait de très longs cheveux plus sombres que ceux de Tezuka, des yeux noirs et était particulièrement mince.
La deuxième ressemblait beaucoup plus à son petit frère physiquement, avec les mêmes cheveux bruns -un brin plus longs mais rebiquants autant-, les mêmes yeux chocolat montés derrière des lunettes, le même visage en triangle. Ils se ressemblaient assez pour être pris pour des jumeaux. Sauf qu'elle souriait. Apparemment constamment. Oishi trouvait ça étrange de voir quelqu'un avec pratiquement le même visage que Tezuka sourire autant.

La plus petite des deux soeurs pouffa de rire à l'entrée des garçons et se pencha vers la plus grande pour lui susurrer quelque chose à l'oreille. L'autre acquiesça simplement de la tête mais ne lui répondit pas.

- Nee-san, je peux emprunter un jeu ?
- Tu joues, maintenant, Kunimitsu ?
- J'ai un ami à la maison.
- Et tu ne nous présentes même pas...

Tezuka se retint de soupirer et remonta ses lunettes sur son nez.

- Nee-san, voici Oishi Shûichirô, mon meilleur ami. Oishi, voici mes deux plus grandes soeurs : Kako et Tampopo.

Oishi s'inclina respectueusement et murmura un "enchanté de faire votre connaissance".

- Merci de prendre soin de Kunimitsu.

C'était Kako, la plus grande soeur, qui avait parlé tout en se levant du lit où elle était assise.

- Merci aussi de le décoincer un peu.

Oishi rougit à la remarque de la plus jeune des deux soeurs mais ne répondit rien.
Tezuka se râcla la gorge histoire de rappeler qu'il était présent et qu'il n'était pas là juste pour présenter son meilleur ami à ses grandes soeurs.

- Alors, je peux prendre quelque chose ?
- Bien sûr, Kuni-chan.

Tezuka savait qu'il aurait dû attendre un moment où ses soeurs seraient parties pour venir chercher un jeu. Ou qu'il aurait dû laisser Oishi dans sa chambre.

- Qu'est-ce qu'on prend, Oishi ?
- Monopoly !

Tezuka se mit sur la pointe des pieds et attrapa le jeu sur l'étagère où il se trouvait perché.

- Regarde, Tampopo, il n'a même plus besoin de nous pour attraper un jeu.
- Tu vas voir que bientôt il aura la mauvaise idée d'être plus grand que nous.

Tezuka savait qu'il avait encore dix bons centimètres à prendre avant d'être aussi grand que la plus petite des deux soeurs, mais il était certain que d'une manière ou d'une autre, elles se moqueraient moins une fois qu'il serait le plus grand et le plus musclé.
Il sortit donc de la pièce sans répondre, Oishi sur ses talons.

- Tu ne t'entends pas bien avec tes soeurs ?

Tezuka se demanda comment il avait fait pour ne pas réaliser plus tôt qu'il aimait un garçon avec un... don d'observation aussi poussé.
Puis il soupira, sachant bien qu'il était énervé à cause de ses soeurs, qu'il leur en voulait de le tourner en bourrique alors qu'Oishi était présent, mais qu'il n'avait absolument rien à reprocher à son meilleur ami.

- Non. Enfin, surtout Tampopo. Kako peut être agréable quand elle est seule.

Oishi acquiesça et n'osa pas demander ce qu'il en était de la troisième soeur de Tezuka.

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- Une nuit avec deux maisons... ça fait 50.000 yens.

Tezuka tendit une main et Oishi y fourra les billets d'un air boudeur.
La moitié de ses terrains étaient déjà hypothéqués alors que le côté de Tezuka semblait plus riche que la banque.
Oishi jeta un oeil suspicieux au plateau alors que Tezuka s'achetait encore quelques hôtels.
Il était encore loin de la case départ (et de ses 200.000 yens), la situation était plus que désespérée. Il poussa un petit soupir.
Il sentit la main de Tezuka se poser sur la sienne.

- Ce n'est qu'un jeu.
- Ce n'est pas toi qui perd.
- Je ne te savais pas mauvais perdant...
- Seulement aux jeux de société. Je gagne toujours chez moi...

Oishi retira sa main de sous celle de Tezuka pour l'amener à son front, semblant réfléchir à comment se sortir de cette mauvaise passe.
Il ne remarqua l'air attristé de Tezuka qu'au bout d'une minute, et une idée lui vint à l'esprit en voyant la main de son meilleur ami encore en l'air près de lui, hésitante.
Oishi se rapprocha de Tezuka, posant sa tête sur l'épaule du collégien.
Il sentit Tezuka trembler légèrement à ce contact et fit un petit sourire.

- Tu... veux arrêter ?

Même la voix de Tezuka était hésitante... A quoi pouvait-il penser pour être intimidé ?

- Hmmm... non. Je n'ai pas encore perdu.
- ...

Oishi resta silencieux. Plus il y repensait et moins il trouvait son idée bonne, mais après tout, il ne risquait rien à essayer !
Il se redressa, s'éloigna un peu de Tezuka puis vint se replacer cette fois-ci face au jeune homme, se penchant sur lui et passant une main dans le cou de celui-ci.
Il sentit Tezuka frissonner à nouveau.
Cette proximité faisait aussi battre son coeur plus vite mais après avoir dégluti un peu difficilement, Oishi prit son courage à deux mains et fit sa proposition, rougissant plus que jamais.

- Je t'échange la rue de la paix *nda : ou plutôt son équivalent japonais* contre un baiser.

Après une petite surprise de quelques secondes, Tezuka reprit son air impassible et répondit.

- Je ne crois pas que les règles l'autorisent...

La main d'Oishi vint doucement caresser le cuir chevelu de Tezuka, juste derrière son oreille.

- Tu es sûr ?
- Je ne te savais vraiment pas SI mauvais perdant.

Oishi crut déceler un sourire dans les yeux de Tezuka et émit un petit rire.

- Moi non plus. Ca doit être l'idée de t'embrasser qui m'inspire...

Tezuka détourna les yeux d'Oishi un instant, ramassa l'objet convoité par le garçon et tendit la carte de la rue de la Paix *enfin, en japonais*.

- Elle est à toi.

Oishi attrapa la carte, la posa de son côté du plateau et enleva ses lunettes à Tezuka.

- Ferme les yeux.

Le collégien obéit, attendant sa récompense un peu plus impatiemment qu'il ne l'aurait souhaité.
Il sentit les mains d'Oishi revenir toucher son visage, l'une passant dans une caresse fantomatique sur sa joue alors que l'autre se perdait bien vite dans ses cheveux.
Il avait chaud. Horriblement chaud. Sa respiration s'accélérait alors que les mains d'Oishi voyageaient aux alentours de son visage.
Il sentait le souffle d'Oishi se rapprocher de lui, mais alors qu'il sentait que leurs lèvres allaient entrer en contact, la bouche d'Oishi fit un écart brusque et se retrouva au contact de son oreille.

- ... je t'aime...

La seconde d'après les lèvres d'Oishi étaient sur les siennes, tout aussi tremblantes et hésitantes que les siennes et Tezuka ne put s'empêcher d'attirer Oishi contre lui.
Les lèvres des deux collégiens bougeaient lentement, dans un baiser qui, il savait tous deux, allait durer. Doucement, les mains de Tezuka se mirent en mouvement, l'une des deux encerclant la taille d'Oishi alors que l'autre remontait vers son visage, se glissant dans sa nuque.
Les lèvres d'Oishi quittèrent celles de Tezuka, mais ne tardèrent pas à reprendre contact avec la peau de ce dernier, déposant un baiser furtif sur sa joue puis un plus long dans son cou avant de retourner à la bouche du collégien.
Tezuka avait un goût et une odeur énivrants, et Oishi se demandait comment il allait faire pour s'en passer, pour mettre fin à ce baiser.
Soudain, il sentit Tezuka bouger, le jeune homme le poussant légèrement, l'incitant par cette pression à s'étendre à terre. Oishi se laissa faire, n'ayant de toute façon plus assez de neurones connectés pour réagir à ce stade-là de leur intéraction.
Il se laissa coucher sur le dos à terre alors que Tezuka se penchait sur lui, leurs lèvres ne se séparant plus. Les mains de Tezuka étaient sur lui, le caressant le plus doucement du monde alors que lui attirait le jeune homme encore un peu plus à lui.
Le baiser finit par prendre fin et Tezuka resta couché à moitié sur Oishi, son visage collé à celui de son meilleur ami encore quelques instants.

