PARTIE 4 : Aimer à en perdre la raison


Oishi sursauta légèrement, se réveillant d'un rêve dont il ne se souvenait déjà plus, mis à part qu'il y avait beaucoup couru.
Sa chambre était encore plongée dans l'obscurité, et les chiffres rouges de son radio-réveil indiquaient qu'il était 03:19. Ses yeux le piquaient, et il n'aurait pas eu besoin de voir l'heure qu'il était pour dire qu'il n'avait pas encore assez dormi.
Un sourire naquit sur ses lèvres, ses yeux fatigués se forçant à rester ouverts pour contempler le spectacle face à lui.
Tezuka semblait profondément endormi, son torse nu se relevant à intervalles réguliers étant le seul indice permettant de voir qu'il était encore vivant.
Pendant son sommeil, l'expression sérieuse de son visage le quittait et les mèches de cheveux barrant son front dans tous les sens lui donnaient l'air d'un garçon turbulent.
Ou alors c'était l'absence des lunettes sur son nez.
Oishi ne savait pas vraiment.
En tout cas, Tezuka ne se ressemblait pas durant son sommeil. Sa bouche était entrouverte et alors que le jeune homme se tenait d'habitude si droit, il se repliait dans le lit, semblant plus petit qu'Oishi.
Le collégien ne put s'empêcher de trouver que Tezuka était "mignon" ainsi, son corps tourné vers lui, l'un de ses bras n'ayant pas quitté son corps, se rattachant à lui comme s'il ne pouvait pas dormir sans la présence d'Oishi à ses côtés.
Oishi poussa un petit soupir. Il avait la furieuse envie de se tourner dans le lit, mais ne voulait pas tourner le dos à Tezuka.
Il se rendit alors compte qu'une de ses mains, qui était restée toute la nuit sur la hanche de Tezuka, s'était mise à caresser la peau nue du collégien, sans qu'Oishi ne lui en ait donné l'ordre.
Un soupir sortit de la bouche de Tezuka, et le garçon, au moins encore en partie endormi, se blottit plus près d'Oishi, faisant battre le coeur de ce dernier plus fort que de raison.
Sa main se mit à trembler légèrement, mais continua à caresser Tezuka, glissant dans son dos, sur son ventre, le plus doucement possible.
La peau de Tezuka était douce et chaude sous ses doigts, venant à leur contact des fois, s'en écartant à d'autres.

- Oishii...

C'était plus un soupir qu'autre chose qui s'était échappé des lèvres de Tezuka, et Oishi se demanda s'il avait réveillé son compagnon.
Apparemment non, ses yeux étaient encore fermés.
Ne voulant pas perturber plus le sommeil de son meilleur ami, Oishi récupéra sa main et alors qu'il songeait sérieusement à se tourner pour ne plus être tenté, il sentit une des mains de Tezuka se refermer sur son poignet.

- Hmm... ne t'arrête pas...

La voix de Tezuka était ensomeillée, toujours grave et un peu enrouée.

- Je t'ai réveillé ?
- Hmm...

Tezuka ne semblait pas encore particulièrement réveillé, en fait.

- Tu ferais mieux de te rendormir, Tezuka.

Tezuka posa la main d'Oishi sur sa taille et se colla à son compagnon.

- Tu ferais mieux de continuer ce que tu as commencé, Oishi.

Oishi rougit légèrement, l'épaule nue de Tezuka étant rentrée en contact avec son torse alors que le garçon l'incitait à continuer.
Oishi s'exécuta, se positionnant un peu plus confortablement avant que sa main ne retourne à son exploration de la peau de Tezuka, glissant principalement sur son dos, se perdant dans les cheveux de temps à autres, hésitant à passer sous le niveau de la taille.
Pendant ce même temps, les bras de Tezuka avaient encerclés la taille d'Oishi, et son visage s'était enfoui entre le matelas et le menton d'Oishi, sa bouche entrant en contact avec le haut du torse d'Oishi. Sa respiration s'était accélérée, prouvant qu'il était bel et bien réveillé, et son corps frissonnait de temps à autres sous les caresses de son meilleur ami.
Oishi avait beau trouver le moment plus qu'agréable, il détestait les réactions que pouvaient avoir son corps à la proximité de Tezuka. Il tremblait, il avait chaud, il sentait son sang battre plus fort sous ses tempes et l'oxygène semblait tout à coup manquer dans la pièce, et puis...

- Tezuka...

L'interpellé ne bougea pas, mais sa respiration avait ralenti à nouveau, les caresses d'Oishi arrivant progressivement à une halte.
Oishi bougea légèrement et serra Tezuka contre lui. Il ne voulait plus laisser ne serrait-ce qu'un centimètre les séparer, et alors que son torse se collait à celui de Tezuka, une des jambes de ce dernier venait s'insinuer entre les siennes.
Les deux collégiens cessèrent de bouger, excepté pour quelques tremblements causés par l'excitation. De longs instants s'écoulèrent, jusqu'à ce que Tezuka prenne la parole.

- Oishi, embrasse-moi.

Le silence de la pièce fut perturbé par le son d'Oishi avalant sa salive avec difficulté.
Puis il fit ce qu'on lui demandait de faire, approchant ses lèvres de celles de Tezuka et fermant les yeux juste avant de les atteindre.
Le contact entre leurs bouches fut électrisant, et Oishi se demanda un instant si cela avait été pareil les dernières fois qu'ils s'étaient embrassés. Aussi intense ? Aussi attendu ?
Très vite, Tezuka s'était mis à mordiller sa lèvre inférieure, et Oishi perdait totalement pied, ne sachant pas très bien comment amplifier cet échange, ce qu'il devait faire, comment il devait se comporter.
Il hasarda sa langue en avant, celle-ci entrant en contact avec la lèvre supérieure de Tezuka.
Elle était douce et lisse, encore légèrement sèche par endroits. La sensation était totalement différente de quand il y goûtait du bout des lèvres...
Au fur et à mesure de ses caresses sur les lèvres de Tezuka, celles-ci s'entrouvraient, et les langues finirent par se retrouver, tout d'abord le plus timidement du monde.
Ils avaient encore partagé bien peu de baisers approfondis, et aucun des deux garçons ne savait vraiment s'y prendre, hésitant à prendre des initiatives un peu hardies.
Les deux collégiens explorèrent donc lentement leurs bouches respectives, s'énivrant chacun du goût de l'autre.
Tezuka pensait devenir fou, ne voyant pas comment il pourrait se séparer à nouveau d'Oishi, ni comment il pourrait rendre ce baiser encore plus intense.
Pourtant, au bout de longs moments, les lèvres se séparèrent, se décollant une seconde avant de se retrouver à nouveau, aucun des deux collégiens ne voulant mettre un terme à cet échange.
Après quelques courts baisers, les bouches s'arrêtèrent à quelques millimètres l'une de l'autre, les deux amis reprenant doucement leur souffle.
Puis le visage de Tezuka s'enfouit dans le creux de l'épaule d'Oishi, trouvant un endroit confortable où se reposer.

- Tezuka...

Oishi avait murmuré le nom de son meilleur ami, compagnon, petit ami, enfin... il ne savait plus bien, en fait.
Tezuka se contenta de se coller un peu plus à Oishi, sa jambe se glissant légèrement plus entre celles d'Oishi.
Il ne pouvait s'empêcher de penser à tout ce qui se passait entre Oishi et lui.
Etait-ce juste ? Etait-ce la chose à faire ?
Il avait envie... il avait envie d'aller toujours plus loin avec lui, il voulait le garder dans ses bras, l'embrasser, le toucher, ne jamais s'arrêter. Mais était-ce vraiment la chose à faire ?
Il ne doutait pas une seconde de ses sentiments, ni de ses désirs, mais il se demandait s'il y avait une raison quelconque à ses actes. S'ils étaient justifiés, s'ils n'étaient pas même dangereux.
Que se passerait-il s'il blessait Oishi ? S'il le blessait en l'aimant trop, en allant trop loin ?
L'idée d'être un mauvais souvenir pour celui qu'il aimait pour le reste de sa vie le tourmentait.

- Oishi, excuse-moi.

Son visage avait quitté l'épaule d'Oishi et faisait de nouveau face au jeune homme.

- Pourquoi ?
- Parce que... je... je t'oblige peut-être à faire des choses que tu n'aimerais pas faire...

Oishi fut pour le moins surpris par la remarque de Tezuka, et aurait volontiers ri si son compagnon n'avait pas eu l'air aussi sérieux.
Il se contenta d'un petit sourire rassurant.

- Tu oublies que je suis à toi.
- ... Oishi...

Oishi glissa un baiser sur la joue de Tezuka.

- Je veux tout ça autant que toi.

Sa bouche retrouva celle de Tezuka une demie-seconde.

- Ne t'inquiète pas.

Oishi fit un nouveau sourire et Tezuka ne put réprimer un baillement, suivi d'un léger rougissement de ses joues.

- Fatigué ?

Tezuka reposa sa tête contre le torse d'Oishi.

- Hmmm... moi je n'ai pas fait la sieste toute l'après-midi.

Oishi émit un petit rire et passa une main dans les cheveux de Tezuka.

