Partie 9 : Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai


Il l'avait retrouvé dans un des rayons de la bibliothèque.
Il avait cet air sérieux qui ne le quittait jamais, mais qui s'était encore amplifié depuis l'annonce de son départ pour l'Allemagne.
Il allait partir.
Oishi n'était pas sûr de savoir pour combien de temps, et ne réalisait pas encore vraiment que d'ici quelques jours, il ne verrait plus son meilleur ami.
Tezuka avait fait cette annonce comme toutes les autres, sur un ton impassible, sans un froncement de sourcil, mais Oishi avait bien vu que cette décision le prenait à coeur.
Et ce n'était pas le seul, d'ailleurs. Tout le monde ne parlait plus que de ça au sein du club.
Il n'avait pas pu en dormir de la nuit, se retournant dans son lit en se demandant ce qu'il devait faire.
Mais qu'est-ce qu'il pouvait faire ?
Tezuka faisait ce qui était le mieux pour lui, la chose la plus intelligente à faire.
Il reviendrait.
Après tout, ils s'étaient promis d'aller au tournoi national ensemble.
Il devait revenir.

Oishi suivit Tezuka jusqu'à une table pour écouter ce qu'il avait à dire.
Le jeune homme lui demanda d'être capitaine à sa place. Ca voulait dire qu'il comptait vraiment partir, et pas seulement pour une semaine ou deux.
Oishi contourna la question en disant qu'il prendrait sa place seulement en tant que remplaçant. De cette façon, il pouvait se dire que Tezuka reviendrait avant la fin du tournoi national. Il le fallait.

Quand Tezuka se leva, Oishi eut un moment d'hésitation.
Est-ce que... est-ce que Tezuka allait vraiment revenir ?
Pourquoi reviendrait-il dans ce club de collégiens alors qu'il avait d'ores-et-déjà le niveau d'un pro ?
Tezuka était son meilleur ami, il le connaissait depuis si longtemps qu'il avait oublié ça. D'ici peu, Tezuka serait pro. C'était aussi évident que le nez au milieu de la figure.
Il s'était habitué au fait que Tezuka soit particulièrement bon, et avait totalement oublié que l'avenir du jeune homme... n'avait rien à voir avec le sien.

- Tezuka ?

Tezuka s'arrêta sur son chemin.

- Oui ?

Oishi chercha ses mots un instant.

- Sois sûr de revenir.
- Hmm.

Tezuka était en train de quitter la pièce.
De quitter sa vie.
Et Oishi ne voulait pas ça.
Tout sauf ça.
La porte de la bibliothèque se referma et Oishi se leva précipitamment.
Il ne pouvait pas laisser les choses se passer comme ça.

Tezuka n'avait que quelques mètres d'avance dans le couloir, et Oishi commença à courir pour le rattraper.

- Tezuka !!

Le jeune homme se retourna.
Oishi sentit son coeur se serrer.

- Ne t'en va pas.

C'était plus un souffle qu'une phrase qui avait quitté les lèvres d'Oishi.

- Je... je ne veux pas que tu t'en ailles.

Oishi releva son regard vers les yeux de Tezuka qu'il avait évités jusque-là.
Et il sentit une larme couler d'un de ses yeux, glissant sur sa joue, allant se perdre sur le col de sa chemise.
Il ne savait pas pourquoi il faisait ça, pourquoi il avait tellement peur de voir Tezuka partir.
Oui, il avait peur.
Il ne savait pas très bien de quoi.
Peur de ne plus le voir revenir, peut-être.
Peur de le laisser partir sans lui dire quels étaient ses véritables sentiments.
Peur que Tezuka ait oublié leur promesse, ou l'oublie lui tout simplement.
Mais le regard de Tezuka le réconforta. Il y lisait sans difficulté que ce départ lui était tout aussi dur.

De son côté, Tezuka n'avait envie que d'une chose : prendre Oishi dans ses bras, le serrer contre son coeur, lui dire qu'il l'aimait. Il s'était retenu si longtemps, il avait tout fait pour juste oublier les sentiments qu'il portait pour son meilleur ami... mais c'était peine perdue, il savait pertinemment qu'il était totalement incapable d'effacer ce qu'il ressentait pour Oishi.
Il savait qu'il n'aurait jamais dû faire ce geste, mais il laissa sa main arrêter les larmes d'Oishi, ne supportant pas de voir son meilleur ami aussi triste.
Pourquoi Oishi tenait-il encore à lui ?
... Ce serait si dur d'être loin du jeune homme, de ne plus le voir sourire.