- Tu veux aussi l'Avenue des Champs-Elysés ?

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Après un bain reposant -pris séparément- et un dîner rapide, Tezuka et Oishi se retrouvèrent à nouveau dans la chambre du premier, la partie de Monopoly commencée plus tôt toujours inachevée.

- Tu veux continuer ?

Oishi contempla le plateau de jeu. Il était toujours en train de perdre.

- Bof. Egalité ?
- Comme tu veux.

Les deux collégiens rangèrent le jeu de société rapidement, Oishi rougissant en attrapant la carte qui était devenue sienne après le petit accord qu'ils avaient conclu.
Ils n'avaient pas "marchandé" d'autres cartes, tous deux assez honteux de leurs gestes et plutôt gênés d'avoir fait ce qu'ils avaient faits.

- On fait quoooiii ?
- Je ne sais pas, tu as une idée ?
- Hmmm... qu'est-ce que tu fais d'habitude le soir ?
- Je lis.
- A deux ça va être difficile.
- Hmm...
- Et il est trop tôt pour se coucher.

Les deux garçons réfléchirent intensément à quelle pourrait être leur prochaine activité.
Oishi finit par s'affaler sur le lit, poussant un énorme soupir.

- C'est toujours ennuyeux de ne pas savoir quoi faire quand on a du temps devant soi.
- ... Je suis désolé.
- Ce n'est pas ta faute.

Oishi avait inconsciemment tendu sa main vers le haut pour attraper celle de Tezuka.
Il rougit dans l'instant, se souvenant jusqu'où les avait menés leur dernier contact physique.
Tezuka finit par attraper la main d'Oishi du bout des doigts, semblant lui aussi troublé.
Oishi était rassuré de voir que Tezuka n'était pas plus confiant que lui sur ce coup-là, et il devait avouer qu'il avait un peu... peur en pensant à ce qu'ils avaient fait.
Bien sûr, ça avait été agréable, mais ils se contenteraient de tenir la main de Tezuka dans la sienne le reste de la soirée.
Après tout, c'était déjà bien, vu les dernières semaines passées si loin l'un de l'autre.
Ce léger contact le rendait plus fort, plus confiant, plus heureux.
Tezuka était là.
Et c'était suffisant.
Alors qu'Oishi réfléchissait intensément, Tezuka ne put retenir un baillement.

- Tu es fatigué ?
- Pas vraiment...
- Tu t'ennuies ?
- Non, je pense.
- A quoi ??
- A... tout à l'heure.

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez et Oishi crut voir ses joues rougirent légèrement.

- Tu... euh... tu...

Oishi ne savait pas vraiment comment formuler ce qu'il voulait dire.

- ... tu en penses quoi ?
- C'était... un peu trop. Bien. Mais un peu trop.
- Bien ?

Tezuka serra la main d'Oishi dans la sienne.

- Plus que bien. J'ai cru que mon coeur allait exploser.

Oishi se sentit rougir à son tour alors que son coeur accélérait à nouveau.

- Et... trop ?
- ... J'ai eu peur de ne plus pouvoir m'arrêter.

Oishi ferma les yeux.
Oui, il avait ressenti ça aussi. C'était entre autres ce qui lui faisait peur.

Un petit silence gêné pris place, interrompu finalement par Tezuka.

- Je suppose qu'on ne se couchera pas de si tôt. Tu veux boire quelque chose ?

A l'idée d'ingérer une boisson, Oishi réalisa qu'il avait effectivement soif.
Il faisait assez chaud et l'air qui rentrait par la fenêtre ouverte de la chambre de Tezuka était moite et tout sauf rafraîchissant.

- Volontiers ! Tu as du coca ?
- Il doit y en avoir dans la réserve personnelle d'une de mes soeurs. Je vais te trouver ça.

Tezuka quitta la pièce et revint avec du coca pour Oishi et un grand verre de lait pour lui.

- Du lait ?
- C'est Inui qui m'a conseillé. Ce n'est pas moins bon qu'autre chose...

Oishi sourit et attrapa le verre de coca que lui tendait Tezuka, les deux garçons se rasseyant côte-à-côte sur le lit.

- Parce qu'Inui est devenu ton coach personnel ?

Tezuka renifla à la remarque, trouvant l'idée amusante.

Oishi allait porter son verre à la bouche quand il sentit quelque chose remuer sous lui.
Puis pas seulement sous lui mais en fait toute la maison, et il lâcha son verre sans faire exprès.
Avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, Tezuka l'avait tiré jusqu'à l'autre côté de la pièce pour pouvoir s'abriter sous le bureau.

- Il est assez fort...

Oishi n'était pas particulièrement inquiété. Il avait déjà connu des tremblements de terre plus importants, et il suffisait d'attendre que ça passe.
Il expira doucement, sentant son rythme cardiaque se calmer progressivement.

- Vous allez bien, les garçons ?

C'était la mère de Tezuka qui, bravant les consignes de sécurité, venait vérifier que tout le monde allait bien dans la maison.
Tezuka acquiesça et sa mère sourit brièvement.

- Vous ne bougez pas de là avant la fin, c'est compris ?
- Oui.

La porte se referma en même temps qu'une nouvelle secousse plus importante arrivait.
Oishi crut entendre l'une des soeurs de Tezuka rire particulièrement fort dans la pièce d'à côté et se tourna vers son compagnon, pour se rendre compte que le visage de Tezuka n'était qu'à quelques centimètres du sien.
Oishi rougit dans l'instant, et un réflexe le fit s'écarter de Tezuka, de là se cogner dans le bureau et ré-atterir encore plus près de son meilleur ami.
Tezuka semblait avoir les sourcils un peu plus froncés que d'habitude, et ne bougeait pratiquement pas, semblant plutôt indifférent au manège qu'exécutait Oishi près de lui.

- Ca va, Tezuka-kun ?

De temps en temps, le suffixe de "kun" revenait se placer dans la bouche d'Oishi, même s'ils en étaient progressivement venus à s'appeler seulement par leurs noms de famille.

- C'est juste... que je n'aime pas ça.
- Ne me dis pas que tu as peur.
- Non... ça me met juste mal à l'aise.

Oishi sourit et joua avec la main de Tezuka qui était restée dans la sienne depuis que le garçon l'avait traîné sous son bureau.

- C'est bientôt fini.

C'était étrange de rassurer Tezuka.
Oishi avait envie de lui dire de ne pas s'inquiéter, de lui raconter plein de choses histoire de lui changer les idées, mais il réalisa que c'était ce qu'il faisait en général avec sa petite soeur.
Il voulait prendre soin de Tezuka, il avait envie de le protéger, d'une manière ou d'une autre, mais il ne savait pas bien pourquoi ni comment. Ni même si son ami en avait vraiment besoin.
Son bras se mit à bouger inconsciemment pour entourer le corps de Tezuka contre lui et Oishi se retint soudainement.
Il voulait être proche du jeune homme mais n'osait plus trop le toucher.

Les secousses commencèrent à devenir de plus en plus faibles et Oishi savait qu'ils pourraient bientôt sortir de là.
Mais il ne savait pas trop quoi faire de son bras resté en l'air, en fait.

Tezuka se mit à bouger, remontant ses genoux contre son torse et les enveloppant de ses bras, reposant sa tête dessus.

- Tezuka ?
- ... Ne t'inquiète pas.
- Tu es sûr ????
- J'ai juste un peu le mal de mer...
- Le mal de mer ?
- Je supporte mal quand tout bouge.
- Tu veux que je te cherche quelque chose ?

Oishi faillit se relever mais se souvint qu'il avait un bureau au-dessus de la tête juste à temps.