- Bonne fin de nuit, alors.
- Hmmmmmmmm... je t'aime.

Après de longs moments passés dans le noir à caresser les cheveux de Tezuka, Oishi répondit.

- Moi aussi.

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Les vacances passèrent à une vitesse fulgurante.
Les deux collégiens se voyaient le plus souvent possible, et dormaient régulièrement l'un chez l'autre.
Oishi avait l'impression de ne jamais avoir été aussi heureux.
Il voyait Tezuka presqu'autant qu'il le voulait. Tous les jours ils trouvaient une nouvelle activité, mais passaient quand même une bonne partie de leur temps à juste roucouler comme un jeune couple heureux.
Ce qui était un peu leur cas.

Oishi rougit légèrement à cette pensée.
Hmm... aujourd'hui, Tezuka viendrait le chercher vers 13 heures.
Enfin, à 13 heures pile, vu que c'était Tezuka et que le jeune homme était ponctuel à la seconde près.
Oishi soupira.
Il n'était que 9h30...
Oishi se retourna dans son lit.
En fait, il ne s'était même pas encore levé pour prendre son petit-déjeuner.
Ah, mais se réveiller avec Tezuka était teeeeellement mieux.
Oishi attrapa sa couette mise à l'écart vu la chaleur de l'été et la prit dans ses bras, essayant de trouver une position plus confortable pour continuer sa grasse matinée, poussant un nouveau soupir en pensant à celui qui partageait son lit environ une fois tous les trois jours.
Oishi se sentait particulièrement stupide, mais il s'en fichait.
Il se savait amoureux.
Eperdument amoureux.
En fait assez amoureux pour regarder son radio-réveil toutes les deux minutes et maudire le fait qu'il ne soit pas encore 13 heures.
Bon, c'était décidé, il appelerait Tezuka vers 10-11 heures, histoire d'au moins entendre le son de sa voix.
Sa voix...
Tezuka avait définitivement mué, et Oishi avait encore un peu de mal à s'habituer à ce que son meilleur ami parle de cette voix si grave.
Mais quand Tezuka prononçait son nom, de cette voix si grave mais qui pouvait être si douce, Oishi se sentait frissonner.
Et il se sentait stupide.
Enfin... amoureux.

Refermant les yeux, il repensa à ces dernières semaines de vacances. Ils étaient allés plusieurs fois à la piscine ensemble, avait fait une randonnée à vélo, joué au tennis plusieurs fois.
C'était d'ailleurs la première fois qu'ils y avaient joué en-dehors des cours, et Tezuka avait emmené Oishi dans un endroit où il avait dit régulièrement s'entraîner.
Tezuka était un bon professeur de tennis, mais il était assez sévère.
Heureusement, Oishi arrivait à métamorphoser tous ses exercices et tours de terrain en baisers et autres, et il s'amusait toujours plus que de raison.
Leur relation n'avait pas vraiment... avancé de ce côté-là, mais Oishi était particulièrement satisfait de l'état actuel des choses. Désormais ils s'embrassaient sans hésitation, passaient toujours leurs nuits collés l'un à l'autre, se caressant ou s'offrant un massage de temps à autres.
Tous leurs contacts qui avaient été hésitants devenaient plus naturels et seul le fait de prendre leur douche et bain ensemble pouvait encore être gênant, vu qu'ils avaient très clairement tous les deux passés le cap de la puberté, et que leur relation n'en était pas encore arrivée à CE point.
Oishi soupira pour une énième fois.
Ce soir ils dormiraient ensemble à nouveau.
Oishi s'imaginait déjà le corps de Tezuka contre le sien, ses lèvres sur les siennes, frissonnait à l'avance aux quelques caresses auxquelles il aurait droit avant de s'endormir.
Et puis il se maudit intérieurement parce qu'il savait parfaitement l'effet que 'ce' genre de pensées avait sur son organisme.
Bon, son état n'était pas encore critique -il s'était déjà senti bien bien pire lors d'échanges un peu poussés avec Tezuka-, il pouvait encore y remédier, d'une façon ou d'une autre.
L'une des façons était de penser à toute autre chose et faire comme si la partie inférieure de son corps n'existait pas. Oui, voilà, il fallait penser à tout sauf à Tezuka.
A tout sauf à Tezuka, ses lèvres insistantes sur les siennes, sa langue chatouillant ses lèvres, ses caresses qui pouvaient des fois être douloureuses tellement elles étaient légères et fantomatiques.
Oishi secoua la tête. Ce n'était pas comme ça qu'il allait y arriver.
Autre chose, autre chose.
Le tennis, il pouvait penser au tennis.
Comme la dernière fois où il avait joué contre Tezuka et qu'il avait pris une balle en pleine figure parce que le maillot de son compagnon s'était assez relevé pour montrer son nombril.
Mais Tezuka avait presque ri à sa bêtise, était passé de l'autre côté du filet et l'avait embrassé passionnément.
Et ce soir-là, ils avaient passé de nombreuses heures à...

Oishi poussa un grognement sourd.
Bon, il allait devoir aborder la deuxième solution pour se débarrasser de son problème.
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A peine Tezuka avait passé le pas de sa chambre qu'Oishi fermait la porte derrière lui et l'embrassait à pleine bouche, le serrant dans ses bras comme s'ils n'allaient plus jamais se revoir.
Ce ne fut qu'au bout de plusieurs longues minutes qu'il consentit à écarter sa bouche de celle de son compagnon.

- Bonjour quand même.

Oishi émit un petit rire et s'écarta -très légèrement- de Tezuka.

- Désolé, tu m'as manqué.
- On s'est vus avant-hier, Oishi.
- Tu insinuerais que j'exagère ?
- Loin de moi cette idée. C'est juste que tu ne me laisses même plus le temps d'enlever mes lunettes...

Joignant le geste à la parole, Tezuka retira ses verres et se pencha vers Oishi, capturant ses lèvres dans un nouveau baiser, beaucoup plus lent et chaste que le précédent.
Oishi se sentit tout simplement fondre à ce contact, et se laissa totalement faire quand Tezuka le renversa sur le lit, continuant de l'embrasser le plus doucement du monde, comme s'ils n'en étaient qu'aux tout premiers stades de leur relation.
Mais les lèvres de Tezuka quittèrent celles d'Oishi, embrassèrent sa joue, glissèrent un instant dans son cou pour remonter vers l'oreille.

- Tu as préparé tes affaires, j'espère...
- Hmm... presque.
- Presque comme "il nous reste cinq minutes" ou presque comme "je ferais mieux de me lever et de te laisser finir si je veux qu'on arrive à temps" ?
- Hmmmmmm... cinq minutes.

Satisfait de la réponse, Tezuka prit une position un peu plus confortable au-dessus d'Oishi, glissant un genoux entre ses jambes, alors qu'il reprenait possession de sa bouche.
Les bras d'Oishi vinrent encercler son cou et Tezuka ne résista pas à l'idée de passer une main sous le t-shirt d'Oishi.
En fait, en 2 jours, son meilleur ami lui avait aussi énormément manqué.
Maintenant qu'il pouvait le toucher, l'embrasser autant qu'il voulait, il découvrait un désir insatiable qui montait en lui.
Il ne voulait jamais, jamais s'arrêter.
C'était comme si ses mains avaient été faites pour toucher et caresser Oishi, comme si ce dernier avait été façonné pour être ce que Tezuka chérissait le plus, désirait le plus.
Au bout de quelques minutes d'un échange passionné où la chemise de Tezuka s'était mystérieusement ouverte de quatre boutons, les deux garçons s'arrêtèrent.
Tezuka se releva et tendit sa main à Oishi qui l'attrapa pour se lever à son tour.

- J'ai juste à chercher mon sac de couchage dans le placard du couloir.

Oishi attrapa un sac à dos qui reposait contre un mur et rouvrit la porte.

- On y va ? La montagne nous attend.
- Mais pas le train, tu devrais te dépêcher un peu.

Oishi se mit à rire alors que Tezuka reboutonnait sa chemise et allait récupérer ses propres affaires qu'il avait laissé dans l'entrée.
La fin des vacances s'annonçait intense.

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- Qu'est-ce que vous avez grandiiiiiii !

Sanako *qui je le rappelle est une des filles avec qui ils sont allés à la montagne dans la première partie, nda* cligna des yeux deux trois fois, surprise que le petit Kunimitsu qu'elle connaissait l'avait désormais dépassée...
... de cinq bons centimètres.
Oishi était à peine plus petit, et les deux garçons semblaient toujours s'entendre à merveille.

- Mais mais mais... ça ne fait que quelques mois qu'on ne s'est pas vus et vous poussez comme des champignons, pfff...

Oishi émit un petit rire aux remarques de Sanako qui semblait particulièrement désespérée d'être désormais la plus petite du groupe, qui était composé des mêmes personnes que la fois précédente.
Mais aujourd'hui, les sacs étaient plus volumineux et la destination différente.
Cette fois-ci, pas de refuge, pas de sommet unique à monter, non.
Cette fois-ci, ils partaient faire du camping sauvage dans un parc naturel.
Et Oishi était encore plus excité que lors de leur première excursion, n'ayant plus trop d'appréhension et voyant tous les côtés positifs de ce court séjour (comme dormir sous la même tente que Tezuka, se baigner avec Tezuka, embêter Tezuka et autres petites choses annexes comme les grillades au feu de bois).

