Partie 8 : Je voudrais te dire que je t'aime encore


Après avoir serré la main de son adversaire, Tezuka alla s'asseoir sur le banc à côté de Ryuzaki-sensei.

- Un match difficile.

Tezuka fut surpris de la remarque.

- J'ai gagné 6-1.
- Hmm. Difficile quand même. Depuis quand es-tu blessé ?
- C'est juste... une ancienne blessure qui me fait mal. Mais je vais voir un médecin pour soigner ça.
- Heureusement. Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
- Je voudrais que personne ne s'inquiète à ce sujet.
- J'admets que si tes équipiers te savaient blessé, le moral des troupes retomberait... mais tu n'es pas obligé de toujours disputer le Singles 1, Tezuka.
- Ca me permet de jouer le moins possible, pourtant.
- Je te l'accorde. Mais les matchs les plus difficiles.
- Tant que nous sommes au niveau régional, je n'ai pas à me donner à fond. Ces matchs ne sont pas 'vraiment' difficiles.
- ... et le moral ?
- Comment ça ?

Ryuzaki-sensei poussa un long soupir.

- Tezuka, ne crois pas que le fait de ne pas l'exprimer empêche les gens de voir à quel point tu vas mal.
- ...
- Et ça peut faire autant de mal à l'équipe que la blessure que tu as au bras...
- ... je vais bien.
- Tu as l'air d'aller aussi bien que quelqu'un à qui on viendrait d'apprendre qu'il est en phase terminale d'une maladie incurable. Je ne veux pas me mêler de ta vie, mais règle ça. Et si tu as besoin qu'on t'aide...

Ryuzaki-sensei posa une main confortante sur son dos.

- ... n'oublie pas qu'il y a des gens qui sont prêts à le faire.
- ... hmm.
- Ne m'oblige pas à ordonner à chacun de nos joueurs de te distraire en-dehors des entraînements, tu sais très bien que j'en suis capable.

Tezuka faillit s'étrangler à l'idée qu'on puisse l'envoyer faire du Dance Dance Revolution avec Momoshiro.

- Je... j'ai quelqu'un qui m'aide. Je vais faire en sorte que ça n'ait pas de répercussion sur ma façon de jouer.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, Tezuka.
- ...

La main dans son dos fit une halte sur son épaule et y émit une petite pression.

- Enfin, je ne peux pas t'interdire d'être déprimé, hein. Mais je voulais que tu saches que je n'aime pas ça.
- ... hmm.

Ryuzaki-sensei récupéra sa main et Tezuka se releva du banc, pressé d'aller prendre une douche et de rentrer... enfin, non... il irait chez Inui, aujourd'hui. Le jeune homme ne lui dirait certainement pas non.
Tezuka fut surpris quand Ryuzaki-sensei reprit la parole alors qu'il avait déjà commencé à s'éloigner.

- Oh, et si tu sais pourquoi Oishi n'écoute rien de ce qu'on lui dit en ce moment, ce serait gentil de l'aider à corriger ça... tu es son meilleur ami, non ?

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Inui l'avait rejoint dans sa contemplation du plafond.
Oui, il y avait définitivement quelque chose d'hypnotique dans le plafond de la chambre d'Inui.
On pouvait le regarder, avec ou sans lunettes, pendant de nombreuses heures, sans se lasser une seconde.
Il semblait même inciter à la réflexion.

- ... je n'ai jamais eu de week-end aussi productif de ma vie.

Tezuka ne répondit pas.
Il ne répondait à Inui que lorsque c'était vraiment nécessaire.

- ... et je n'avais jamais remarqué que mon plafond avait besoin d'une nouvelle couche de peinture, non plus.

Inui se hissa sur un coude.

- Tu ne voudras pas faire autre chose que fixer le plafond, un de ces jours, hmm ?

Tezuka tourna son regard vers Inui.

- Tu veux faire quoi ?
- Je ne sais pas, jouer au tennis, sortir, aller au cinéma, discuter philosophie. Ce que tu veux.
- ... Comment tu fais pour me supporter ?
- Comment ça ?
- Je viens chez toi et je ne fais que comater. Alors qu'on est censés sortir ensemble.

Inui fit un petit sourire en remontant ses lunettes sur son nez.

- J'en tire des informations précieuses.
- Oh... ?
- Oui, je ne pensais pas que tu étais du genre à comater sur un lit à regarder le plafond, avant.
- Excuse-moi.
- Ca ne me gêne pas.

La pièce fut plongée dans un court silence.

- Tezuka, je ne vais pas critiquer ton attitude. Ce n'est pas comme si la mienne était normale non plus. On a le mérite de nous accepter comme nous sommes, c'est déjà ça.

A son tour, Tezuka se hissa sur un coude pour faire face à Inui.
Il n'avait rien à perdre.
Il avança son visage et embrassa Inui.
Très rapidement, juste une caresse de ses lèvres avant de s'écarter.
Inui ne bougea pas.

- Pourquoi tu as fait ça ?
- ... on sort ensemble, non ?
- Réponse logique, mais ça fait un peu plus d'un mois et tu n'avais jamais... fait ça auparavant.
- ... je suis obligé d'avoir une raison ?
- Il y a forcément une raison. Mais tu n'es pas obligé de la dire.

Le sourire d'Inui s'était élargi.

- Je me suis lassé de ton plafond.
- Je suis heureux de constater que je suis plus intéressant que lui.
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- Je voudrais tous vous féliciter pour les matchs de cette année. Ca faisait longtemps que Seigaku n'était pas allé aussi loin dans la compétition, et je suis certaine que l'année prochaine, nous ne nous arrêterons pas à la finale !

La déclaration de Ryuzaki-sensei fut accompagnée d'un tollé d'exclamations.

- Et je compte sur vous tous pour ne pas vous arrêter de travailler parce que les tournois sont finis pour cette année. Les tournois au sein du club continuent, et le dernier aura lieu à partir de la semaine prochaine. Les troisième année n'y participeront plus, donc vous aurez deux places de plus à gagner...

Quelques première et deuxième année qui ne portaient pas le jersey des réguliers contenirent leur joie à l'idée de pouvoir peut-être passer réguliers.

- Allez, au boulot maintenant !

Les membres du club de tennis se dispersèrent alors que Ryuzaki-sensei retenait les capitaine et vice-capitaine à part.
Le premier fit un petit sourire au second.

- Tezuka, je crois que te voilà capitaine.
- L'année prochaine...
- Les troisième année préparent les concours d'entrée au lycée, les autres comme moi, nous ne viendrons plus aux entraînements. Tu es capitaine.
- Hmm...

Ryuzaki-sensei laissa échapper un ricanement.

- Tu feras un bon capitaine, Tezuka.
- Je tâcherai d'être à la hauteur.
- Et maintenant je dois te demander... à qui penses-tu que je vais donner le poste de vice-capitaine ?

Tezuka réfléchit un instant.

- ... Fuji est fort. Inui est un bon manager... et...
- ... et Oishi est responsable. Et tout le monde l'adore. C'était sur lui que mon choix s'était porté, surtout que vous vous entendez bien. Tu penses que c'est un bon choix ?
- Je pense qu'Oishi est tout à fait capable de remplir ce rôle à la perfection.
- C'est ce que je me disais aussi.

Ryuzaki-sensei se fendit en un large sourire et appela Oishi.
Le garçon arriva au pas de course, se demandant ce qu'il avait pu faire.

- Te voilà vice-capitaine, Oishi.
- Hein ? Mais... Tezuka ?
- Capitaine à partir d'aujourd'hui.
- Mais mais mais... moi ?

Le visage d'Oishi affichait une certaine incrédulité face à cette décision.
Il n'avait effectivement jamais pensé devenir vice-capitaine pour sa troisième année à Seigaku.

- Tu ne veux pas ?
- Bien sûr que si ! C'est un honneur !

Oishi s'inclina devant son professeur, ne croyant toujours pas à cette annonce.

- Et bien voilà, c'est décidé. Je ferai une nouvelle annonce à la fin de cet entraînement.

Ryuzaki-sensei partit, allant conseiller quelques première année et laissant les nouveaux "responsables" du club ensemble.

- ... Félicitations.
- De même.

Un silence gêné tomba entre les deux collégiens, puis Oishi osa relever les yeux et fit un grand sourire.

- J'ai toujours su que tu serais capitaine !
- Hmm.
- On fête ça ?
- Tous... tous les deux ?

La voix de Tezuka était hésitante.
Oishi se mit à rougir légèrement.

- Ca te gêne ?
- ... non. Nous sommes amis, non ?

Oishi se remit à sourire.

- Oui, meilleurs amis. Et je crois que ça fait un peu... un peu trop longtemps qu'on l'a oublié...

Tezuka se mordit la lèvre inférieure.

- ... oui.

Les regards des deux collégiens se retrouvèrent, refusant de se quitter, se laissant s'avouer que leur amitié leur avait manqué à chacun.
Oishi tendit sa main et Tezuka l'attrapa, la serrant fermement.
C'était un contact auquel il n'était pas habitué.
Non, toutes les fois où il avait tenu la main d'Oishi dans la sienne n'avaient pas été ainsi.
Mais quelque part, ce contact était rassurant, agréable...
Tezuka sentit une larme lui monter à l'oeil et son coeur se serrer.
Il sentit sa main trembler dans celle d'Oishi et la retira, s'empressant de la ramener à lui.

- Je t'invite ce soir. On s'attend à la sortie des vestiaires ?
- ... hmm.

Tezuka s'écarta vivement, tentant de réprimer les sentiments qu'il sentait ressurgir en lui.
En quoi était-ce dur de voir Oishi lui sourire sans avoir le coeur qui semble se déchirer ?
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Il souriait.
A la moindre attention, au moindre geste, la moindre phrase, Eiji répondait par de grands sourires, des éclats de rire...
Oishi adorait ça.
Il avait d'abord trouvé cela... étrange. Il n'était plus habitué, et il avait d'abord pensé que toutes les réactions d'Eiji étaient excessives.
Mais c'était la façon d'être du jeune homme, et il devait avouer qu'elle était agréable.
Il savait en permanence si son partenaire de doubles était heureux ou non, s'il s'ennuyait ou s'amusait, il pouvait tout savoir rien qu'en le regardant, en l'écoutant.
Non, il n'avait vraiment besoin de rien pour comprendre Eiji.
Tout allait "de soi" avec lui.

Ce jour-là, Eiji l'avait invité à passer la journée avec lui dans un parc d'attractions.
Il s'était énormément amusé. Avait des fois eu un peu honte de l'attitude enfantine de son compagnon, mais avait pris un plaisir inavouable à s'occuper de lui, à le regarder sourire en quasi-permanence.

Ils avaient échangé un long baiser alors qu'ils étaient sur la grande roue, la ville à leurs pieds.

C'était une journée parfaite.
Oui, vraiment, parfaite.
Et pourtant Oishi ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose n'allait pas.
Mais il avait beau réfléchir, il n'arrivait pas à trouver quoi.
Et de toute façon, la voix d'Eiji l'avait très vite empêché très vite d'y réfléchir plus longtemps.
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C'était... agréable.
Même mieux que ça.
Il était libre de se laisser totalement aller.
Il était libre de dire oui, de dire non, de ne rien dire du tout.
Inui comprenait tout.
Des fois même avant qu'il n'ait dit ou fait quoi que ce soit.

Peut-être ses notes servaient-elles à quelque chose, peut-être qu'Inui savait vraiment tout sur lui.
Tout du moins assez pour le cerner, assez pour lui rendre la vie aussi agréable qu'elle pouvait l'être.

Comme souvent, les deux collégiens avaient fini leur journée dans la chambre d'Inui après une après-midi passée à la bibliothèque ou sur un court de tennis.
Tezuka avait découvert le grand plaisir d'être avec quelqu'un de plus grand que lui.
Inui s'asseyait généralement à un coin du lit, s'adossant au mur, et accueillait Tezuka dans ses bras.
C'était agréable d'être juste là et de ne rien faire, ou d'écouter Inui, voire même de lui parler quand il était d'humeur à parler, ce qui était de plus en plus fréquent.
Il se sentait bien ici.
Il se sentait bien dans cette chambre en désordre, totalement à l'opposée de la sienne.
Il se sentait bien dans ces bras, plus musclés que les siens.
Il trouvait même agréable les caresses d'Inui sur son avant-bras, répétitives au point d'en devenir hypnotiques.

- Tu sais vraiment tout sur moi grâce à tes notes ?
- Non.
- Qu'est-ce que tu ne sais pas et que tu aimerais savoir ?
- Je ne sais pas pourquoi tu ne souris pas, par exemple.
- Tu veux que je te le dise ?
- Je suis prêt à écouter toute révélation sur ta petite enfance qui t'aurait conduit à faire la tête en quasi-permanence.
- C'est bête, comme raison.
- ... tu es en train de faire durer le suspense pour que je te propose quelque chose en échange, hein ?
- Probabilité ?
- Hmm... je dirais aux alentours de 80%.
- Je n'ai toujours pas compris comment tu faisais. Pourtant ce n'est pas quelque chose que je fais d'habitude, non ?

Tezuka fixait le mur opposé de la chambre.
Il ne savait vraiment pas comment Inui faisait pour toujours connaître ses motivations.

- Tu sais demander quelque chose sans que ça ne se voit.
- Hmmm ?
- Si, si, je t'assure. Alors, quel est ton prix ?
- Je peux dormir ici ?
- C'est une proposition ?
- Non, juste dormir, je ne veux pas rentrer.
- Je ne vois pas pourquoi je refuserais.
- ... parce que ça ne me va pas.
- Hein ?
- Je ne souris pas parce que ça ne me va pas.
- Tu rigoles ?
- Non, pas du tout.

Inui émit un très court rire, une espèce de ricanement un peu effrayant.