- Non, ça ira... c'est bientôt fini, je crois.
- Je ne peux rien faire ?

Sans que son visage ne quitte ses genoux, Tezuka tendit une main vers Oishi qui la serra vite entre les siennes.

- Je suis désolé de ne pouvoir rien faire.
- C'est moi qui m'excuse de te déranger.
- Mais non, voyons, tu ne me déranges pas !

Une des mains d'Oishi quitta celle de Tezuka, et cette fois-ci son bras vint encercler son ami sans arrière-pensée.
Tezuka se laissa aller dans l'étreinte alors que le mouvement du sol arrivait progressivement au point mort.

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- Je suis vraiment vraiment vraiment vraiment désoléééé !
- Tu n'as pas fait exprès.
- Oui, mais quand même...

Oishi contempla l'énorme tâche de coca qui s'était formée sur le lit de Tezuka, chevauchant pratiquement toutes les parties imaginables du lit, sauf la taie d'oreiller qui avait été miraculeusement épargnée.

- Je suis vraiment désolé !

Tezuka choisit de ne plus répondre, se disant que peut-être ainsi Oishi arrêterait de s'excuser.
Il défit le lit, pliant les draps atteints ensemble, puis constata l'état du matelas.
Une petite tâche qu'il valait mieux traîter dès maintenant.

- Je vais chercher de quoi nettoyer ça.
- Excuse-moiiiiiiii !
- Mais je t'ai déjà dit que je te pardonnais, Oishi.

Tezuka revint vite avec une brosse et de l'eau, puis fit disparaître la tâche en quelques minutes, laissant Oishi culpabiliser et s'excuser dans un coin.

- Regarde, on ne voit plus rien. Il ne fallait pas t'inquiéter pour ça.

Oishi s'approcha et inspecta ce qui avait été une tâche et qui était maintenant une grande étendue mouillée.

- Mais c'est trempé ! Tu ne vas pas pouvoir dormir là-dedans !!

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez d'un air distrait.

- Je nous connais, on aurait de toute façon fini par dormir ensemble...

Oishi rougit légèrement, n'osant pas répondre.

- ... enfin, si tu veux bien me laisser une place dans le futon, sinon la chambre d'amis est toujours libre.

Bien que toujours rouge, Oishi attrapa la main de Tezuka.

- ... Non, je préfère dormir avec toi.
- ...
- ...
- ... On se couche ?
- Hmm...

Les deux garçons se couchèrent d'abord séparés l'un de l'autre, tentant veinement de ne pas repenser aux événements précédents. Mais vite, ls mains s'attrapèrent et les corps se reserrèrent.
Tezuka sentit son coeur redémarrer en quatrième vitesse, alors que les doigts tremblants d'Oishi s'accrochaient au haut de son pyjama.
Il déglutit lentement, souffla un bon coup puis osa demander :

- Je... peux t'embrasser avant de dormir ?
- ... Un baiser de bonne nuit ?
- ... Si on veut.
- ... Je suppose que c'est raisonnable.

Oishi fit un petit sourire et Tezuka se rapprocha, attrapant le visage d'Oishi d'une de ses mains. Il embrassa d'abord le front de son compagnon, tenté de ne faire que ça.
Mais les yeux fermés et les lèvres entrouvertes d'Oishi l'incitèrent à faire un peu plus, et sa bouche vint rejoindre celle d'Oishi.
Le baiser fut court, les deux garçons étant à la fois tendus et inquiets, sans vraiment savoir pourquoi.
Une fois leurs lèvres séparées, ils se relaxèrent et Oishi vint se blottir tout contre Tezuka, plaçant lui-même les bras de Tezuka autour de lui pour que ceux-ci l'encerclent le mieux possible.

- Bonne nuit, Tezuka-kun.

Tezuka glissa un court baiser sur les cheveux d'Oishi.

- Dors bien, Oishi.

Les deux collégiens fermèrent les yeux et s'endormirent presqu'instantanément.

____________________________

- Bonjour ^___^

Bien qu'encore à moitié endormi, Oishi était souriant dès le petit matin.
Il avait au final très bien dormi, et se réveiller près de Tezuka était toujours un plaisir.

- Bon..*squik*

Tezuka se râcla la gorge et tenta un deuxième essai de salutations matinales.

- Bonj.. *keuf keuf* *quik*

Oishi cligna des yeux à plusieurs reprises, surpris par les sons bizarres qu'émettait Tezuka. Apparemment, le collégien n'arrivait plus à aligner deux syllabes sur le même ton.

- Ca va ?
- Oui, juste du... mal à parler.

La voix de Tezuka avait pris de bizarres intonations aigües qu'Oishi ne lui connaissait pas.

- Tu as peut-être attrapé froid...

Oishi n'était pas satisfait de sa propre explication, mais c'était la plus plausible d'après lui.
Tezuka avait sûrement pris froid en dormant dans ce futon à la place de son lit. C'était entièrement sa faute s'il tombait malade.
Il plaça une main sur le front de Tezuka.

- En tout cas tu n'as pas de fièvre.

Oishi poussa un petit soupir de soulagement.
Tezuka déposa rapidement un baiser sur la joue de son compagnon, bizarrement heureux que celui-ci s'inquiète pour lui.
Les deux garçons finirent par se lever et allèrent petit-déjeuner.

- Bonjour les garçons.
- Bonjour madame !

Tezuka s'assit à la table sans mot dire.

- Tu pourrais au moins dire bonjour, Kunimitsu.
- Il a du mal à parler ce matin, madame.

La mère de Tezuka s'approcha de son fils alors que Tampopo, la plus petite des grandes soeurs de Tezuka, entrait dans la cuisine.

- Tu ne te sens pas bien ?
- Ca *squik* va. Juste la *squik* voix.

Tampopo émit un petit rire en entendant son frère parler.

- Il est en train de muer, c'est ça ?
- Muer ?

Oishi avait vaguement entendu parler de ce phénomène, mais normalement, muer voulait dire que la voix devenait plus grave, non ? Or Tezuka montait dans les aigüs...

- Quand ça arrive trop rapidement, ça peut donner ça...

Tampopo s'assit à côté de son petit frère un grand sourire aux lèvres.
Oishi fut encore une fois frappé par leur ressemblance, mais se tut, attendant toutes les explications annexes qu'on pourrait lui donner.

- Alors, Kunimitsu, tu auras bientôt une voix grave et virile ? Je sens que ça t'ira bien...

Elle passa une main dans les cheveux de Tezuka qui rougit légèrement mais ne dit mot, préférant ne pas empirer les choses en faisant encore une démonstration de sa nouvelle voix.

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- Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?
- Piscine ?

Tezuka se contentait de répondre par les phrases les plus courtes possibles, trouvant dérangeant de parler avec la voix bizarre qui sortait de sa bouche depuis le matin.

- Ah oui ! C'est vrai qu'on avait décidé !!

Tezuka fit signe à Oishi de faire son sac en commençant à ranger ses propres affaires.
Sa mère avait préparé des bentô pour eux deux, et ils partiraient le plus tôt possible.
Tezuka toussota une ou deux fois, et tenta un nouvel essai pour parler, mais sa voix ne suivit pas.
Il ne trouvait pas particulièrement handicapant de ne plus pouvoir parler, vu que de toute manière, il ne parlait pas énormément, mais cette "mue" le troublait au plus haut point.
Qui savait ce qui sortirait de sa bouche d'ici quelques jours ?
Et pourquoi ça n'arrivait pas à Oishi ? Après tout, le garçon était de plusieurs mois son aîné, il aurait dû être concerné par ce... ce genre de choses en premier.
Il y a deux semaines de cela, sa mère lui avait dit "qu'une discussion avec son père s'imposait" mais le-dit père avait oublié trois jours de suite puis était parti en voyage d'affaires. Tezuka soupira en pensant à son père. Il l'aimait beaucoup, mais il était définitivement trop tête en l'air à son goût...
Il fut tiré de ses pensées par la voix d'Oishi.

- Ca te fait mal quand tu parles ou c'est juste que ça ne veut pas sortir comme tu veux ?
- Ca ne fait pas mal.