Le groupe fit beaucoup de train et un peu de marche avant d'installer le campement à côté d'une petite rivière, à la lisière d'une forêt, non loin d'une montagne que Tezuka regardait tellement souvent qu'Oishi savait qu'ils y monteraient bientôt.

Oishi fut bien déçu de voir que tout le monde dans le groupe savait monter une tente, et il ne put même pas se moquer de Tezuka comme il s'était moqué de ses parents la seule fois où il était parti en camping avec eux.

Poussant un soupir, Oishi pénétra dans la tente qu'il partagerait avec Tezuka pour inspecter tout ça et tenter de trouver un défaut au travail de son petit ami.
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- Tu n'as pas de sac de couchage ?
- Je me suis dit que cette fois-ci tu n'oublierais pas le tien... Et j'étais déjà assez chargé.

Tezuka désigna la petite tente dans laquelle ils étaient assis. Ca avait dû être lourd, effectivement.

- Ah euh... tu voudras qu'on dorme ensemble ?

Oishi n'avait pu s'empêcher de rougir.

- Ce n'était pas ton intention ?

Oishi émit un petit rire.

- Si, mais tu tues tout le suspense.
- Lequel ? Celui de savoir si tu dors dans mon sac de couchage ou moi dans le tien ?
- Quelque chose comme ça.

Oishi se tourna et fouilla dans son sac à dos, sortant quelques gâteaux, en proposant à Tezuka.

- Merci. Tu n'as pas oublié ton maillot de bain ?
- Non, non, je l'ai.
- Ca te dit une baignade tant qu'il fait encore chaud ? Après Kyôichi fera un feu de camp et on pourra toujours tenter une petite balade avant de se coucher.
- D'accord.

Le planning semblait parfait à Oishi.
Il ne s'était pas encore dépensé dans la journée, il se réjouissait déjà des brochettes de Kyôichi et l'idée d'une balade sous la lune avec Tezuka n'était pas si mauvaise que ça.

Quelques minutes plus tard, les deux garçons étaient en train de s'éclabousser dans la rivière avoisinante, Tezuka tentant veinement d'avoir l'air sérieux alors qu'il essayait de ne pas se faire déporter par le courant.

Tezuka était heureux d'être ici.
Oishi souriait et riait à n'en plus finir.
Et rien n'était plus important.
Tant qu'il pouvait le rendre heureux, tant qu'il pouvait le voir sourire, alors plus rien d'autre n'avait d'importance.
Et bizarrement, plus Oishi passait de temps sous l'eau, plus il était content, Tezuka s'empressa donc de l'obliger en le coulant dans les remous de la rivière à plusieurs reprises. (Mais non, ce n'était en aucun cas une vengeance personnelle.)
Une fois les deux garçons épuisés, ils se calèrent sous une micro-chûte d'eau, se laissant masser par le courant.

- Bonheeeeeeeur...

Oishi avait parfaitement résumé la situation.
Les deux jeunes hommes s'amusèrent encore un peu à tenir dans le courant sans les mains et la tête sous l'eau et autres jeux stupides, puis se décidèrent à quitter l'eau pour rejoindre les autres qui n'avaient pas prévu la baignade au programme de cette fin d'après-midi.
Mais juste avant de sortir de l'eau, Oishi fut fauché d'un bras et replongea à nouveau, sentant un corps se glisser contre le sien.
Quand il refit surface, le visage de Tezuka était légèrement au-dessus du sien, et le collégien se maintenait au-dessus du corps d'Oishi d'une main qui reposait dans l'eau peu profonde de la rivière. Des gouttes d'eau perlaient de ses cheveux sur le visage d'Oishi et ce dernier eut le souffle coupé une seconde.
Peut-être était-ce la lumière du soir, l'absence de lunettes de son visage, ses cheveux mouillés, ou l'esquisse d'un petit sourire sur ses lèvres (ou encore son corps pratiquement nu), mais Oishi n'avait jamais trouvé Tezuka aussi beau.
Bêtement beau.
Et il ne pouvait s'empêcher de le contempler... bêtement.

La main de Tezuka qui ne lui servait pas à se maintenir au-dessus d'Oishi glissa sur le corps de ce dernier, remonta le long de son torse, caressa une épaule, joua avec ses cheveux et redescendit dans sa nuque.

- J'en profite tant que nous sommes... seuls.

Oishi crut déceler un léger rougissement sur les joues de Tezuka avant d'attirer le visage de ce dernier vers lui, l'embrassant à pleine bouche, faisant comprendre que lui aussi voulait profiter le plus possible de l'instant présent.
Après tout, ils allaient passer... au moins deux heures en compagnie d'autres personnes sans pouvoir se toucher !!
L'appui de Tezuka sur son bras céda, et le jeune homme se retrouva collé à Oishi. Les mains commencèrent à vagabonder sur les corps respectifs, tandis que le baiser s'approfondissait encore et encore, les deux garçons ne se préoccupant plus du tout d'avoir décidé deux minutes plus tôt de sortir de l'eau.

- Si je m'attendais à -ça-...

Les deux garçons tressaillirent et s'écartèrent vivement l'un de l'autre.
Sanako les regardait de la berge avec un air à la fois surpris et amusé.
Tezuka ne savait plus où se mettre.
Oishi non plus, d'ailleurs.

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- Et moi qui te demandais à chaque fois si tu avais une petite amie, Kunimitsu...

Tezuka se retint de rougir, sortit de l'eau et se sécha rapidement, arrivant au niveau de Sanako sans vraiment savoir ce qu'il allait lui dire.
Il évitait de regarder Oishi de peur de rougir et aussi par crainte de ce que pouvait ressentir son compagnon.
Heureusement pour lui, c'est Sanako qui reprit la parole.

- Bah, après tout, pourquoi pas... Vous êtes mignons, tous les deux... ça fait longtemps que ça dure ?

Tezuka se dit qu'il ne ferait qu'empirer la situation en ne répondant pas.
Sanako était horriblement curieuse. S'il répondait à tout, elle arrêterait de s'intéresser à sa relation avec Oishi.

- Ca fera trois mois demain.

Tezuka s'étonna lui-même de sa précision, et réalisa qu'ils n'avaient jamais fêté un anniversaire avec Oishi, et que prévoir quelque chose pour le lendemain ne serait pas une mauvaise idée.

- Hmmm... et personne ne sait ?
- Non, personne.
- J'ai l'exclusivité, alors ?

Tezuka se contenta d'acquiescer.

- Tu n'es pas drôle, Kunimitsu-kun, tu n'es même pas gêné.

Et dans un rire Sanako s'éloigna de la berge, plantant les deux garçons là.

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Oishi eut du mal à finir sa seconde brochette.
Il avait passé le repas à rougir et à contempler le sol, s'étant délibérément assis à plus d'un mètre de Tezuka.
La voix de Sanako le faisait tressaillir, et il n'osait même plus un regard en coin à son petit ami.
Et pourtant, il ne savait pas ce qu'il craignait.
Vraiment pas.
Qu'est-ce que ça ferait, si quelques personnes savaient ?
Après tout, ça ne les empêcherait pas de se voir.
Oui, après tout, ce ne serait pas SI grave, non ?

- Alors, Kunimitsuuuu-kuuuuun, tu as une petite amie, maintenant ?

La voix de Sanako.
Oishi crut s'évanouir et sut qu'il devait avoir l'air livide.

- Pourquoi, tu es intéressée par la position ?

Oishi cligna des yeux à plusieurs reprises.
Tezuka ne pouvait pas avoir dit ça.
Pas Tezuka.
Non, certainement pas Tezuka.
Pourtant c'était sa voix.
Oishi déglutit avec difficulté mais ne quitta pas le sol des yeux.

Sanako se mit à rire puis l'ensemble du groupe suivit.
Oishi poussa un petit soupir soulagé pour finalement se lever et s'écarter du feu de camp, histoire de faire baisser sa tension.

Quinze mètres plus loin, il fut rejoint par Tezuka, qui avait eu la présence d'esprit de prendre une lampe de poche.
Aucun des deux ne parla durant de longs moments, les deux collégiens se contentant de marcher côte à côte.

- ... Oishi ?

La voix de Tezuka semblait hésitante.

- Je... suis désolé.
- Pourquoi ?
- Parce que si je n'avais pas... enfin... Sanako ne serait jamais tombée sur nous en train de... faire ce que nous étions de faire.
- Nous embrasser, tu peux le dire, il n'y a personne autour.

Oishi émit un petit rire et la main de Tezuka vint attraper la sienne.

- Enfin, ce n'est pas une raison d'être désolé.
- Tu n'es pas fâché, c'est sûr ?

Oishi lâcha la main de Tezuka.

- Hmm, je ne sais pas. Tu as failli faire une proposition à Sanako au repas.
- Ne fais pas l'imbécile.
- Tu as rarement été aussi direct avec moi.
- Je cherchais un moyen de la faire taire.