- Je reviendrai.

La voix de Tezuka n'était aussi plus qu'un souffle, et le garçon fut heureux que le couloir soit désert à cette heure-ci, vu que sa main ne voulait plus quitter la joue d'Oishi.

- Ce... ce n'est pas ce que je voulais dire.

Oishi se sentit déglutir avec difficulté, alors que d'autres larmes quittaient ses yeux sans qu'il ne puisse les en empêcher.

- Je... je... je t'aime. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Excuse-moi.

Oishi enfouit son visage dans la chemise de Tezuka, essayant de stopper ses larmes et le flot d'émotions qui montaient en lui.
Oui, il l'aimait encore. Il l'aimait plus que tout.
Tant pis si Tezuka ne l'aimait pas. Il devait le dire.
Oishi sentit un des bras de Tezuka l'encercler, alors que le visage de son meilleur ami venait se caler dans ses cheveux.
Mais Tezuka ne prononça pas un mot.
Il se contenta de serrer Oishi contre lui, la main qui avait séjourné sur la joue du jeune homme désormais occupée à caresser ses cheveux.

- Te... Tezuka ?

Oishi s'écarta un peu, voulant voir le visage de celui qu'il aimait.

- Je reviendrai. Je reviendrai pour toi.

La main de Tezuka était revenue sur sa joue, caressant doucement la peau encore humide.

- Parce que tu es ce qui compte le plus pour moi.

Oishi sentit son coeur se serrer à la déclaration de Tezuka, mais l'oublia bien vite quand ce dernier déposa un court baiser sur ses lèvres.

- Reste auprès de moi... tant que je suis là...

La voix de Tezuka n'était plus qu'un murmure.
Oishi se contenta d'acquiescer à la demande de Tezuka.

Un bruit se fit entendre dans l'escalier le plus proche et les deux collégiens s'écartèrent vivement.
Oishi sécha les quelques larmes qui traînaient encore sur ses joues et se mit à rire, sans savoir pourquoi. Peut-être à cause de la nervosité qu'il avait accumulée, et peut-être aussi parce qu'il était heureux.
Horriblement heureux.
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- Inui.

L'interpellé se retourna.

- Hmm, je vois que le jour que je redoutais arrive bel et bien.
- On n'était déjà plus vraiment...
- ... ensemble. Non. Peut-être pas.

Inui passa une main sur la joue de Tezuka.

- Vous avez discuté ?
- Un peu.
- Seulement un peu ?
- Hmm.
- Fais l'effort de lui dire plus.
- Je le ferai. Merci... pour tout.
- Rassure-toi, j'en ai bien profité aussi.
- Je suis sûr que tu trouveras... quelqu'un pour toi.
- Qui te dit que je n'ai pas déjà trouvé ?
- ... tu m'aimes encore.
- Probabilité ?
- ... 80% ?
- ... hmm. Tu deviens presqu'aussi doué que moi.

Les doigts d'Inui glissaient encore sur le visage de Tezuka, dans cette caresse qui lui était si agréable. Ils s'arrêtèrent une seconde sur les lèvres du collégien.

- Je... peux ?
- Hmm.

Ce fut le seul baiser qu'Inui ait jamais initié avec lui.
Le dernier.
Il était lent, et doux et déjà nostalgique.
Il dura longtemps, peut-être un peu plus que ce que Tezuka aurait voulu, ou peut-être un peu moins, il ne savait pas vraiment.
Et quand leurs lèvres se séparèrent, il ne savait pas vraiment comment s'écarter d'Inui.

- Soigne-toi bien et reviens vite.

Tezuka s'écarta légèrement d'Inui, lui sourit et partit rejoindre celui qu'il aimait.
Et au fond de lui, Inui se disait que Tezuka avait tort... ça lui allait très bien de sourire.

