Partie 7 : Peu importe ce qu'on dit avec des mots ou des cris quand c'est le coeur qui parle aussi


Il s'était dit que c'était ridicule de tout arrêter sur leur première dispute.
Il s'était dit que tout pourrait sûrement être réglé facilement.
Il s'était dit tout ça quand il avait quitté la chambre de Tezuka, furieux, les larmes aux yeux, marchant sans but sous la neige sans vraiment s'en rendre compte.
Et quand finalement il s'était écroulé sur son lit, pleurant toutes les larmes de son corps, il avait attendu.
Il avait juste attendu.
Peut-être que Tezuka appelerait.
Peut-être même qu'il viendrait jusqu'à chez lui.
Peut-être était-il déjà là, à regarder par sa fenêtre.
Il monterait les escaliers rapidement, le retrouverait dans sa chambre.
Il aurait séché ses larmes, il se serait excusé, et ils auraient fait l'amour, passionnément. Ils se seraient juré de s'aimer pour toujours.
Mais Tezuka n'était pas venu.
Il n'avait pas appelé.
Ni le samedi soir, ni le dimanche.

Les cours reprendraient le lendemain et... il serait bien obligé d'y aller et de revoir Tezuka.
De le voir, seulement.

Oishi n'arrivait pas bien à discerner ses sentiments, mais il était sûr d'une chose, son petit ami allait avoir besoin d'une trèèèès bonne argumentation s'il voulait qu'il lui adresse à nouveau la parole.
Parce qu'il n'était pas près de lui pardonner ses propos.

Oishi soupira.
Peut-être que Tezuka n'en avait rien à faire ?
Après tout, il l'avait laissé partir et n'avait pas montré signe de vie depuis.
Peut-être... peut-être que Tezuka voulait juste ne plus avoir à s'occuper de lui.
Oui, peut-être.
Ce dont Oishi était sûr, par contre, c'est que si Tezuka avait agi ainsi, c'était qu'il ne l'aimait pas. Ou plus. Ou pas assez.

Oishi retint une nouvelle larme, essayant désespérément de ne plus penser à son meilleur ami, priant pour vite s'endormir et de se réveiller avec une maladie quelconque qui l'empêcherait d'aller en cours.
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C'était bizarre de s'obliger à changer de chemin dès le matin, à partir en avance pour être sûr de ne pas retrouver Tezuka sur le chemin pour aller en cours.
C'était étrange d'angoisser à l'idée de voir la personne qu'il aimait le plus au monde...

Au final, Tezuka fut absent toute la journée, en cours comme au club de tennis, et les sentiments d'Oishi étaient plus que mitigés quant à cette absence.
D'un côté, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter : était-il malade ? Ou était-ce à cause de leur dispute ?
Mais d'un autre côté, il ne pouvait s'empêcher d'être soulagé, heureux de ne pas avoir à être confronté avec son meilleur ami.

- Oishi !!

Inhabitué au fait d'être appelé au milieu de l'entraînement par son coach, Oishi se rua jusqu'au banc où était assise Ryuzaki-sensei.

- Tu sais où est Tezuka ?

Oishi se mit à rougir.
Mais pourquoi lui demandait-on à lui ???
...
... bon, d'accord, on les voyait rarement l'un sans l'autre, mais bon...

- Non, il était absent en cours aujourd'hui.
- Il est malade ?
- Je ne sais pas.

Ryuzaki-sensei sembla surprise de sa réponse.
Quoi ?? Pourquoi devrait-il être au courant des moindres faits et gestes de Tezuka ?
Oishi fit en sorte de ne pas paraître énervé et attendit patiemment que Ryuzaki-sensei le renvoie travailler son revers.

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Oishi contempla le téléphone pendant de longues minutes.
Il s'était juré de ne rien faire et d'attendre les excuses de Tezuka...
... mais qui sait, le garçon avait peut-être eu un grave accident depuis qui l'avait empêché de s'excuser (et accessoirement d'aller en cours) ??

Un peu tremblant, Oishi décrocha le combiné... et le reposa.
... puis le décrocha à nouveau.
Il composa le numéro et sentit ses genoux se ramollir au fur et à mesure que les sonneries retentissaient.
Au final, c'est la mère de Tezuka qui répondit.

- Euh, bonjour, est-ce que Kunimitsu est là ?
- C'est toi, Shûichirô-kun ?
- Oui.
- Je vais te le chercher.
- Merci.
- Juste une chose : ménage-le.

Oishi déglutit difficilement en entendant des bruits de pas étouffés à travers le combiné puis sentit sa dernière heure arriver quand le téléphone fut repris en main.

- ... Oishi ?

La voix de Tezuka était égale à elle-même.

- Tu es malade ?
- Un peu.
- Tu viendras en cours demain ?
- ... je ne sais pas encore.
- ...
- ...

Oishi n'aimait pas ce silence.
Que devait-il dire ? Que devait-il faire ?
Pourquoi Tezuka se conduisait comme ça ?

- Tu voudras que je t'amène les cours que tu as loupés ?
- Je...

Oishi entendit un soupir de l'autre côté du fil.

- Je suis désolé de te causer tout ce souci. Et... le téléphone me met mal à l'aise. Ca te dérange que je raccroche ? On... on discutera quand je reviendrai en cours, si ça ne te dérange pas.
- Euh... comme tu veux.

Un nouveau silence prit place, Oishi se sentant rougir alors que son coeur se serrait dans sa poitrine.

- Tezuka ?
- Oui ?

Non.
Non, il ne dirait pas qu'il l'aimait.
Tezuka était vivant, allait assez bien pour décrocher le téléphone, et il n'avait rien fait pour s'excuser.
Il ne méritait pas qu'il s'inquiète pour lui.
Il ne méritait pas de mots de réconfort alors qu'il faisait tout pour abréger leur conversation.

- Sois là pour le TP de chimie mercredi.
- Hmm. Bonne soirée.
- Bonne soirée !

Oishi raccrocha le téléphone le plus fort possible, espérant quelque part faire au moins mal aux oreilles de Tezuka, s'il ne pouvait pas lui rendre la souffrance qu'il éprouvait.
Oui, il avait mal.
Très mal.
Et l'autre imbécile n'en avait strictement rien à faire ! En plus du fait que c'était à cause de lui qu'il avait mal !
Il ne se laisserait plus avoir si facilement, et il n'allait certainement pas oublier la conduite de Tezuka de si tôt !
Oishi faillit faire une crise cardiaque quand le téléphone se mit à sonner alors qu'il avait encore la main sur le combiné.

- Allô ?
- Oishi ? C'est Eiji !

De nouveau, ces sentiments contradictoires. Il était heureux de ne pas avoir à affronter à nouveau Tezuka au téléphone, mais déçu que ce dernier ne prenne pas la peine de le rappeler pour lui dire qu'il s'excusait de tout ce qu'il lui avait fait.

- Ca va ?
- C'est à toi qu'il faut demander ça ! Tu es parti au milieu de l'entraînement et tu n'avais pas l'air d'aller bien...
- Ah... euh... Tezuka m'a plaqué.

Oishi se demanda un instant pourquoi il le disait à Eiji, puis réalisa qu'il avait envie d'en parler à quelqu'un, envie de savoir s'il avait raison de penser ce qu'il pensait.

- QUOI ?? Ecoute, ne bouge pas, j'arrive !
- Eiji ?
- J'arrive, je te dis !!!!!

Le combiné fut raccroché, et Oishi constata que raccrocher au nez des gens pouvait être désagréable, mais ne faisait certainement pas mal aux oreilles comme il l'avait espéré.

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Ce n'est que quand Eiji lui demanda comment ça s'était passé qu'Oishi réalisa.
Il aurait pu raconter ça à n'importe qui, sauf à Eiji.
Comment lui dire que Tezuka avait clamé qu'il irait mieux avec son partenaire de doubles ???
... en fait, Eiji avait eu une mauvaise idée en décidant de venir le réconforter.

- Je... je n'ai pas vraiment envie d'en parler...

Eiji fit de grands yeux malheureux et entoura l'épaule de son ami d'un bras.

- Je comprends. Je suis tellement désolé pour toi, Oishi. Tu devais vraiment l'aimer...

Oishi poussa un soupir et attira Eiji dans ses bras, profitant de l'étreinte réconfortante de son partenaire de doubles.

- Ca va aller... Ce n'était peut-être pas lui qu'il te fallait.

/Tiens, Tezuka et Eiji étaient d'accord sur un point./

- ... et puis je n'aime pas te voir malheureux. Alors il va falloir oublier. Et te dire que tu es mieux sans lui, s'il te fait souffrir ainsi !
- ... hmm...
- Tu veux que j'aille l'insulter à ta place ?

Oishi émit un petit rire.