Les deux garçons s'arretèrent de marcher et se regardèrent un instant dans les yeux.
Oishi distinguait mal le visage de Tezuka dans la pénombre (la lampe de poche tenue par la main de Tezuka n'éclairant pas du tout le visage de ce dernier), et il avait l'impression que celui-ci lui souriait.

- Tu souris ?
- Peut-être...

Tezuka se détourna et continua à marcher.

- Pourquoi tu le fais alors qu'on est dans le noir ?? C'est de la triche.
- Depuis quand je dois avoir ton autorisation pour sourire ?
- Depuis que je suis ton petit copain.

Le silence reprit place pendant les prochains mètres, Oishi ne pouvant pas effacer un sourire stupide de son visage.

- Je te passe définitivement trop de choses.
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- C'est géniaaal ! Comment ça marche ?
- Comme un matelas pneumatique. Sauf qu'il est fait pour dormir dessus. C'est mon père qui l'a acheté, je vais souvent camper avec lui. Il déteste dormir à même le sol.
- Ce n'est pas très grand.
- Il faudra se serrer.

Oishi fit un grand sourire.

- A vos ordres, mon capitaine !

Jetant son t-shirt et son pantalon dans un coin de la tente, Oishi se coucha, ne gardant que son caleçon. *Il avait décidé la veille qu'un pyjama serait un alourdissement inutile de ses bagages*
De son côté, Tezuka plia ses propres vêtements et les rangea dans son sac, rangeant également ses lunettes dans un étui, et au final resta dans la même tenue qu'Oishi avant de le rejoindre dans son sac de couchage et d'éteindre la lampe de poche qui avait servi à les éclairer jusque-là.
Il faisait particulièrement noir, mais de légers bruits se faisaient entendre.
Sanako riait dans une tente voisine, le léger bruit du cours d'eau était presque perceptible, et les innombrables bruits de la nuit dans la forêt ne pouvaient passer inaperçus.
Mais les deux garçons s'en fichaient éperdument, vu qu'en un instant, plus rien n'avait compté pour eux si ce n'est l'autre et ils avaient partagé un baiser brûlant alors que leurs corps s'emmêlaient.
Pour une fois, la passion ne l'emporta pas, et les deux jeunes hommes se calmèrent bien vite, semblant avoir décidé d'un accord tacite de partager plutôt un moment de tendresse que des baisers passionnés.
Oishi s'était retrouvé le dos contre le torse de Tezuka, enlacé dans ses bras.
Il laissait ses doigts glisser doucement sur les poignets de son compagnon, se délectant de la chaleur qui émanait du corps de Tezuka.

- Tu ne peux pas savoir à quel point je suis content d'être là, Tezuka.
- Dans le parc ou dans mes bras ?
- Baka.

Tezuka glissa un baiser dans les cheveux d'Oishi, pas très vexé de la fausse insulte de son compagnon.

- Tezuka...
- Hmm ?

L'intéressé caressait distraitement la peau d'Oishi, respirant l'odeur de ses cheveux en gardant les yeux fermés, profitant de la chaleur du collégien dans ses bras.

- Ca te gêne que Sanako sache ?
- Pas vraiment, c'est juste que... je trouvais ça bien que ce ne soit que pour nous deux.
- Oui, et puis elle est arrivée au mauvais moment, franchement, elle aurait pu nous laisser finir.

Tezuka émit un petit rire et Oishi fut bien triste de ne pas pouvoir le voir.
Son meilleur ami était étonnament de bonne humeur.
Un sourire et un rire dans une même soirée étaient tout de même plus qu'exceptionnel.

- Je suppose qu'il va falloir qu'on se rattrape ?
- Bien entendu. Où en étions-nous ?

Tezuka s'écarta un peu d'Oishi et plaqua celui-ci contre le matelas d'à-point.
Oishi constata qu'il avait encore presqu'un sourire aux lèvres.
Une des jambes de Tezuka s'insinua entre celles d'Oishi et leurs deux corps se serrèrent.

- Quelque part par là ?
- Hmm, approximativement.

Les lèvres se retrouvèrent, sachant que cette fois-ci, personne ne viendrait les déranger.

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Oui, se réveiller ainsi était un vrai plaisir.
Avant même d'ouvrir les yeux, Tezuka avait senti la présence de cet autre corps, proche de lui.
Pendant la nuit, ils s'étaient légèrement écartés, ne gardant que leurs mains l'une dans l'autre et leurs cuisses se touchant.
Oishi se réveillait lui aussi, Tezuka sentait sa main bouger.
Mais il voulait juste rester là, au chaud, tout près de celui qu'il aimait.
Oishi bougea un peu plus, finissant par lâcher sa main.
Tezuka regretta le contact et d'avoir à ouvrir les yeux, alors que d'habitude il affrontait le matin sans aucune difficulté.
Il faisait froid maintenant qu'Oishi ne le touchait plus et qu'un courant d'air s'infiltrait dans leur sac de couchage partagé.

Pendant un instant, plus rien ne bougea, et Tezuka réfléchit à l'éventualité d'ouvrir les yeux et voir ce qui se passait.
Mais avant même qu'il ne mette son plan à exécution, il sentit quelque chose sur son torse.
Une des mains d'Oishi s'était posée près de son épaule, et un instant après, ses lèvres avait déposé un baiser sur son coeur.
Tezuka ne put s'empêcher d'ouvrir les yeux, se demandant ce que signifiait ce geste.
La tête d'Oishi s'était reposée sur sa poitrine, le jeune homme semblant écouter les battements de son coeur. Il regardait le visage de Tezuka d'un oeil amusé, comme s'il était le seul à savoir quelque chose de drôle et important à la fois.

- ...?

Tezuka savait que rien qu'à son regard, Oishi comprendrait qu'il se posait des questions.

- Je t'aime.

Tezuka avait beau déjà le savoir, il poussa un long soupir à la remarque et attira Oishi à lui, décollant la tête du jeune homme de son torse pour pouvoir goûter ses lèvres.
Quand les bouches et les corps se séparèrent, Oishi s'extirpa du sac de couchage et se leva.

- Ca te dit un petit-déjeuner au lit ?
- C'est le fait de m'aimer qui suffit pour que tu sois si adorable de bon matin ?
- Tu oublies que ça fait trois mois aujourd'hui qu'on est ensemble.

Oui, c'était définitivement un véritable plaisir de se réveiller ainsi.
_________________________

La journée suivante, qui avait si bien commencé, continua sur sa lancée.
Tezuka et Oishi avaient décidé, comme d'autres membres du groupe, de partir de leur côté.
Pas que le reste du groupe soit embêtant, ni qu'ils aient besoin d'intimité après une nuit passée dans les bras l'un de l'autre, mais l'idée de passer leur "anniversaire" juste tous les deux leur avait plu.
Oishi avait proposé à Tezuka avec un grand sourire innocent de "grimper cette montagne qui avait l'air chouette". Et Tezuka, un peu naïf sur ce coup-là, n'avait pas compris qu'Oishi lui avait proposé en savant pertinemment que ça lui ferait énormément plaisir.
Et il avait eu raison.
Après la déclaration du petit matin, le petit-déjeuner au lit et autres attentions de la part d'Oishi, Tezuka se sentait de particulièrement bonne humeur.
Ce qui était très rare, vu que pour lui les concepts de bonne et mauvaise humeurs étaient très limités.
Après quelques minutes de marche, Tezuka avait saisi la main d'Oishi dans la sienne, et réfléchissait intensément à ce qu'il pourrait faire pour aussi rendre la journée d'Oishi plus agréable.
Et plus il réfléchissait et moins il semblait trouver.
D'ailleurs, plus il pensait à ce qui, dans ce qu'il pouvait faire, plairait à Oishi, plus il se demandait ce qu'Oishi, si adorable, si innocent, si attentionné, pouvait trouver chez lui.
Après tout, il parlait peu, aimait peu d'activités habituelles pour un collégien, ne riait qu'une fois par mois et faisait peur aux gens quand il souriait.
Oui, vraiment, qu'est-ce qu'Oishi lui trouvait ?
Tezuka jeta un regard en coin à son compagnon, toujours souriant.
Peut-être était-il trop naïf, ou alors il avait subi un choc à la tête dans sa prime enfance, ou quelque chose du style.
Ou alors il avait juste mauvais goût.

- Tezuka, si tu continues de réfléchir autant, tes yeux vont sortir de leurs orbites.

Tezuka se tourna vers Oishi, mais les deux garçons continuèrent de marcher.

- A quoi tu pensais ?
- ... je me demandais ce que tu trouvais de bien chez moi.
- Et ?
- ... j'en étais arrivé à la conclusion que tu étais peut-être perturbé du cerveau.

Oishi émit un petit rire.

- Oui, peut-être... ça aurait pu être pire..
- ...?
- Tu aurais pu arriver à la conclusion que je ne t'aime que pour ton physique ou que j'ai un penchant pour les garçons à lunettes.

Tezuka fut amusé par la remarque mais son visage resta impassible.
Si Oishi aimait les garçons à lunettes, il serait avec Inui, après tout, il avait des lunettes deux fois plus imposantes que les siennes.