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Tezuka n'y croyait pas.
Vraiment pas.
Comment avait-il pu être aussi... bête ?
Comment avait-il pu autant faire souffrir celui qu'il aimait ?

Il avait cru que son coeur s'était arrêté quand Oishi lui avait dit qu'il l'aimait toujours.
Et il réalisait avec une certaine horreur qu'il s'était trompé sur toute la ligne.
Qu'Oishi n'était pas plus heureux avec Eiji.
Que les sourires qu'il lui adressait n'étaient pas que de l'amitié.

Il se maudit lui-même à plusieurs reprises, notant dans un coin de sa tête qu'il était de loin l'être le plus stupide de la planète.
Le plus heureux aussi, vu qu'Oishi l'aimait.
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Après que Tezuka ait annoncé au club qu'Oishi le remplacerait au poste de capitaine pendant qu'il serait absent, il avait affronté Echizen.
Ce fut un match impressionnant, comme tous ceux que disputait Tezuka. Oishi avait été aux premières loges en temps qu'arbitre, et n'avait pu s'empêcher d'être heureux de voir Tezuka l'emporter, alors qu'il utilisait sa main droite.
Pour lui, Tezuka n'avait pas perdu contre Atobe. Il avait juste... été blessé.
Tezuka ne pouvait pas perdre.
C'était une des réalités de la vie, une des théories fondamentales sur lesquelles reposait son existence.
Tezuka était imbattable.

Le jeune homme avait dû rentrer rapidement après le match contre Echizen, mais avait pris le temps de demander à Oishi de garder sa soirée du lendemain de libre pour lui.
Bien sûr, Oishi s'était empressé d'accepter, impatient d'être à nouveau aux côtés de celui qu'il aimait.
Ils avaient juste échangé une légère poignée de main vu qu'ils étaient loin d'être seuls dans les vestiaires, mais Oishi savait depuis longtemps que le regard que Tezuka lui offrait à ce moment voulait dire "je t'aime".

Le lendemain, ils avaient donc signalé qu'ils rentreraient plus tôt.
Parce qu'ils voulaient profiter au maximum du temps qui leur restait.
Et parce que de toute façon Tezuka ne pouvait pas faire grand chose sur les courts de tennis.
Les deux amis s'étaient donc dirigés vers les vestiaires après une simple demie-heure d'entraînement.

Tezuka avait l'impression de remonter le temps, de repartir dans un passé pas si lointain que ça.
C'était comme si tout ce qui s'était passé entre cette après-midi d'hiver et aujourd'hui avait été mis entre parenthèses.
Ils avaient une nouvelle chance.
Il avait une nouvelle chance.
Et cette fois-ci, il ne la gâcherait pas.
Il ne laisserait plus jamais Oishi partir loin de lui.
Plus jamais.
Il avait fait une erreur.
Il aurait dû lutter, il aurait dû s'exprimer, il aurait dû faire tellement de choses...

... au final c'était Oishi qui était revenu et qui s'était excusé alors que c'était lui qui avait tout gâché.

Inconsciemment, il attrapa la main d'Oishi dans la sienne, serrant légèrement ses doigts.

- Tezuka ?
- ... excuse-moi.

Oishi se tourna vers lui, et chercha son regard.

- Pourquoi ?
- Pour t'avoir fait partir, pour t'avoir fait du mal.

Ce fut au tour d'Oishi d'appliquer une légère pression sur la main de Tezuka.

- On a été stupides tous les deux.
- ... je ne ferai plus la même erreur.
- J'y compte bien. De toute façon, même si tu voulais me chasser, tu n'y arriverais plus.

Oishi émit un petit rire et Tezuka réalisa à quel point tout ceci lui avait manqué.
La main d'Oishi dans la sienne, les sourires qui n'étaient adressés qu'à lui.
Lentement, il se pencha vers son meilleur ami, fermant les yeux alors que ses lèvres retrouvaient celles d'Oishi.
Mis à part le court baiser qu'ils avaient échangés dans le couloir de la bibliothèque la veille, ils ne s'étaient pas embrassés depuis...
... depuis une éternité.
Depuis bien trop longtemps, de l'avis de chacun.