- Ce n'est pas drôle, j'ai déjà fait peur à ma petite soeur rien qu'en lui souriant.
- Aaaah, voilà le traumatisme de la petite enfance.
- Tu n'attendais que ça depuis le début.
- Oui, tes soeurs sont à l'origine de tous les malheurs de ta vie. A mon avis c'est pour ça que tu es homosexuel.
- ... probabilité ?
- 99%.
- Le pourcent restant ?
- On ne sait jamais, tu es peut-être bissexuel. Mais j'en doute.

Tezuka ferma les yeux.
La main d'Inui était remontée le long de son corps et caressait son visage.
Il adorait ces caresses.
Il... ne faisait pas grand chose avec Inui.
C'était lui qui initiait tous leurs baisers, assez rares. Inui n'avait jamais osé l'embrasser sans qu'il n'en ait envie.
Mais il acceptait les caresses d'Inui, plus fréquentes.
Toujours sur ses mains, ses bras ou son visage.
Ls doigts d'Inui glissaient dans son cou, sur ses joues, dans ses cheveux, passaient sur ses lèvres et son menton et il se laissait totalement faire.
Il aurait pu rester des heures ainsi, bercé par un court massage de ses tempes, par ces mains qui se perdaient volontiers dans ses cheveux.
Sans qu'il ne s'en rende compte, il poussa un long soupir de satisfaction et se cala un peu plus contre Inui, recherchant sa chaleur, s'appuyant un peu plus contre le corps accueillant de son petit ami.

- Te... Tezuka...
- Hmmmm ?
- Tu pourrais éviter... ça ?
- ... quoi ?
- Les petits soupirs et le tortillage tout contre moi.
- ... je ne tortille pas.
- Tu te trémoussais, hmm ?

Tezuka poussa un autre soupir.

- C'est juste que ce que tu fais est agréable.
- Oui, c'est le but.
- Et ça te dérange que je trouve ça agréable ?
- Non, non, c'est juste que tes réactions... me font de l'effet.

Tezuka se retourna vers le visage de son petit ami, un peu surpris.

- Je n'ai pas fait grand chose pourtant.
- Un petit peu venant de toi, c'est beaucoup venant de quelqu'un d'autre.
- ... tu préfères que je m'écarte ?
- Ou tu pourrais te rapprocher encore plus.
- Pervers.
- C'est un non ?
- Hmm. Tu patienteras encore un peu.

Un des sourcils d'Inui se releva.

- Un peu ? J'ai donc de l'espoir ?
- Hmmm... 65%, je dirais.

Inui fit un grand sourire et accueillit avec plaisir le baiser que lui offrait Tezuka.
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- Tu... tu sors avec Inui ?

Tezuka sortit son nez de son livre, contemplant son meilleur ami avec qui il était censé travailler sur un devoir de littérature.
Il n'avait pas envie de répondre à cette question, pas envie de parler de ça.
Oui, Oishi était son meilleur ami.
Oui, d'habitude, c'est à son meilleur ami à qui on parle de ce genre de choses.
Mais Tezuka ne savait pas ce qu'Oishi voulait entendre, ni ce qu'il avait envie de répondre.
"Oui, mais c'est toi que j'aime."
Il aurait dû dire ça, s'il voulait dire la vérité, s'il voulait être honnête.

- Hmm.

Pour une fois il se maudit lui-même de répondre 'ça'.
Oishi semblait un peu hésitant, triturant le tissu de son pantalon d'une de ses mains.

- Ce... c'était juste pour savoir.

Tezuka ne répondit rien et se contenta de replonger dans son devoir.
Il s'en voulait d'être incapable de parler, d'être incapable de dire ou faire quoi que ce soit.
Mais quelque part il se disait que cette réponse libèrerait peut-être un peu son ex-petit ami...
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- Tu fais quoi ?
- Un bracelet.
- Pourquoi ?
- Pour m'occuper les doigts et l'esprit.
- Je pensais que ton esprit était toujours occupé.

Inui releva le visage et fit un sourire à son petit ami.

- Tu veux essayer ?
- ... hmm. Tu ne devrais pas aller prendre ton bain tant qu'il est chaud ?
- Ne t'inquiète pas.

Inui fit mine à Tezuka de d'assoir à côté de lui et commença à lui montrer la façon de tresser les différents brins de ficelle.

- C'est beaucoup plus productif que fixer le plafond.
- ... mais moins intéressant que lire un livre.
- Oh ? Tu t'attaques à ma bibliothèque quand j'ai le dos tourné ?
- Non, seulement quand tu n'es pas dans la pièce.

La main d'Inui vint passer dans les cheveux encore humides de Tezuka.

- Ne te gêne surtout pas. Je suis de retour d'ici quelques minutes.
- ... hmm.

L'attention de Tezuka se reporta sur le bracelet en cours de fabrication et il décida de s'y essayer, même s'il devait paraître ridicule à essayer.
Ses doigts prirent bien vite le mouvement, même s'il devait continuellement penser à ce qu'il devait faire et dans quel ordre, lui permettant quelque part d'oublier le reste du monde quelques instants.
Il lui sembla que seulement quelques secondes s'étaient écoulées quand Inui revint, s'asseyant à côté de lui et glissant une main dans son cou.

- Tu te débrouilles bien.
- ... ce n'est pas comme si c'était difficile.

Inui remonta ses lunettes sur son nez avant de répondre.

- Je pourrais le récupérer ?
- ... bien entendu.

Un léger silence prit place.

- Si on fait un voeu en nouant un de ces bracelets autour de son poignet, il se réalise quand le bracelet se brise.
- ... tu crois à ces choses-là ?
- Je ne sais pas, je n'ai pas encore essayé.

Tezuka lâcha le bracelet et se retourna vers son petit ami.

- Je le finirai demain.
- Comme tu veux. Tu veux dormir ?
- ... non, pas encore. Ca te dérange si je lis ?
- Bien sûr que non.

Inui se releva en remontant ses lunettes sur son nez.

- Je m'installe à l'ordinateur. Si tu veux quelque chose, n'hésite pas à demander.

Tezuka se contenta d'acquiescer et sortit un livre de son sac, restant étendu sur le lit pour lire.
Après avoir allumé son ordinateur, Inui contempla quelques instants la silhouette allongée sur son matelas.
Tezuka revêtait un pyjama clair et bizarrement, Inui ne l'aurait jamais imaginé lisant couché sur le ventre, un pied en l'air.
Ca ne lui ressemblait pas du tout.
Mais ce n'était pas la première fois qu'il le remarquait.
Et ce fait était déjà consigné dans l'un de ses cahiers, d'ailleurs.
Mais à chaque fois qu'il voyait Tezuka ainsi, absorbé dans sa lecture au point de ne pas remarquer qu'il l'observait, un petit sourire naissait sur ses lèvres.
Il se retourna vers son ordinateur.
Autant regarder Tezuka était agréable, autant c'était peu productif.
Et il avait des tas de choses à consigner dans son disque dur, ce soir.

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Eiji poussa un long ronronnement et se trémoussa tout en s'étendant sur son petit ami.

- J'adore être contre toi.

Oishi fit un petit sourire et passa une main dans les cheveux d'Eiji.

- Moi aussi.

Eiji laissait ses doigts caresser doucement le torse d'Oishi à travers ses vêtements tout en souriant à son petit ami.

- A quoi tu penses ?
- Au match de demain.
- C'est pas très romantique.
- Non, désolé.

Eiji déposa un baiser sur la joue d'Oishi puis laissa son visage reposer sur l'épaule de son petit ami.

- On va les écraser. On est la Golden Pair ou pas ?

Oishi émit un petit rire.

- C'est vrai.
- La meilleure équipe de doubles qu'on ait jamais vue !
- Hmm...
- Et puis de toute façon, ce n'est qu'un match amical, les tournois sont finis, ce n'est pas grave si on perd.
- C'est vrai.
- ... et puis après c'est les vacances ! Tu voudras faire quelques chose en particulier ??
- Juste rester avec toi le plus possible.

Eiji fit un grand sourire.

- Oishi, je t'adore.
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Tezuka contempla le panneau une seconde et réalisa.
Oishi n'était plus dans sa classe.
D'ailleurs, aucun des réguliers du club n'y était...
Il ne savait pas vraiment comment réagir à cette nouvelle.
Peut-être que moins voir Oishi allait l'aider à l'oublier ? Ou peut-être allait-il souffrir de voir de moins en moins celui qu'il aimait ?
Il ne savait pas vraiment.

- Pffff, tu as vu ??? On n'est plus ensemble...............

Tezuka sursauta à l'arrivée de son meilleur ami et remonta ses lunettes sur son nez pour cacher son embarras.

- Hmm.
- Je sens que les cours vont être beaucoup moins drôles à partir de maintenant...
- Oishi, sois réaliste, je ne rends pas les cours plus "drôles".
- Non, mais au moins tu m'aides à tout comprendre et puis on ne pourra plus jamais vider toutes les réserves personnelles d'Inui qui traînent en salle de chimie pendant les TPs.
- Tu pourras le faire tout seul...
- Ce n'est pas pareil...

Oishi sembla hésiter un instant, contemplant ses chaussures un instant.

- ... tu t'en fiches, toi ?
- Non. Bien sûr que non. C'était agréable d'avoir son meilleur ami dans sa classe.
- Hmm. On se verra encore au club.
- ... ou pour rentrer ensemble.
- Oui.
- Oishi, tu sais que je suis toujours heureux de passer un moment avec toi.

Oishi ne savait pas vraiment comment il devait prendre cette phrase.
Mais après tout... la réciproque était vraie.
Il adorait passer du temps avec Tezuka, même si ce dernier n'était plus que son ami, et qu'il s'était trouvé quelqu'un d'autre.
Alors il n'y avait pas de sous-entendu à voir dans cette phrase, pas d'interprétation à faire, et il pouvait se contenter d'y répondre par un léger sourire pour signifier qu'il était d'accord.
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- Hey, je connais ce pull.

Oishi fit un grand sourire alors que Tezuka venait de le rejoindre à la bibliothèque.
Ce dernier remonta ses lunettes sur son nez et hocha légèrement la tête pour saluer son meilleur ami.

- Il est de nouveau de saison.
- ... ça me fait plaisir que tu le portes.

Un peu gêné de ses dernières paroles, Oishi détourna légèrement son visage et contempla une étagère avec une intensité certaine.

- Il représente beaucoup pour moi.

Tezuka regretta tout de suite ses paroles.
Regretta de s'être laissé aller alors qu'ils avaient enfin retrouvés une relation amicale stable, et que les moments de gêne entre eux étaient devenus particulièrement rares.

- D'ailleurs à ce propos... tu fais quelque chose samedi ?

Tezuka s'en voulait encore plus.
Il n'aurait pas dû demander.
Pas dû demander en règle générale, et encore moins dû demander à propos de ce samedi, vu que c'était l'anniversaire d'Oishi.

- ... seulement un déjeuner de famille.

Un petit silence s'installa.

- ... pourquoi, tu as une idée, Tezuka ?
- ... oui.
- Quoi ?
- Hmm... une surprise.

Oishi émit un petit rire tentant d'occulter le fait qu'il rougissait beaucoup trop à son goût.

- Ca me ferait vraiment plaisir de passer une partie de la journée avec toi et de savoir quelle surprise tu prépares, alors.

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez et fit mine de chercher un livre sur l'étagère devant lui.

- Je passerai te prendre à 15 heures.
- Hmm.
- ... hmm.

Les deux garçons ne se regardaient plus et restaient juste rougissant côte à côte.
Finalement, Tezuka attrapa un livre et s'éloigna.
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- Kunimitsu-kun, ça fait longtemps.
- Oui. J'espère que vous vous portez toujours aussi bien.
- Bien sûr, bien sûr. Mais entre, Shûichirô est dans sa chambre, comme il ne sait pas où tu l'emmènes, il ne sait pas ce qu'il doit emporter...

Tezuka s'inclina légèrement, retira ses chaussures et pénétra dans la maison d'Oishi derrière la mère de celui-ci.
Ca faisait longtemps qu'il n'était pas venu ici, mais tout lui était toujours familier.

- Alors, où est-ce que vous allez aller ?

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez et décida de se taire.

- C'est un secret, il vous racontera.

La mère d'Oishi lui fit un petit sourire.

- Tu connais le chemin, je te laisse le retrouver.

Tezuka inclina la tête à nouveau et traversa le couloir qui le menait à la chambre de son meilleur ami.
Rien n'y avait changé et il se sentit bêtement rougir en voyant le lit d'Oishi, réalisant soudainement que c'était sur ce même matelas qu'il avait perdu sa virginité et qu'il ferait peut-être mieux d'être à plusieurs centaines de kilomètres de cette chambre et surtout de son occupant.
Oishi se tenait sur la pointe des pieds, tentant d'attraper un sac à dos dans un placard, apparemment quelques centimètres trop haut pour lui.
Il se retourna en voyant Tezuka arriver et lui sourit.

- Joyeux anniversaire.
- Merci.

Tezuka s'approcha, et fort de ses 4 centimètres de plus, réussit à attraper l'objet convoité par Oishi.

- Pff, ça ne sert à rien de frimer parce que tu es grand.

Oishi fit un faux-air boudeur et Tezuka ne put s'empêcher de remonter ses lunettes sur son nez alors qu'il tendait le sac à Oishi.

- Je voulais juste te rendre service.
- Je sais bien, imbécile.

Oishi lui faisait un grand sourire et Tezuka ne savait absolument pas où se mettre.
Ils s'entendaient si bien. Tout était si facile entre eux. Pourquoi culpabilisait-il de bien s'entendre avec son meilleur ami ?
Il savait au fond de lui qu'il ne méritait peut-être pas cette journée avec Oishi. Qu'il ne méritait pas le bonheur que la présence de son meilleur ami lui apportait.
Mais il ne pouvait pas non plus s'empêcher d'être bêtement heureux de voir celui qu'il aimait rire à ses dépens, lui sourire, lui confier à lui et à lui seulement son quinzième anniversaire.
Tezuka posa son sac à terre et en sortit un petit paquet.