Oishi répondit par un sourire à la voix déformée de Tezuka.

- Si ça ne te fait pas mal, alors surtout que ça ne t'empêche pas de parler ! Tu es déjà si peu bavard d'habitude...

Tezuka fit un petit regard qui voulait dire "désolé", réalisant par la même occasion qu'effectivement, il ne parlait que si c'était nécessaire.

- D'accord.
- Promis, je ne me moquerai pas.

Il n'aurait plus manqué que ça...

_________________________

- Le dernier dans l'eau a perdu !

Tezuka voulut signaler à Oishi qu'il était très dangereux de courir aux abords d'une piscine, mais le temps qu'il le rattrape, il était décidé à ne pas perdre et à être dans l'eau avant son meilleur ami.
Bien que plus rapide, il finit dans l'eau quelques instants après Oishi, heureux d'avoir d'ores et déjà retiré ses lunettes quand il sentit sa tête entrer dans l'eau.
Une fois de nouveau à la surface, le visage souriant d'Oishi lui faisait face.
La vue de Tezuka n'était pas si mauvaise, mais le visage d'Oishi lui était flou, et l'eau se mêlait à ses mèches de cheveux pour lui gêner la vue.
Il repassa quelques-unes des mèches rebelles derrière ses oreilles pour cerner un peu mieux les contours de celui qu'il aimait, et ne put s'empêcher de ressentir une sorte de pincement au fond de son coeur.

- He he, j'ai gagné.
- Hmm.
- Un autre concours à la nage ?
- Si tu veux.

Tezuka ne put s'empêcher de râcler sa gorge en entendant sa voix, sachant pourtant pertinemment que ça n'arrangerait rien.

- Une longueur.

Tezuka suivit Oishi jusqu'au bord de la piscine, encore peu peuplée malgré le temps radieux et les vacances scolaires.

- A mon signal.

Tezuka jugea au ton de la voix d'Oishi que celui-ci était certain de l'emporter.
Ce qu'il avait d'ailleurs de fortes chances de faire, vu que Tezuka n'était pas meilleur nageur que ça. Il était bon, comme dans tous les sports, mais la natation n'avait jamais figuré dans ses activités de prédilection.

- Go !

Oishi partit dans un tonerre d'éclaboussements, laissant Tezuka en retrait dès les premières secondes. Durant toute la longeur, il ne fit que creuser l'écart entre son meilleur ami et lui, et accueillit Tezuka de l'autre côté de la piscine avec un sourire triomphant.

- Tu vois, je t'avais dit que j'étais bon.
- Mais je n'en ai jamais douté.

Oishi rit un peu, assez triste que Tezuka ne soit pas vexé à l'idée d'être moins doué que lui pour quelque chose.

- Concours d'apnée ?

Cette fois-ci, c'est Tezuka qui avait proposé, et qui prenait la parole pour la première fois de la journée sans se soucier des sons qui allaient sortir de sa bouche.
Oishi fut enchanté par l'idée.

- A trois ! Un... deux... Trois !

Les deux garçons plongèrent la tête sous le niveau de l'eau après une longue inspiration et Tezuka rouvrit les yeux qu'il avait fermés par reflexe en entrant dans l'eau.
Les courts cheveux d'Oishi ondulaient sous l'eau, ne le décoiffant pas bien plus que d'habitude. Le jeune homme semblait à deux doigts d'être mort de rire, ce qui lui serait bien profitable pour ce concours d'apnée. Tezuka se rapprocha donc d'Oishi avant de réaliser qu'il n'avait absolument aucune idée de comment faire rire Oishi.
Tant pis.
Résigné, il se contenta d'attraper la main d'Oishi dans la sienne, seulement sa vue diminuée lui fit frôler le bas-ventre de son ami dans le mouvement. Oishi inspira soudainement, manquant s'étouffer avec l'eau qui tentait de remonter sa trachée, et sa tête refit surface.
Tezuka le suivit de peu, plus inquiet qu'heureux de l'avoir remporté.

- C'était fourbe !
- ... pas fait exprès. Ca va ?

Oishi contempla un instant les yeux emplis d'inquiétude qui étaient fixés sur lui et ne put s'empêcher de rougir.
Il toussota encore une ou deux fois puis sourit à nouveau.

- Ne t'inquiète pas.

Il laissa son visage se reposer contre l'épaule de Tezuka, alors que leurs mains se serraient encore légèrement sous l'eau.
Pris d'une inspiration soudaine, il replongea dans l'eau, tirant sur son ami pour le faire couler avec lui.
Les deux collégiens se retrouvèrent à nouveau sous l'eau, leurs corps bien plus en contact qu'auparavant. Oishi attira le visage de Tezuka vers le sien et l'embrassa quelques secondes avant de remonter à la surface.
Ne lâchant pas la main de Tezuka, il attira le jeune homme encore étonné vers l'extérieur de la piscine.

- Viens, on va tester les toboggans !

_______________________


Tezuka déglutit assez fort pour qu'Oishi le remarque, lui sourit et lui prenne la main, alors que le jeune homme devant eux pénétrait dans le toboggan.

- Tu n'aimes pas ça ?
- ... Ca bouge un peu trop.
- Ah, oui, c'est vrai... tu ne veux pas en faire ?
- Si.

Tezuka serra la main d'Oishi, ne sachant pas comment s'expliquer et trouvant que sa voix était une assez bonne excuse pour ne pas avoir à argumenter.

- On y va ensemble ?
- On peut ?
- Oui, bien sûr ! Tu n'as qu'à te mettre devant.

Tezuka obtempéra, s'asseyant au début du toboggan mais se retenant de glisser.
Il sentit les jambes d'Oishi l'encercler, puis les bras du jeune homme se fixer autour de sa taille.

- On y va !

Les deux collégiens commencèrent à glisser et Tezuka laissa sa tête reposer contre le corps de son meilleur ami, trouvant bien plus intéressant d'être dans les bras d'Oishi que de descendre en trombe vers la piscine la plus proche.
Après deux tournants, il entendit la voix d'Oishi, un peu atténuée alors qu'ils prenaient de la vitesse.

- Ca vaaaa ?
- Hmm.

Tezuka osa une main sur la jambe d'Oishi qui touchait sa cuisse gauche alors que son meilleur ami se penchait dans un virage pour que celui-ci ait plus d'effet.
Ils prenaient encore de la vitesse quand Tezuka vit à un détour du toboggan un adolescent qui bloquait le passage, apparemment très heureux d'avoir réussi à s'arrêter au milieu du tunnel.

- Oishi, freîne !

Les deux garçons firent du mieux qu'ils pouvaient et ils réussirent à stopper juste avant de heurter le jeune homme devant eux, Tezuka sentant son propre poids et celui d'Oishi peser sur ses pieds qui les maintenaient en équilibre.
Alors qu'il aurait dû se préoccuper de ce qui se passait devant lui, Tezuka ne pouvait penser qu'à ce qu'il y avait 'derrière' lui.
Le corps d'Oishi n'avait jamais été aussi pressé contre le sien, Oishi n'arrivant pas à trouver d'appui correct sur les parois avec ses pieds trop mouillés. Un réflexe l'avait fait serrer le torse de Tezuka entre ses bras comme jamais alors que son visage s'était calé dans le creux de l'épaule de son meilleur ami.
L'adolescent devant eux sembla enfin les remarquer et repartit, criant un "désolé, laissez-moi deux secondes d'avance !" et disparaissant au prochain tournant.
Tezuka n'arrivait pas à penser à autre chose que le corps quasiment nu d'Oishi pressé contre le sien par la gravité, mais ses pieds endoloris lui rappelèrent qu'il pouvait désormais redémarrer maintenant que la voie était libre.

- Heureusement que tu as de bons reflexes !
- Hmm.