Et sans qu'ils n'en aient vraiment conscience, sans qu'ils ne puissent vraiment s'en empêcher, ce baiser s'intensifiait, les lèvres s'ouvraient alors que leurs mains trouvaient des positions appropriées sur le corps de l'autre.

Ils ne se rendirent même pas compte quand la porte du vestiaire s'ouvrit... pour se refermer aussitôt.

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- Ce n'est pas en refermant la porte qu'on va entrer dans le vestiaire, Kachirô.
- On on on on... on ne peut pas rentrer !!

Katsuo contempla son meilleur ami d'un oeil circomspect.

- Mais pourquoi ?
- Le le le le... le capitaine... et et et et.... le vice-capitaine.... ils ils ils....
- Et ben quoi ? Ils bloquent la porte ?
- Ils ils ils...
- Kachirô, tu devrais voir un spécialiste pour ton bégayement.
- Mais mais mais...
- Horio-kun, ne sois pas méchant, ça doit être quelque chose d'important si Kachirô-kun a du mal à parler.

Kachirô opina fortement du chef.

- S'il faisait l'effort de dire quoi...

Horio posa la main sur la poignée de la porte et Kachirô tira sur son polo.

- Ho... Horio-kun, arrête !
- Pourquoi ?
- Le... le capitaine et le vice-capitaine... ils... ils étaient en train de... de s'embrasser.

Kachirô se sentit rougir jusqu'à la racine de ses cheveux.
Katsuo resta interloqué à l'annonce, alors que Horio poussait un soupir théâtral.

- Pfff, Kachirô, qu'est-ce que tu vas encore inventer ?
- Mais je les ai vus !
- Tu as dû rêver, voilà tout !

Horio attrapa de nouveau la poignée de la porte en main, mais celle-ci s'ouvrit au même moment, alors que Tezuka et Oishi sortaient du vestiaire.
Les première année s'écartèrent du chemin de leurs capitaine et vice-capitaine, Kachirô toujours rougissant.
Horio poussa un long soupir pour faire comprendre à Kachirô qu'il avait 'vraiment' dû raconter n'importe quoi alors que leurs aînés s'éloignaient.

- Crois-en ma longue expérience, Tezuka-buchô et Oishi-fukubuchô ne feraient jamais...

Les trois garçons suivaient Tezuka et Oishi des yeux.
Leurs silhouettes s'étaient rapprochées et Tezuka avait saisi la main d'Oishi dans la sienne.

- ... quelque chose comme ça.

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Ca faisait... ça faisait presque six mois qu'il n'avait pas mis les pieds dans la chambre de Tezuka.
Rien n'avait changé.
Ou pratiquement rien.
Et il était toujours aussi bien ici.

Il posa son sac près du lit de Tezuka, appréhendant légèrement leur prochaine nuit.
D'un côté, il était pressé de retrouver les caresses de Tezuka, ses baisers, la passion qu'il ne montrait que dans ces moments-là.
Mais de l'autre... il aurait aimé qu'ils puissent prendre leur temps, qu'ils puissent réapprendre à être ensemble.
Mais le temps... Le temps était ce qui leur manquait le plus.
Trois jours.
Trois jours et Tezuka serait parti.
Oishi tenta de ne pas y penser et accueillit Tezuka d'un grand sourire quand ce dernier rentra dans sa chambre en amenant des boissons.
Les deux garçons s'assirent et commencèrent à boire en silence, se regardant tous les deux intensément.
Ce silence était agréable, plus agréable qu'Oishi ne l'aurait cru.
Il était tellement habituel, tellement "normal", quand il était avec Tezuka.

- Tu as commencé à préparer tes affaires pour là-bas ?

Tout semblait toujours parfaitement rangé dans la chambre de Tezuka.

- Non, je commence demain. Je n'emmène pas grand chose, de toute façon.

Un nouveau silence prit place, un peu plus embarrassant que le premier.

- Je... n'y crois pas vraiment...
- A quoi ?
- A... un peu tout. Tu vas partir et... on est... on est à nouveau ensemble.

Tezuka le regarda droit dans les yeux un long moment avant de répondre.