- Ton cadeau.
- ... il ne fallait pas.
- Bien sûr que si.

Oishi attrapa le paquet en remerciant son meilleur ami et le retourna une ou deux fois avant de l'ouvrir. C'était un livre. Sur les poissons exotiques, avec un poisson éléphant en couverture. Celui qu'Oishi était si fier d'avoir.
En fait Tezuka ne savait même pas si le-dit poisson était encore vivant...
Il avait très longuement réfléchi à ce qu'il pourrait offrir à Oishi. Il n'avait eu aucune idée originale. Il voulait être sûr de lui faire plaisir et... il n'avait rien trouvé de mieux.

- Merci...

Oishi commença à feuilleter son cadeau, s'arrêtant parfois une ou deux minutes à certaines pages, contemplant les photos avec le même oeil émerveillé que Tezuka lui avait connu quand il l'avait accompagné à un aquarium.

- ... merci beaucoup.
- De rien. Je suis désolé, je ne sais pas tricoter.

Oishi émit un petit rire.

- Ne t'inquiète pas, j'aime beaucoup ton cadeau.

Oishi referma le livre et le posa sur son bureau.

- Alors où est-ce qu'on va ? Qu'est-ce que je dois emmener ?
- Tu n'as besoin de rien. Mets juste de bonnes chaussures.
- A vos ordres, mon capitaine.

Oishi devança Tezuka vers la sortie un sourire aux lèvres, laissant le plus jeune des deux garçons regretter le temps où ils auraient échangé un baiser avant de sortir.
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Oishi avait docilement suivi Tezuka jusqu'à la station de train la plus proche et s'était laissé guider, de plus en plus curieux quand à savoir où ils allaient finir.
La station où ils descendirent ne lui disait rien, et il continua de suivre Tezuka dans les petites rues autour.

- Il va falloir marcher un peu.

Oishi se contenta d'acquiescer et jeta un coup d'oeil à sa montre.
Il était déjà presque 17 heures.
Tezuka prit un petit chemin entre deux maisons, qui montait et ne ressemblait plus à une rue et Oishi osa demander.

- On entame une marche en montagne, c'est ça ?
- Hmm. On peut voir ça comme ça.

Les arbres succèdèrent aux dernières maisons et les deux amis suivaient un chemin qui longeait une petite rivière.
Oishi ne savait pas vraiment quoi dire.
En fait, il n'était pas très étonné de leur destination, et à la limite, il était plutôt heureux d'être ici plutôt qu'ailleurs. Il avait de très bons souvenirs de ses rares balades en montagne avec Tezuka, et rien que de se rappeler de ces quelques moments faisait naître un sourire sur ses lèvres.
La nuit commença à tomber et Tezuka sortit deux lampes de poche, en tendant une à Oishi.

- Fais attention où tu mets les pieds, le sol est de moins en moins sûr à partir d'ici.

Tezuka le laissa passer légèrement devant, et Oishi était certain qu'il éclairait plus sa route à lui qu'il ne regardait où il mettait ses propres pieds.
Mais il était heureux de cette attention et n'osa rien dire.
Le chemin finit par donner sur une petite maisonette, un refuge apparemment.

- Tu veux faire une pause ?

Oishi regarda autour de lui.
Il ne voyait pas le chemin continuer plus loin.

- Ce n'est pas la fin du chemin ?
- ... si. Il va falloir faire un peu d'escalade.

Effectivement, des rochers surplombaient le refuge, une petite falaise de trois mètres de hauteur environ, pas trop raide.

- Pas besoin de pause, on peut continuer.

Tezuka lui montra où poser les pieds pour arriver en haut des rochers, restant derrière lui à tout moment, avant de le rejoindre en haut.
Il passa ensuite devant, vu qu'il n'y avait plus de chemin à suivre à partir de là et qu'il se contentait de se frayer un chemin entre les arbres.
Oishi n'était pas particulièrement rassuré de quitter les sentiers balisés la nuit tombée alors qu'il n'avait rien emmené avec lui, mais il faisait assez confiance à Tezuka pour au moins se dire que le collégien savait parfaitement où il allait.
Perdu dans ses pensées, Oishi se prit les pieds sur une pierre qu'il pensait fixée dans le sol, et fit trois pas rapides avant de réussir à retrouver son équilibre.

- Ca va ??

Oishi sourit à son meilleur ami qui s'était arrêté dans sa progression et retourné vers lui.

- Je suis désolé, le chemin n'est pas très praticable. Mais on est presque arrivés.

Tezuka sembla hésiter un instant puis tendit sa main.

- Je ne veux pas que tu te blesses, je serais plus rassuré si... si...

Oishi attrapa la main de Tezuka avant que ce dernier n'ait terminé sa phrase.
A vrai dire, il se sentait aussi plus rassuré de marcher en pouvant s'accrocher à quelque chose d'un peu plus stable que lui.
Les deux collégiens reprirent leur marche, et au bout de quelques minutes, refirent face à des rochers.

- Il reste encore une légère pente à grimper et nous y serons.

Cette fois-ci, Tezuka passa devant, prit son élan, et arriva en haut sans vraiment qu'Oishi ait compris comment il avait fait.
Une fois en haut, il s'agenouilla à terre et tendit sa main à Oishi.

- Il n'y a pas de bonne prise ici et la paroi est glissante, alors accroche-toi à ma main et n'hésite pas à t'en aider en grimpant.

Oishi fit ce qu'on lui disait de faire et fut plus tiré en haut par Tezuka qu'autre chose.
Ce dernier se releva et essuya son pantalon avant de se remettre en route.
Plus par réflexe qu'autre chose, Oishi saisit sa main, même si le sol semblait de nouveau beaucoup plus praticable.

- C'est ici.

Tezuka lâcha la main d'Oishi, releva les branches d'un arbre et fit signe à Oishi de passer dessous.
La vue était saisissante.
D'un côté, il pouvait voir la ville à perte de vue, même si face à lui, il pouvait distinguer d'autres montagnes, séparées de celle sur laquelle il se trouvait par seulement quelques kilomètres d'habitations et de forêt.
Et de l'autre côté, la mer, s'étendant à l'infini, la lune se reflétant sur les eaux tranquilles de l'océan.
Par contre, il constata qu'une falaise assez à pic était juste sous ses pieds et il s'assit à terre avant de prendre peur.

- C'est incroyable.
- Hmm. Mais ça ne donne pas vers l'est. Impossible de voir un lever de soleil d'ici.

Oishi émit un petit rire.

- La vue de nuit n'est pas mal, ne t'inquiète pas.

Tezuka s'assit à côté d'Oishi et ouvrit son sac à dos, sortant un casse-croûte pour eux deux.

- J'espère... j'espère que tu ne regrettes pas d'être venu.
- ... non. Non, pas du tout. Merci, Tezuka.
- ... tout le plaisir est pour moi. Joyeux anniversaire.
_________________________________

- Je suis désolé.
- Tu ne devrais pas.
- Je suis désolé quand même. Je voulais vraiment passer cette journée avec toi. Pourquoi ma soeur a eu la mauvaise idée de naître le même jour que toi et de vouloir que je sois là à son anniversaire ???

Oishi émit un petit rire à la réaction d'Eiji et culpabilisa légèrement d'avoir passé la journée avec Tezuka.
Il avait vraiment passé une excellente journée pour son anniversaire, mais il supposait que dire ça à Eiji n'était pas une très bonne idée.

- En tout cas, je t'invite au cinéma un de ces soirs pour compenser... je suis vraiment désolé.
- Mais il ne faut vraiment pas, Eiji.

Oishi attrapa la main de son petit ami et déposa un court baiser sur sa joue.

- Si il faut ! Je déteste ma famille ! Déjà que je ne peux pas t'inviter à dormir parce que je partage ma chambre avec mon frère >< Pfff, c'est injuste !

Oishi émit un petit rire aux réactions d'Eiji et serra ce dernier dans ses bras, tentant de lui faire oublier sa frustration.

- Je t'ai déjà dit à quel point tu étais adorable, Eiji ?

Eiji fit un petit sourire satisfait en s'installant confortablement dans les bras d'Oishi.

- Hmmm, non, je ne crois pas. A quel point suis-je adorable ???

Oishi émit un petit rire avant de répondre.

- Trop. C'est mauvais pour moi.

Les deux garçons échangèrent un long baiser alors qu'Eiji tentait de trouver un moyen d'être encore plus proche d'Oishi.

- Tu n'as vraiment pas de chance, alors.
_________________________________

- Hunyaaaaaaa ^_______^
- ... ça veut dire ?

Eiji fit un grand sourire tout en lâchant le cou d'Oishi qu'il avait attrapé en lui sautant dessus.

- Bonjour.

Oishi répondit par un sourire à Eiji et les deux garçons se mirent à marcher côte à côte, Eiji attrapant sa main dans la sienne.

- On va prendre une glace ?
- Tu me l'offres ?
- Hnnn.. Oooooishiiiiiiii...

Les yeux d'Eiji se firent suppliants.

- Je paye déjà toujours les glaces de Momo et chibi-chan dans la semaine........... tu ne veux pas m'inviter, plutôt ????

Oishi émit un petit rire.

- Si tu veux.

Les deux collégiens entrèrent donc dans la boutique de ce qui était le glacier préféré d'Oishi depuis presqu'un an.
Eiji commanda une coupe qui fit regretter à Oishi de l'avoir invité et les deux garçons se dirigèrent vers le fond du magasin, Oishi souhaitant s'installer à sa table préférée, où la banquette formait un coin.
Mais la place était déjà prise... par...

- Tezuka !! Inuiiii ^______^ Ca va ?

Inui répondit par un sourire en redressant ses lunettes sur son nez alors que Tezuka se contenta d'acquiescer de la tête.

- Kikumaru. Oishi.

Oishi s'arrêta net, sentant son coeur se serrer bizarrement à la vue de son meilleur ami en compagnie d'Inui.

- On peut s'assoir ?
- Bien entendu.

Eiji tira une chaise et s'assit à côté d'Inui, en face de Tezuka, posant sa coupe de glace sur la table.
Oishi suivit son petit ami et s'assit face à Inui, rougissant quand sa jambe entra en contact avec celle de Tezuka sous la table alors qu'il prenait place.

- Je ne pensais pas que vous étiez du genre à aller manger des glaces. Surtout toi, Tezuka.

Inui fit un petit sourire.

- Je l'ai traîné jusqu'ici.

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez, faisant comme s'il n'était pas au centre de la conversation.
Il hasarda un regard vers Oishi et se rendit compte que ce dernier le regardait aussi.
Les deux collégiens ne purent s'empêcher de vite regarder ailleurs, comme si pris en faute.

Tezuka avait bizarrement chaud.
Mais... pourquoi ?
Il voyait Oishi régulièrement, et il en était venu à... oublier ce qu'il y avait eu entre eux, mais là, des souvenirs de ce qu'ils avaient partagé remontaient à la surface et il se sentait étouffer.
Et... et il se maudissait pour être avec Inui, il avait honte qu'Oishi le voit... avec un autre.
Et autant il savait que c'était stupide, autant il savait qu'il n'avait plus d'espoir avec Oishi, autant il ne pouvait s'empêcher de souhaiter que le regard de son meilleur ami se pose à nouveau sur lui, que d'un mouvement accidentel leurs jambes entrent à nouveau en contact.
...
... mais pourquoi Kikumaru était-il venu s'assoir à leur table ?

Ses pensées furent interrompues quand il sentit une main sur la sienne.
Celle d'Inui, sous la table, qui serrait doucement ses doigts des siens.
...
Qu'est-ce que c'était ?
Un encouragement ?
Une façon de lui dire quelque chose ?
Tezuka poussa un léger soupir qui passa inaperçu et serra la main d'Inui dans la sienne.
Ce n'était qu'un mauvais moment à passer.

_____________________________

- Oishi ?
- Hmm ?

Le collégien se tourna vers Eiji, se demandant si le garçon allait 'encore' proposer de s'amuser plutôt que de finir ce devoir de mathématiques.

- Pourquoi tu n'es plus avec Tezuka ?

Oishi se sentit rougir.

- Pourquoi tu demandes ça ?
- Parce que je veux savoir...

Il ne l'avait jamais dit à Eiji.
Il ne l'avait jamais expliqué, mais il ne l'avait jamais vraiment compris non plus.
C'était arrivé, c'est tout.

- Ca c'est fait, c'est tout. Je suppose que... qu'il est préférable que nous ne soyons qu'amis.
- Mais tu l'aimais.
- ... oui.
- Et tu l'aimes encore.

Eiji avait dit ça d'un ton sûr et sans équivoque.

- Pourquoi tu dis ça ?
- Ca se voit.

Eiji vint se blottir contre Oishi.

- Tu l'aimes, hein ?
- ... je... je ne sais pas.
- Alors moi je te le dis. Tu l'aimes à en mourir. Tu n'as jamais cessé de l'aimer.

Oishi sentit son coeur se serrer mais n'osa rien dire, rien répliquer.
Il n'osa pas non plus s'écarter d'Eiji.

- Oh, bien sûr, tu m'aimes aussi. Mais pas de la même façon. Pas 'comme ça'. ... Pourquoi vous vous êtes séparés ?
- Parce que... parce qu'il pensait que je serais mieux avec toi.
- Et c'est le cas ?
- ... je ne sais pas.
- Pourquoi tu l'as écouté ?
- Je pensais qu'il ne m'aimait plus.

Eiji attendit un peu avant de répondre.

- Tu le penses toujours ?
- Oui... il est avec Inui et... ils semblent bien tous les deux ensemble.
- Tu es vraiment complètement aveugle.
- Co... comment ça ?
- Combien de fois tu as vu Tezuka sourire ?
- Je ne sais pas, je ne compte pas. Quand même. Il sourit de temps à autre.
- Nous, on compte. C'est un grand concours. Dis-moi à peu près combien de fois tu as vu Tezuka sourire depuis le début de l'année scolaire, on va dire.
- Bah, je ne sais pas... dix fois ? Peut-être quinze...
- Fuji est fier parce qu'il a vu Tezuka sourire trois fois. Dans l'intégralité de sa scolarité à Seigaku. C'est lui qui est en tête du concours en ce moment.
- Où veux-tu en venir ?