L'étreinte d'Oishi ne s'était pas déserrée après l'incident, et Tezuka était en train de se dire qu'il aurait souhaité que la descente ne finisse jamais quand il vit le bout du tunnel et la piscine dans laquelle ils allaient atterrir.
Les deux garçons firent un vol plané bref et finirent encore collés l'un à l'autre dans l'eau.
Refaisant surface, le visage d'Oishi affichait un sourire alors qu'un maître-nageur venait leur signaler qu'il ne fallait pas descendre à deux dans les toboggans.
Oishi s'excusa brièvement et emmena Tezuka plus loin, vu que le jeune homme s'était contenté de rougir à la remarque sans plus oser parler ni bouger.

Une fois remis de leurs émotions, les deux garçons se retrouvèrent à l'extérieur, s'asseyant dans l'herbe pour prendre leur déjeuner.

- Tu m'avais dit que c'était permis !
- Je le pensais...
- Tu aurais pu te renseigner.

Bizarrement, Tezuka n'hésitait plus à utiliser sa voix, malgré les intonations farfelues qui continuaient de sortir de sa bouche.

- Ce n'est pas grave, on ne recommencera pas...

Tezuka était étrangement déçu à l'idée de ne plus avoir Oishi collé à lui dans la descente du toboggan, mais n'en dit rien.

- ... et puis ce qu'a fait le garçon devant nous était beaucoup plus dangereux !!

Tezuka se contenta d'acquiescer en sortant les bentô qu'avait préparés sa mère.
Il tendit l'une des boîtes à Oishi et les deux amis entamèrent leur repas, le plus âgé des deux garçons agrémentant la conversation.

__________________________

- D'abord les vagues ou les bains à bulles ???
- Va pour les vagues.

Oishi saisit à nouveau la main de Tezuka dans la sienne, l'emmenant de l'autre côté du complexe aquatique -qu'il connaissait par coeur pour y venir particulièrement souvent.
Ils plongèrent l'un après l'autre dans la piscine encore calme, Oishi précisant que les vagues revenaient tous les quarts d'heure.
Les deux garçons attendirent donc en faisant de nouveaux concours d'apnée, et Oishi devait avouer que même s'il était meilleur nageur que Tezuka, ce dernier restait plus longtemps sous l'eau à tous les coups.

L'eau se mit alors en mouvement, commençant par de petites vagues qui se remarquaient surtout sur les bords de la piscine et par les cris des quelques filles qui étaient dans l'eau.
Les deux garçons s'écartèrent du bord, trouvant plus amusant de ne pas pouvoir s'accrocher et de se laisser déporter par les vagues et le petit courant qu'elles généraient.

Oishi plongea en canard, tentant de résister quelques instants au courant en profondeur, chose quasi-impossible.
Puis une idée subite traversa son esprit, se rendant compte que la profondeur d'eau était plus qu'importante et que les vagues joueraient en sa faveur.
Il s'approcha de Tezuka, attrapant sa main sous l'eau, voyant avec délice l'effet de ce léger contact se matérialiser une demie-seconde sur le visage autrement impassible de Tezuka.
Ses doigts glissèrent doucement entre ceux de Tezuka puis se défirent de sa main, remontant dans une caresse le long de son poignet, de son bras puis émergeant à la surface au niveau de son épaule, continuant son chemin vers le cou du jeune homme.

- Oishi...

La voix de Tezuka était plus grave que d'habitude, et sûrement pas telle qu'elle avait été dans la matinée... Oishi se demanda un instant si Tezuka finirait par parler avec ce ton grave et riche tout le temps, se sentant d'ores-et-déjà incapable de résister à tout ce qui sortirait de sa bouche s'il parlait de cette manière.
Heureusement, Tezuka parlait peu.

Oishi se rapprocha encore un peu et son pied vint toucher la jambe de Tezuka, ce dernier n'osant plus vraiment bouger à part pour s'empêcher de passer sous une vague, ces dernières devenant de plus en plus hautes.

- Tezuka...

Oishi avait pris l'air le plus sérieux qu'il pouvait prendre, fixant intensément son meilleur ami et rapprochant son visage du sien.
Tezuka finit par fermer les yeux et les lèvres d'Oishi se fendirent en un petit sourire.
Il coula Tezuka comme il n'avait jamais coulé personne, s'enfonçant avec lui sous l'eau, essayant de ne pas rire à sa ruse on ne peut plus réussie.
Quand son meilleur ami refit surface, quelques secondes après lui, il sentit un éclair de courroux sortir des yeux de Tezuka.

- Oishi !

Oishi avait à peine eu le temps de réaliser que la voix de Tezuka faisait à nouveau n'importe quoi qu'une vague avait à nouveau coulé son meilleur ami, qui avait totalement oublié les remous de l'eau dans toute cette agitation.
Il refit surface au bout d'une seconde et commença à tousser, ayant apparemment bu la tasse, et se refit couler par la vague suivante.

Commençant à être un peu inquiet, Oishi attrapa le poignet de Tezuka et attira le jeune homme à lui avant de regagner le bord de la piscine où ils pourraient s'accrocher.

- Tu vas bien ?

Tezuka continuait de tousser pour toute réponse.

- Je suis désolé.

Oishi se mit à rougir, se sentant tout à coup très bête et très honteux, et s'inquiétant plus que de raison pour Tezuka.

- Ca va aller ?? Excuse-moi, je ne pensais pas que tu boirais la tasse. Je suis vraaaiiiment désolé. Tezuka ?

Oishi fit un petit regard suppliant à Tezuka, déspéré à l'idée que Tezuka soit fâché, qu'il ne veuille plus lui parler, qu'il ne l'aime plus et autres choses du même genre.
La tête de Tezuka vint se poser sur l'épaule d'Oishi, le plus jeune des deux garçons s'accrochant à son meilleur ami plutôt qu'au bord de la piscine, et Oishi entendit sa respiration retourner à la normale.

- Tezuka, excuse-moi.

Tezuka redressa son visage et ce fut seulement à ce moment qu'Oishi se rendit compte de leur proximité, le visage de Tezuka et ses lèvres entrouvertes sur lesquelles perlait une goutte d'eau appétissante n'étant qu'à quelques centimètres des siennes.
Il déglutit avec difficulté, rougit, et tenta désespérément d'éviter de regarder ailleurs que le regard de Tezuka qui le fixait avec intensité.

- Tu vas devoir payer.

Les mains de Tezuka remontèrent le long du torse d'Oishi et se posèrent sur ses épaules, prêtes à faire plonger Oishi à son tour.
Toujours pris d'un énorme sentiment de culpabilité, Oishi lâcha le bord de la piscine et ferma les yeux.
Dans l'instant qui suivit, il sentit les lèvres de Tezuka sur les siennes alors qu'ils plongeaient tous deux sous l'eau, les mains de Tezuka s'étant finalement accrochées au bord pour les maintenir sous la surface.
Les yeux d'Oishi s'étaient rouverts de surprise, et il se serait facilement noyé si la bouche de Tezuka sur la sienne ne l'avait pas empêché d'ouvrir cette dernière plus que de raison alors qu'il était sous l'eau.
Les lèvres de Tezuka étaient insistantes sur les siennes, et Oishi ne put s'empêcher de presser son corps contre celui de Tezuka, serrant ce dernier dans ses bras du mieux qu'il pouvait.
Alors qu'Oishi se disait qu'il manquerait bientôt d'air, il sentit un contact qui ne lui était pas familier, la langue de Tezuka venant glisser sur sa lèvre inférieur, goûtant sa saveur mélangée au chlore de la piscine.
La seconde d'après, une vague les ramenait à la surface, séparant leurs lèvres.
Oishi resta interloqué une seconde, croyant voir un sourire dans les yeux de Tezuka et se demandant s'il n'avait pas juste rêvé.