- M'aimer pour mon physique...

Tezuka trouvait le concept étrange.
Il se regarda une seconde.
Il ne s'était jamais trouvé particulièrement attirant, lui-même.
Enfin, il ne s'était jamais posé la question.
Il était perpétuellement décoiffé, ses soeurs faisaient en sorte que sa mère lui achète les pires vêtements possibles, ses yeux étaient d'une banalité affligeante -de toute façon cachés par ses lunettes-, et il ne savait pas sourire.
A côté de ça, Oishi avait tout pour plaire. Ses yeux étaient d'un vert émeraude qui le faisait rêver, son visage était agréable et ses expressions délectables. Quand il souriait, il illuminait tout ce qui se trouvait autour, et le son de son rire était suffisant à Tezuka pour juste se sentir bien. Son compagnon avait en plus une peau particulièrement douce, une chaleur corporelle et une odeur propre qui l'énivraient à chaque fois qu'il s'approchait d'un peu trop près de son petit ami.

- ... c'est stupide.

Tezuka n'avait pas réalisé qu'il avait laissé s'écouler cinq minutes entre le début et la fin de la phrase.

- Pardon ?
- Ce n'est pas logique, de m'aimer pour mon physique.
- Pourquoi pas ?

Oishi était amusé.

- Parce que tu es beaucoup plus mignon que moi.
- Tezuka, regarde-toi dans une glace avant de parler.
- Mais je suis sérieux.
- Pourtant on ne compte plus les filles folles de toi au collège.
- C'est toi le plus apprécié, Oishi.
- C'est juste que dans mon cas, elle osent m'adresser la parole.

Oishi avait ri.
Tezuka n'avait donc pas conscience d'avoir tout sauf un physique ingrat ?

- Tu me plais beaucoup tel que tu es, Tezuka. Mais de toute façon, je ne t'aime pas parce que tu es beau.
- Tant mieux.

Tezuka tenta de s'arrêter de penser deux secondes, vu que rien ne lui paraissait logique dans cette conversation.

- ... mais pourquoi alors ?
- Parce que je suis bien avec toi.

C'était une très bonne réponse, quand on y réfléchissait un peu.

__________________________

- Mais c'est...
- ... des terrains de tennis.

Oishi et Tezuka devaient se rendre à l'évidence, alors qu'ils pensaient arriver bientôt en haut du relief qu'ils gravissaient, ils étaient tombé sur une route qui finissaient sur une maisonnée entourée de terrains de tennis au milieu de la nature.

- Dommage, on n'a pas nos raquettes.
- Je ne vois pas comment on aurait pu deviner 'ça'.

Les deux jeunes hommes pénétrèrent tout de même dans le bâtiment, s'offrirent une boisson puis remarquèrent une affiche qui disait que l'équipement pouvait être loué.

- Ca te dit une partie ?

Quelques minutes plus tard, les deux garçons étaient sur un terrain, s'échauffant avant d'échanger quelques balles.

- Un match en un set ?
- Tezuka, on n'a pas besoin de compter les points pour se rendre compte que tu me bats 6-0.

Tezuka prit sa raquette dans la main droite.

- Et comme ça ?

Son regard s'était presque fait suppliant.

- Tu ne m'auras pas comme ça. Tu as battu tous les sempai avec ta main droite, l'an dernier.
- Je ne vais pas me bander les yeux en plus.
- Ce ne serait pas une mauvaise idée...

Tezuka soupira, reprit sa raquette dans la main gauche et servit, faisant attention à commencer par une balle attrapable pour ne pas fâcher Oishi.
Le garçon n'était pas mauvais perdant au tennis comme dans d'autres activités, mais Tezuka ne voyait pas l'intérêt de jouer quand l'adversaire ne parvenait pas à toucher la balle.
D'accord, il pouvait gagner toutes les balles qu'il souhaitait contre Oishi, et même en jouant de la main droite, il pourrait sans doute le battre sans le laisser marquer un point, mais bon...
Oishi faisait de grands progrès, sans s'en apercevoir.
Au sein du club, il était très bon. La malchance avait voulu que dans les deux derniers tournois internes à l'équipe, ils s'étaient tous les deux retrouvés dans le même groupe, faisant perdre un match "d'office" à Oishi.
Parmi les deuxième année, seuls Fuji et lui étaient meilleurs.
Et Fuji et lui avaient tous deux joué au tennis depuis toujours et étaient reconnus comme largement au-dessus de la moyenne.
Oishi battaient même un certain nombre de troisième année régulièrement, et avait un meilleur niveau que deux ou trois des réguliers, Tezuka en était certain.
Le jeune homme fut tiré de ses pensées par un bruit bizarre, la raquette d'Oishi râclant le sol.
Alors que son compagnon émettait un "oups", la balle volait en un lobe parfait, passant largement au-dessus de sa tête et atterrissant à deux centimètres de la ligne, à l'intérieur du terrain.
Tezuka cligna des yeux une ou deux fois.

- Joli coup.
- Je n'ai aucune idée de comment j'ai fait ça... je crois que je me suis un peu trop penché...
- Il faudra voir si tu arrives à le refaire... enfin, sans râcler ta raquette contre le sol, c'est tout de même du matériel de location...

Oishi se mit à rougir tout en riant bêtement, et Tezuka se sentit bizarrement bien.
Il jouait au tennis, avec celui qu'il aimait, en haut de cette montagne, entouré par la forêt.

- Hey, regarde un peu qui est ici.

Tezuka tourna ses yeux vers les abords du terrain et la voix qui en provenait.
Kyôichi et Tetsu, deux autres membres de leur groupe, s'étaient retrouvés au même endroit qu'eux.

- Vous nous faites une petite démonstration ?
- Tezuka aurait besoin d'un meilleur adversaire que moi s'il voulait vraiment montrer de quoi il est capable.

Oishi était terriblement fier des dons de Tezuka, ce n'était pas la première fois qu'il les vantait, d'ailleurs.

- On s'en contentera !

Oishi sourit et reprit place sur la ligne de fond, tâchant de faire un beau service.
Pas trop mal.
Enfin, pas du niveau de Tezuka.
Il n'eut pas le temps d'y réfléchir, vu que la balle revnait déjà vers lui.
Oh, Tezuka était gentil.
Après un ou deux coups, il était devenu évident que Tezuka jouait exprès de façon à ce qu'il puisse rattraper la balle, histoire de faire durer l'échange et de ne pas montrer une défaite cuisante d'Oishi à ses amis.
Mais après quelques coups, Tezuka calcula mal, et ce qu'il devait juger comme une balle rattrapable échappa à Oishi.

- Pas maaaaaal.

Les deux spectateurs rentrèrent sur le terrain, et assistèrent à encore quelques échanges avant de repartir.
___________________________

- C'était une super découverte.
- Hmm.
- Si on ne sait pas quoi faire un autre jour, on pourra revenir ici !
- Pas de problème.

Tezuka et Oishi avaient continué leur ascension, et étaient arrivé au bout des sentiers balisés. Ils avaient remonté le lit d'une rivière assechée, faisant un peu d'escalade de temps à autre pour arriver à bout de ce qui avait été de petites cascades.
Ils avaient finalement atteint le sommet après avoir coupé à travers bois, mais la vue était loin d'être dégagée, vu les arbres qui poussaient en assez grande quantité.
Les deux garçons longèrent donc la crête avant de tomber sur de petites crevasses dépourvues d'arbres, d'où la vue était bien plus impressionnante.
D'ici, ils pouvaient même voir la tente rose bonbon de Sanako, la plus proche de la rivière.
Ils n'étaient pas si haut, par rapport au campement, mais ils dominaient une bonne partie de la réserve.
Les deux collégiens choisirent de faire une pause à cet endroit, casse-croûtant un peu tardivement tout en admirant le paysage.
Après le déjeuner, et alors qu'Oishi racontait que sa petite soeur voulait rentrer à Seigaku l'an prochain, Tezuka se leva soudainement et descendit du rocher sur lequel ils étaient installés... pour aller se planter devant un autre rocher cinq mètres plus loin.

- Il y a quelque chose à voir ?

Tezuka ramassa une pierre par terre et retourna aux côtés d'Oishi, montrant sa découverte.

- Wooow, de l'or !!

Effectivement, au milieu de la roche grise s'enchassaient quelques cubes dorés.

- Non, c'est de la pyrite.
- De la quoi ??
- De la pyrite, c'est un minéral assez commun que l'on peut prendre pour de l'or à cause de sa couleur et de son éclat.
- C'est joli.
- Il y en a tout plein là-bas.

Oishi se leva et alla regarder un rocher parsemé de cubes plus ou moins gros, plus ou moins brillants, plus ou moins dorés.

- Comment tu connais ça ?
- J'en ai vu une fois en Suisse.
- En Suisse ???
- Oui, j'y étais au primaire avec mon père. On faisait de la marche dans les Alpes.
- Wooow, tu étais déjà en... en... euh...
- La Suisse est en Europe.
- Oui, voilà. En Europe. Wow.
- J'ai surtout vu des montagnes, je n'ai pas visité grand chose. Mais c'était chouette. Je n'oublierai jamais ce voyage.
- Je t'envie un peu.