Eiji poussa un long soupir.

- Il t'aime, imbécile ! Il était juste jaloux !
- ... tout n'est pas si simple, Eiji.
- Ca le serait si on vous mettait l'un en face de l'autre et si on vous obligeait à dire ce que vous ressentez >_< Nyaaaa, je déteste les histoires comme ça. Vous êtes stupides tous les deux !!

Eiji s'écarta d'Oishi et commença à faire les cent pas dans sa chambre.

- E... Eiji...

Eiji lui fit un regard un peu courroucé, qui ne faisait pas vraiment peur vu que c'était Eiji.

- Eiji, je ne peux rien faire...
- Sors.
- Quoi ?
- Allez, houste, va-t-en.
- Mais mais mais...
- Et réfléchis à ce que je t'ai dit.

Oishi fit une mine renfrognée mais saisit ses affaires et se leva.

- C'est ta manière de me plaquer ?

Eiji le regarda fixement et poussa un soupir avant de s'approcher et de l'embrasser.
Passionément, même si le baiser fut très court.

- Qu'est-ce que tu crois ?? Que ça ne me fait pas de peine ?
- Eiji...

Oishi passa un bras autour du corps du collégien.

- J'étais... content de t'avoir pour moi.

Eiji renifla et Oishi reserra son étreinte.
Les deux jeunes gens restèrent ainsi pendant de longs moments puis Eiji poussa un peu Oishi et ce dernier se décida à partir.

- Oishi... fais-moi plaisir, sois heureux. Fais quelque chose pour arranger ça. Je déteste les histoires d'amour qui finissent mal.

________________________________


Il avait beaucoup réfléchi à ce qu'avait dit Eiji.
Mais il n'était arrivé à rien.
D'un côté, il savait très bien que ça n'avait jamais été "pareil" avec Eiji.
Mais il ne s'était jamais dit que ça pouvait être simplement parce qu'il n'aimait pas le jeune homme de la même manière que Tezuka.
Le soir même du jour où Eiji l'avait étrangement laissé tomber, ce dernier l'avait appelé, pour s'expliquer un peu.
Eiji arrivait souvent à être plus calme ou plus sérieux après quelques heures de reflexion.
Il savait être convaincant, aussi, et Oishi ne pouvait s'empêcher de croire tout ce que son partenaire de doubles mettait en avant.

- Il t'a déjà dit qu'il ne t'aimait plus ?
- ... non.
- Tu vois bien !
- Ca... ça ne veut rien dire... il ne voulait peut-être pas me faire de mal...
- Oishi !
- ...
- ... arrête de raconter des bêtises. De toute façon, même s'il ne t'aimait pas (ce qui n'est pas le cas), toi tu l'aimes, c'est important aussi.
- Je...
- Alors il va falloir te bouger pour le récupérer.
- ... Eiji, je...
- Allez, plus vite que ça, qu'est-ce que tu attends pour l'appeler ??
- Eiji, ce n'est pas sérieux. Je ne connais pas mes propres sentiments à l'heure actuelle, et je te rappelle qu'il est pris.
- Donc tu ne vas rien faire ?
- Pas pour l'instant.
- ... imbécile.
- ... merci.
- Préviens-moi quand tu te décideras à bouger.
- Hmm.
- Passe une bonne soirée quand même.
- Toi de même.

Oishi raccrocha le téléphone et s'effondra sur son lit.
Tout était si... compliqué.
Tezuka, Eiji, tout.
D'un côté, il savait très bien qu'Eiji avait raison, et qu'il n'avait jamais ressenti pour lui la "même chose" que pour Tezuka. Mais il ne savait pas très bien où finissait l'amitié et où commençait l'amour qu'il portait à chacun d'entre eux.
Il ne savait pas vraiment quoi faire, mais il se rendait compte que c'était peut-être plus simple d'être juste l'ami des deux et... de voir ce qui allait arriver.
Il ferma les yeux et l'image de Tezuka se forma dans son esprit.
Il se rendait compte qu'en ce qui concernait Tezuka, il n'avait de toute façon pas le choix. Il ne pouvait pas être plus que son ami. Après tout, Tezuka l'avait largué, s'était trouvé quelqu'un d'autre et n'avait jamais essayé de faire quoi que ce soit pour lui dire qu'il l'aimait toujours.
Même s'il avait envie d'être avec lui, il ne pouvait pas.
Oishi se mit à rougir à cette pensée, et à toutes celles qui l'accompagnaient, souvenirs du temps où ils étaient ensemble.
Il rouvrit les yeux et tenta de penser à autre chose.
Non, il ne voulait pas encore s'avouer qu'il connaissait parfaitement ses sentiments et n'avait comme seule perspective d'être malheureux.
Parce qu'il ne pourrait jamais récupérer ce qu'il avait perdu.
_____________________________

- Jeu, set et match, Tezuka.

Encore essoufflé, Tezuka se rapprocha du filet et serra la main d'Inui.
Il n'avait pas eu autant de difficultés lors d'un match depuis... depuis bien longtemps.
Il avait été obligé d'utiliser certaines de ses ressources qu'il aurait préféré garder pour lui, mais...
... il n'aurait pas pu laisser Inui l'emporter.

Inui quitta le terrain, mais Tezuka savait que le jeune homme n'avait pas mal pris sa défaite, et qu'ils se retrouveraient un peu plus tard.
Là, c'était son devoir de capitaine qui l'attendait et il se dirigea vers Oishi, qui comme la moitié du club, était aux abords du terrain sur lequel le match venait de se jouer.

- Joli match.
- Merci.

Les deux garçons se dirigèrent vers le panneau des résultats.
Il ne restait presque plus aucun match à jouer, et il paraissait évident que les réguliers seraient les mêmes, à l'exception de Momoshiro qui laissait sa place à Inui.

- Tu as perdu contre Echizen ?
- Hmm.
- ... après tout, tu restes meilleur pour les doubles.
- Ne me cherche pas d'excuse, il est meilleur que moi.
- ... hmm.
- Comment va-t-on organiser l'équipe, maintenant ? Je ne pensais pas qu'Inui puisse être aussi fort.
- On verra ça avec Ryuzaki-sensei. Kaidô et Kawamura devront sûrement jouer en doubles...
- ... ensemble ?
- Hmm... je ne pense pas. Fuji et Kawamura sont de bons partenaires, mais...
- ... c'est gâcher Fuji que de le mettre en Doubles 2, hein ?
- Peut-être. Mais il faut bien quelqu'un en Doubles 2...

Oishi émit un petit rire.

- Tu te souviens ?
- ... quoi ?
- Le premier match que j'ai joué en compétition. Tu avais insisté auprès du capitaine pour jouer en doubles avec moi. Le Doubles 2.
- Le capitaine avait voulu me tuer à cette époque.

Un court silence prit place.

- C'était un beau match.
- Hmm.
- On n'a plus jamais joué ensemble.
- Non.
- Mais tu n'es pas vraiment un joueur de doubles...
- ... Non.

D'un accord tacite, les deux collégiens commencèrent à marcher vers les vestiaires.

- Tu fais quelque chose, ce soir ?
- ... je vais chez Inui.
- ... oh. Tant pis. Une autre fois, sûrement ?
- Oui, une autre fois.

Oishi regarda Tezuka s'éloigner avec un pincement au coeur, laissant échapper un petit soupir.
Il sursauta en sautant une main posée sur son épaule.
C'était Eiji, qui semblait avoir un petit air pénaud.

- Tu te rends compte que tu l'aimes encore, hein ?
- ... je crois.

La main sur son épaule émit une petite pression confortante et Oishi poussa un nouveau soupir.

- Tout s'arrangera, tu verras.
_______________________________

- Ton bracelet...
- Il s'est rompu pendant le match.

Tezuka contempla le poignet nu d'Inui.
Il s'était habitué à la présence de ce bracelet, c'était étrange qu'il ne soit plus là.

- ... tu avais fait un voeu ?

Un court ricanement s'échappa des lèvres d'Inui.

- Te battre. Ca ne marche pas bien, hein.
- Tu n'as peut-être pas précisé "au tennis"...

Tezuka laissait ses doigts filer sur le poignet d'Inui, caressant la peau à l'endroit où avait été le bracelet.

- Qu'est-ce que tu fais ?
- ... rien.

Inui reserra ses bras autour de Tezuka.

- Tu ne fais rien, tu ne penses à rien... ce n'est pas ennuyeux ?
- ... hmmm.

Tezuka se contenta de se rapprocher un peu d'Inui, continuant de caresser son poignet.

- Tu veux sortir ?
- ... non. Ca te gêne de juste rester là avec moi ?
- Non, bien sûr que non.
- Tu peux faire autre chose, si tu veux. ... Aller à l'ordinateur ou... enfin...

La voix de Tezuka était hésitante.
Quelque part, il se demandait pourquoi Inui restait avec lui.
Pourquoi il le traîtait ainsi, alors qu'il ne le méritait pas du tout.
Il se retourna vers le visage de son petit ami, cherchant une réponse derrière les imposantes lunettes d'Inui.
Un léger sourire flottait sur les lèvres d'Inui et Tezuka était certain que la raison de ce rictus lui était inconnue.

- Qu'est-ce qui se passe ?
- ... rien, tu es mignon.

Les sourcils de Tezuka se levèrent, montrant qu'il ne comprenait pas bien ce que faisait cette phrase dans la conversation.

- ... ah.
- Tu as quelque chose à dire, aujourd'hui.
- ... ah ?
- J'en suis certain.

Tezuka réfléchit un peu.
Oui, peut-être...

- Tu... tu ne restes avec moi... que pour me battre un jour ?

Le sourire d'Inui s'accentua.

- Tu vois quand tu veux.
- J'ai droit à une réponse ?
- Non, bien sûr que non. Bien sûr, te battre est un de mes objectifs. Un objectif au tennis. Il y a plus que ça dans ma vie. Tu représentes plus qu'une activité extra-scolaire.

Tezuka laissa son visage reposer contre le torse d'Inui et ferma les yeux quand les bras du jeune homme se refermèrent sur lui, poussant un léger soupir quand les doigts de son petit ami vinrent jouer dans ses cheveux.

- Ca te fait plaisir ?
- Quoi ?
- Que tu représentes quelque chose pour moi ?

Tezuka réfléchit un instant.

- C'est juste que je ne te comprends pas. Et...

Oui, il culpabilisait.
Il culpabilisait d'être si bien dans les bras d'Inui, alors qu'il aimait quelqu'un d'autre, en sachant pertinnement qu'il ne pourrait jamais que faire souffrir ceux qui tenaient à lui.

- ... et la réciproque est fausse, c'est ça ?

Tezuka redressa son visage, cherchant les yeux de son petit ami des siens.

- Inui... je suis... je suis tellement désolé.
- Il ne faut pas. Il ne faut vraiment pas.

Une des mains d'Inui vint se placer contre la joue de Tezuka, écartant les mèches rebelles du collégien.

- Je l'ai su dès le début, et tu ne l'as jamais caché. Je ne me suis jamais attendu à ce que... tu ressentes vraiment plus pour moi. J'ai espéré... mais je savais bien qu'il y avait peu de chances...

Tezuka déposa ses lèvres sur celles d'Inui et ne bougea plus, tentant d'oublier... de tout oublier.
Puis ses lèvres se déplacèrent, embrassèrent le menton d'Inui avant de passer dans son cou, tremblant en déposant de légers baisers dans la gorge de son petit ami.
Ses mains remontèrent le long des flancs d'Inui et défirent les premiers boutons de sa chemise, écartant les pans de cette dernière pour laisser un meilleur accès à sa bouche.

- Tezuka... qu'est-ce que tu fais ?
- ... ce n'est pas évident ?
- Tu penses que c'est intelligent ?
- ...
- Tezuka.

Le regard d'Inui était dur, un peu inquiet.

- Je ne le regretterai pas. Et j'espère toi non plus.
- Ca, ça m'étonnerait.

Inui fit un petit sourire et Tezuka s'appuya à nouveau sur son torse, y calant son menton, poussant un léger soupir en sentant la main d'Inui glisser dans sa nuque.

- Je suis bien avec toi.
- Je sais.

Tezuka déposa un nouveau baiser dans le cou d'Inui.

- Et je tiens à toi.

Les mains d'Inui glissèrent lentement dans son dos, caressant pour la première fois certaines parties du corps de Tezuka.

- Tezuka...
- Et comme j'ai la tendance de tout gâcher avec les rares personnes auxquelles je tiens, je ne veux pas perdre... ce que nous partageons.

Inui fit un léger sourire, ses mains ne voulant plus s'arrêter de caresser le dos de son petit ami.

- Je te promets que quoi qu'il arrive, je ne te détesterai pas. Nous sommes amis, non ?
- ... Oui.

Le sourire d'Inui s'accentua alors qu'une de ses mains passait dans les cheveux de Tezuka, le décoiffant totalement.
Un long silence prit place alors que les deux garçons continuaient de s'observer.

- Tu es mieux avec la raie de ce côté.
- ... ah ?
- Oui.
- Je ne pensais pas que ça changeait quelque chose.

Inui arrangea un peu plus les cheveux de Tezuka, ses doigts glissant dans les longues mèches brunes sans vouloir en ressortir.
Tezuka glissa un baiser sur la joue d'Inui puis s'écarta légèrement, se laissant reposer à moitié sur le lit et à moitié sur son petit ami.

- Tu ne devrais pas être si gentil avec moi.
- Je fais toujours ce qui me plaît.

Tezuka passa une main dans ses cheveux, mais résista à l'envie qu'il avait de remettre sa raie du "bon" côté.