- J'ai commis la pire erreur de ma vie.
- Pa... pardon ?
- Je n'aurais jamais dû douter de toi. Jamais. Je suppose que quelque part, c'était parce que je ne me pensais pas... pas assez intéressant pour te rendre heureux... mais ça n'excuse rien.
- Tezuka, ce n'est plus la peine de s'en faire pour ça maintenant. L'important c'est que nous nous soyons retrouvés. Et tu es et seras toujours tout ce qu'il me faut pour me rendre heureux.

Oishi avait attrapé une des mains de Tezuka tout en lui souriant.

- J'ai l'impression que rien n'a changé, pas toi ? J'ai l'impression que la dernière fois que j'étais ici ne remonte qu'à hier, j'ai l'impression que si je te dis que je t'aime, tu n'auras aucune raison d'en douter.
- Je n'en douterai pas.
- Merci. Je t'aime.

Tezuka se rapprocha de son meilleur ami et le prit dans ses bras.

- Je ne sais pas pourquoi tu m'aimes, mais tu ne peux pas savoir à quel point j'en suis heureux.
- Dis-moi que tu m'aimes et je crois que j'en aurais une bonne idée.
- Je t'aime.

Les deux collégiens restèrent dans les bras l'un de l'autre pendant un long moment avant que Tezuka ne se décide à bouger.
Il déposa un léger baiser dans le cou d'Oishi qui fit frissonner ce dernier, puis s'écarta un peu en attrapant sa main.

- Viens.

Oishi obtempéra docilement, suivant son meilleur ami jusqu'au jardin.
Longeant le bord de la maison, ils arrivèrent jusqu'à une porte qu'Oishi n'avait encore jamais franchie.
En fait, de la maison de Tezuka, il n'avait jamais vu que l'entrée, la cuisine, la salle de bains et la chambre de son petit ami ainsi que celle de l'une de ses soeurs, alors il n'était pas bien surpris de ne pas encore connaître la pièce en question.

Tezuka ouvrit la porte et les deux garçons se faufilèrent à l'intérieur.

- Je ne sais pas si tu te souviens... il y a longtemps... je t'avais dit que mon grand-père avait un atelier de poterie.

Un sourire se glissa sur les lèvres d'Oishi.

- ... tu veux abuser de moi dans la terre glaise, hmm ?

Tezuka sembla légèrement surpris en ouvrant la porte, mais rien que le commun des mortels n'aurait remarqué.
Juste ce petit clignement des yeux, cette petite contraction d'un ou deux muscles de son visage, ce petit quelque chose qui suffisait à Oishi pour lire l'expression de son meilleur ami.

- Je pensais faire de la poterie, mais il ne faut pas négliger cette possibilité.

Oishi émit un petit rire et les deux garçons pénètrèrent dans le petit atelier.
L'endroit était bien moins délabré que la cabane qu'ils avaient découverte dans la montagne pratiquement deux ans auparavant, et Oishi constatait la présence d'objets qu'il n'avait pas vus lors de leur dernier essai à la poterie.

- Tu veux t'essayer au tour ?
- Il va falloir que tu m'expliques...

Tezuka indiqua à Oishi de prendre place et s'assit ensuite derrière lui.
Oishi se pencha en arrière et ferma les yeux quelques instants.

- Ca me rend un peu nostalgique...

Les bras de Tezuka se serrèrent autour de sa taille et Oishi poussa un léger soupir.

- ... c'est à ce moment-là que j'ai réalisé que tu comptais vraiment pour moi.
- ... vraiment ? Et tu as mis autant de temps à te déclarer ??

Une des mains de Tezuka quitta la taille d'Oishi pour aller remonter ses lunettes qui glissaient sur son nez.

- Disons que je ne pensais pas à cette époque que ce que je ressentais pour toi pouvait être aussi fort. Même si je savais déjà que j'aimais te prendre dans mes bras.

Oishi émit un petit rire.

- On retournera en montagne ensemble ?
- Hmm. Quand tu veux.
- ... Une fois que tu seras rentré.

Tezuka tressaillit. Il avait oublié une seconde qu'ils passaient l'un de leurs derniers moments ensemble et qu'il ne reverrait sûrement pas Oishi avant longtemps.

- Oui. On commence ?
- Je suis prêt !