Un silence se fit.

- Tu crois que je peux en prendre ?

Oishi avait ramassé une pierre avec quelques minéraux de pyrite.

- Ben sûr, ça ne vaut rien.

__________________________

- On fait la tournante ce soir ?
- La quoi ?
- La tournante. On échange de partenaire de tente pour la nuit.

Oishi ne put s'empêcher d'émettre un soupir désapprobateur à l'idée, mais c'était apparemment quelque chose de commun.
Kyôichi et Tetsu avaient préparé de quoi tirer au sort les nouveau arrangements pour la nuit. Dans chaque groupe, une des personnes restait dans sa propre tente et l'autre déménageait.
Oishi eut le privilège de garder la tente.
Tezuka irait dormir avec Tetsu et...
Sanako viendrait dormir avec lui.

Oishi avait pratiquement oublié l'incident de la veille jusqu'à ce que la jeune fille vienne s'asseoir à côte de lui.

- Je sens que la soirée va être intéressaaaaaante...

Oishi jeta un regard désespéré à Tezuka.

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- Vous n'avez qu'un sac de couchage pour deux ???

Oishi se sentit rougir jusqu'aux oreilles.

- Euh... oui. Tezuka a oublié le sien.
- Kunimitsu, oublier quelque chose ? Tss, tss, tu ne me la feras pas à moi. Et tu m'as déjà fait le coup d'oublier pour ton pyjama, hein. Allez, avoue.
- Quoi ?
- Vous n'avez ni besoin de pyjamas ni de deux sacs de couchage pour ce que vous faites la nuit, c'est tout...

Oishi ne pensait pas pouvoir plus rougir que ça.

- Qu'est-ce que tu es mignon, Shûichirô-kun.

Sanako s'allongea sur le matelas pneumatique.

- Manière, c'est pas grave, j'ai ma couverture.

Toujours rougissant, Oishi se glissa -en T-shirt et caleçon- sous son sac de couchage.

- Ca te dit un action ou vérité, Shûichirô-kun ?
- Euh, c'est quoi ?

Sanako expliqua le principe brièvement.

- Je suppose que je n'ai pas le droit de dire non.
- Non. Allez, commence.
- Action ou vérité ?
- Action.
- Ne répète rien de tout ce qui sera dit ce soir.

Sanako fit une petite moue boudeuse.

- Bon, c'est de bonne guerre. Action ou vérité ?
- Action.
- Laisse-moi une place sous le sac de couchage.
- QUOI ??
- C'est juste pour t'inciter à prendre "vérité" après.
- Mais mais mais, c'est de la triche !
- Mais non, c'est une tactique détournée, c'est tout... Allez, je t'autorise à garder ton sac de couchage et à reprendre ton "action" pour dire "vérité" à la place.

Oishi ronchonna un peu mais s'exécuta.

- ... vérité.
- Vous en êtes où ?
- Tu es obligée de poser des questions comme ça ?
- Ré-ponds.
- Pff... on en est, on en est... on est ensemble, c'est tout.
- Vous allez plus loin que ce que j'ai vu cette après-midi, je voulais dire...
- Pas vraiment, non.
- Ah.
- Quoi ?
- Je suis déçue. Je pensais que vous couchiez ensemble.
- QUOIIII ??
- Non, non, je rigole. A toi, Shûichirô-kun.
- Hmpf... action ou vérité ?
- Vérité.
- Pourquoi tu poses des questions sur sur sur.. sur Tezuka et moi ?
- Parce que ça m'amuse et j'aime les grandes histoires romantiques. Et parce que j'aime embarasser les gens. Action ou vérité ?
- ... Vérité.
- Ca lui arrive de sourire ?
- Trèèèès rarement. Une ou deux fois par mois, je dirais.
- Wow, tu l'as vu sourire, je suis jalouse. Il est beau quand il sourit ?
- Je ne suis pas obligé de répondre à une deuxième question.
- Pff, je t'ai trop bien expliqué les règles, moi...
- Action ou vérité ?
- Vérité.
- Tezuka t'intéresse ?

Ce fut au tour de Sanako de rougir.

- Hmm... un peu. Mais c'est gênant de le dire devant son petit ami.
- Comme ça tu vois ce que ça fait.
- Action ou vérité ??
- Vérité.
- Il est comment quand il sourit ?
- Un peu ridicule, ça ne lui va pas du tout. Mais ça fait plaisir à voir.
- Vraiment ?
- Ben en fait, ça dépend... mais surtout, il ne faut pas le forcer à sourire. Ca ne lui va pas et 'en plus' ça le met de mauvaise humeur. Mais c'est toujours gratifiant d'arriver à le faire rire ou sourire.
- Rire aussi ???

Sanako était définitivement jalouse des exploits d'Oishi.

- Action ou vérité ?
- Action.
- Arrêtons de jouer, je suis fatigué.

Sanako tira la langue à Oishi qui éteignit la lumière, se disant qu'il devrait essayer ce jeu avec Tezuka un jour.

________________________

Les autres groupes s'éloignèrent alors que Tezuka pénétrait à nouveau dans leur tente.
Aujourd'hui, c'était à eux de garder le campement, le groupe ayant choisi de faire un roulement.
Les deux collégiens avaient donc choisi de passer la journée à -entre autres- pêcher dans la rivière qui longeait leurs quelques tentes.
Sanako et une de ses amies, qui avaient été "de garde" la veille, avaient installé un filet de badminton entre deux arbres et leur avaient laissé des raquettes, au cas où ils voudraient diversifier leurs activités.

Tezuka ressortit de la tente avec le matériel de pêche et s'installa avec Oishi sur la berge.

- Ca n'a pas été trop dur, hier, avec Sanako ?
- Un peu quand même.
- Rien de grave ?
- Non, non, j'ai juste appris que je devais faire attention à toi...
- Comment ça ?
- C'est juste que Sanako te trouve à son goût.
- Quoi ?
- Tu m'as très bien compris.

Oishi sourit et prépara sa ligne.

- ... Rassure-toi, tu es le seul "à mon goût".
- Je sais.

Les deux garçons s'assirent côte à côte, contemplant leurs flotteurs d'un air endormi.
Oishi avait effectivement peu dormi, vu que Sanako l'avait empêché de trouver le sommeil  après qu'il ait éteint la lumière, continuant de poser des questions embarrassantes sur Tezuka et lui.
Ils ne faisaient pourtant rien de mal.
Ils étaient juste ensemble.
Ce qui était normal pour deux personnes qui s'aimaient.        

- Ca ne va pas, Oishi ?

Oishi tourna son regard vers Tezuka et vit que celui-ci avait l'air un peu inquiet.

- Ca va, ça va.
- Bon...

Tezuka se tourna de nouveau vers la rivière.
Mais les yeux d'Oishi ne parvenaient pas à regarder ailleurs.
Non, il n'avait pas envie de regarder autre chose que Tezuka.
Et il ne voulait pas penser à autre chose, d'ailleurs.

Et puis les paroles d e Sanako lui revinrent à l'esprit.
/Je suis déçue. Je pensais que vous couchiez ensemble./
Oishi rougit à cette pensée, et son regard quitta le corps de Tezuka.
Ils étaient trop jeunes pour ça, non ?
Et puis, et puis... en fait Oishi ne savait pas à quoi ça correspondait 'vraiment'.
Il devait avouer sa cruelle ignorance : il n'avait aucune idée de comment deux garçons faisaient l'amour. (En fait il n'avait aussi qu'une très vague idée de comment s'y prenaient un garçon et une fille.)
... Qu'est-ce que ça ferait de... d'être avec Tezuka de /cette/ façon ?
D'un côté, il devait s'avouer qu'il n'aurait rien contre aller plus loin avec Tezuka, vu que certains de leurs échanges le laissaient parfois... sur sa faim.
Mais d'un autre côté, aucun des deux n'avait d'expérience. Et il n'avait que quatorze ans. (Oishi tenta d'occulter le fait que Tezuka n'en avait encore que treize malgré son corps déjà particulièrement bien formé). Il était peut-être un peu trop tôt pour penser à ça, non ?

- Tu es 'sûr' que ça va ?

La voix de Tezuka tira Oishi de ses pensées.

- Euh, oui, bien sûr, qu'est-ce qui te fait croire que ça ne va pas ?
- Ca fait bien deux minutes que tu as une touche.

Oishi réalisa qu'effectivement, quelque chose tirait sur sa ligne et que le flotteur était passé sous l'eau.

- Aaaaah !
- Ne panique pas.

Sous les conseils de Tezuka, Oishi sortit le poisson de l'eau -une petite prise, mais pas négligeable.
Tezuka ne lui laissa pas le temps de préparer à nouveau sa ligne.

- Dis-moi ce qui ne va pas.
- Rien d'important, je t'assure.

C'était étrange, il ne voulait pas parler de ça avec Tezuka.
Pourtant ils avaient toujours parlé assez directement de leur relation jusqu'à présent.

- Ne laisse pas quelque chose que t'a dit Sanako te monter à la tête. Ca lui ferait trop plaisir.