____________________________

Le soleil commençait à le brûler légèrement, mais Oishi n'osait pas bouger.
Il sentit une goutte d'eau glisser à l'arrière de son épaule, sûrement l'une des dernières à ne pas encore s'être évaporée sous le soleil d'été.
Il entendait le son de quelques enfants jouer dans une piscine proche, et malgré ses yeux fermés, imaginait parfaitement le corps de Tezuka, étendu non loin du sien.
Un bruit se fit entendre, et Oishi ouvrit les yeux.
Tezuka fouillait dans son sac, sortant une bouteille. Voyant qu'Oishi le regardait, il lui en proposa -sans ouvrir la bouche-, et Oishi se redressa, attrapant la bouteille.
Il but un peu et repassa la bouteille à son meilleur ami, souriant en guise de remerciement.
Les cheveux de Tezuka avaient partiellement séché, commençant d'ores-et-déjà à rebiquer.
Oishi ne put s'empêcher de contempler quelques secondes son meilleur ami.
Comme sur son propre corps, quelques gouttes d'eau traînaient encore sur la peau de Tezuka, mais bizarrement, Oishi trouvait que l'effet était totalement différent sur lui.
Le jeune homme lui semblait paticulièrement... beau.
Il ne trouvait pas vraiment d'autre mot, se sentant encore une fois attiré par Tezuka, mais réalisant qu'il y avait là quelque chose en plus.
Les muscles qui s'étaient de mieux en mieux dessinés au cours des mois, le regard sérieux, le visage fin... tout cela ne lui avait jamais semblé aussi envoûtant. Jamais il n'avait autant voulu que Tezuka soit à lui...
Tezuka remit ses lunettes qui étaient soigneusement posées sur le bord de sa serviette et se tourna complètement vers Oishi.

- La suite du programme ?

Oishi réfléchit quelques instants. Il voulait rester avec Tezuka. Mais il avait promis à sa mère de ne plus être en retard, surtout qu'il devait garder sa soeur ce soir.

- Je suppose qu'il va falloir rentrer...
- On se revoit bientôt ?

Le regard de Tezuka s'était détourné d'Oishi, mais le garçon réussissait à toujours garder une voix impassible, malgré ses intonations étranges.

- Tu es libre demain ?
- Hmm.
- Tu viens chez moi ?
- Si tu veux.

Oishi se sentit particulièrement heureux, se disant pour la première fois qu'il avait hâte d'être juste seul avec Tezuka, sans personne à l'horizon.
Ils pourraient...
Ils pourraient...
Oishi se sentit rougir, repensant au dernier baiser de Tezuka, et un frisson se mit à parcourir son corps.
Soudainement, il sentit une serviette sur ses épaules et un mouvement de friction sur ses bras.

- Tu aurais dû te sécher mieux que ça.

Oishi fit un petit sourire à la réaction de Tezuka, et se laissa glisser dans la caresse. Mais bien vite Tezuka s'écarta et les deux amis commencèrent à ranger leurs affaires.
Après être sortis de la piscine et avoir pédalé côte à côte le plus longtemps possible, les deux collégiens se quittèrent au carrefour habituel.

- Alors... à demain.
- ... hmm.

Oishi se pencha vers Tezuka, s'appuyant sur le pied qu'il avait mis à terre.
Tezuka réduisit à zéro la distance qui les séparaient encore, laissant ses lèvres glisser doucement sur celles d'Oishi, réalisant qu'il ne pouvait désormais plus se passer de ce goût, qu'il ne pouvait plus passer une journée sans avoir envie d'avoir le jeune homme dans ses bras, sa bouche contre la sienne.
Les lèvres finirent par se séparer, mais aucun des deux collégiens ne se résolut à repartir et à laisser l'autre.

- Te... Tezuka, je...

Les lèvres d'Oishi ne finirent pas sa phrase, se retrouvant sous celles de Tezuka quelques instants seulement après les avoir quittées.
De façon plus qu'hésitante, Oishi ouvrit la bouche et imita le geste antérieur de Tezuka, glissant sa langue sur la lèvre inférieure de Tezuka.
Oishi sentit un petit mouvement du côté de Tezuka et l'instant d'après, il entendit un vélo tomber à terre et se sentit attiré par Tezuka. Une des mains de ce dernier s'était placée dans son cou, et l'autre s'était posée sur la taille d'Oishi, rapprochant leurs corps du mieux qu'il pouvait sans destabiliser son partenaire.
Les bouches s'ouvrirent un peu plus, les langues entrèrent en contact, et Oishi sentit la main de Tezuka se contracter sur son t-shirt.
Les deux collégiens s'écartèrent plus vite qu'ils ne l'auraient voulu, tous les deux un peu troublés. Oishi laissa ses bras entourer le corps de Tezuka, et c'est à cet instant qu'il réalisa qu'il tremblait légèrement.

- Je t'aime.
- Moi aussi, Oishi.

Il sentit les lèvres de Tezuka se poser sur sa tempe et se rendit compte qu'il retenait son souffle.
Tezuka était si proche qu'il n'osait pas élever la voix, et il se contenta de murmurer sa phrase suivante.

- On se voit demain, alors.

Les deux garçons s'écartèrent un peu, la main de Tezuka caressant la joue d'Oishi avant de s'en éloigner et de retourner vers son vélo abandonné.

- Demain.

Oishi réalisa qu'il aimait décidément bien la nouvelle voix de Tezuka.

_________________________

Oishi s'étendit sur son lit, contemplant le plafond sans vraiment le voir.
Il n'avait pas bien dormi la nuit précédente, et il sentait quelques courbatures de la veille tirer légèrement sur ses muscles.
Tezuka arriverait un peu plus tard dans l'après-midi.
Il l'avait eu au téléphone en fin de matinée, et après avoir insisté un minimum, l'avait convaincu de venir passer la nuit chez lui.
Oishi fixait toujours le plafond, mais pensait à la future soirée.
D'un côté, Tezuka était son meilleur ami. Il savait qu'ils trouveraient une activité pour passer la soirée, et qu'ils s'amuseraient beaucoup, malgré le caractère renfermé de Tezuka.
D'un autre côté, Tezuka était depuis quelques temps son petit ami. Oishi n'y pensait jamais, ou presque jamais de cette manière.
Ils s'aimaient.
Qu'est-ce que ça signifiait vraiment ?
Oishi ne savait pas vraiment à quoi correspondait leur relation. Il s'en fichait un peu, vu que tant qu'il était auprès de Tezuka, ce n'était pas très important, mais il ne pouvait s'empêcher de vouloir mettre au clair ses sentiments comme sa situation.
Oishi laissa s'échapper un long soupir et se tourna vers le mur, ses pensées vagabondant sur la soirée qu'il passerait avec Tezuka.
...

Quand il rouvrit les yeux, il se demanda combien de temps s'était écoulé, n'ayant pas eu conscience de s'endormir.
Le son d'une page tournée le fit se retourner.
Assis à son bureau, Tezuka semblait particulièrement plongé dans la lecture de ce qu'il identifia comme l'un de leurs livres de classe.

- Tezuka ?

Tezuka décolla les yeux de son livre et se tourna vers Oishi.
Son regard se fit plus doux, ses sourcils se relevèrent légèrement, et Oishi sentit son coeur se réchauffer en voyant ce semblant de sourire apparaître dans l'expression quasi-figée de Tezuka.

- Bonjour.

La voix de Tezuka était un murmure grave aujourd'hui.
Apparemment, elle ne partait plus trop dans les aigüs, mais le garçon n'arrivait toujours pas à parler normalement.

- Tu.. tu es là depuis longtemps ?

Oishi passa rapidement une main dans ses cheveux et se redressa, s'asseyant plus correctement sur son lit.

- Pas assez pour m'ennuyer.
- Je... je suis désolé.
- Il ne faut pas, tu dormais bien.

Oishi fit un petit sourire coupable et se leva, rejoignant Tezuka en deux enjambées.

- Ca va ta voix ?
- Un peu mieux qu'hier.

Tezuka se leva à son tour, posant le livre sur le bureau, et se retrouva à seulement quelques centimètres d'Oishi.
Ses yeux détaillèrent son petit ami des pieds à la tête, même s'il avait déjà eu le temps de bien l'admirer pendant sa petite sieste.
Il faisait très chaud aujourd'hui, et Oishi revêtait juste un débardeur un peu trop grand et un short. Et autant Oishi lui avait semblé fragile et enfantin quand il l'avait vu dormir dans ce débardeur deux tailles au-dessus, autant le garçon semblait plus adulte que jamais face à lui à présent.
Les cheveux ébouriffés d'Oishi commençaient à être un brin trop longs et quelques-uns d'entre eux refusaient catégoriquement de continuer de tenir vers le haut, préférant largement barrer le front d'Oishi.
Alors qu'il fixait le visage de son meilleur ami, Tezuka sentit sa vue diminuer d'un coup, alors qu'Oishi lui retirait ses lunettes.