Oishi écouta les explications de Tezuka et actionna le tour, tentant de faire prendre forme au petit tas d'argile qui avait tendance à s'écrouler entre ses doigts.

- C'est dur à utiliser !
- ... tu t'y prends mal...

Les doigts de Tezuka rejoignirent ceux d'Oishi, l'aidant à maintenir sa future poterie en place.

- ... il ne faut jamais négliger le bas.
- Oh, ça je sais bien.
- Je dois voir un sous-entendu là-dessous ?
- Tu sais bien qu'il n'y a rien de plus sensuel qu'une scène de poterie dans une histoire romantique...
- Pardon ?
- ... tu n'as jamais vu "Ghost", j'aurais dû m'en douter.
- "Ghost" ?
- Un film. Un garçon et une fille qui font des choses dans un atelier de poterie, couverts de boue... enfin, d'argile.

Les doigts de Tezuka s'étaient glissés entre ceux d'Oishi, et la poterie qui avait commencé peu avant à prendre une forme normale commençait à retomber.

- Heureusement, ce genre de choses ne risquent pas de nous arriver...

Oishi glissa un regard vers Tezuka.

- Ah ?
- A moins que tu aies subi une opération pendant les quelques mois où je n'ai pas vu ton corps dans le détail, je ne crois pas que nous soyons "un garçon et une fille".

Oishi émit un petit rire.

- C'est vrai.

La poterie était retombée et le tour s'était arrêté.
Oishi se retourna vers Tezuka et approcha doucement une main du visage de son petit ami.

- Les doigts plein de boue ne te dérangent pas ?
- Il y a de quoi se laver dans l'atelier.

Oishi fit un petit sourire et glissa une main sur la joue de Tezuka avant d'embrasser son petit ami.
Les deux garçons se retrouvèrent rapidement couchés à terre, s'embrassant avec une passion toujours renouvellée, oubliant totalement l'argile qui se solidifiait, sur l'établi comme sur leurs mains.
Après un long baiser, les bouches se séparèrent, et celle d'Oishi se décida à partir plus bas, glissant dans la gorge de Tezuka.

- Oishi.

L'interpellé releva la tête au ton un peu sévère de la voix de son petit ami.

- Hmm ?
- Je ne crois pas que l'endroit soit intelligent. Ca te dérange d'attendre... cinq minutes ?
- J'ai attendu des mois. Cinq minutes ne vont pas me tuer. Et c'est vrai que le sol n'était pas confortable.

Tezuka attrapa une nouvelle fois les lèvres d'Oishi des siennes et les deux garçons échangèrent un nouveau baiser en se redressant.
Quand les lèvres se séparèrent, les deux collégiens se levèrent et Tezuka conduisit Oishi à la petite partie de l'atelier où ils purent se nettoyer.

- On en refera une prochaine fois ?

Tezuka scruta l'atelier une seconde.
C'est vrai qu'ils n'avaient pas vraiment pris le temps de faire quoi que ce soit...

- Bien entendu. Je suis désolé.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai du mal à attendre quelques minutes de plus...

Oishi émit un petit rire.

- Ne t'inquiète pas.

Les deux garçons retournèrent dans la chambre de Tezuka et restèrent quelques instants debout l'un près de l'autre, sans vraiment savoir quoi faire.
Tezuka attrapa la main d'Oishi et se pencha pour glisser un baiser sur la joue d'Oishi.

- J'ai attendu ce moment si longtemps que maintenant j'ai peur de gâcher quelque chose.

Oishi se reposa contre Tezuka, laissant sa tête se nicher sur l'épaule de son petit ami.

- Je vois tout à fait ce que tu veux dire...

Une des mains d'Oishi se mit à jouer avec quelques-unes des mèches de cheveux de Tezuka, avant de glisser sur sa joue et de lui retirer ses lunettes.

- On y va doucement ?

Tezuka embrassa la joue d'Oishi et serra le garçon un instant dans ses bras.

- Hmm.