Oishi émit un petit rire.
Comment avait-il deviné ?
Enfin, peu importait.
Après avoir à nouveau lancé sa ligne, il laissa sa tête reposer sur l'épaule de Tezuka et tâcha de ne plus penser à rien.
Il était juste bien là où il était.

_____________________________

Le reste de la journée s'écoula tranquillement.
Les deux collégiens pêchèrent une bonne partie de la matinée, s'adonnèrent par moments au badminton (où Oishi était très fier de battre Tezuka au moins une fois sur trois) et passèrent la moitié de l'après-midi à se baigner dans la rivière.
Vu leur dernière expérience de baignade, les deux garçons évitaient d'être trop... démonstratifs, ce qui était particulièrement dur vu qu'apparemment, l'eau et le fait d'être en maillots de bain leur donnaient perpétuellement envie d'être dans les bras l'un de l'autre.
Les deux collégiens étaient encore dans l'eau (Oishi voulant à tout prix battre au moins Tezuka une fois à un concours d'apnée avant la fin de la journée) quand les autres membres du groupe commencèrent à revenir.
Les deux garçons se sèchèrent et s'habillèrent, aidant Kyôichi à faire le feu et à préparer le repas du soir.
Oishi ressentait quelque chose d'étrange ce soir-là... un espèce de pressentiment, quelque chose qui lui faisiat tourner la tête vers Tezuka fréquemment.
Ce n'est que vers la fin du repas qu'il mit le doigt sur ce que c'était.
Tezuka était de très très bonne humeur.
Il avait participé à la conversation au repas, ayant même lancé une discussion, et avait carrément souri à une blague que quelqu'un d'autre que LUI avait prononcé.
*et quelque part Oishi était un peu jaloux vu qu'il n'avait encore jamais vu Tezuka sourire à quelqu'un d'autre qu'à lui... bon, bien sûr, ce n'était pas un grand sourire... et il n'y avait peut-être qu'Oishi à appeler ça un sourire, mais bon...*
Quand Tezuka lui glissa à l'oreille qu'il préférait se coucher tôt, Oishi fut surpris mais suivit son meilleur ami, préférant en fait être éveillé à ne rien faire à côté d'un Tezuka endormi que continuer de discuter avec le groupe.
(Bien sûr, il ne put s'empêcher de rougir quand Sanako lui fit un clin d'oeil alors qu'il se retirait avec Tezuka.)

- Tu es fatigué ?
- Non.

Oishi cligna des yeux alors que Tezuka retirait ses lunettes, alors qu'ils venaient de pénétrer dans leur tente.

- Ben alors pourquoi tu veux te coucher tôt ?
- Pour le lever du soleil. Je veux être en haut demain matin. Le soleil se lève à 5h34 demain. En comptant deux heures pour monter... je vais mettre un réveil à 3 heures.
- QUOI ?
- Tu n'es pas obligé de m'accompagner, tu pourras te rendormir après.

Oishi émit un petit rire et prit Tezuka dans ses bras.

- Tu crois que je vais te laisser partir comme ça ?

Tezuka répondit par un sourire et un court baiser sur les lèvres d'Oishi.

- Stop. Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de 'mon' Tezuka ??

Tezuka cligna des yeux deux trois fois.

- Qu'est-ce qui se passe ?
- Tu viens de sourire. Je t'ai vu sourire au moins... au moins deux fois ce soir !! Tu es malade ? Quelqu'un t'as fait quelque chose ??
- Mais non.

Tezuka avait un air amusé qui ne lui ressemblait pas, mais pas du tout.

- C'est perturbant.
- Je croyais que tu aimais bien quand je souriais...
- Ca me perturbe quand même.

Tezuka glissa un nouveau baiser sur les lèvres d'Oishi.

- C'est juste pour ce soir... Tu es auprès de moi, et demain matin je vais voir un lever de soleil qui s'annonce impressionnant.

Tezuka émit un petit rire et se blottit contre Oishi.

- Lààà, là il y a quelque chose qui ne va pas, mais vraiment pas. Il devait y avoir quelque chose dans la nourriture, c'est pas possible autrement.

Tezuka poussa un grand soupir théâtral.

- Allons-nous coucher.

Et sur cette grande décision, Tezuka s'effondra sur le lit, emmenant Oishi avec lui.

- Tezuka, je suis sérieux, y aurait-il un aliment que tu ne supportes pas ?

Tezuka émit un nouveau rire et se peletonna contre son oreiller.

- Les extraits de coca me rendent euphorique. Mais je ne suis paaaaaas euphorique...

Oishi poussa un léger soupir.

- Parce que d'habitude, je commence juste à être un peu plus joyeux et puis tout à coup *Tezuka se mit à rire sans raison au milieu de sa phrase* je me mets à rire sans raison au milieu de mes phrases. Ce qui est trèèèèèèès embarrassant.

Le plus âgé des deux collégiens réfléchit un instant.
Les gâteaux que Sanako leur avait proposés avaient du contenir l'extrait de coca qui avait rendu Tezuka... ainsi.

- Il y a une façon pour que ça s'arrête ?
- Je ne crois pas. D'habitude je m'enferme dans ma chambre parce que Tampopo-neeeeeee-chan se moque de moi et je m'endors et le lendemain matin, pouf, parti !

Tezuka partit dans un nouvel éclat de rire alors qu'il ôtait son t-shirt.

- Heureusement que je n'ai jaaaaamais été dans cet état devant toi, Oishi.

Oishi se demanda si Tezuka se souviendrait de son état le lendemain.
Quelque part, il priait que non, vu que lui-même aurait eu honte de se comporter comme ça. Alors Tezuka...

- Tu ne te déshabilles pas pour dormir, Oishiiiiiiii ?

Oishi contempla le visage de Tezuka une seconde.
Son meilleur ami affichait une petite moue, les sourcils redressés à l'inverse de leur habitude, la bouche se faisant toute petite, les yeux découverts de lunettes à moitié cachés derrière ses cheveux.
Oishi cligna des yeux.
Jamais au grand jamais il n'aurait pensé voir Tezuka... chouiner.

Enfin, cette pensée le quitta très vite alors que les mains de Tezuka lui ôtaient son t-shirt, ou tout du moins tentaient.
Oishi se laissa faire, vu que de toute manière, il l'aurait bien ôté un jour.
Il en profita pour retirer son pantalon et se mettre plus à l'aise dans leur "lit", Tezuka finissant de se déshabiller à côté de lui.
Le garçon avait les joues rouges, le sourire aux lèvres et semblait prêt à faire la pire des bêtises.
Et Oishi devait admettre qu'il avait un peu peur de ce Tezuka.

- Oishiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...

Oishi tressaillit, mais Tezuka ne fit que se rapprocher de lui, le serrant dans ses bras.
Au final, contrairement à ce à quoi s'attendait Oishi, ce ne fut qu'un murmure qui quitta les lèvres de Tezuka.

- Je t'aime.

Oishi ne put s'empêcher de sourire en retour et glissa un baiser sur le front de Tezuka.

- Moi aussi.

Tezuka se mit à rire une nouvelle fois.

- Tu m'accompagneras, demain, alooooooors ?

Oishi faillit répondre "bien sûr" puis se ravisa.
Après tout, ce Tezuka était amusant... alors autant en profiter.

- Hmmm, je ne sais pas, ça ne vaut pas une grasse matinée.

Tezuka fit une moue boudeuse alors que ses mains se plaçaient chacune d'un côté de la tête d'Oishi, le collégien chevauchant et surplombant son meilleur ami.

- ...... vieeeeeeeeeeeeeeeeeeens...

Oishi fit mine de réfléchir intensément.

- ... s'il te plaaaaaaîîîîîîîît...
- Hmmm... je ne sais vraiment pas.

Les mains de Tezuka attrapèrent les poignets d'Oishi et les placèrent au-dessus de la tête d'Oishi.

- Tu VAS venir.

L'instant d'après, les lèvres de Tezuka étaient sur les siennes, avides, insistantes.
Oishi accueillit le baiser avec un peu d'hésitation puis se laissa entraîner par ce contact plus que passionné, virant carrément au sauvage alors que Tezuka ravageait sa bouche.
Quand les lèvres se séparèrent et que Tezuka se redressa, Oishi laissa échapper un faible "c'est bon je viens" et Tezuka libéra ses poignets.
Puis il s'étendit de tout son long sur Oishi, glissant un pied le long de la jambe d'Oishi.

- Oishi, j'ai chaaauuuud...

Oishi, qui s'était bien sûr mis à rougir, hésita avant de répondre.

- Tu aurais peut-être un peu moins chaud si tu étais moins collé à moi...

Il sentit les mains de Tezuka glisser sur sa peau et se trouver des endroits confortables où rester alors que la tête du jeune homme se reposait sur sa poitrine et que ses yeux se fermaient.

- Tu es bête, Oishi.

Oishi émit un petit rire et sa main vint se glisser dans les cheveux de Tezuka.
C'est là qu'il se rendit compte que son compagnon était profondément endormi.