- Non... ne te fâche pas avec lui pour ça.
- Quoi ? Alors qu'il fait pleurer mon partenaire de doubles préféré ? Bien sûr que je vais me fâcher avec lui ! Tu mérites tellement mieux que... que... que ce truc inexpressif dont le but ultime dans la vie est de faire courir des gens autour d'un terrain !
- Eiji...
- Quoi ?
- Tu sais aussi bien que moi que Tezuka n'est pas comme ça.

Eiji poussa un soupir et passa une main dans les cheveux d'Oishi.

- Non, peut-être pas si tu le dis.

Un petit silence prit place dans la pièce.

- Je ne peux rien faire, alors ?
- ... reste-là.
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Tezuka était encore absent.
Sauf que cette fois-ci, il pouvait dire à tous les professeurs qui lui demandaient que le jeune homme était malade.

La journée passa lentement, très lentement.
Toutes les cinq minutes, le regard d'Oishi se posait sur la chaise vide de Tezuka et le garçon ne pouvait empêcher de petites poussées d'anxiété pour la prochaine fois où il le verrait.
... et d'être désespéré de voir que tous les scenarii qu'il imaginait pour leur prochaine rencontre finissaient tous par de grandes déclarations et un énorme câlin de réconciliation.
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Cette photo lui faisait mal à chaque fois qu'il voyait le mur de sa chambre.
Autant dire souvent.

Mais il n'osait pas y toucher.
Il n'osait pas enlever le sourire d'Oishi de son mur, et il n'arrivait pas à empêcher ses yeux d'y retourner plus fréquemment qu'il ne l'aurait voulu.

Silencieusement, il se leva et se dirigea vers son bureau, préparant ses affaires de classe pour le lendemain.

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Il ne s'attendait pas vraiment à ce qu'Oishi soit présent à leur rendez-vous matinal au carrefour habituel.
Mais il avait fait l'effort de venir à la même heure que d'habitude pour... parler avec le jeune homme.
Non, en fait, non. Il ne voulait plus parler avec lui.
Parce qu'il ne savait pas quoi lui dire, ne savait plus quoi lui dire.
Il était intimement convaincu d'avoir eu raison de dire ce qu'il avait dit et autant il se rendait compte qu'il était juste malheureux sans son meilleur ami à ses côtés, autant il savait pertinemment que leur relation n'aurait pas pu continuer bien longtemps ainsi.
Oui, il avait eu raison.
Oishi...
Oishi aimait Eiji.
Il ne l'avait pas contredit quand il l'avait clamé.
Il... Il aimait Eiji.
Oui, Oishi n'était pas aussi heureux quand il était avec lui, il n'agissait pas de la même façon, il...
Tezuka s'arrêta sur son chemin, se demandant un instant s'il ne ferait pas mieux de faire demi-tour.
Il ne voulait pas vraiment voir Oishi.
Il savait qu'il en souffrirait.

Quelque part... il avait sûrement "forcé" Oishi à tomber amoureux de lui.
Peut-être qu'Oishi avait bêtement cru que c'était de l'amour qu'il ressentait pour Tezuka, mais maintenant... maintenant il était libre, maintenant il pourrait suivre les élans de son coeur.

Tezuka reprit sa marche, tentant d'arrêter de penser à son ex-ami, en vain.

Il ne le vit qu'en arrivant en cours.
Oishi était déjà assis à sa place et parlait avec un de leurs camarades de classe.
...
Il avait les cheveux plus courts, presque rasés.
C'était étrange, mais ça lui donnait un air un brin plus adulte.

Qu'est-ce qu'il devait faire ?
Comment devait-il agir ?

- Bonjour.

Le regard d'Oishi le scruta un instant, et Tezuka s'entendit déglutir avec difficulté.
Il se sentait mal, voulait être n'importe où sauf face à celui qu'il aimait.
Oishi prit un long moment avant de répondre.

- ... bonjour.

Et son regard se détourna vers quelqu'un d'autre.
Tezuka sauta sur l'occasion et fila s'asseoir à sa place, heureux de ne pas avoir Oishi dans son champ de vision depuis sa table.
Pourquoi se sentait-il aussi mal ?

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- Oishi ?

Quelque part, il savait qu'il n'aurait pas dû venir si tôt réveiller cette blessure.
Mais il savait qu'ils devaient absolument parler.
Il ne savait pas de quoi, il ne savait pas s'il pourrait expliquer quoi que ce soit, mais il ne voulait pas passer une autre journée comme celle-ci.
Non, surtout pas.

Oishi le regarda une seconde avant de s'écarter d'un pas... puis de s'arrêter.
Il releva les yeux vers lui.
Ces grands iris verts qui n'avaient jamais cessé de le fasciner le fixaient, affichant haîne, douleur, ressentiment.

- ... qu'est-ce que tu veux ?

La voix d'Oishi était faible, presqu'un murmure dans les vestiaires du club, entièrement vides.

- Tu t'es coupé les cheveux ?

Tezuka résista à l'envie qu'il avait de passer une main dans les cheveux d'Oishi, de constater que les courtes mèches qui partaient jadis dans tous les sens étaient encore plus courtes qu'avant.

- ... ça se fait, de couper ses cheveux après une déception amoureuse.

Tezuka sentit son coeur se serrer dans sa poitrine.

- ... Oishi.

Un silence s'abattit sur la pièce.
C'était Tezuka qui avait voulu parler, mais il avait tellement l'habitude de se laisser guider par les paroles d'Oishi. C'était tellement plus simple, avant, de parler avec lui.
Et désormais, comme avec tout le monde, il avait l'impression de... de ne plus avoir rien à dire.

- Oishi, je ne reviendrai pas sur notre conversation de l'autre jour, mais...

Tezuka chercha ses mots une seconde.
Pouvait-il demander ça ?
Ne serait-ce pas horriblement égoïste ?

- ... mais est-ce que... est-ce que nous pouvons rester amis ?

Il n'avait rien d'autre à demander.
Il savait que le jeune homme n'était pas pour lui... mais il ne voulait pas le perdre. Il ne voulait pas être détesté par lui.

Oishi serrait les poings et regardait ses chaussures.
Tezuka se demanda un moment s'il ne se mordait pas les lèvres aussi.

- Oishi, tu as été, et tu es toujours mon seul véritable ami. Je ne veux pas perdre cette amitié à cause de ma stupidité. Je te demande juste d'y réfléchir.
- ... c'est d'accord.

Tezuka fut surpris de la réponse si rapide d'Oishi.

- C'est d'accord.

Oishi releva ses yeux en confirmant sa décision.

- ... hmm.

Un nouveau silence prit place.
Gênant, embarrassant.
Pas le genre de silence auquel ils étaient habitués quand ils étaient seuls tous les deux.

- ... si tu penses que c'est ce qu'il y a de mieux...
- ... hmm.

Un troisième année rentra dans le vestiaire et Tezuka profita de l'occasion pour s'en aller.
Il n'avait jamais été aussi... mal à l'aise en présence d'Oishi.
Il avait senti son coeur battre horriblement fort dans sa poitrine et maintenant il tentait d'effacer ces sentiments qui ne le faisaient plus que souffrir.

Il resta longtemps après tout le monde ce soir-là à l'entraînement.
Le capitaine avait accepté de l'aider à s'entraîner, et il avait juste tapé fort dans la balle pendant de longs moments.
Quand le troisième année dut partir, Tezuka continua de faire quelques exercices puis se décida à repartir.

Le vestiaire était vide.
Heureusement.
Il se sentait particulièrement mal ici, maintenant, sans vraiment savoir pourquoi.
Tezuka se changea rapidement puis s'assit sur l'unique banc meublant la pièce et contempla une tâche sur le sol du vestiaire.
Il ne savait absolument pas quoi faire.
Il était même incapable de savoir s'il avait envie d'être à nouveau avec Oishi.
Il se savait incapable de le partager avec Eiji, incapable de ne pas voir que l'affection que lui portait Oishi se déportait doucement mais sûrement vers son partenaire de doubles.
Mais quelque part, il ne pouvait pas renoncer à Oishi.
Non.
C'était... c'était la première personne qui en avait eu quelque chose à faire qu'il existe, qu'il fasse quelque chose.
Oishi avait été prêt à tellement de choses pour lui, sans rien demander en retour, alors qu'ils n'étaient encore que deux simples camarades de classe.
Ses sourires, ses inquiétudes, ses promesses, tout chez lui avait peu à peu condamné Tezuka à l'aimer. A l'aimer beaucoup plus que de raison.
Il n'avait jamais aimé personne en-dehors de sa famille proche.
N'avait jamais eu d'ami.
Et quand il avait eu l'occasion d'aimer quelqu'un, des raisons de le faire, il l'avait fait... trop. Trop vite, trop bien, trop.
Et maintenant ces sentiments le faisaient souffrir comme jamais, lui faisant prendre conscience que peut-être, il avait eu raison pendant longtemps de ne s'attacher à personne.