- J'étais en train de te regarder.

Le ton de reproche de sa voix était à peine audible.

- Tu sais déjà à quoi je ressemble.

Les bras d'Oishi avaient entourés Tezuka et ce dernier se laissa aller à ce contact.

- Je découvre des choses tous les jours.
- Hmm ?

Le visage d'Oishi était venu se caler contre l'épaule de Tezuka, et ses yeux s'étaient refermés.
Il faisait chaud, mais il avait tout de même envie de rester le plus proche possible de son meilleur ami.

- Des détails... sans importance, sûrement.

Oishi glissa un baiser sur la joue de Tezuka.

- Tu veux que je te rende tes lunettes ?
- Hmm... je ne suis pas si myope, à cette distance, je te vois bien.
- Ah ?

Oishi s'écarta un tout petit peu et glissa les lunettes de Tezuka sur son propre nez.
Il ne s'était jamais demandé s'il rendait Tezuka quasiment aveugle quand il les lui ôtait, à vrai dire.
Apparemment non, la correction était là, mais pas particulièrement forte.

- Ca ne te va pas si mal...

Oishi émit un petit rire et ôta les lunettes, les posant sur le bureau derrière Tezuka.

- Tu trouves ?
- Oui, même si je te préfère comme ça.

Le front de Tezuka vint se reposer contre celui d'Oishi, et les deux collégiens fermèrent les yeux quelques secondes.
Puis, Oishi soupira doucement, et son visage retrouva l'épaule de Tezuka alors qu'il se pelotonnait un peu plus contre lui.

- A croire que tu as froid...
- Hmm... non, non...

Oishi ne put s'empêcher de bailler, et il sentit une des mains de Tezuka saisir l'un de ses poignets, alors que l'autre glissait contre son visage avant de s'écarter de son corps.

- Viens.

Oishi suivit Tezuka jusqu'à son lit et remarqua que le jeune homme avait attrapé ses lunettes et le livre qu'il avait commencé de sa main vacante.
Tezuka s'assit sur le lit, contre le mur, et attira Oishi à lui.

- Tu as dormi cette nuit ?

Oishi se sentit rougir.

- Pas vraiment.
- Si tu es fatigué, tu peux dormir...
- Non, tu es là !!

Oishi se sentait effectivement fatigué, mais il voulait profiter de la présence de Tezuka le plus possible.

- Ce n'est pas grave.

Tezuka attira un peu plus Oishi à lui, de façon à ce que le jeune homme se repose presqu'entièrement contre lui.

- Ca me suffit d'être près de toi.

Oishi trouvait la position confortable, mais ne voulait pas s'endormir et planter Tezuka là.
Réfléchissant à un plan, il ne réalisa pas vraiment ce qu'il faisait quand il poussa un petit soupir de plaisir alors que les mains de Tezuka le caressaient le plus doucement du monde, l'une sur son bras et l'autre dans ses cheveux.

- J'aime bien quand tu fais ça.
- Ca tombe bien, je pourrais continuer des heures.
- Je t'en prie, ne ne voudrais pas te priver...

Oishi ferma les yeux, se laissant bercer par le contact de la peau de Tezuka contre la sienne.

____________________________

Oishi voulut s'étirer, mais se rendit compte qu'il n'était pas couché comme à l'accoutumée.

- Noon >< Je ne voulais pas dormir !!
- Tu n'as pas dormi longtemps...

Tezuka ferma son livre pour la deuxième fois et passa une main dans les cheveux d'Oishi.

- Oui mais quand même...

Oishi attrapa la main de Tezuka qui n'était pas dans ses cheveux et la caressa doucement.

- J'étais trop bien installé, peut-être... Je ne te pensais pas aussi moelleux.
- Pourtant ce n'est pas la première fois que tu dors contre moi, à ce que je sache.
- La première fois que tu me sers d'appui, en tout cas. Je dirai à tout le monde que tu es un très bon oreiller.

Tezuka poussa un léger soupir et se pencha pour embrasser le front d'Oishi.

- Tu es assez reposé ?
- Hmm !

Oishi se redressa puis se leva du lit, vite suivi par Tezuka.
Il s'étira un peu et sentit craquer les os de son cou.

- Enfin, je ne suis pas en super forme, j'ai quelques courbatures, je crois...
- Tu devrais faire quelques étirements...
- Je ne pensais pas que la piscine me ferait ça...
- On s'est beaucoup agités, et tu couves peut-être quelque chose.

La main de Tezuka se colla au front d'Oishi.

- Un peu chaud...

Oishi sourit et écarta la main de Tezuka de son front pour l'embrasser.

- Ne t'inquiète pas, je vais bien. Les mêmes étirements qu'au club, ça irait ?
- Hmm... Il faudrait peut-être insister sur les muscles du cou et du dos.

Oishi suivit les instructions de Tezuka qui lui montrait quelques étirements qu'il n'avait jamais vus au club.
Il s'arrêta au bout de cinq longues minutes et sentit les mains de Tezuka dans le haut de son dos.

- Tu as les muscles un peu noués, ça fait encore mal ?
- Plus vraiment...
- Hmm...

Tezuka laissa ses mains glisser sur les épaules d'Oishi alors qu'il réfléchissait.
Finalement, ses bras descendirent et encerclèrent la taille de son compagnon alors que son visage venait se glisser contre celui d'Oishi.

- Tu voudras un massage après la douche ?
- Après la douche ? Mais quelle heure est-il ???
- 18H15.
- Déjà ??????
- Je suis arrivé à 16h.
- Je suis désolééééééééé d'avoir autant dormi !!!!
- Tu ne devrais pas. On a encore toute la soirée pour nous.

Oishi réalisa alors qu'il était dans les bras de Tezuka et que ce dernier lui avait proposer un MASSAGE quelques instants auparavant.
Il se défit de l'étreinte de Tezuka pour se tourner vers lui et glissa un court baiser sur ses lèvres.

- Je veux bien un massage.
- Si tu es gentil.

Oishi sourit malicieusement et glissa ses bras autour du cou de Tezuka.

- Mais je suis toujours gentil.

Tezuka se pencha vers Oishi et l'embrassa un peu plus longuement, ses bras retrouvant leur position initiale autour de la taille d'Oishi.
Quand les lèvres se séparèrent, Oishi avait toujours un sourire placardé sur son visage.

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Ils avaient... changé.
Tosu deux savaient que depuis la dernière fois où Tezuka était venu dormir chez Oishi et qu'ils avaient partagé leur bain, seulement quelques mois auparavant, ils avaient tous les deux grandi et changé.
Si la voix de Tezuka passait abruptement à une voix plus grave, celle d'Oishi avait entamé une descente progressive lors des dernières semaines, et chacun des deux garçons se rendait compte que les changements qu'il voyait chez lui se retrouvaient chez son voisin.
Les deux collégiens ne purent s'empêcher de se détailler un minimum l'un l'autre, même s'ils avaient déjà passé la journée de la veille en maillot de bain.
La douche fut vite prise, et Oishi se hâta de rentrer dans le bain brûlant, poussant un soupir de plaisir une fois assis dans l'eau.
Tezuka le rejoignit bien vite, même si la baignoire était devenue un peu étroite pour eux deux en même temps.
Ils n'échangèrent pas une parole, juste quelques regards, parfois un peu fuyants quand l'un des deux surprenait l'autre à le regarder avec peut-être un peu trop d'insistance.
La chaleur de l'été les incita à n'enfiler que les bas de leurs pyjamas, et les deux garçons retournèrent à la chambre d'Oishi d'un pas lent, Tezuka finissant de sécher ses cheveux à l'aide de la serviette qu'il avait gardé autour du cou.

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- Hmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm...