- Je vais rentrer.
- Tu ne veux pas passer la nuit ici ?
- J'ai besoin de réfléchir.

Inui passa une main sur sa joue et esquissa un sourire.

- Tu ne peux pas réfléchir ici ?
- ...

Un silence prit place, Tezuka ne voulant pas dire non, Inui réfléchissant à comment il allait pouvoir tourner sa prochaine phrase.

- Tu vas réfléchir à... notre relation ?
- ... peut-être.

Les doigts d'Inui se mirent à jouer avec une mèche de cheveux de Tezuka, ce dernier trouvant de plus en plus difficile de quitter la chambre du jeune homme.

- Tu me quittes pour un soir ou pour toujours ?

Tezuka releva les yeux vers le visage d'Inui, interloqué.
Il n'avait pas vraiment pensé à ça.

- ... pour ce soir... je crois...
- Tu sais que tu es toujours le bienvenu.

Inui fit un dernier sourire à Tezuka et récupéra sa main, montrant qu'il était près à laisser partir son petit ami.
Tezuka hésita un instant puis se mit en mouvement, et glissa un léger baiser sur les lèvres d'Inui.

- Merci... pour tout.

Tezuka finit de se relever et attrapa son sac à terre.

- Passe une bonne soirée à réfléchir.

Tezuka remonta ses lunettes sur son nez et quitta la pièce, un peu embarassé sans vraiment savoir pourquoi.
______________________

L'atmosphère au club était insoutenable aujourd'hui.
Tout le monde avait remarqué l'absence prolongée de Momoshiro, et les première année commençaient à vraiment s'inquiéter à son sujet.
Oishi aussi.
Momo était encore jeune, ce n'était qu'une défaite... il ne devait pas tout abandonner pour ça.
Après tout, le jeune homme serait peut-être capitaine ou vice-capitaine l'année suivante.
Oishi ne voulait pas que Seigaku perde un seul de ses membres, régulier ou non, bon ou pas.
Il poussa un léger soupir, se demandant s'il pourrait servir à quelque chose pour régler ce problème.

- Pff, Momo aurait dû venir aujourd'hui, j'aurais pu me moquer de lui.

Oishi se retourna, interloqué par les paroles de son partenaire de doubles.

- Eiji !! C'est cruel !

Eiji ne pouvait donc pas comprendre la souffrance de Momo ?
Ou au moins la respecter ?

- Bah, c'est sa faute d'être aussi bête et de ne pas venir pour ça...
- Eiji !!!

Eiji s'approcha d'Oishi, sembla remarquer quelque chose et se mit à pouffer de rire.

- Mwahahahaha, tu portes ton haut à l'envers !!!

Le coup partit sans même qu'il ne s'en rende compte, envoyant Eiji à terre.
Et il réalisa ce qu'il avait fait.

- Eiji ! Excuse-moi !!!

Il tendit une main à son partenaire de doubles qui fut rejetée.
Oishi mordit sa lèvre inférieure, s'en voulant atrocement pour ce qu'il venait de faire.
Il n'avait pas réfléchi.
Il ne se serait jamais cru capable de ça.

- Si c'est comme ça tu n'es plus mon partenaire de doubles !

Taka-san s'interposa, tentant de raisonner Eiji, alors qu'Oishi essayait de rester calme.

- Si c'est ce que veut Eiji, on n'a pas le choix.

Oishi était désolé de son geste, mais il continuait de penser qu'Eiji avait eu tort de se moquer de Momoshiro, et il avait bien sûr été vexé que le jeune homme puisse décider de ne plus jouer avec lui sur un coup de tête.
Au final, l'engueulade avait continué, les deux collégiens se rapprochant et tentant de prouver qu'ils avaient chacun raison, et Oishi pouvait sentir la respiration d'Eiji sur son visage tellement ils étaient proches.

- Oishi ! Kikumaru ! 20 tours de terrain !
- Ce n'est pas ce que tu crois !!!

Oishi s'écarta rapidement d'Eiji, puis réalisa ce qu'il venait de dire.
Il avait réagi comme si... comme si Tezuka était son petit ami et l'avait surpris avec un autre...
Ce n'était pas le cas.
Oishi sentit son coeur se serrer.
Au fur et à mesure que les jours passaient, il se rendait compte qu'Eiji avait peut-être, voire sûrement raison. Il aimait encore Tezuka.
Enfin... c'était l'impression qu'il avait.
Il arrivait à maîtriser ses sentiments sans trop de problème quand il était en tête-à-tête avec son meilleur ami...
... mais quelques moments avaient été difficiles...

Ce jour où son oncle avait dit que Tezuka était totalement guéri.
Il avait l'impression que cette victoire était aussi la sienne.
Et quand Tezuka lui avait souri, Oishi avait eu l'impression qu'il n'avait pas vu ce spectacle depuis des années.
Il avait senti son coeur bondir, se serrer, exploser, il ne savait pas bien.
Il avait eu envie de féliciter Tezuka en le serrant dans ses bras, il avait failli lui dire tant de choses, mais le sourire de son meilleur ami l'avait coupé dans son élan.
Quand il lui avait dit, quelques minutes après être sortis de l'hôpital, qu'il ne l'avait pas vu sourire si franchement depuis longtemps, et que Tezuka avait répondu simplement qu'il n'avait pas eu de bonnes nouvelles depuis longtemps, Oishi n'avait pu s'empêcher de culpabiliser.
Etait-ce à cause de lui ?
Est-ce que cette séparation l'avait conduit à être... malheureux ?
Est-ce qu'il était possible que tout redevienne comme avant ?

Oishi s'hasardait à espérer de temps à autres, mais n'osait rien dire, rien faire.
Tezuka était encore avec Inui.
Enfin, semblait.
Les deux garçons passaient apparemment de moins en moins de temps ensemble, Tezuka passant à nouveau plus de temps avec son meilleur ami.
Après tout, il n'aurait jamais pensé que Tezuka aurait remis les pieds chez lui et passer toute une journée avec lui pour fêter son anniversaire.
Contrairement à ce qu'aurait pu penser Oishi, il ne ressentait que peu de gêne en étant proche de Tezuka, à part quand le jeune homme le surprenait alors qu'il le regardait, où quand Inui était dans les parages, lui rappelant par sa simple présence que Tezuka n'était plus "à lui".

Et jusqu'à présent, et bien qu'ils se soient séparés, Eiji avait été son meilleur support.
La seule personne au courant, la seule personne qui le soutienne...
... et ils venaient de se disputer comme... comme jamais.
Il avait frappé Eiji, chose qu'il ne se serait jamais imaginé faire, même si le garçon savait être énervant.
Il s'en voulait horriblement et avait l'étrange impression qu'il ne serait plus jamais à même de faire quoi que ce soit correctement.

Alors qu'il entamait son deuxième tour de terrain, Oishi suivit des yeux la silhouette de Tezuka qui s'éloignait à nouveau, se demandant si un jour les choses s'arrangeraient.

- Ce n'est pas comme ça que tu vas y arriver.
- E... Eiji !

Le jeune homme lui souriait de toutes ses dents.

- Excuse-moi, pour tout à l'heure.
- Hmmm... je ne sais pas. Tu m'as fait mal !
- Excuse-moi excuse-moi excuse-moi. Je peux faire quelque chose ? Je peux te trouver de la glace si tu veux, et je peux t'emmener chez...
- Oishi, je rigolais.
- ... ah.

Un petit silence prit place.

- Je suis doué pour me fâcher avec les gens que j'aime le plus, apparemment.
- ... il s'est passé quelque chose avec Tezuka ?
- Rien de nouveau.
- Il ne se passe jamais rien entre vous, c'est ça qui est désespérant. S'il est assez aveugle pour ne pas voir que tu pousses d'énormes soupirs béats à chaque fois qu'il s'approche, il va peut-être falloir que tu lui 'dises', non ?
- Non.
- Mais pourquoi ?
- S'il m'a quitté, il y avait bien une raison, non ?
- Tu n'as rien à perdre.
- Son amitié.
- Tezuka serait un bien piètre ami si son amitié disparaissait pour si peu. Est-ce que tu arrêtes d'être mon ami parce que je t'aime ?

Oishi rougit légèrement.

- Non, bien sûr que non.
- Une des rares choses que je sache à propos de Tezuka, c'est que c'est quelqu'un de bien. Il n'irait pas te rejeter totalement pour ça.

Un nouveau silence prit place.

- Je crois quand même que je préfère ne rien faire plutôt que de risquer un "non".
- Trouillard.
- Un peu.

Eiji émit un petit rire et posa une main sur l'épaule d'Oishi.
Ce dernier ne dit rien, se contemplant d'apprécier le court silence dans leur conversation.
C'était si rare que rien ne soit dit pendant plus d'une minute quand il était avec Eiji.
Mais il aimait ce genre de silence, partagés avec un ami, il aimait quand tout était dit, d'une manière ou d'une autre, et que juste la présence de chacun suffisait à "dire" quelque chose.
Oui, il aimait le silence. Après tout... il aimait Tezuka.
Oishi émit un petit rire sans le vouloir et d'une toute petite voix, demanda :

- Réconciliés ?
- Bien entendu !

Eiji lui sourit de toutes ses dents et il ne put s'empêcher de passer une main dans les cheveux de son partenaire de doubles alors qu'ils finissaient leur troisième tour.
Plus jamais il ne perdrait un ami.
___________________


- J'ai toujours su que tu avais de drôles de goûts, mais là...

Inui leva un sourcil interrogatif et attendit que Tezuka s'explique.

- ... Kaidô ?
- Jaloux ?
- ... non, amusé. Je ne pensais pas que tu t'entendais bien avec lui.
- Je m'entends bien avec tout le monde. A part toi, je n'ai pas de privilégié.

Tezuka réfléchit une seconde à l'affirmation d'Inui.
C'est vrai que contrairement à la plupart des autres membres du club, Inui ne semblait pas avoir tellement d'affinités particulières.
Pas une amitié comme celle qui liait Fuji à Kawamura, pas non plus de haîne comme entre Momoshiro et Kaidô... non, Inui était "égal" avec à peu près tout le monde, même s'il semblait jusqu'alors préférer la compagnie des troisième année.
Et lui était "privilégié"...

- Hmmm...
- Kaidô a un énorme potentiel.
- Echizen aussi.
- Je n'ai pas envie de jouer avec quelqu'un qui ne m'écoutera pas, non plus...
- Hmm.
- Et Kaidô a 'besoin' d'aide pour progresser comme il se doit.
- Ce n'est pas nécessaire de te justifier, tu sais...
- Oui, je sais. De toute façon, le jour où je voudrais mettre quelqu'un d'autre dans mon lit, tu seras le premier informé, je te le promets.
- ...
- Tu ne trouves pas ça gentil de ma part ?

Tezuka poussa un léger soupir.

- Tu sais, si tu en as envie, ne te gêne pas pour moi.

Inui émit un petit rire grave.

- J'attends que tu me quittes "officiellement".
- Tu dis ça comme si tu n'attendais que ça.
- C'est que je sais que ça arrivera bien un jour ou l'autre.
- ...

Un silence prit place, Tezuka restant immobile dans les bras d'Inui.

- Tezuka ?
- ... hmm ?
- Ne culpabilise pas pour ce que je dis. Je serai toujours heureux de ce que tu voudras bien me donner.
- Hmm.

Tezuka ferma les yeux, prenant une longue inspiration.
Bizarrement, il aimait l'odeur d'Inui.
Avec le temps, elle était devenue rassurante, synonyme de chaleur et de calme.
Elle était étrange pourtant. Sûrement à cause de tous les composés chimiques avec lesquels le collégien s'amusait.

- Tu es en train de t'endormir...
- ... hmm.
- Tu veux dormir ici ?
- Tu veux que je dorme ici ?

Inui émit un petit rire en remontant ses lunettes sur son nez.

- Oui, parmi tant d'autres choses.
- ... alors je vais rester, peut-être.
- Pour me faire plaisir, hmm ?

Ca ne servait à rien d'essayer de cacher quelque chose à Inui, et Tezuka le savait.

- Oui.
- C'est gentil de ta part.
- Ca ne rachètera pas mon comportement.
- Tezuka... tu fais déjà la tête en permanence, tu n'as pas besoin d'en rajouter une couche.
- ... je ne comprends pas ton attitude, c'est tout.
- Et ?
- Et je me dis qu'à ta place, je prendrais tout ça beaucoup plus mal.
- "Tout ça" ?
- ... je sors avec toi, je reste avec toi, je ne suis pas amoureux de toi.
- Et ?
- Et ce n'est pas juste.
- ... d'après toi. Tout ça reste très subjectif. Je n'ai pas l'impression d'être floué. Donc tu n'as pas à culpabiliser.
- Tu n'es pas... frustré par cette situation ?
- Si j'était frustré par quelque chose, ce serait seulement par le fait qu'on ne couche pas ensemble.
- ... imbécile.

Inui passa une main dans le cou de Tezuka, caressant doucement la base de son cuir chevelu alors qu'un silence prenait place.

- ... Désolé de ne même pas te donner ça.
- Je ne suis pas désespéré à ce point, non plus.
______________________________________

Ce n'était pas la première fois qu'il dormait chez Inui. Non, de loin pas. Mais il n'avait jamais dormi 'avec' le jeune homme, en fait.
A chaque fois, Inui avait plus ou moins "débarassé" une partie du sol de sa chambre pour installer un futon quand ils jugeaient qu'il était temps d'aller dormir.
Cette fois-ci, Tezuka était comme à son habitude resté dans les bras d'Inui, sur son lit, et les deux garçons s'étaient mis à lire, chacun un livre, profitant juste de la chaleur de l'autre.
Quand Tezuka avait émis un baillement, Inui avait refermé son livre et avait commencé à bouger.

- Je vais sortir le futon.

Et Tezuka s'était contenté de s'accrocher au haut de pyjama d'Inui et de l'empêcher de se lever.

- ... je sais que je prends de la place... mais je peux rester là ?
- ... bien entendu.