La porte s'ouvrit mais il ne bougea pas.
Peut-être qu'en restant totalement immobile l'autre personne ne le remarquerait pas...

- C'est fini ?

Tezuka releva la tête.
Inui lui faisait face, mais il n'avait pas son éternel cahier à la main.

- ...?
- Oishi et toi.

Tezuka aurait dû s'en douter, Inui était toujours au courant de tout.

- Je n'ai pas envie d'en parler.

Tezuka se leva, mais Inui se mit sur son chemin, l'empêchant de sortir de la pièce.

- Non, mais tu en as besoin.

Tezuka fixa silencieusement Inui et esquissa un nouveau mouvement pour s'en aller.

- Ce dont j'ai besoin, c'est d'être seul.
- Non, tu as besoin de te rendre compte que tu as parfaitement raison d'être malheureux. Et que ça ne te fera que du mal de le garder en toi.

Tezuka mordit sa lèvre inférieure.
Inui avait raison, mais il ne voulait pas l'admettre... ne pouvait pas l'admettre.

- Tezuka...

Une des mains d'Inui se posa sur son épaule et Tezuka tressaillit.

- ... je dis ça pour toi.

Tezuka se rassit sur le banc.
Toute force semblait l'avoir quitté.
Est-ce qu'Inui savait ce que ça faisait ? Avait-il la moindre idée de ce qu'il ressentait ??

- ... Pourquoi ?

C'était un murmure qui s'était échappé de sa bouche.
Inui posa un genou sur le banc, à côté de lui, et Tezuka réalisa que la main du jeune homme était toujours sur son épaule, émettant une petite pression rassurante.
Tezuka retira ses lunettes et enfouit son visage dans ses mains, fermant les yeux, souhaitant tout oublier.
Pourquoi...
Pourquoi devait-il ressentir ça ? Et pourquoi Inui le forçait à y penser ?

- Ca va aller.

D'un autre côté, la voix d'Inui était posée et rassurante, et Tezuka savait que le collégien était l'une des rares personnes à voir au-delà de son masque, à savoir dans quel tourment il était.
La main d'Inui quitta son épaule et vint se poser sur sa joue, écartant quelques mèches de cheveux.

- ... ça va aller.

Tezuka se laissa aller à ce contact, les yeux toujours fermés.
Oui, tout irait bien...
Inui n'était pas la première personne à le lui dire.

- Pourquoi tu fais ça ?
- Quoi ?
- Essayer... de me réconforter...

Inui remonta ses lunettes sur son nez.

- Je suppose que j'ai toujours été un peu amoureux de toi quelque part.

Tezuka sentit une larme couler de ses yeux, qui s'arrêta sur la main d'Inui.

- Désolé, je sais à quel point ça peut faire souffrir.

Inui fit un petit sourire alors qu'un de ses doigts jouait avec une mèche de cheveux de Tezuka.

- Ce n'est rien...
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- Oishiiiii !
- Hmm ?

Eiji saisit le bras de son partenaire de doubles et le traîna à l'extérieur des vestiaires du club de tennis.

- Tu as parlé avec Tezuka ?
- ... comment tu le sais ?
- Inui.

Oishi poussa un long soupir et nota de ne plus parler avec Tezuka à l'intérieur du collège.
Tout le monde finissait par être au courant.

- Alors ??
- Alors rien. Il m'a demandé si on pouvait rester amis et j'ai dit oui.
- Ouch, un coup dur.

Oishi se tourna vers Eiji et lui fit un petit sourire.

- Non, je préfère qu'on soit amis.
- Ah ?
- C'est dur de l'éviter. Et sans lui je n'aurais jamais d'aussi bonnes notes en maths.
- Tu vas réussir ?
- Comment ça ?
- A être de nouveau son ami ?
- Hein ?
- Tu veux me faire croire que votre relation peut tout simplement revenir à ce qu'elle était avant ?

Oishi fixa Eiji une seconde avant de réaliser qu'il avait raison.
Il aurait du mal à agir normalement avec Tezuka.
A être juste avec lui sans se sentir gêné.

- Je vais essayer.
- Votre amitié en vaut le coup ?
- Oui. Oui, sans aucun doute.

Eiji fit un grand sourire et passa une main dans les cheveux presque rasés d'Oishi.

- C'est ce que j'aime chez toi, comme tu es totalement incapable de laisser tomber un ami.

Oishi rougit un peu et sourit à Eiji.

- ... Ne t'inquiète pas, tu vas vite oublier... et peut-être te trouver quelqu'un d'autre...

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Revoir Oishi n'était... n'était plus vraiment une souffrance.

Très vite, Tezuka réussit à maîtriser ses émotions quand il revoyait son ex-petit ami.
Non pas que quelqu'un aurait été capable de voir qu'il ressentait quelque chose de plus qu'à l'accoutumée, mais bien vite, son coeur s'arrêta de lui faire mal à chaque fois qu'il le voyait.

- Tezuka, tu pourras rester à la bibliothèque avec moi demain soir ?
- Les maths ?
- .. comment tu as deviné ?

Oishi fit un petit sourire coupable en passant une main dans ses cheveux.

- Aucun problème, je n'ai rien de mieux à faire.

Les deux garçons furent rattrapés par Inui dans le couloir.

- Je ne vous dérange pas ?
- Bien sûr que non.

Tezuka ne savait pas vraiment comment se comporter avec Inui depuis le jour où celui-ci l'avait consolé dans les vestiaires du club.
Il aurait aimé parler avec lui, mais Tezuka n'avait jamais su comment initier une conversation.
Il n'avait jamais fait l'effort, et il ne savait pas vraiment ce qu'il avait à dire.
Et il s'en voulait pour ça.
Pour ne plus savoir ce qu'il pensait, pour ne plus savoir ce qu'il devait faire, pour ne plus être capable de rien.

- Et bien, Tezuka, trop perdu dans tes pensées pour répondre quand on te parle ?

Tezuka s'arrêta de marcher et fixa Inui.
Effectivement, il n'avait rien écouté de ce qui avait été dit.
Quelque chose qui ne serait jamais arrivé 'avant'.

- Excuse-moi.
- Ca te dit un match ce soir ?
- Encore ?

Oishi émit un petit rire.

- Il n'a peut-être pas compris le 6-0 de la dernière fois...
- C'est en jouant que je m'améliorerai. Si je ne bats pas Tezuka aujourd'hui... ce sera une autre fois.
- Je jouerai.
- Merci. ... tu voudras arbitrer, Oishi ?
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- Je peux te poser quelques questions ?

Tezuka reposa sa serviette et se tourna vers Inui.

- Bien sûr.
- Tu suis un entraînement particulier ?
- Oui.
- C'est indiscret de demander quoi ?
- Renforcement musculaire. Et je m'entraîne à la technique sur un court privé.
- Un peu plus depuis quelques temps, non ?

Tezuka réfléchit.
C'était vrai que depuis qu'il n'était plus avec Oishi, il avait privilégié le tennis dans ses moments de libre.

- Oui.
- Et sinon... tu t'en remets bien ?

Tezuka savait parfaitement de quoi parlait Inui, mais préféra faire l'ignorant.

- De quoi ?
- D'Oishi.

Quelque part il haïssait la capacité d'Inui à être si direct.

- Ca... va.
- Tu sais, si tu veux en parler, je suis là. Je ne suis pas le meilleur des psychologues, mais... je peux toujours aider.

Et Tezuka réalisa.
C'était peut-être l'opportunité qu'il attendait.
Il avait voulu parler avec Inui.
Et le jeune homme faisait tout pour l'inciter à parler.
Alors pourquoi avait-il du mal à dire "oui" ?
A ouvrir la bouche ?

Tezuka fixa un des casiers sur le mur d'en face, son regard perdu dans le vide alors qu'il ne savait pas quoi dire, ne savait pas comment répondre.
Inui poussa un léger soupir et se leva, faisant mine de quitter la pièce.
Mais Tezuka attrapa la manche de son jersey et le retint à l'intérieur, l'obligeant à se rasseoir.

- Je ne suis pas doué pour parler. Mais c'est gentil. Merci.

Pourquoi n'arrivait-il pas à parler ?
Pourquoi était-il incapable de parler librement de choses comme ça avec quelqu'un d'autre qu'Oishi ?
Pourquoi... pourquoi ne pouvait-il pas devenir simplement l'ami d'Inui ?

Inui répondit par un sourire.

- De rien. Je t'invite à un café après les cours ? Qui sait, j'arriverai peut-être à délier ta langue.
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C'était un de ces silences où il se sentait paticulièrement à l'aise.
Un de ceux qui n'étaient pas forcément instaurés par son manque de conversation, un de ceux qui lui permettaient de juste réfléchir au moment présent.
... qui consistait à ce moment précis d'un milk-shake et d'Inui dans un salon de thé assez calme et particulièrement reposant.