Oishi aurait pu retenir ses soupirs de bien-être, mais il n'avait pas envie de faire l'effort, et se disait que ça ferait sûrement plaisir à Tezuka de savoir que ses ministrations étaient appréciées.

- C'est le paradis.

Les mains de Tezuka pétrissaient la chair de sa nuque, glissaient sur ses épaules, massaient les muscles contractés, semblant remettre en place chaque centimètre carré du haut du dos d'Oishi en place.

- Content que ça te plaise.
- Plaire est un bien faible mot.

Les caresses de Tezuka continuèrent, se faisant des fois plus insistantes, des fois plus douces, des fois quasiment imperceptibles.
Oishi sentait ses orteils frissonner à chaque fois que les doigts de Tezuka venaient jouer dans son cou et caressaient le plus doucement du monde une petite surface sous ses oreilles.
Après un temps qu'Oishi jugea comme bien trop court, Tezuka s'arrêta, ses mains quittant la peau de son meilleur ami.

- Tu t'arrêtes ?
- Ca fait plus d'un quart d'heure que je te masse, tes muscles me semblent parfaitement remis...
- Un quart d'heure ?? C'est passé vite...

Oishi s'était redressé sur un coude pour faire face à Tezuka, qui lui s'était laissé tomber sur le côté pour s'allonger près de son compagnon.

- A quoi j'ai droit si je continue ?

Oishi pouvait presque déceler un sourire sur les coins de la bouche de Tezuka.

- L'avenue des Champs-Elysés ?
- Hmm... je ne sais pas...
- Qu'est-ce que tu veux ?

Tezuka passa une main dans les cheveux d'Oishi, et la laissa glisser ensuite sur la joue de son petit ami. Elle s'arrêta finalement sur le coeur du collégien.

- Toi.

La voix de Tezuka était un murmure encore plus faible que les quelques phrases qui étaient sortis de sa bouche au cours de cette fin d'après-midi.
Oishi se sentit rougir à cette demande plus qu'étrange.

- Comment ça ?
- Je ne sais pas vraiment...

Les yeux de Tezuka fixaient intensément ceux d'Oishi, faute de savoir comment exprimer ses désirs.
Oishi déglutit lentement avant de reprendre la parole.

- Je suis à toi.

Le collégien se rapprocha de Tezuka, laissant un doigt glisser doucement sur le torse de son meilleur ami, ce dernier posant sa main sur la taille d'Oishi.

- Seulement à toi. Mais c'est bien parce que je sais que tu prends soin de ce qui t'appartient.

Oishi fit un petit sourire.

- Enfin... à une seule condition.

Oishi retira la main de Tezuka de sa taille.

- ...?
- Souris-moi.
- Oishi...
- Pourquoi tu ne souris jamais ?
- Oishi, je...
- Je suis sûr que tu as les muscles pour, pourtant...

Oishi fit un petit sourire triste à Tezuka.

- S'il te plaît.

Tezuka ferma les yeux, poussant un léger soupir.

- Sinon je vais continuer de croire que tu es malheureux avec moi.
- Imbécile. Je ne resterais pas autant avec toi si ça ne me rendait pas heureux.
- Alors pourquoi tu ne me souris pas ?
- Parce que je ne souris pas en général.
- Pourquoi ?
- Parce que ça ne me va pas.

Oishi poussa un soupir de frustration.

- Bon, alors tant pis, je reste ma propre possession.

Et sur ces belles paroles, Oishi tourna le dos à Tezuka.
Tezuka soupira à son tour.

- Oishi, ça ne me va pas, je t'assure. Ce n'est pas que je sois malheureux ou que je ne veuille pas te sourire, ce n'est juste pas moi.
- ...
- Oishi...
- ... mais juste une fois ?

Tezuka sentit son sang se glacer.
Jamais il n'avait entendu la voix d'Oishi aussi... triste. Le garçon avait eu l'air d'étrangler un sanglot et Tezuka se détesta tout de suite d'être responsable de cet état.

- Oishi...

Il posa doucement une main sur l'épaule de son compagnon, ayant peur d'être rejeté, mais Oishi ne bougea pas.
Il se rapprocha alors, et ses lèvres embrassèrent l'épaule sur laquelle était posée sa main.

- Oishi, excuse-moi.

Ses lèvres remontèrent plus haut sur l'épaule, déposant un deuxième baiser puis un troisième.

- Oishi, je t'aime, pardonne-moi.

Tezuka se sentit frissonner quand, alors qu'il embrassait le cou d'Oishi, le corps du collégien se tordit contre le sien.
Oishi finit par se retourner, et Tezuka contempla longtemps le visage rougissant d'Oishi.

- Dis-moi que tu me pardonnes.

Tezuka avait appuyé sa demande d'un baiser sur la joue d'Oishi.

- Je t'en prie.
- ... Je te pardonne.

La voix d'Oishi n'était qu'un murmure et Tezuka sentit son coeur se serrer à nouveau.

- Je ne voulais pas te rendre malheureux.
- Je sais.

Les lèvres de Tezuka embrassèrent le front d'Oishi, puis les paupières clauses du garçon.

- Je suis désolé.

Oishi rouvrit les yeux, semblant mons triste qu'auparavant.

- Ce n'est pas grave. Je préfère que tu sois toi.

Tezuka fixa un instant les yeux verts d'Oishi, avant de se pencher à nouveau vers lui et de saisir ses lèvres dans un baiser, court et doux.

- Je t'aime, je t'aime tellement.
- Pas assez pour me masser plus d'un quart d'heure.

Les lèvres de Tezuka laissèrent échapper un léger rire, s'incurvant involontairement vers le haut.
En un instant, Tezuka avait recouvert sa bouche d'une de ses mains.

- Ah non, tu ne vas pas cacher ça, maintenant.

Oishi saisit la main de Tezuka, et après avoir hésité quelques instants à où la poser, il l'installa sur sa propre cuisse, espérant un peu que Tezuka reprenne ses caresses antérieures.

- Ca ne te va pas si mal de sourire.
- Pas besoin de mentir, je sais bien que c'est affreux.
- C'est inhabituel, c'est tout.

Le sourire s'était estompé sur les lèvres de Tezuka.

- Moi j'aime bien quand tu souris. Bon, ça me ferait peur que tu te mettes à sourire en permanence, mais juste une fois, de temps à autre, quand tu dis que tu m'aimes et que tu veux être avec moi, par exemple...

Tezuka se blottit un peu plus contre Oishi, sa main sur la cuisse d'Oishi se mettant lentement en mouvement, caressant doucement la peau d'Oishi à travers la fabrique de son bas de pyjama.

- Je t'aime...

Tezuka fit l'effort de sourire, peut-être un peu trop, vu que c'était beaucoup moins réussi que la fois précédente, et finit sa phrase.

- ... et je veux être avec toi.

Oishi déposa un très court baiser sur les lèvres de Tezuka puis lui murmura quelque chose à l'oreille.

- Merci, Tezuka.

Oishi s'écarta ensuite un peu, se couchant de nouveau sur le ventre, et sa voix reprit de la force.

- Je suis à toi, tu peux continuer de me masser.

Tezuka resta interloqué une seconde.

- Fais attention, maintenant que tu es à moi, je peux te faire tout ce que je veux.

Tezuka grimpa à cali-fourchon au-dessus du dos d'Oishi et ses mains retrouvèrent la peau de son compagnon, ce dernier laissant s'échapper un soupir de plaisir de ses lèvres.

- Des choses comme ça...

Tezuka se pencha et embrassa une des omoplates d'Oishi.

- ... ou d'autres comme ça.

Les doigts de Tezuka glissèrent sur les flancs d'Oishi et se mirent à le chatouiller.
Oishi se débatit, mais il n'avait aucun moyen de l'emporter dans sa position.
Heureux de l'effet produit, Tezuka massa, caressa, embrassa et chatouilla à tour de rôle la peau d'Oishi, se réjouissant des mouvements du corps de son compagnon sous lui et des sons qui sortaient de sa bouche.
Oishi ne sut jamais que Tezuka avait souri pendant l'intégralité du quart d'heure qui suivit.