La main d'Inui s'était retrouvée dans les cheveux de Tezuka alors que le jeune homme s'était rassis, adressant un léger sourire à son petit ami.

- Si je te dérange, dis-le moi.
- ... Tu ne me déranges jamais.

Tezuka ferma les yeux un court instant, ayant bizarrement l'impression d'avoir déjà vécu cette scène.
Il s'écarta légèrement d'Inui et s'étendit après avoir retiré ses lunettes.
Inui lui fit un nouveau sourire et s'apprêtait à éteindre la lumière quand la main de Tezuka retint son poignet.

- Tu ne veux pas enlever tes lunettes 'avant' d'éteindre la lumière, pour une fois ?
- ... pas vraiment.
- Pourquoi ?
- Parce que contrairement à toi je ne vois rien sans.
- Ne t'en fais pas, j'éteindrai la lumière.

Une des mains de Tezuka s'était dirigé vers le visage d'Inui, caressant doucement sa joue.

- Alors ?
- J'ai droit à quoi en échange ?
- Tu ne devrais pas avoir le droit à quelque chose en particulier vu que je suis myope aussi et que je ne verrai pas grand chose.

Inui émit un petit rire.

- Je suppose que c'est le prix à payer pour t'avoir dans mon lit.

Il retira ses lunettes et les posa sur sa table de nuit avant de se coucher auprès de Tezuka.

- J'espère que tu es content.
- Je ne vois absolument rien. Je ne pourrais même pas dire de quelle couleur sont tes yeux, là.
- C'est normal, ils sont fermés.

Tezuka pinça la peau d'Inui sous ses doigts et se rapprocha du corps de son petit ami.

- Ouvre-les et j'éteins la lumière.

Inui ouvrit les yeux, fit un sourire à son petit ami puis posa une main sur la taille de Tezuka, avant de l'attirer à lui et de refermer les yeux.

- Tu peux éteindre.

Tezuka déposa un baiser sur le front de son petit ami et éteignit la lumière avant de s'installer confortablement contre Inui.

- Je n'ai pas eu le temps de voir grand chose.
- Je sais.
- Je pourrais voir tes yeux un jour où j'aurais mes lunettes sur le nez ?
- Je ne sais pas. Je risque de te demander de sourire en échange.

Tezuka poussa un soupir.

- D'accord, oublions ça.

Il s'étira légèrement, passa une jambe entre celles d'Inui et un bras par-dessus le corps de son petit ami avant de fermer les yeux.

- Bonne nuit.
- ... tu peux dormir comme ça ?
- Comment ça ?
- Ben... collé à moi.
- ... c'est justement pour ça que je t'ai demandé si je pouvais dormir avec toi. Je te dérange ?

Tezuka s'écarta légèrement, prenant conscience que la chaleur d'Inui le faisait se sentir assez bien pour oublier tous ses questionnements, tous ses doutes.

- Non, tu ne me déranges pas. C'est juste... que ça va être difficile de dormir alors que tu es... si proche de moi.

Tezuka réalisa alors qu'Inui ne se permettait rien. Les mains du jeune homme n'étaient pas sur son corps, ne l'encerclaient pas comme seulement un quart d'heure auparavant quand ils étaient assis dans les bras l'un de l'autre.

- Excuse-moi. On n'est pas obligés de dormir tout de suite.
- Sûr ?
- Hmm. Je ne suis pas fatigué et je veux juste profiter de ta chaleur encore un peu. Je m'écarterai pour que tu puisses dormir dès que tu le souhaiteras.

Tezuka sentit une des mains d'Inui glisser dans ses cheveux et il embrassa le bout du nez de son petit ami.

- Merci.

Tezuka se sentit frissoner un court instant sans vraiment savoir pourquoi puis captura les lèvres d'Inui des siennes.
Il donnerait ce qu'il pourrait en échange de l'abri que lui procurait le corps et les paroles d'Inui, en échange de toutes les attentions que le jeune homme lui offrait.
Inui mit quelques longs instants à répondre au baiser et à encercler le corps de son petit ami de ses bras, ses mains caressant le plus doucement du monde le dos de son petit ami à travers la fabrique de son pyjama, même si le jeune homme semblait particulièrement attentif à ne pas faire 'plus' que de raison.
Tezuka approfondit le baiser et glissa une main sous le haut d'Inui, caressant doucement le ventre de son petit ami.

- Te... Tezuka !

Tezuka arrêta toute activité et s'écarta d'Inui, juste un peu.

- Oui ?
- Tu... je...

Tezuka regarda Inui chercher ses mots d'un oeil amusé.

- ... C'est rare de t'entendre perdre ta langue.

Un silence suivit et Tezuka réalisa que la main d'Inui qui était encore dans son dos tremblait.

- ... je suis désolé.

Il se détestait. Il se détestait parce qu'il gâchait absolument tout ce qu'il entreprenait. Parce qu'il voulait remercier Inui et qu'il ne le faisait que souffrir.
Il déposa un baiser sur la joue de son petit ami et sentit une larme s'échapper d'un de ses yeux.

- Excuse-moi.

Inui déglutit avec difficulté puis passa une main sur sa joue.

- Tu... pleures ?

Tezuka voulut s'écarter, voulut partir le plus loin possible, mais ne réussit qu'à enfouir son visage dans le creux de l'épaule d'Inui et à serrer le corps du jeune homme contre le sien.
Il ne répondit pas.
Ce serait stupide de nier.
Et stupide de dire "oui".
Il se détestait.

- Il ne faut pas. Tu n'as rien fait de mal.

Les bras d'Inui l'encerclèrent à nouveau et le jeune homme commença à le bercer doucement.

- S'il te plaît, je déteste te voir souffrir.

Tezuka sentit ses pleurs redoubler sans qu'il ne puisse s'en empêcher.
Il voulait vraiment arrêter. Il en avait assez d'embêter Inui avec ses problèmes, avec sa maladresse.

- Tezuka.... je t'aime, alors, s'il te plaît, pour moi, oublie ce qui te fait mal.

Tezuka sentit son coeur se serrer encore un peu plus.
Combien il était heureux d'entendre ces paroles, heureux d'être aimé, heureux que quelqu'un soit là pour lui.
Et il se détestait pour ça.
Il ne le méritait pas. Il ne méritait pas ces paroles, ne méritait pas cet amour, ne méritait pas qu'on se préoccupe de lui ainsi.
Mais il ne voulait pas non plus décevoir celui qui prenait la peine de rester auprès de lui.
Du revers de sa main, il essuya ses larmes et déposa un nouveau baiser sur la joue d'Inui.

- Merci... je t'aime aussi.
- Tu n'as pas besoin de mentir, non plus.
- Je ne mens pas. Je ne suis pas amoureux de toi mais... je t'aime parce que tu es là pour moi. Parce que je suis heureux d'être avec toi.

Inui passa une main dans les cheveux de Tezuka et émit un petit rire.

- Tu viens de te rendre compte de ce qu'est un ami.
- Tu es plus qu'un ami.
- Un tout petit peu plus, hmm.
- Hmm.
- Mais ça fait toujours plaisir d'entendre ça.

Tezuka reposa sa tête sur le torse d'Inui et se laissa bercer par le doux rythme de la respiration d'Inui.

- Ca te gêne que je reste aussi près ?
- Non... je pense être capable de me contrôler.

Tezuka déposa un baiser sur le coeur d'Inui et attrapa une des mains du jeune homme.

- Tu n'es pas obligé de tout t'interdire non plus.

Il posa la main sur sa hanche puis se réinstalla confortablement, alors que ses mains à lui glissaient doucement sur le corps d'Inui, restant par-dessus les vêtements.

- Et dis-moi si tu veux que je m'arrête.

Inui émit un petit rire.

- Tu crois vraiment que je "veuille" que tu t'arrêtes ??
- Hmmm... non.

Tezuka enjamba le corps d'Inui, s'asseyant à cali-fourchon par-dessus son petit ami avant de se pencher et de l'embrasser à nouveau.
Cette fois-ci, Inui mit moins de temps à lui répondre, même si l'unique main qu'il avait sur le corps de Tezuka ne bougeait absolument pas.
Le baiser prit fin assez rapidement, aucun des deux garçons ne sachant vraiment ce que serait la suite.

- Tezuka...?
- Hmm ?
- Tu comptes... aller jusqu'au bout ?
- ... je ne sais pas.

Un nouveau silence prit place et Tezuka se laissa de nouveau reposer sur le corps d'Inui.

- ... je suppose que oui.

La main d'Inui s'était remise à trembler légèrement, mais cette fois-ci, Tezuka se contenta de caresser doucement la joue de son petit ami en attendant une réponse.

- ... alors... je suppose que c'est le moment de le dire...
- ... quoi ?
- Que c'est... ma première fois.

Tezuka écarquilla les yeux et essaya de forcer son cerveau à gérer cette information.

- Vraiment ?
- Je ne t'ai jamais entendu si... "étonné"...
- Hmm... pardon.

Les deux garçons se turent un instant, Tezuka continuant ses légères caresses sur le visage de son petit ami.

- Mais c'est vrai. Je suis amoureux de toi depuis l'an dernier et... je ne m'y suis pas essayé avec quelqu'un d'autre.
- ...

Tezuka ne savait pas vraiment quoi répondre.

- ... tu es sûr de vouloir gâcher ta première fois avec moi ?
- Ce ne sera pas gâché. Mais je veux être sûr que tu n'auras pas de regrets non plus.
- ... non.

Tezuka embrassa à nouveau Inui et attrapa cette fois-ci sa deuxième main pour venir la placer elle aussi sur son corps.
Inui allait devoir se décider à faire quelque chose, tout de même.
Mais les mains du jeune homme ne bougeaient pas, restant là où Tezuka les plaçait.

- ... si tu en as vraiment envie, tu le caches très bien.

Malgré l'obscurité, Tezuka crut voir Inui rougir et il embrassa le front de son petit ami.

- ... désolé.

Les mains d'Inui se déplacèrent lentement, caressant doucement les flancs de Tezuka à travers son pyjama avant que l'une d'entre elle ne fasse une excursion dans son dos.
Pendant ce temps, les mains de Tezuka s'étaient dirigées vers le col d'Inui, le jeune homme ayant décidé d'enlever le haut de son petit ami en le déboutonnant.
Il défit le plus doucement possible les premiers boutons avant de faire une pause et de caresser la peau à présent découverte, profitant de l'occasion pour glisser un baiser dans le cou de son petit ami.
Il allait arrêter de penser. Arrêter de réfléchir. Arrêter de souffrir.
Oui, cette nuit, juste cette nuit, il oublierait tout excepté ce corps contre le sien et ces paroles rassurantes.
Il sentit les mains d'Inui hésiter à la jonction entre le haut de son pyjama et la peau de son ventre et il plongea son regard dans celui d'Inui.
C'est là qu'il réalisa.
Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité et il voyait parfaitement les yeux d'Inui.
Il aurait presque souri s'il n'avait pas été aussi... captivé par le regard de son petit ami.

- ... Tezuka ?
- ... tu as de jolis yeux.
- Je suis sûr que tu ne vois rien.
- Crois ce que tu veux.

Tezuka se pencha et embrassa la joue de son petit ami alors qu'une des mains d'Inui passait doucement sous son haut.

- ... je peux ?

Tezuka poussa un léger soupir et se redressa une seconde pour retirer son haut.

- Je dirais même que tu n'as plus le choix.

Inui lui fit un sourire et commença à caresser son dos alors que Tezuka se décidait à continuer le travail qu'il avait commencé sur le haut du pyjama d'Inui.
Les boutons se défirent plus rapidement qu'il ne l'aurait voulu, et il ne pouvait empêcher ses mains de courir sur le torse de son petit ami, de temps en temps suivies par ses lèvres.
La musculature d'Inui était impressionnante, et Tezuka comprit pourquoi il avait eu du mal à battre Inui lors de leur dernier match.
Sans vraiment réfléchir, il laissa sa bouche parcourir le torse d'Inui, embrassa doucement la peau de temps à autres, se contentant de légèrement caresser la chair à sa merci.
Tezuka frissona en sentant une des mains d'Inui glisser dans le creux de son dos dans une caresse fantomatique qui sembla mettre tout ses nerfs à vif.
Inui fit un petit sourire à la réaction de son petit ami et Tezuka se contenta de capturer ses lèvres et de l'embrasser, toujours plus passionnément.
Le temps sembla s'étendre à l'infini alors que les deux collégiens se déshabillaient, se découvraient mutuellement, s'offrant diverses caresses, quelques baisers, dans le silence qu'ils avaient appris à connaître.
Ils ne mirent pas bien longtemps à se retrouver nus dans les bras l'un de l'autre, mais ne s'arrêtèrent pas pour autant dans leurs caresses, les deux corps refusant de se séparer.
Finalement, les deux collégiens s'arrêtèrent un instant alors qu'une des mains d'Inui s'était perdue dans les cheveux de Tezuka.

- Je ne me débrouille pas trop mal ?

Tezuka déposa un baiser dans le cou de son petit ami.

- C'est tout à fait acceptable.

Un petit rire sortit de la bouche d'Inui.

- Tu veux passer à l'étape suivante ?
- Comme tu le sens.