- Tu arrives à penser à autre chose ?

Les questions d'Inui étaient espacées en général, et toujours assez ouvertes pour qu'il puisse choisir d'y répondre comme il le souhaitait.

- Hmm.

Par contre, il avait toujours du mal à placer plus que des mots monosyllabiques dans la conversation, et espérait sincèrement qu'Inui ne le prenait pas trop mal.

- J'espère que tu iras vite mieux.

Tezuka ne répondit pas, ayant toujours refuser d'avouer à Inui combien il avait souffert dernièrement.

- Votre relation était peut-être un peu trop exclusive, tu ne crois pas ?
- ... comment ça ?

Inui fit un petit sourire en remontant ses lunettes sur son nez.

- Je suis certain que tu considères Oishi comme ton seul ami.
- C'est le cas.
- ... je n'ai pas le droit au titre d'ami ?

Tezuka réfléchit une seconde.
Il appréciait Inui.
Et se retrouvait souvent à discuter avec lui durant les activités du club... mais était-ce un ami ?

- Je ne sais pas.
- Et Fuji ? Lui comme moi, ça fait deux ans qu'on te connaît, qu'on te voit tous les jours, qu'on discute régulièrement avec toi, non ?
- ... hmm.
- Enfin, ce n'est pas ça l'important. C'était pour te signaler qu'à mon avis tu ne pourras qu'être malheureux en te disant que la relation que tu as avec Oishi est la seule que tu puisses avoir. Beaucoup d'autres personnes te supportent et t'apprécient tel que tu es.

Tezuka fixa son verre une seconde.
Il ne croyait pas vraiment aux paroles d'Inui.
Après tout, il était plutôt asocial, n'entamait que très rarement une conversation, ne souriait pas. Qui pourrait bien l'aimer ainsi ?

- Je sais que tu penses le contraire, mais je t'assure que c'est vrai. Si je ne t'appréciais pas, je ne t'offrirais pas ce milk-shake.
- ... je ne sais pas si c'est un très bon argument.

Les lèvres d'Inui se fendirent en un grand sourire quand il entendit une phrase entière sortir de la bouche de Tezuka.

- Si ça se trouve, tu es juste un grand timide, Tezuka...

Timide... non, ce n'était pas le mot...
Il était mal à l'aise avec beaucoup de gens, mais il n'avait pas peur de s'exprimer... il n'avait juste rien à dire, la plupart du temps.
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Inui contempla une seconde la silhouette du jeune homme qui marchait à ses côtés.
Tezuka se tenait toujours droit, et son expression était toujours la même, ne laissant rien passer.
Peut-être... peut-être qu'avec un peu de temps il arriverait à s'approcher du collégien, à lui prouver que ça lui réussirait sûrement de fréquenter d'autres personnes, d'ouvrir son coeur, ne serait-ce qu'un peu.
Inui fut sorti de ses pensées par un éternuement de Tezuka.

- A tes souhaits.

Sans réfléchir, Inui ôta son écharpe et la tendit au collégien.

- Prends-la, ce serait dommage que tu attrapes froid parce que je te fais faire des détours après les cours.

Tezuka ne refusa même pas une fois et attrapa l'écharpe.
Il avait effectivement particulièrement froid, et Inui n'avait pas tort en disant que c'était sa faute. Il ne serait jamais resté aussi tard dehors si le jeune homme ne l'avait pas entraîné en ville.

- Merci.

Tezuka enroula l'écharpe autour de son cou rapidement, réalisant qu'elle était aussi immonde de près que de loin.
Inui s'habillait toujours très mal, et cette écharpe vert bouteille taillée dans une matière douteuse (même si bien chaude) confirmait que le sens de la mode d'Inui était encore plus bas que le sien.
Mais il n'allait pas faire le difficile.
Il avait froid mais surtout...
... il se rendait compte combien ça lui faisait plaisir que quelqu'un en ait quelque chose à faire qu'il attrape froid.
Peut-être qu'Inui avait raison.
Peut-être qu'il pouvait avoir d'autres amis.
Peut-être avait-il déjà d'autres amis.
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Tezuka releva son nez de son livre de maths et contempla un instant la silhouette de son meilleur ami en train de griffoner quelque chose, son expression enjouée prouvant qu'il était en train de trouver la solution de l'exercice sur lequel il travaillait.

Il était toujours heureux de le voir, heureux de le voir sourire, même de loin.
Quand ils étaient juste tous les deux et qu'Oishi souriait, riait, il avait presque l'impression que rien n'avait changé, même si ces moments se faisaient excessivement rares.
Et qu'il pourrait se contenter de l'aimer et de rester ainsi, à l'écart.
Bien sûr, de temps à autre, son coeur se serrerait quand il le verrait avec Eiji, ou quand ils étaient tous les deux et qu'il ne pouvait pas se rapprocher.
Il l'aimait.
Il l'aimait toujours.
Toujours autant.

Mais la douleur s'effaçait progressivement.
Et avec le temps, leur nouvelle situation était devenue tout à fait acceptable.
Tout à fait naturelle.
Au début, ça avait été difficile.
Se retrouver seuls avait été dur, mais d'un accord tacite, ils ne parlaient plus... d'avant.
Il se voyaient moins souvent en-dehors des cours et des entraînements, souvent seulement pour réviser ou pour rentrer ensemble, vu qu'ils n'habitaient pas si loin l'un de l'autre.
Et au bout de seulement quelques semaines, Oishi avait recommencé à lui sourire, avait réussi à le traîter comme on traîte son meilleur ami.
Il évitait de parler d'Eiji, il parlait des cours, de ses poissons, demander des nouvelles de la maman de Tezuka, vu qu'il ne mettait plus les pieds chez son meilleur ami.
Et au final, les deux en étaient arrivés à se dire que c'était peut-être... mieux comme ça.

- Tu es parti plus tôt hier soir ?
- Hmm.
- La prochaine fois, dis-le moi, je t'attendais pour rentrer.

Tezuka rougit légèrement.

- Excuse-moi. Comment je peux me faire pardonner ?
- En me disant comment tu as trouvé une écharpe aussi immonde ?

Tezuka faillit rire, mais se contenta de remonter ses lunettes sur son nez.

- C'est celle d'Inui, il me l'a prêtée hier.
- Mais comment il ose mettre ça ?
- Il ne voit sûrement pas très bien...

Oishi émit un petit rire et posa son crayon.
Apparemment, le travail était fini pour aujourd'hui.
_____________________________

- Encore merci.

Inui attrapa l'écharpe et répondit par un sourire.

- Je vois que tu t'en aies trouvée une à toi.

Tezuka avait effectivement enrouler sa propre écharpe autour du cou avant de repartir affronter le froid sibérien de cet hiver.

- Tu fais quelque chose ce soir ?
- ... rien de particulier.
- Tu me fais confiance ?
- Tout dépend.
- Je ne suis pas digne de confiance ?
- Tu crées des boissons en salle de chimie. Il y a forcément une partie de toi qu'on n'a pas envie de croire.

Inui émit un petit rire.

- Je suis un menteur inoffensif.
- Hmm.

Un petit silence s'installa entre les deux jeunes hommes alors qu'ils approchaient du portail de l'école.

- Alors, tu me suis ?
- Hmm.

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez et ralentit son pas, laissant Inui passer légèrement en avant, vu qu'il n'avait aucune idée d'où ils allaient.

____________________________

- Le mémorial des anciens combattants ?
- Ce n'est pas le thème de ton futur exposé en histoire ?
- Comment tu sais ?

Inui sortit son cahier.

- Tu as choisi ce sujet au cours de lundi dernier, tu le fais tout seul et tu dois le rendre le 23... non ?

Tezuka se contenta de hocher de la tête, un peu surpris.

- A quoi ça sert de savoir tout ça ?
- Pour savoir tout sur toi.

Le coeur de Tezuka se serra dans sa poitrine.
Inui lui avait dit, il y avait quelques temps maintenant, qu'il était "un peu amoureux" de lui.
Et jusqu'ici, il avait totalement oublié.
Il avait passé de plus en plus de temps avec le jeune homme, s'était laissé convaincre par ses paroles, l'avait considéré comme un ami.
Mais peut-être lui faisait-il du mal en restant ainsi avec lui, à partager ces quelques moments.

- Tu ne dois pas avoir grand chose d'intéressant à te mettre sous la dent...
- Tout dépend ce que tu appelles intéressant...