Les lèvres se retrouvèrent à nouveau, bougeant doucement dans une caresse d'abord chaste, un rien prudente.
Les deux collégiens serrèrent leurs corps l'un contre l'autre, les mains de Tezuka encerclant la taille d'Oishi alors que ce dernier préférait passer ses doigts dans la nuque de Tezuka et approfondir légèrement leur baiser.
Tezuka se sentit frissonner au contact de la langue d'Oishi sur ses lèvres, ayant perpétuellement l'impression que c'était la première fois qu'il vivait ce contact.
Tout lui semblait irréel. Il avait de nouveau Oishi dans ses bras et le garçon embrassait doucement ses lèvres... il avait l'impression que son coeur allait vite exploser de ce trop plein d'émotions, que tous les sentiments qu'il avait contenus pendant ces quelques mois ressortaient maintenant et décuplaient l'effet des caresses d'Oishi sur sa peau, alors que les mains du jeune homme s'approchaient du col de sa chemise.
Oishi glissa un léger baiser sur le front de son petit ami, réalisant aux réactions de Tezuka qu'il devait être aussi excité que lui par la situation. La plupart de ses gestes étaient hésitants, et pourtant il prenait un plaisir intense rien qu'à sentir le corps de son petit ami contre le sien, à sentir ses lèvres sur les siennes encore et encore.
La peau de Tezuka trembla sous ces doigts quand il défit le premier bouton de sa chemise.
Au deuxième bouton, Oishi fut surpris de la texture que touchaient ses doigts et écarta ses lèvres de celles de Tezuka pour regarder ce qu'était ce nouvel obstacle entre lui et la peau de son petit ami.
Un bandage.
Oishi hésita un instant et passa un doigt sur le bandage, loin de l'épaule qui le faisait souffrir.
Ses lèvres vinrent embrasser le cou de Tezuka alors que ses mains ouvraient petit à petit les autres boutons de sa chemise.
Tezuka se retrouva vite torse-nu.
En plus des bandages destinés à son épaule, Tezuka portait un strapping au coude. Il le portait depuis longtemps, Oishi le savait, mais c'était tout autre chose de le voir alors qu'il déshabillait son petit ami.
Oishi déposa un baiser sur le haut du bras gauche de Tezuka, entre les deux blessures.

- Je ne suis pas en si mauvais état que j'en ai l'air.
- Mouais...

Oishi laissa une main vagabonder sur le bandage de son petit ami.

- Tu pourras m'aider à le refaire ce soir ?
- Tu le fais tout seul d'habitude ?
- Non, ma mère m'aide.
- Elle ne va pas trouver bizarre que tu ne lui demandes pas ce soir ?
- Non. Elle sait quel genre de relation... nous avons.
- Ah bon ?
- Hmm.
- Tu lui as dit ?
- Elle a deviné.
- Et les autres membres de ta famille ?
- Ils ne savent pas. Sauf si elle leur a dit. Enfin, l'une de mes soeurs a toujours dit que je faisais homosexuel, donc je suppose qu'elle s'en doute.
- Tampopo ?
- Hmm.
- Tu as de la chance quelque part, que ta maman ait deviné. Elle n'a rien dit ?
- Non. Je crois qu'elle l'a très bien pris. Quelque part, elle devait penser que j'étais incapable de m'accrocher à quelqu'un alors quand c'est arrivé, elle se souciait peu que ce soit un garçon ou une fille.
- ... hmm.
- Tes parents ne savent pas ?
- Je n'ai jamais pris la peine de le leur dire. Je ne savais pas comment tourner ça.
- Je suppose que ce n'est pas pressé.

Les deux garçons restèrent immobiles et se regardèrent pendant de longs instants.
Tout à coup, Tezuka encercla les épaules d'Oishi de ses bras et enfouit son visage tout contre celui de son petit ami.

- ... tu m'as tellement manqué.
- Je te soupçonne d'exagérer légèrement les choses... on se voyait tous les jours et tu t'étais trouvé quelqu'un d'autre.

Oishi ne savait pas pourquoi il avait dit ça.
Ca semblait être une erreur, mais ils ne pourraient pas nier qu'ils étaient tous les deux allés voir ailleurs, et le sujet aurait bien fait surface à un moment où à un autre.
Tezuka laissa passer un long moment avant de répondre.

- Je n'exagère pas. C'était dur d'être près de toi et de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras. Et...
- ... et ?
- ... et tu ne sais pas à quel point je m'en veux... d'être allé voir ailleurs.