La main d'Inui sortit de ses cheveux et glissa sur sa joue.
Les deux garçons se regardèrent de longs instants sans échanger une parole, les deux hésitant à faire le premier mouvement.
Finalement, Tezuka se pencha et attrapa les lèvres d'Inui des siennes alors que les mains de son petit ami venaient se positionner dans son dos et l'encerclaient du mieux qu'il pouvait.
Tout s'enchaîna à partir de là sans qu'ils échangent plus que des regards.
Il avait laissé Inui l'allonger sur le lit. Il trouvait ça étrange que le garçon soit au-dessus de lui et prenne quelques initiatives, mais ça n'avait rien de déplaisant.
Il laissa échapper un léger soupir alors que les caresses d'Inui se faisaient plus pressantes, plus passionnées, et glissaient doucement le long de son torse vers le bas, toujours plus bas, encore plus bas.
Il ferma les yeux, tentant de garder une respiration posée alors qu'Inui le préparait à la suite.
Pendant une seconde, son esprit vagabonda ailleurs, l'image de quelqu'un d'autre se formant dans ses pensées, et il rouvrit les yeux.
Il n'avait pas le droit de faire ça.
Ca ne lui ferait que du mal et c'était injuste envers Inui.
Il enroula ses bras autour du cou d'Inui, attirant le visage de son petit ami à lui pour y glisser quelques baisers, tentant d'oublier à la fois la présence étrangère en lui et les pensées qu'il avait eues juste avant.

- Inui...

Une des mains du jeune homme retrouva son visage, caressant doucement sa joue.

- Je te fais mal ?
- ... non.
- Tu es toujours sûr de toi ?
- Même si je ne l'étais pas, je ne suis pas cruel au point de te dire de t'arrêter maintenant. Ne t'inquiète pas.

Inui émit un petit rire alors que Tezuka embrassait le coin de sa bouche.

- Alors je peux... ?
- ... hmm.

Tezuka ferma de nouveau les yeux et tenta de se concentrer sur son rythme cardiaque.
Il n'avait jamais trouvé mieux pour se calmer et il en avait besoin maintenant que son corps lui faisait doublement mal, Inui ayant eu la mauvaise idée de s'appuyer sur son bras gauche.
Il s'était étonné plusieurs fois de voir qu'Inui, qui arrivait à savoir tout à son sujet, n'ait pas remarqué sa blessure.
Il poussa un long soupir quand la main quitta son bras pour venir jouer dans ses cheveux, alors que son petit ami était en lui.
Il oublia très vite toute souffrance dans les caresses que lui offraient Inui et il serra le corps de son petit ami contre le sien, tâchant de se focaliser sur tout ce qui pouvait être plaisant. La chaleur d'Inui, ses caresses, son odeur, le goût de sa peau alors qu'il embrassait son cou...
Il pouvait entendre que la respiration d'Inui s'était accélérée et il captura une dernière fois les lèvres du jeune homme avant d'enfouir son visage dans le creux de son épaule.
Le mouvement de leurs corps commença à être plus visible, s'intensifiant toutes les secondes, entrecoupé de nombreuses caresses et de quelques soupirs de la part des deux collégiens.
Tezuka ne put s'empêcher de fermer à nouveau les yeux, n'arrivant plus à se concentrer pour contrôler quoi que ce soit, sa respiration, ses mouvements, toutes ses réactions. Il murmura le nom d'Inui dans un souffle alors que le rythme de leurs va-et-vient accélérait. Il sentit tous ses muscles se contracter et se retint de mordre dans l'épaule d'Inui pour tenter de contrer ce sentiment étrange qui s'emparait peu à peu de lui.
Et puis... ce bien-être excédant toutes les jouissances alors qu'il lui semblait entendre quelque part la voix d'Inui prononçant son nom, comme si le jeune homme avait été à plusieurs dizaines de mètres de lui.
Puis le noir total pendant quelques secondes. Il lui sembla que la pièce était particulièrement silencieuse et que le bruit de leur respiration était équivalent à celui d'un marteau-piqueur.
Et finalement il rouvrit les yeux, sentit Inui se retirer de lui, s'écroulant à nouveau sur lui seulement quelques secondes plus tard.
Alors que leurs corps se relaxaient, il sentit la main d'Inui attraper la sienne, ses doigts se glissant entre les siens.

- Tezuka...
- Hmm ?
- Merci.

Tezuka serra la main d'Inui dans la sienne et embrassa la joue de son petit ami.
Il n'avait rien à répondre à ça.
Surtout que c'était bien la première fois que c'était lui qui faisait quelque chose pour Inui et pas le contraire.
Et dire que ce "quelque chose" eut été difficile aurait été mentir.
Tezuka serra le corps proche du sien et ferma les yeux.

- Je peux dormir près de toi ?

Une des mains d'Inui passa dans ses cheveux, le faisant se relaxer un peu plus.

- Bien entendu.

Tezuka sentit son coeur se serrer mais ne voulut pas savoir pourquoi. Il serra la main d'Inui dans la sienne et poussa un long soupir alors que le jeune homme retournait la pression sur ses doigts.
____________________________

Il n'avait pas pu s'empêcher de rougir quand il avait croisé Oishi le lendemain.
Il se sentait mal, se sentait coupable d'avoir fait ce qu'il avait fait, et qui plus est de l'avoir apprécié.
Oishi lui avait fait un grand sourire comme à son habitude et s'était mis à parler de leurs derniers matchs, ne se doutant évidemment de rien.

- ... ça ne va pas, Tezuka ?
- ...?
- Tu n'as pas l'air bien aujourd'hui. Quelque chose te préoccupe ?
- ... c'est sans importance.
- ... si tu le dis. Enfin, tu sais que si tu veux en parler, je suis là, hein...

Oishi poussa un long soupir.

- Les matchs de dimance prochain vont être difficiles.
- Hmm, on m'a dit que Hyôtei était au meilleur de sa forme cette année.
- Tu vas jouer ?

Tezuka lança un regard à Oishi.
Le garçon s'inquiétait encore et toujours pour son bras.
Ca avait été la même chose quand il avait affronté Echizen, et en fait à chaque fois qu'il avait joué un match depuis plusieurs mois.

- Je suis guéri.
- Tu n'es pas censé jouer de longs matchs, ni utiliser ton amorti.
- Tu es devenu mon médecin, maintenant ?
- Je m'inquiète juste pour toi, Tezuka.
- Je vais bien.
- Atobe n'est pas n'importe qui.
- Je vais bien.

Oishi poussa un léger soupir.

- De toute façon je sais bien que quand tu as décidé quelque chose, c'est impossible de te faire changer d'avis...

Tezuka laisa son regard se poser sur le visage de son meilleur ami.

- Hmm. Ne t'inquiète pas.
- Tu pourras le dire autant que tu veux, je ne pourrais pas m'en empêcher.
- ... tu ne devrais pas... mais... ça me fait plaisir, quelque part.

Oishi émit un petit rire embarassé alors que Tezuka remontait ses lunettes sur son nez.

- Tu vas lui mettre la pâtée.
- Hmm... je te rappelle qu'il ne tient qu'à toi et aux autres de gagner les autres matchs pour que je n'aie pas à jouer.
- ... Facile à dire.

____________________________

Tezuka se retourna quand il entendit un bruit dans les gradins.
Oishi descendait les escaliers et venait rejoindre son équipe alors que le Doubles 2 se jouait sans lui.

- Tu vas bien ?

Oishi montra un léger bandage au poignet et fit un petit sourire.

- Ne t'inquiète pas, rien de bien grave. Je jouerai les prochains matchs.

Tezuka se contenta d'acquiescer de la tête, ne sachant pas très bien comment montrer qu'il était heureux de voir qu'il y avait eu plus de peur que de mal.
Quand l'équipe avait appris qu'Oishi avait eu un léger accident en venant, Tezuka n'avait plus pensé au match du jour (et à l'incapacité dans laquelle ils auraient été de le jouer sans leur huitième régulier), mais seulement à son meilleur ami.
Il avait vite été rassuré, mais voir Oishi arriver le sourire aux lèvres restait la meilleure des assurances.
Les matchs se déroulèrent rapidement, et il devint évident qu'il aurait pour une fois à jouer le Singles 1.
____________________________

Oishi ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Il ne savait pas pourquoi, les quelques phrases d'Atobe lui avaient fait peur, et il se souvenait de mieux en mieux des mises en garde que son oncle avaient adressées à Tezuka.
Pas de long match, pas d'amortis.
Tezuka ne respectait rien de tout ça et jouait de son mieux.
Et à la fois il était ébahi par le jeu de son capitaine, comme à chaque fois qu'il le voyait jouer, autant il se sentait pris par une peur horrible à chaque fois que Tezuka renvoyait une balle, à chaque fois que le jeune homme redoublait d'efforts pour l'emporter.
Oishi voyait bien que quelque chose n'allait pas.
Il était sûrement le seul à le voir réellement, à voir combien les muscles du visage de Tezuka étaient contractés alors qu'il allait servir pour sa première balle de match.
Ce n'était pas normal...

... et ce qui devait arriver arriva, Tezuka s'écroula avant d'avoir pu toucher la balle.
S'écroula à terre, serrant son épaule de sa main valide après avoir lâché sa raquette.
Oishi eut l'impression que le temps s'était arrêté une seconde.

- TEZUKA !!!!!!!!
__________________________________


Tezuka entendit la voix d'Oishi et ferma les yeux.
Puis d'autres voix parvinrent à ses oreilles et le bruit de gens courant dans sa direction.

- N'approchez pas ! Le match n'est pas fini !

Tezuka fit l'effort de se relever, ramassant sa raquette.
Il avait mal.
Horriblement mal.
Bien plus que quand son coude le faisait souffrir.
Tous ses équipiers le regardaient avec un regard inquiet.
Il savait bien qu'ils étaient tous abattus de le voir blessé.
Mais quelque part, il avait l'impression que c'était plus une inquiétude légitime pour lui et la souffrance qu'il pouvait endurer plutôt que pour l'issue du match.
Cette pensée lui rendit des forces alors qu'il s'approchait du banc, hasardant un regard vers le visage d'Oishi, le seul d'entre eux à ne pas avoir regagné les gradins.
Il n'arrivait pas à voir ce que pensait Oishi de tout ça.
Il se contenta de s'asseoir quelques secondes, tentant d'ignorer les injonctions des ses camarades qui lui disaient tous d'abandonner.
Non, il n'allait pas abandonner.
Il ne pouvait pas abandonner maintenant.
Ils avaient tous donné le meilleur d'eux-même pour en arriver là et c'était à peine s'il avait joué pour l'instant.
Il DEVAIT l'emporter contre Atobe, il n'avait pas le choix.
Il reprit sa raquette en main et se releva, certain qu'il pourrait faire quelque chose... ou au moins qu'il devait faire quelque chose.
Oishi se mit sur son chemin, et le fixa d'un regard dur qui lui était tout sauf habituel.

- Oishi.

Un long silence prit place.
Il se rendit compte étrangement que les supporters de Hyôtei s'étaient tu. D'ailleurs, plus une parole n'était proféré dans les gradins, et il avait eu l'impression que sa voix avait résoné à travers tout le court.

- Tu vas tenir ta promesse ? ... ta promesse d'emmener Seigaku jusqu'au tournoi national ?
- On ira au tournoi national.

Oishi le fixa encore quelques secondes, gardant un air impassible proche du sien.

- Alors, vas-y.

Il n'avait besoin de rien d'autre.
Le soutien d'Oishi était largement suffisant.
Il se fichait éperdumment de ce que pourraient dire les autres, de combien sa blessure lui ferait mal.
Parce qu'Oishi était là.
Parce qu'il le regardait jouer.
Il ne pouvait pas perdre dans ces conditions.
Non, il ne pouvait pas.
_____________________________

Tezuka s'écroula sur son lit, fixant le plafond de sa chambre pendant de longs instants.
C'était la première fois depuis des années qu'il... perdait un match.
Il n'était pas mauvais perdant, et il ne prenait pas mal cette défaite.
Mais... il avait failli. Ce n'était pas grâce à lui que Seigaku irait au tournoi national.
Sa main droite attrapa son épaule.
Et il n'aiderait certainement pas plus dans l'avenir.
Il ferma les yeux et essaya d'oublier la douleur.
D'oublier ses regrets.
D'oublier les doutes qui l'assaillaient.
Et sans qu'il ne s'en rende compte, il s'endormit.
_____________________________

Il s'était fait réprimandé par l'oncle d'Oishi.
Déjà parce qu'il n'avait pas écouté ses conseils, et ensuite parce qu'il avait réussi à se blesser ailleurs que son coude déjà affaibli.
Pour une fois, Oishi n'était pas avec lui.
Mais cela le soulageait, quelque part.
Il savait pertinemment que son meilleur ami ne lui en voudrait pas pour un match perdu, non, loin de là.
Mais il avait honte de n'avoir pas tenu sa promesse, il avait honte de ne pas l'avoir écouté lui non plus et... d'avoir eu tort.
Il ne voulait pas affronter son visage, son regard rempli d'inquiétude.
Il ne voulait pas qu'Oishi s'inquiète pour lui.
Il mit plusieurs jours avant de retourner au club de tennis.
Bien sûr, à peine avait-il mis les pieds sur le court qu'Oishi était là, à lui demander comment il allait.
Il évita la conversation, se contentant d'essayer d'oublier ces derniers jours...
Mais la veille, Ryuzaki-sensei lui avait proposé d'aller en Allemagne pour soigner sa blessure.
En Allemagne.
C'était tellement loin.
Il avait d'abord pensé refuser. Il ne pouvait pas partir à ce niveau de la compétition.
Mais après tout, il n'était qu'un poids pour l'équipe tant qu'il se trouvait dans l'incapacité de jouer.
Et il devait se faire soigner.
Il était bien conscient que son avenir en dépendait... tout du moins son avenir sportif.
Et puis d'un autre côté, ces derniers temps, il s'était senti à nouveau de plus en plus attiré par Oishi, se sentant incapable de s'écarter à nouveau de son meilleur ami, ne pouvant et ne voulant plus cacher les sentiments qu'il lui portait.
Peut-être... peut-être que tout serait plus simple s'il partait un temps.
Il allait accepter.
Et espérer que ce soit le bon choix.

Il se contenta de regarder les différents matchs, notant combien c'était difficile d'être là et de ne pas pouvoir saisir une raquette et de juste... rejoindre les autres.

Quand l'entraînement fut terminé, Oishi se dirigea vers lui.

- Tu as quelque chose de prévu ce soir ?
- Non, rien de particulier.
- Tant mieux. On peut se retrouver à 20 heures à l'endroit habituel ?
- Comme tu veux.