Tezuka ne répliqua pas, pensant qu'il n'y avait pas besoin de réponse... et un débat sur la subjectivité n'était pas à l'ordre du jour.
Il avait été surpris de voir où Inui l'avait emmené, mais il était ravi.
Avec son prénom, il ne risquait pas de cacher que sa famille était du genre nationaliste, et il avait beau avoir moins la fibre patriotique que son grand-père, c'était le genre d'endroits qu'il adorait.
L'histoire avait toujours été son sujet préféré.
Il ne savait pas exactement pourquoi, et il avait beau être bon à peu près partout, il n'avait jamais trouvé un cours plus agréable que celui d'histoire.
Il n'hésita donc pas à entrer dans le musée, suivi de près par un Inui amusé.
____________________________

Il resta face à Inui pendant de longs instants se demandant ce qu'il devait dire.
"Merci ?"... ou peut-être "à demain" ?
Ou peut-être autre chose... Pourquoi les banalités n'arrivaient jamais à sortir de sa bouche ?

- Tu veux passer à la maison ?

Au final, Inui avait pris la parole avant lui.
Tezuka hésita un instant.

- Ma mère serait heureuse que je ramène quelqu'un pour le dîner, elle a toujours voulu avoir une famille un peu plus nombreuse.
- Je ne sais pas si tu choisis la bonne personne pour alimenter la conversation autour du repas...

Inui remonta ses lunettes sur son nez en souriant.

- Ne me fais pas insister, accepte.
- Hmm.

Un petit silence prit place.

- Ta mère ne fait pas de préparations bizarres, comme toi ?
- Oh non, tu sais, même ma mère me trouve... spécial.
- C'est rassurant.

Les deux collégiens regardèrent encore un instant la buée qui s'échappait de leurs bouches alors qu'ils respiraient avant de reprendre leur discussion.

- On y va alors ?
- Je te suis.
____________________________

Oishi ne put s'empêcher de venir trouver une place près de Tezuka dès son match fini.
C'était une habitude qu'il avait du mal à changer, et c'était un des rares moments où il était totalement incapable d'être gêné auprès de son meilleur ami.

- Prêt à jouer ?

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez.

- Je crois qu'aujourd'hui encore, on va se passer de mon aide...
- Peut-être que Fuji va perdre...

Tezuka jeta un regard en coin à Oishi, se demandant ce qui traversait l'esprit du jeune homme.

- Oui, bon, d'accord, il y a peu de chances... Ca fait longtemps que je ne t'ai plus vu jouer... c'est à peine si on te voit la raquette à la main aux entraînements.
- Peut-être que j'ai plein de nouvelles techniques que je veux garder secrètes.
- Hmm...

Un silence s'installa.
"Leur" silence.
Celui dans lequel ils étaient tous les deux à l'aise, et qu'ils n'étaient pas forcément pressés de couper.
Mais Tezuka ressentit un besoin pressant de dire quelque chose à son meilleur ami.

- Oishi ?

Le collégien se tourna vers lui et Tezuka fut troublé une seconde.
Qu'avait-il voulu dire ? Faire ? Il n'en avait plus aucune idée.
Il cligna des yeux une ou deux fois et se promit de faire des nuits un peu plus longues à l'avenir.

- Oui ?
- Non, rien...

Oishi parut surpris une seconde mais ne répondit rien.
____________________________

Ce matin-là, Oishi s'était levé très tôt.
Le temps lui paraissait maussade depuis le début de l'hiver.
Eiji dormait encore.
Le garçon avait passé la nuit chez lui, les deux garçons discutant jusqu'à tard dans la soirée.

Eiji...
De la bonne humeur ambulante.
De l'affection à ne plus savoir qu'en faire.
Il avait l'impression de servir à quelque chose en prenant soin de lui.
Ce n'était pas comme avec...

Oishi ferma les yeux, et tenta de se retenir de penser à son ex-petit ami.
Après s'être rassis sur le lit, il contempla la silhouette de son partenaire de doubles un instant.
Il aimait Eiji, sans aucun doute.
Mais pas comme il avait aimé Tezuka.
Le deux comptaient à ses yeux, par contre.

Est-ce que Tezuka avait supposé qu'il pouvait aimer Eiji plus que lui ?
Il n'avait jamais essayé de comprendre ce qui avait pu pousser Tezuka à dire ce qu'il avait dit, ce jour-là.

Et maintenant...
Il ne savait pas vraiment où il en était.
Il ne savait pas vraiment où en étaient ses sentiments à l'écart de Tezuka.
Il ne savait pas vraiment où en était sa relation avec Eiji.

Autant il adorait le jeune homme -et celui-ci le lui rendait bien-, autant il ne savait pas si être autant avec lui pouvait être bien.
Peut-être qu'Eiji se ferait de faux espoirs ?
Peut-être qu'il avait en fait envie d'être avec Eiji.
Pour l'instant, ils ne faisaient que... qu'être ensemble, s'écouter, s'accorder une aide mutuelle.
Eiji lui avait dit qu'il l'aimait.
Comme il aurait dit qu'il aimait une marque de dentifrice.
Pour lui tout était tellement simple.
Oishi n'avait pas répondu.
Parce qu'il ne savait pas quelle réponse donner.

Qu'est-ce qu'il aurait pu dire ?
Comment aurait-il pu prendre Eiji dans ses bras alors qu'il pensait encore à son meilleur ami ?

Son meilleur ami.
Pas son petit ami.

Tezuka avait peut-être voulu dire ça.
Il lui avait peut-être signalé que ses sentiments changeaient.
Qu'il avait vu avant lui ce qui naîtrait dans son coeur à l'égard d'Eiji, et qu'il le lui avait tout simplement dit.

Il avait la furieuse envie de parler avec Tezuka.
Il voulait mettre ça au clair.
Il voulait savoir.
Parce qu'ils avaient tous les deux été bêtes, et qu'aucun des deux n'avait fait l'effort de comprendre l'autre.

Tout ne redeviendrait peut-être pas comme avant.
Même sûrement pas.
Mais ce serait certainement plus clair.
__________________________

- Tezuka, je peux te parler ?

Tezuka se retourna au son de la voix de son meilleur ami et acquiesça d'un signe de tête avant de le suivre.

- Je sais qu'il est un peu tard pour parler de ça, mais... ce jour-là, quand tu as dit qu'Eiji était mieux pour moi, tu...
- Oishi, je ne veux pas en entendre parler.

Oishi s'arrêta une seconde, interloqué.
Tezuka l'interrompait assez rarement pour que ce soit noté.

- Mais, tu...
- S'il te plaît, ne dis rien.

Tezuka fit un geste pour partir, mais Oishi attrapa son bras pour l'empêcher de s'écarter.
Il voulait savoir.
Mais la réaction de Tezuka fut toute autre que celle à laquelle il s'attendait.
Il avait visiblement... mal ?
Le jeune homme avait pris une inspiration subite, fermé un oeil et semblait véritablement souffrir alors qu'Oishi n'avait fait que poser une main sur son coude.

- Tu as... mal ?
- Ne le dis pas... je voudrais que personne ne s'inquiète.
- Que personne ne s'inquiète ?

Oishi n'en croyait pas ses oreilles.
Comment Tezuka osait dire ça, alors que LUI, savait ?

- Et moi ???
- Tu n'as pas à t'inquiéter.
- Pas à m'inquiéter ? Mais je t'ai à peine touché ! Tezuka, c'est sérieux !!

Tezuka poussa un léger soupir et récupéra son bras.

- Je t'ai dit de ne pas t'inquiéter.

Et sur ces paroles il s'éloigna d'Oishi.
Mais le jeune homme ne comptait pas se laisser faire.
Il se mit sur le chemin de Tezuka, comme il l'avait fait quand cette blessure lui avait été infligée, il y avait maintenant pratiquement deux ans.

- Je m'inquiète. Et tu ne partiras pas si tu ne me jures pas de prendre soin de ça.
- Oishi, ce n'est pas la peine.

Ce n'était que la deuxième fois de sa vie que Tezuka l'énervait autant.
Et autant la première fois, une giffle avait semblé être la chose à faire, autant il avait maintenant envie de juste donner un énorme coup de poing à Tezuka et le traîner à l'hôpital le plus proche.
Mais il se retint.
Et Tezuka se contenta de passer à côté de lui.

- Tezuka, je t'en prie.
- Ca n'influera pas sur mes matchs !

Oishi se retourna, doubla à nouveau Tezuka et l'attrapa par le col, se rendant compte qu'il postillonnait alors qu'il lui criait particulièrement fort dessus.

- Arrête de faire comme si je m'en fichais ! Arrête ! Ca n'a rien à voir !

Oishi voulait frapper, pleurer, crier.
Mais il se contentait de mordre très fort sa lèvre inférieure, tentant de trouver les mots qu'il souhaitait dire pour la prochaine fois qu'il ouvrirait la bouche.
Et face à lui, le masque de Tezuka semblait se rompre peu à peu.
A quoi pensait-il ?
Est-ce qu'il croyait vraiment qu'il n'en avait rien à faire ?

- Tezuka...