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Oishi aurait balancé le réveil par la fenêtre s'il y avait eu une fenêtre à leur tente.
Il sentit quelque chose bouger sur lui, et se rappela qu'il n'avait pas oser déranger Tezuka la veille au soir, quand le garçon s'était endormi sur lui.
Son petit ami se leva rapidement, remontant le sac de couchage sur Oishi pour ne pas le laisser prendre froid avant de déposer un baiser sur son front.

- Tu peux te rendormir.
- ... Non, non, je viens...

Oishi repoussa le sac de couchage et se redressa, sentant son sang battre plus fort sous ses tempes.
Il poussa un énorme baillement et s'étira, clignant des yeux à plusieurs reprises dans le noir.

- Laisse-moi juste deux minutes pour émerger.
- Tu les as.

Tezuka se retourna vers son sac, sortant ses affaires de la journée.
Il reprit la parole en tournant toujours le dos à Oishi.

- Désolé pour hier soir.

Oishi se souvint alors des événements de la veille et émit un petit rire.

- Ce n'est rien.

Tezuka poussa un long soupir et Oishi sortit du lit pour venir l'enlacer par derrière.

- Rassure-toi, je garderai ça pour moi.
- J'aurais préféré que 'toi', tu ne me vois pas comme ça.
- Bah, c'était amusant.
- Parle pour toi.

Oishi glissa un baiser sur la joue de Tezuka.

- Tu n'en mourras pas.
- Heureusement.

Tezuka se retourna et vola un baiser un peu plus long à Oishi, cette fois sur les lèvres.

- On n'en parle plus ?
- ... merci.
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Le chemin a parcourir n'était pas bien long et balisé, mais marcher en montagne -et en forêt- de nuit ne rassurait pas particulièrement Oishi.
Tezuka et lui avaient tous deux une lampe de poche et Oishi n'avait pas arrêté de parler depuis leur départ du camp, préférant entendre sa voix que les bruits de la nature sauvage autour de lui.
Et au final, entre deux questionnements existentiels (ce qu'ils mangeraient au petit-déjeuner en étant un et s'il avait bien pensé à rappeler à sa soeur de nourrir ses poissons étant l'autre), les deux garçons arrivèrent à la crête, se trouvant un endroit dégagé pour admirer le lever du soleil.

- Il est 5h20. On a un quart d'heure d'avance.

Ls deux collégiens s'assirent côte à côte, Oishi laissant sa tête reposer sur l'épaule de Tezuka.

- Réveille-moi si je m'endors.
- Promis.

La main de Tezuka vint trouver une de celles d'Oishi et la caressa doucement, partageant un silence reposant après une montée assez rapide.
Tezuka se remémora la dernière fois qu'ils avaient vu un lever de soleil ensemble.
La situation était un peu la même, ils étaient partis avec le même groupe, et Oishi se reposait aussi contre lui...
... sauf qu'ils étaient sortis en pyjama et n'avaient fait que quinze mètres la fois précédente.
A cette époque, il ne pensait pas, ne savait pas encore que les sentiments qu'il portait à l'égard d'Oishi étaient plus que de l'amitié.
Aujourd'hui, ce n'était pas son meilleur ami qu'il avait traîné jusqu'ici, mais son petit ami.
Il aimait Oishi.
Plus que tout.
Et plus le temps passait plus il l'aimait.
Au début, il s'était juste rendu compte qu'il aimait être avec le collégien. Qu'il aimait être avec lui, contre lui.
Puis il avait réalisé qu'il avait ce désir toujours renouvellé de le rendre heureux. Rien ne valait un sourire d'Oishi. Tezuka se savait peu amusant, et tant qu'il pouvait garder le jeune homme heureux d'être près de lui, il en était satisfait.
Et au final, il devait avouer que rien ne lui faisait plus plaisir que quand Oishi lui disait qu'il l'aimait, lui prouvait qu'il l'aimait. Dans ces moments, Tezuka sentait son coeur imploser, repartir à un rythme effréné, et oublier le reste du monde.
Tezuka contempla un instant le visage d'Oishi.
Le garçon avait refermé les yeux, mais ne devait pas vraiment être endormi.

- ... Oishi, il va être l'heure.

Le collégien rouvrit les yeux et sourit à Tezuka.
Un de ses bonheurs.
Oishi serra légèrement la main de Tezuka dans la sienne, émit un petit baillement, puis se redressa un peu.
Le ciel était déjà bien plus clair que quelques minutes auparavant et le soleil pointa finalement le bout de son nez plus à gauche que Tezuka ne l'aurait cru.
Le monde revivait petit à petit, bercé dans cette lumière déjà assez intense, et Oishi fit un grand sourire en sentant ses joues chauffer sous les rayons de l'astre solaire.

- ... tu avais raison, plus on est haut, et plus c'est beau.

Oishi avait tourné son visage vers Tezuka, la lumière du soleil devenue trop puissante pour ne pas l'éblouir.
Les deux garçons s'embrassèrent doucement, leurs ombres s'étendant encore loin derrière eux, indistingables l'une de l'autre.

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- C'est quoi ?
- Un mouflon, je dirais.
- Qu'est-ce qu'il fait là ?
- C'est son environnement naturel, Oishi.
- ... Oh.

Oishi se cacha derrière un rocher et contempla l'animal une seconde avant de se rendre compte que deux de ses congénères le suivaient.

- C'est choueeeeeette.

Un des mouflons releva la tête vers eux.

- A quoi ça sert que tu te caches derrière un rocher si c'est pour parler aussi fort ?
- C'est pour être protégé s'ils attaquent.
- Je ne crois pas que les mouflons soient des animaux belliqueux...
- On n'est jamais assez sûr, tu ne devrais pas rester exposé comme ça.
- Tu dis juste ça pour que je vienne me coller à toi derrière ce rocher.
- Mince, mon plan est mis à jour.

Le mouflon qui avait bougé à la voix d'Oishi avança un peu vers l'endroit où se trouvaient les deux garçons.

- Tezuka, si j'étais toi, je ne serais pas rassuré.
- Il est herbivore, si je ne fais rien, il ne devrait pas m'attaquer.
- Il n'est peut-être pas aussi logique que toi. Et s'il n'aime pas ta tête ?
- ... merci.

Le mouflon avait continué son avancée et se retrouvait à une dizaine de mètres de Tezuka.

- Ces bêtes-là ne sont pas censées avoir peur en voyant un être humain ?
- Peut-être que contrairement à tes suppositions, il aime bien ma tête.
- Moi je m'inquièterais si un mouflon aimait ma tête.
- Pourtant il a l'air... paisible.

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- Vous vous êtes faits attaquer par des MOUFLONS ?

Tezuka et Oishi étaient en assez piteux état, les deux garçons semblant égratignés de partout.

- Pas vraiment, non.
- Si si si, ce mouflon en voulait à la vie de Tezuka ! Alors j'ai voulu le chasser !
- Et donc il nous a coursé...
- Donc on a couru...
- Et Oishi est tombé, m'entraînant dans sa chûte...
- Et comme il y avait des bouts de bois et des cailloux partout, on s'est un peu fait mal.

Les deux collégiens poussèrent un soupir au même moment pour conclurent leur histoire.
Tetsu alla sortir la trousse de secours qu'il avait ramené vu qu'Oishi n'avait pas eu assez de pansements pour eux deux (et n'avais pas désinfecté leurs plaies non plus, en fait).

- Je suis désolé, Tezuka.
- Pourquoi ? Tu avais raison, j'aurais dû me mettre derrière ce rocher avec toi.
- Non, non, c'est moi qui ait eu tort.
- Oishi, arrête de t'excuser, tu n'es pas responsable de tout ça.

Oishi fit un petit sourire en guise de dernière excuse puis se laissa soigner par Tetsu.
D'autres membres du groupe étaient d'ores-et-déjà en train de démonter leurs tentes, vu qu'ils repliaient bagage ce soir-là.
Une fois soignés, Tezuka et Oishi imitèrent donc leurs amis et tout le petit groupe repartit.
Les deux garçons s'endormirent dans le train, exténués par leur dernière nuit un peu trop courte et la chasse aux mouflons (ou plutôt l'inverse).
Une fois à la gare, ils marchèrent un petit bout de chemin encore tous les deux, et au moment de se séparer, Oishi retint la main de Tezuka dans la sienne.

- J'ai adoré.
- J'ai adoré t'avoir avec moi.

Oishi rougit légèrement.

- Dire que c'est la rentrée après-demain...
- Au moins on a passé de bonnes vacances.
- Oui...

Oishi s'était un peu rapproché de Tezuka, baissant le regard.

- Et on se verra au moins autant en cours, Oishi.
- Je sais, mais ce n'est pas pareil.

Oishi serra légèrement la main de Tezuka dans la sienne et le collégien se baissa légèrement pour déposer un baiser sur les lèvres de son compagnon.

- Hmm. Mais c'est mieux que rien. Et tu peux toujours venir à la maison de temps à autres. Je crois que ma mère est tellement heureuse de voir que j'ai un ami qu'elle t'adopterait si elle pouvait.

Oishi émit un petit rire.

- Ma maman t'adore aussi.

Tezuka déposa un deuxième baiser dans les cheveux d'Oishi cette fois-ci.

- On se verra dès qu'on le souhaitera, Oishi.
- Oui... à après-demain, alors.