Et Oishi était reparti aussi vite qu'il était arrivé.
Alors qu'il se dirigeait vers les vestiaires, ce fut au tour de Kawamura de le rattraper.

- Oh, Tezuka !
- Hmm ?
- Je suis content que tu reviennes à l'entraînement. Ca va mieux ton bras ?
- Je ne peux pas encore jouer pour le moment...

Kawamura fit une petite mine déçue avant de continuer à parler.

- Oh. Hmm, en fait, j'ai une faveur à te demander, tu pourrais passer au restaurant vers 19 heures ? J'ai commencé à faire des sushi, et je cherche des gens pour goûter, ça te dit ?
- Bien entendu. Surtout s'ils sont aussi bons que ceux de ton père.

Kawamura rougit au compliment alors qu'ils étaient rattrapés par Inui à la porte du vestiaires.

- Je ne suis pas le seul invité, Taka-san ?

Kawamura rougit un peu plus, passant nerveusement une main dans ses cheveux.

- Ah... Inui... ça te gêne que Tezuka vienne aussi ?
- Non, bien sûr que non.

Inui fit un petit sourire et se tourna vers Tezuka.

- Je peux te monopoliser en attendant 19 heures ?

Tezuka se contenta d'acquiescer.
En moins de cinq minutes, le planning de sa soirée avait été rempli.
Et quelque part, ça lui faisait particulièrement plaisir.
____________________________

Il n'était pas le premier arrivé.
Kikumaru et Fuji étaient déjà là, assis sur le rebord de la fontaine à discuter.
Il avait appris en discutant avec Inui qu'il n'était pas le seul à qui Oishi avait donné rendez-vous.
En fait, il avait demandé à tous les réguliers de se regrouper, et Tezuka se demanda un instant ce qu'avait pu prévoir son meilleur ami.

- Tezuka, il paraît que vous êtes allés manger des sushi chez Taka-san ??

Tezuka se rapprocha des deux autres troisième année et décida que ça ne lui ferait aucun mal de prendre part à la conversation.

- Eiji m'a dit que Momo et lui s'étaient imposés alors qu'il n'avait demandé qu'à Inui et toi.

Fuji lui faisait un grand sourire, comme à l'accoutumée, et Tezuka ne savait pas si le jeune homme voulait arriver quelque part ou juste meubler la conversation.

- Hmm.
- C'était bon ?
- Momo a dit qu'il y avait trop de wasabi. Ceux que j'ai mangés étaient tout à fait corrects.
- Taka-san s'était peut-être dit qu'Inui et toi seriez plus... hmm... résistants.
- Peut-être.

Autant il voulait discuter, autant ce soir, il avait l'impression que rien d'intelligent ne pourrait sortir de sa bouche...
Fuji se retourna vers Eiji et leur discussion continua, les deux collégiens ne semblant pas s'offusquer du fait que Tezuka n'ait rien à dire.
Après tout, c'était habituel.
_____________________________

Tezuka laissa son regard glisser vers son meilleur ami.
Il ne savait pas vraiment comment il allait pouvoir exprimer ce qu'il ressentait... comment lui dire combien ce geste lui avait fait plaisir.
Après tout, il était évident qu'Oishi avait fait ça 'pour lui'.
Proposer à tout le monde d'aller voir un lever de soleil en montagne... comment ne pas croire que ce geste lui était adressé ?
La balade lui avait fait du bien.
La montagne lui faisait toujours du bien.
Et le sourire d'Oishi au lever du soleil avait valu tout l'or du monde.
Pendant quelques instants, il avait eu l'impression de juste oublier que le jeune homme n'était que son ami, qu'il serait bientôt parti à 10 000 kilomètres et que son avenir tennistique risquait d'être réduit à zéro à cause de sa blessure. Plus rien ne comptait.

Oishi se retourna vers lui et Tezuka choisit de ne pas détourner le regard.
Pourquoi devrait-il détourner son regard ? Juste parce qu'il l'aimait ?
Ce n'était pas un crime.
Tezuka avait décidé de vivre avec... bien sûr, de ne plus jamais embêter Oishi avec ça, mais il... il n'essayerait plus de le cacher.
Les yeux d'Oishi ne quittaient plus les siens, et après quelques instants qui parurent une éternité pour les deux collégiens, il se rapprocha de Tezuka.

- Merci.

Oishi répondit par un grand sourire.

- Ca n'a pas fait plaisir qu'à toi.
- ... non. Tout le monde en avait besoin.

Oishi tendit sa main à Tezuka et ce dernier la saisit, serrant la paume de son meilleur ami entre ses doigts.
Ses yeux n'arrivaient pas à quitter ceux d'Oishi et il ne put s'empêcher de rougir légèrement quand les doigts d'Oishi se glissèrent entre les siens, ramenant leurs paumes l'une contre l'autre.

- Je suis content si ça t'a fait plaisir.

Tezuka serra légèrement la main d'Oishi dans la sienne puis la laissa repartir.
Kikumaru était à quelques mètres seulement, et il ne voulait pas que quelqu'un s'imagine quoi que ce soit.
Et surtout pas lui-même.
Il ne devait rien voir dans ce geste.
Ni dans le sourire d'Oishi.
Ni dans ses actions.
Non.
Les sourires, les inquiétudes, les attentions d'Oishi étaient pour tout le monde. Pas seulement pour lui.

- ... Tu es le meilleur ami qu'on puisse avoir.

Oishi émit un petit rire gêné, flatté par le compliment et ne sachant pas vraiment comment y répondre.
Tezuka remonta ses lunettes sur son nez, écarta une mèche de cheveux qui barrait sa vue et tenta un léger sourire.
Les yeux d'Oishi le fixaient toujours aussi intensément.

- Et tu devrais vraiment sourire plus souvent.

Le sourire de Tezuka disparut aussi rapidement qu'il était apparut et Kikumaru se retourna.

- Sourire ? Tezuka ????

Tout le monde se retourna vers eux et Oishi se sentit rougir sans vraiment savoir pourquoi alors que Tezuka remontait ses lunettes sur son nez.

- Tezuka a souri ?
- Je ne sais pas, c'est Kikumaru qui l'a dit.
- Le capitaine a souri ??
- J'ai entendu Oishi dire qu'il devait sourire !
- Oui, mais il a souri ?
- Je ne sais pas, je ne regardais pas par là !!
- Moi non plus...
- Tezuka sourire ? Moi je n'y crois pas.

Oishi commença à rire aux réactions de ses camarades et était heureux quelque part que le sourire de Tezuka lui ait été réservé.

- Une fois rentrés, ce sera 30 tours de terrain pour tout le monde.
- QUOI ?
- Mais c'est injuste, on n'est pas à l'entraînement.
- Oui, et puis on ne l'a même pas 'vu' sourire.
- Tu crois vraiment qu'il a souri ?
- Oishiiii, il a souri ou pas ?
- Je ne prends pas part à la conversation, je ne veux pas à avoir à courir autour d'un terrain.
- Oishiiiiiiiiiiiii !
- Moi je dis qu'il n'a pas souri.
- Oishi n'est pas du genre à dire quelque chose comme ça sans raison.
- Oui, mais le capitaine ne sourit pas.
- Faux, nous l'avons tous au moins observé une fois sourire, et vu le nombre d'heures que nous comptabilisons à ses côtés à nous tous, on peut en déduire qu'il sourit au moins une fois tous les deux mois. Je dirais qu'il y a 63% de chances pour qu'il ait vaiment souri, vu la situation.
- Pfff, j'aurais aimé voir ça.
- 50 TOURS POUR TOUT LE MONDE !

Un léger silence prit place, tout le monde restant figé au cri de Tezuka.
Oishi osa s'approcher de son meilleur ami tout en gardant une distance respectable entre eux.

- Même moi ?
- ... surtout toi.


*bonus part*

Il ne savait plus quand cette habitude avait commencé. Quand les réguliers du club de tennis s'étaient mis à se donner des rendez-vous de groupe pratiquement après chaque match emporté... puis un peu n'importe quand, en fait. Il venait à chaque fois. Pas qu'il appréciait particulièrement de sortir, mais parce qu'Inui lui avait fait se rendre compte que ces personnes étaient ses amis. Et qu'il aimait être avec eux. Il s'en était parfaitement rendu compte la fois où ils étaient tous allés fêter leur victoire dans le restaurant du père de Kawamura.
Oui, il aimait passer du temps avec eux tous, et une fois de plus, ils les avaient suivi.
Cette fois-ci, la destination du groupe était un karaoke.
Il se demanda un instant s'il aurait vraiment à chanter, commençant à prendre peur et réalisant que son répertoire était plus que limité.
Heureusement, quand Kikumaru et Momoshiro prirent les micros pour se mettre à... hmm... chanter, il réalisa qu'il ne pouvait de toute façon pas faire pire que ça et qu'il était donc sauvé.
Il se rendit compte quelques minutes plus tard qu'on pouvait faire pire que Momoshiro et Kikumaru, quand Inui attrapa le micro, et il se demanda un instant pourquoi tout le monde semblait être si heureux de se faire casser les oreilles... même s'il devait admettre que c'était drôle, quelque part.
Même Kaidô et Echizen semblaient s'amuser, restant tout de même moins expressifs dans leur joie que les autres membres du club de tennis.
C'était agréable de voir tout le monde sourire autant. Et surtout de LE voir sourire.
Oishi était assis sur la banquette en face de la sienne et lui lançait un regard rieur de temps en temps, avant de se tourner vers quelqu'un d'autre.
Oui, ça n'avait pas été une erreur de venir...

- Tezuka !
- Oui, oui, buchô !!!
- Allez, Tezuka, c'est à toi !!! Choisis une chanson !!

Tezuka tenta de paraître sérieux une seconde et vit Oishi pouffer de rire alors que Kikumaru lui mettait le micro en main.

- Je ne sais pas chanter.
- Et alors ? Inui non plus ! Chante !
- Mais je ne connais pas de chanson...
- Il y a des classiques vers la fin, je suis sûr que tu connais au moins une chanson !!!

Kikumaru sautillait dans tous les sens, tournant les pages du catalogue sous ses yeux si vite qu'il ne pouvait rien voir et tout ce que Tezuka trouva à faire fut de remonter ses lunettes sur son nez.

- Pourquoi moi ?
- Parce que c'est chacun son tour.
- ... Oishi n'a pas encore chanté non plus.
- Ooooh, quelle mauvaise excuse.

Tezuka fronça les sourcils, se disant qu'il n'avait plus d'échappatoire, quand Oishi vient à son secours.

- Il a raison, je vais chanter avant lui.

Oishi attrapa le bras de Kikumaru, le tirant de nouveau jusqu'à leur banquette, puis se retourna vers Tezuka.

- Mais trouve quelque chose à chanter parce que tu passes après moi, hein.

Il fit un clin d'oeil à son meilleur ami et alla prendre place sur la petite scène aménagée dans la pièce.
Choisir une chanson ?
Il en avait de bonnes, il ne connaissait vraiment aucune chanson, et puis il avait tout sauf envie de quitter Oishi des yeux alors qu'il avait l'excuse de pouvoir le regarder pendant plusieurs minutes sans que ça paraisse... étrange.
La chanson d'Oishi était en anglais. Il n'en comprenait peut-être pas toutes les paroles, mais il s'en fichait à vrai dire.
Oishi n'était pas un chanteur extraordinaire. Mais il n'était pas particulièrement mauvais non plus.
Mais il avait l'air de croire à ce qu'il chantait.
Tezuka fut un peu troublé lorsque le regard d'Oishi se posa sur lui, démontrant qu'il connaissait les paroles de la chanson par coeur, et Tezuka ne put s'empêcher d'écouter les paroles, peut-être plus pour ne pas avoir à penser au sourire qu'Oishi lui offrait.

Oh, you're the best friend that I've ever had
I've been with you such a long time
You're my sunshine
And I want you to know that my feelings are true
I really love you

Et le regard d'Oishi avait quitté le sien, s'était détourné vers leurs autres amis.
Mais pendant un instant, seulement quelques secondes, il avait eu l'impression qu'Oishi chantait ces paroles pour lui, qu'il les lui adressait.
C'était stupide, il ne s'agissait que des paroles de la chanson, et il l'avait regardé comme il devait regarder chacun d'entre eux... mais Tezuka ne pouvait s'empêcher d'être troublé.
La chanson continuait, et Oishi laissait son regard glisser sur l'assistance, parmi laquelle certains chantaient aussi en choeur.
Non, c'était évident, l'attitude d'Oishi n'avait rien eu de calculé.

Whenever this world is cruel to me
I've got you to help me forgive
Oooh you make me live now honey
Oooh you make me live

Tezuka ne pouvait s'empêcher de trouver qu'Oishi se débrouillait bien, même s'il savait très bien qu'il ne trouvait cette chanson agréable à entendre que parce que c'était son meilleur ami qui l'interprétait.
Le regard d'Oishi revint sur lui, le sourire qu'il avait sur les lèvres lui donnant envie de répondre, de sourire aussi, de montrer qu'il appréciait ne serait-ce que cette petite attention de son meilleur ami. Il se contenta de lever les sourcils et Oishi sembla rire un demi-instant avant de lui refaire un clin d'oeil.

You're my only one
And I love the things
I really love the things that you do
Oh, you're my best friend

Tezuka déglutit avec difficulté, tentant de ne pas se dire que ces paroles lui étaient adressées alors que le regard d'Oishi était toujours rivé sur le sien.

Oooh you make me live
You're my best friend
Oh, you're my best friend

Mais après tout, c'était une chanson d'amitié. Peut-être pouvait-elle lui être adressée.
Peut-être que le regard d'Oishi lui était bel et bien destiné.
Et que même s'il ne comprenait pas vraiment pourquoi, Oishi l'aimait toujours... comme on aime un meilleur ami.
... Après tout, c'était le titre de la chanson, non ?


*bonus part end*