Oishi sentit ses genoux faiblir et se laissa tomber contre Tezuka, son visage venant heurter l'épaule de celui qui était resté son meilleur ami.
Au bout de quelques secondes, il sentit une des mains de Tezuka dans ses cheveux, un contact auquel il n'était plus habitué, mais qui lui faisait toujours autant d'effet.

- C'est bon, je ferai ce que tu veux.

Oishi ne bougea pas, voulant profiter de la caresse encore quelques instants.

- Tezuka...
- Tu as encore quelque chose à dire ?

Oishi se redressa, affrontant le visage de son compagnon.

- Mon oncle travaille dans un service de médecine du sport, je te présenterai à lui.
- Hmm.

Tezuka semblait hésiter à partir.

- Ne le répète tout de même pas.
- Si tu le souhaites.

Tezuka s'en alla, et Oishi réalisa qu'il n'avait pas pu avoir les réponses qu'il cherchait.
__________________________

Oishi poussa un long soupir en sortant de l'hôpital avec son meilleur ami.

- Tu n'étais pas obligé de m'accompagner...
- J'y tenais.
- Hmm...

Les deux garçons marchèrent en silence quelques instants.
Oishi était troublé. Tezuka avait dit à son oncle souffrir depuis quelques mois.
Quelques mois... l'époque où ils étaient encore ensemble ?
Oishi scruta son meilleur ami du coin de l'oeil.
Peut-être que, déjà à l'époque, Tezuka ne lui faisait pas assez confiance pour lui confier ça.
Il poussa un soupir.
Ce n'était plus la peine de penser à ça.

Le téléphone de Tezuka sonna, interrompant les pensées d'Oishi.

- ... en ville......... si tu veux......... à la librairie habituelle, j'ai encore un livre à m'acheter......... hmm.... hmm...... à tout de suite.
- C'était... ?
- ... Inui.
- Tu... lui as dit que tu étais en ville ?
- Hmm.
- Tu ne veux pas qu'il sache ?
- Non.
- ... pour qu'il ne s'inquiète pas.
- Hmm.
- Il va voir le strapping.
- Je ne crois pas que ses lunettes lui permettent de voir à travers mes vêtements.

Oishi rougit légèrement, mais fut quelque part rassuré de savoir que la nouvelle relation entre Inui et Tezuka n'incluait pas de déshabillage.

- Et tu as entendu ton oncle, je n'ai pas besoin de le porter tout le temps. Je ne le mettrai pas aux entraînements.
- Pourquoi veux-tu à ce point le cacher ??
- J'ai... un rôle à tenir.

Oishi réfléchit un instant.
Le pilier de Seigaku.
Oishi était tout à fait conscient que si Tezuka s'écroulait, le club s'écroulerait avec.

- Ne te surmène pas, hein. Ta santé est plus importante que les matchs.
- Hmm.

Les deux collégiens marchèrent encore quelques temps en silence.

- Je te laisse, je dois rejoindre Inui.
- Vous... vous voyez souvent en ce moment...
- Hmm.

Ils s'arrêtèrent, se fixant une seconde.
Pendant un instant, Oishi crut revenir en arrière de quelques semaines, crut que Tezuka allait attraper sa main et se pencher vers lui, mais il revint vite à la réalité, ne sachant pas ce qui lui avait fait penser ça.
Et bizarrement, son coeur ne s'était pas mis à battre aussi rapidement que les dernières fois où il avait repensé à ce qu'ils partageaient avant.

- A demain en cours, alors ?
- Lis l'énoncé du TP de chimie, cette fois-ci, j'en ai assez d'être le seul à savoir ce qu'on doit faire.
- Oui, oui... Prends bien soin de toi.
- Hmm.

Tezuka partit, disparaissant rapidement au détour d'une rue.
Et Oishi ne savait pas vraiment quoi faire.

_____________________________

La compagnie d'Inui était devenue... naturelle.
Oishi passait du temps avec Eiji et lui aussi, s'était trouvé... quelqu'un.
Enfin, leur relation était différente.
Inui était... reposant.

Tezuka n'aurait jamais cru ça avant.
Il ne s'était jamais vraiment intéressé à ses autres camarades du club de tennis.
Enfin, pas ainsi.

Et Inui semblait le comprendre et... le laisser tranquille.
Il se souvenait d'après-midi qu'il avait passées chez le collégien, allongé sur le lit (seul endroit de la chambre d'Inui où on pouvait rester sans être sur un cahier, un stylo ou un disque dur qui trainait, en fait).
Juste là, allongé, à ne rien faire.
En général, Inui se débarassait une chaise et travaillait à quelque chose, ou s'installait à son ordinateur.
Il parlait de temps à autre.
Et il ne s'offusquait pas quand il ne répondait pas.

Tezuka pouvait rester là des heures, à contempler le plafond de la chambre d'Inui, à écouter le bruit des touches du clavier enfoncées, la voix grave lui parlant des prochains entraînements, le bruit de la pluie à l'extérieur.
Il pleuvait toujours quand il allait chez Inui.
C'était peut-être de la malchance, c'était peut-être une coïncidence.
Mais il pleuvait toujours.

- Tu ne veux pas sortir avec moi ?

Tezuka sembla sortir de sa torpeur et fixa Inui une seconde.

- ...?
- Je sais que tu ne ressens pas pour moi exactement ce que je ressens pour toi, mais... enfin, on est beaucoup ensemble en ce moment...
- ... et ça me ferait du bien, c'est ça ?

Inui fit un petit sourire en remontant ses lunettes.

- Je n'osais pas le dire.

Tezuka contempla le plafond une seconde.
Il se sentait bien avec Inui.
Il n'avait pas besoin de parler pour que le jeune homme comprenne ce qu'il pensait.
Ils avaient quelques goûts communs et Tezuka devait admettre que depuis quelques temps il recherchait la compagnie d'Inui.
Pas pour remplacer celle d'Oishi, mais plutôt... pour l'oublier.

- Je ne sais pas.
- C'est peut-être un peu tôt. Excuse-moi, j'ai peut-être été un peu rapide.
- Non, ce n'est pas ça. Maintenant ou plus tard, ça ne change rien. Mais...

Tezuka avait l'impression qu'il allait être ridicule une fois qu'il aurait prononcé sa prochaine phrase.

- ... on n'est pas amoureux.
- Non, pas vraiment. Même si je crois que tu m'aimes tout du moins un peu. Mais on est bien tous les deux, non ? Ca pourrait suffire...

Tezuka n'y avait jamais pensé.
Il avait été avec Oishi parce qu'il l'aimait.
Y avait-il vraiment un intérêt à sortir avec quelqu'un dont on n'était pas amoureux ?

- Ca ne te gêne pas le fait que...

/... que je sois toujours amoureux d'Oishi/, avait-il voulu dire.
Mais il devait oublier son meilleur ami.
Enfin, oublier qu'ils avaient été plus que ce qu'ils étaient à présent.

- ... que je ne sois pas amoureux de toi ?
- Non, je ne crois pas.
- Alors je veux bien essayer.

Le visage d'Inui entra dans son champ de vision, quelque part entre ses lunettes et le plafond.

- Tu n'as pas l'air convaincu.
- Non...
- Alors pourquoi tu acceptes ?
- Parce que tu m'as aidé et que tu mérites au moins un essai.

Inui répondit d'un sourire.
Ses sourires n'avaient rien à voir avec ceux d'Oishi.

Quelque part, la proximité d'Inui avait du bon car il savait que le jeune homme pouvait être comme lui.
Calme, réfléchi, silencieux... enfin, quand il le voulait.
Mais Inui était capable d'exprimer quelque chose.
Il était capable de sourire quand il accomplissait quelque chose.
Un sourire qui pouvait être inquiétant, mais un sourire tout de même.
...
Inui était bizarre, en fait.

- Tu ne seras pas déçu, je te le garantis.

La pluie s'était arrêtée au-dehors.
Il allait peut-être rentrer.
_____________________________

- C'était une bonne idée, tu ne trouves pas ??

Oishi fit un léger sourire à Eiji avant d'acquiescer.
Oui, c'était une bonne idée.
Les jours passaient et il réalisait que s'il allait tellement mieux, s'il n'avait pas bêtement déprimé, c'était grâce à Eiji.
le garçon le traînait à tout et n'importe quoi, un concert, un spectacle, un festival, une journée de shopping, tout, et ne lui laissait pas le temps d'être malheureux.
Passer du temps avec son partenaire de doubles lui était devenu vital et il ne savait pas vraiment comment remercier le jeune homme.
De temps en temps, il pensait à ce jour où Eiji lui avait dit qu'il l'aimait, rougissait légèrement, puis laissait cette pensée de côté pour ne pas embarasser son ami.

Aujourd'hui, les deux collégiens s'étaient rendu à un festival tenu pour la nouvelle année, bien qu'assez tardivement. Ils avaient regardé passer une petite parade, avaient réussi à pénétrer dans le temple surpeuplé et à se frayer un chemin au milieu de tous les gens qui avaient eu la même idée qu'eux.
Eiji tira Oishi vers un côté, lui faisant un grand sourire en lui montrant tous les porte-bonheur qu'on pouvait trouver ici.
Il en acheta un et le tendit à son partenaire de doubles.

- Pour que tu sois heureux en amour.

Oishi rougit légèrement.

- Merci.
- Je devrais peut-être m'acheter le même.

Eiji commença à rire et Oishi rougit un peu plus avant de passer une main dans les cheveux de son compagnon.

- ... imbécile.
- Je ne te ferai plus de cadeau si tu m'insultes juste après.

Oishi émit un petit soupir, Eiji tira la langue, mais son attention sembla vite attirée par autre chose.

- On va prier ??
- Tu as des choses à demander ?
- Ma mère m'a dit de prier à l'avance pour les examens de l'an prochain.
- Hein ? Pour ton entrée au lycée ?
- Oui, je crois qu'elle pense sincèrement que son fils est trop bête pour pouvoir entrer dans un bon lycée...
- Je ne pensais pas que tu avais de mauvaises notes.
- Pas tellement, tu sais...

Eiji émit un petit rire et attrapa le bras d'Oishi sous le sien pour le tirer plus loin et ne pas le perdre dans la foule.

- ... tu voudrais que je t'aide... pour les cours ?
- Tu ne révises pas avec Tezuka ?
- Ca n'a rien à voir. Tu voudras que je t'aide ?
- ... c'est si gentiment proposé. MERCIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII OISHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!!

Eiji se rua sur son partenaire de doubles si bien qu'Oishi eut du mal à les faire garder un semblant d'équilibre.

- Je t'adore je t'adore je t'adore !!!!!!!!!!!

Oishi rougit à nouveau et se contenta d'attraper à son tour le bras d'Eiji pour pouvoir reprendre leur direction première.

- Tu ne voulais pas prier ?
_____________________________

Tezuka ferma son sac et regarda sa montre.
Il avait encore quelques minutes devant lui...
Aujourd'hui, sa classe partait en voyage scolaire pour trois jours.
Quelque part, il se réjouissait de tous les musées qu'il allait voir, de ce qu'il allait découvrir, mais d'un autre côté, ça faisait un certain temps qu'il n'était plus vraiment... à l'aise dans sa classe.
Oishi y avait toujours été son seul ami, et il savait déjà qu'il n'aurait personne d'autre sur qui reposer.
Enfin, plus précisément, qu'Inui ne serait pas là.
Tezuka poussa un petit soupir à cette pensée, réalisant que la présence du jeune homme était devenue assez importante pour lui...
Bien sûr, il aurait même apprécié que Fuji ou Kawamura soient là, histoire d'avoir quelqu'un à qui parler dont il n'était pas désespérément amoureux... A côté de ça, il pouvait aussi se réjouir de l'absence de Kikumaru... il voyait déjà bien trop souvent Oishi avec son partenaire de doubles pendant les activités du club de tennis.

Tezuka sortit de chez lui et se dirigea vers son rendez-vous habituel avec Oishi.
Il ne fallait plus penser à Oishi de 'cette' manière.
Il y arrivait sans difficulté de temps en temps, après tout.
Pourquoi ne serait-il pas capable de passer trois jours avec son meilleur ami à proximité ?

- Tezukaaaaa !

Oishi arrivait, un peu essouflé d'avoir couru pour ne pas être en retard.
Il fit un grand sourire à son meilleur ami avant de reprendre la parole.

- Je sens qu'on va bien s'amuser !

Tezuka sentit son coeur se serrer.
Ces trois jours allaient être durs.
_______________________________

- C'est une reproduction, l'original a été incendié en 1653.
- Comment tu sais ça ?
- Je l'ai lu.

La jeune fille qui traînait à côté de Tezuka resta scotchée un instant, et contempla le bâtiment une seconde de plus.
Oishi lui fit un sourire et posa une main sur l'épaule de Tezuka.

- Il fait le féru d'histoire, mais je suis sûr qu'il s'est contenté de le lire sur le dépliant qu'ils nous ont donné à l'entrée.

Tezuka tenta d'ignorer la présence d'Oishi et remonta légèrement ses lunettes sur son nez.

- Je le savais déjà avant.
- Hmmm ?

Oishi fit une petite mine interrogatrice, accompagnée d'un sourire charmeur.
Tezuka ne put s'empêcher d'abaisser son regard alors que la jeune fille avec eux riait légèrement.

- Moi je te crois, Tezuka-kun, après tout, tu es de loin le meilleur en histoire.

Oishi s'écarta un peu de Tezuka et fit face à la jeune fille, continuant la discussion sans son meilleur ami.
Tezuka poussa un léger soupir et laissa les deux camarades de classe prendre quelques mètres d'avance sur lui, ne se sentant vraiment pas capable de rester si près d'Oishi aujourd'hui.

_______________________________

- Bon, les chambres sont par deux, donc choisissez avec qui vous vous mettez.

Tezuka se sentit rougir alors qu'il ne pouvait empêcher son regard de se diriger vers Oishi.
Il distingua le jeune homme le regarder aussi puis rougir à son tour, avant de détourner son regard, horriblement embarassé par ce qui venait d'arriver.
Il pouvait dormir avec tout le monde sauf Oishi. Non, vraiment, pas Oishi.
Il releva son visage une seconde, cherchant à qui il pourrait demander d'être son camarade de chambrée.
... et constata que tous les groupes s'étaient déjà formés.
Il remonta ses lunettes sur son nez pour la énième fois de la journée en réalisant qu'Oishi était toujours à côté de lui, et toujours en train de regarder ses chaussures.

- Bien, les groupes sont faits, venez deux par deux pour savoir le numéro de votre chambre.

Oishi hasarda un regard vers Tezuka.
Il était un peu rassuré de voir que le jeune homme était aussi embarassé que lui et tenta un petit sourire adressé à son meilleur ami.

- ... je suppose qu'on sera ensemble.

Tezuka ne semblait vraiment pas enchanté à cette idée.
Pourquoi ??
Ils étaient restés amis pourtant... Deux amis pouvaient bien dormir dans la même pièce, non ?
Il ne pouvait pas le détester à ce point.
Oishi en était sûr, Tezuka ne le détestait pas.
Il ne l'aimait plus, mais ils étaient restés de si bons amis... la réaction du jeune homme était plutôt illogique.

- Désolé.

Oishi n'avait rien trouvé de mieux à répondre.
Il avait l'impression que tout ceci faisait terriblement mal à Tezuka, et se sentait horriblement coupable de tout ça.
Mais il n'avait rien fait.
C'était vraiment illogique...
________________________________

La chambre était minuscule, juste de quoi faire rentrer les deux futons sur lesquels les garçons allaient dormir.
Tezuka posa son sac et s'assit à terre, retirant ses lunettes pour les nettoyer.
Oishi s'écroula à terre en poussant un énorme soupir.

- Pff, j'ai cru que le dîner ne finirait jamais.
- ... hmm.

Oishi regarda un instant son meilleur ami puis commença à défaire ses affaires à son tour.

- C'était chouette, hein ? Je ne pensais pas qu'on s'amuserait autant à visiter des temples toute la journée !
- ... hmm.
- Enfin, je suppose que c'est le genre de choses qui ne te dérange pas d'habitude, toi ?
- ... effectivement.

Oishi s'allongea sur son futon et sortit des gâteaux de son sac.

- Tu en veux ? Je les ai faits avec ma soeur !
- ... non merci, ça ira.

Oishi mordit dans une de ses pâtisseries et fixa la silhouette de son meilleur ami quelques secondes.
Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ?
Tezuka n'avait pas été aussi froid avec lui depuis... depuis... depuis le jour où ils s'étaient fâchés, en fait.
Bon, d'accord, Tezuka traîtait habituellement tout le monde de cette façon... mais pas lui.

- J'ai ammené un jeu de cartes, tu veux faire une partie avant de dormir ?
- ... non, je suis fatigué, je vais me coucher.
- Ah... oh... dors bien alors.
- ...hmm.

Pourquoi Tezuka était-il si... désagréable ?
Oishi comprenait parfaitement qu'il puisse être un peu gêné. Lui aussi l'était, après tout. Mais il ne pouvait pas au moins essayer de rendre la soirée un peu plus... normale ? Ou au moins répondre des phrases entières ??
Oishi poussa un long soupir.
Après tout, c'était LUI qui l'avait laissé, LUI qui lui avait demandé de rester son ami.
Alors pourquoi n'agissait-il pas en ami ?
Il regretta un instant de partager sa chambre avec son meilleur ami, regretta d'être là, regretta de ne pas passer la soirée avec Eiji.
Oui, au moins, avec Eiji, n'importe quel sujet de désaccord pouvait s'oublier, et le jeune homme n'avait pas son pareil pour empêcher quelqu'un de faire la tête.
Si Eiji était là, ils parleraient de choses et d'autres, plus ou moins futiles, jusqu'à ce que quelqu'un vienne les rappeler à l'ordre et leur dire de dormir.
Oui, tout serait mieux s'il était avec Eiji.

Oishi lança un regard à la silhouette de Tezuka qui s'était glissée dans son futon.
Oishi éteignit la lumière, tira la langue à son meilleur ami, puis décida de dormir aussi, vu qu'il n'avait rien de mieux à faire.
___________________________

Il s'était réveillé peu après l'aube.
Il faisait déjà clair dans la pièce.
Oishi dormait encore, sa bouche légèrement ouverte le rendant particulièrement adorable.
Tezuka savait parfaitement qu'il ne s'était pas conduit de la façon la plus amicale la veille, mais il savait aussi parfaitement qu'il n'aurait pas pu résister aux attentions d'Oishi, à ses sourires.
Il ne savait pas pourquoi aujourd'hui ça lui était dur. C'était devenu de plus en plus simple d'être avec le garçon, mais il s'était senti proche de craquer la veille.
De lui dire que son sourire brisait son coeur, et qu'il avait beau chérir leur amitié, il lui arrivait de souffrir à la simple pensée qu'Oishi n'était plus à lui.

Oishi se retourna dans son lit et Tezuka poussa un petit soupir.
Il avait à la fois envie de sourire et de pleurer.
Oishi était si adorable et si... proche de lui. Il n'aurait eu qu'à tendre la main pour caresser les cheveux du jeune homme, n'aurait eu qu'à se hisser sur un coude et se pencher pour goûter à nouveau à ces lèvres entrouvertes.
Sans qu'il ne le veuille vraiment, sa main partit en avant, prête à doucement glisser sur la joue de son meilleur ami, mais il s'en empêcha à la dernière seconde, se contentant de légèrement remonter la couverture d'Oishi sur ce dernier.
Il poussa un nouveau soupir et ferma les yeux.
Tant pis si Oishi le détestait pour son attitude.
Il ne se sentait pas capable d'être si proche du garçon et de simplement... résister.
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Oishi fut soulagé quand le voyage fut fini.
Autant il s'était beaucoup amusé par moments et avait découvert des choses qui l'avaient plus qu'impressionné, autant les deux nuits passées dans la même chambre que Tezuka avaient été... horribles.
Les quelques jours qui avaient suivis, il n'avait pu s'empêcher d'être lui aussi froid avec son meilleur ami, peut-être las de sourire et de parler et de ne recevoir que des "...hmm" en retour.
Il s'était dit à un moment que ça ne changeait pas vraiment du Tezuka de d'habitude, mais quelque chose en lui lui disait que son meilleur ami était différent, que ces "...hmm" là n'étaient en rien comparables à ceux qu'ils recevaient avant.

- OOOOOOOOOOOOOOOOOOOISHIIIIIIIIIIIIII !!!!!!!!!!!!!!!!!

Eiji lui sauta dessus avant qu'il ne se rende compte de la présence du jeune homme, et après s'être extirpé des bras du collégien, il lui fit un petit sourire en guise de salutations.

- A quoi tu pensais ????????????????????????????
- Rien d'important.
- ... pas à moi, alors ^o^

Oishi émit un petit rire et se leva.

- Au fait, qu'est-ce que tu viens faire dans notre salle de classe ?
- Ben je viens te voir.
- Je t'écoute.
- ... je n'ai rien de particulier à dire.

Un petit silence suivit.

- ............. mais pourquoi tu es venu ??
- Pour te voir, je l'ai dit !
- Sans avoir rien à raconter ?
- Non. Enfin, si, ce matin, Fuji m'a fait peeeeuuur en cours de biologie. Tu aurais vu son regard quand le professeur a demandé combien il y avait de volontaires pour disséquer une grenouille la semaine prochaine !!! Terrible !!!

Oishi cligna des yeux une seconde puis se mit à rire.

- Ca ne m'étonne pas vraiment en fait.

Eiji s'était mis à rire lui aussi.
Oishi regarda un instant son partenaire de doubles, et trouva quelque chose de... différent chez lui.
Il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, et il se demandait si ce n'était pas lui qui changeait, à trouver tout le monde soudainement... différent.
Et puis il réalisa qu'il adorait voir Eiji rire et sourire, et il était heureux d'être celui qui partageait sa joie, ses discussions, ses rires.

- Tu es mignon quand tu souris comme ça Oishiiii ^-^

Oishi rougit dans l'instant et pinça légèrement la joue d'Eiji en guise de vengeance.

- Tu fais quelque chose ce soir ??????????????????
- Rien de particulier.
- Oh oh oh, alors je t'emmène quelque part.
- Où ça ?
- Un nouvel endroit qui vient d'ouvrir en ville.

Oishi n'insista pas, se disant qu'il avait en fait envie d'avoir la surprise.

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- Tu comptes vraiment me faire monter là-dessus ?
- Tu vas voir, ce n'est pas difficile.
- Hmmm... si tu le dis.

Eiji lui sourit et le tira plus près des machines infernales.

- Je passe en premier, tu vas voir, c'est rigolo.

Eiji grimpa sur la petite plate-forme et inséra un jeton dans la machine.

- Mais je me demande comment tu as fait pour vivre jusqu'ici et ne jamais avoir fait de Dance Dance Revolution ! C'est un grand manque à... à...
- A quoi ?
- A... ton sens du rythme !

Les deux collégiens pouffèrent de rire et Eiji sélectionna une chanson avant de commencer à bouger en rythme avec elle.
Effectivement, ça n'avait pas l'air si dur que ça.
Enfin... vers le début... après une vingtaine de secondes, Oishi était tout à fait certain d'être incapable de faire ce que faisait Eiji et de se déplacer aussi sûrement et rapidement sur l'espèce de joypad géant que formait le sol.

- Pfff, cette chanson est trop simple, je m'ennuie.
- Tu t'ennuies ? Mais tu bouges dans tous les sens !
- Je préfère quand ça bouge plus !

Pris d'une idée subite, Eiji commença à faire quelques acrobaties, alternant cette fois-ci entre les mains et les pieds pour parvenir à bout de la chanson.
Oishi se contenta de le regarder d'un oeil admiratif. Eiji avait vraiment une souplesse et une dextérité plus qu'accrues.
Le garçon se pencha en arrière, posant une main derrière ses pieds tout en lançant un clin d'oeil à son partenaire, puis décida de s'appuyer sur sa main et de se rétablir sur ses pieds de l'autre côté.
L'acrobatie fut totalement réussie... sauf qu'Eiji n'était plus du tout sur la piste et s'était plus que magistralement vautré sur Oishi.
Ce dernier se mit à rire et Eiji suivit bien vite, les deux garçons restant à terre dans les bras l'un de l'autre sans sembler pouvoir s'arrêter de rire.
Finalement, Eiji se releva et tendit une main à Oishi pour l'aider à se relever.
Toujours le sourire aux lèvres, Oishi l'attrapa et se redressa, attirant Eiji à lui par la même occasion sans vraiment réfléchir.

- Désolé, je n'ai pas fait exprès.

Eiji lui faisait un petit sourire adorable et Oishi se remit à rire en prenant son partenaire de doubles dans ses bras.

- Je ne t'en veux pas, le spectacle valait le détour.

Eiji lui répondit par un grand sourire tout en saisissant sa main.

- C'est ton tour maintenant ^______________^
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- Eiji, je...
- Oui, oui, oui ??

Oishi se sentit rougir légèrement et prit une courte inspiration.

- ... tu voudrais sortir avec moi ?
- Pour de vrai de vrai ?
- Hmm.

L'instant d'après, Eiji lui avait sauté dessus, se blotissant dans ses bras, un énorme sourire aux lèvres.

- Je me demandais quand tu te déciderais...

Eiji redressa sa tête, adressant un clin d'oeil à son partenaire, et Oishi en profita pour saisir le menton de son nouvau petit ami et l'embrasser doucement.
Un baiser sucré et enjoué, un baiser qui reflétait parfaitement celui avec qui il le partageait, un baiser dans lequel il savait qu'il pourrait absolument tout oublier.
Il se rapprocha un peu plus d'Eiji, plaçant une main sur sa taille et une autre dans sa nuque alors que son partenaire s'accrochait à ses épaules, se collant à lui le plus possible.
Ce ne fut qu'au bout de longues minutes que le baiser prit fin, et les deux collégiens échangèrent un regard complice.

- Oishi, je t'aime.
- Je t'aime aussi... Eiji.