Oishi embrassa la tempe de Tezuka, puis sa joue, et ses lèvres finirent par retrouver brièvement celles de son petit ami.

- ... tu veux en parler ?
- ... je ne sais pas.

Oishi attrapa la main de Tezuka et l'attira jusqu'au lit où il s'assit en prenant son petit ami dans ses bras.

- Disons que nous sommes à égalité sur ce point.

Tezuka ne répondit pas, se contentant de serrer le corps d'Oishi contre le sien.
Oishi glissa une main dans les cheveux de son petit ami et sembla remarquer quelque chose.

- ... tu as changé, quelque part.
- ... ma raie est de l'autre côté ?

Oishi émit un petit rire et glissa un baiser sur la joue de Tezuka.

- Non, ce n'est pas ça... Disons que tu as l'air... hmm... "triste".
- Tu dois bien être le seul à penser que je puisse avoir l'air "heureux" ou "triste".
- Il n'empêche. Ne sois pas triste. Nous sommes ensemble. Je vais le prendre mal si tu continues de faire la tête alors que tu es dans mes bras.
- Le chantage affectif, c'est une nouvelle technique pour me faire sourire ?
- Non... mais c'est vrai que tu ne m'as pas souri depuis que nous sommes de nouveau ensemble.
- Oui, mais je t'ai souri il y a trois jours, ce serait te gâter.
- ... C'est vrai... en montagne...
- Tu l'as fait pour moi ?
- Quoi ?
- De réunir tout le monde pour un lever de soleil.
- Ca me semblait évident.
- ... hmm. Je n'ai pas osé espérer.
- Tezuka, si tu savais touuuuut ce que j'ai pu essayer de faire pour que tu te rendes compte que je t'aimais toujours sans avoir à le dire...

Tezuka embrassa la joue de son petit ami et lui fit un léger sourire avant que ses lèvres ne viennent trouver la peau de son cou, ses dents jouant avec la chair tendre à sa merci.

- Je me répète, mais je t'aime.
- Tu peux te répéter autant que tu veux.

Tezuka fit basculer Oishi sur le lit et se mit en quête de n'être plus le seul à être torse-nu, relevant le pull d'Oishi tout en laissant une traînée de baisers sur le ventre de son meilleur ami, entrecoupés par quelques "je t'aime".
Oishi poussa un long soupir, se laissant faire tout en caressant distraitement le dos de son meilleur ami.
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- Oishi ?

Les deux collégiens étaient dans le noir depuis un certain temps, mais malgré le silence, il était évident qu'aucun des deux ne dormait. Les douces caresses qu'ils échangeaient le confirmaient, et les deux amants auraient de toute façon été incapables de gâcher la dernière nuit qu'ils pouvaient passer ensemble à dormir.

- Oui ?

Tezuka attrapa une des mains d'Oishi et y déposa un long baiser.

- Je ne suis pas très bavard d'habitude mais... je crois qu'il y a des choses que je dois te dire.
- Je t'écoute.

Tezuka serra la main d'Oishi dans la sienne et attendit quelques secondes avant de répondre.

- Ca risque d'être un peu long. Et comme je ne suis pas très doué avec les longs discours...

Les doigts d'Oishi répondirent aux caresses de Tezuka, serrant la main de ce dernier.

- On a toute la nuit.

Tezuka glissa un court baiser sur les lèvres d'Oishi et se rapprocha un peu du corps de son petit ami.

- Je te l'ai déjà dit mille fois, mais je pense qu'il faut commencer par là... je t'aime. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Je... avec toi, je me sens bien. J'arrive à parler, j'arrive à te dire ce que je veux dire, j'arrive à être moi-même. Je me sens aimé, je me sens libre, je me sens capable de tout.

Tezuka fit une petite pause.

- ... même de sourire ?
- Même de sourire. Je n'ai jamais autant souri que depuis que je te connais. Je n'ai jamais été aussi heureux.

Tezuka poussa un léger soupir puis reprit.

- Je voudrais te remercier pour ton amitié, pour ton amour, pour ton pardon, pour ta gentillesse, pour toutes ces choses que tu me donnes et que je ne mérite pas.
- Tezuka...

Les doigts de Tezuka se posèrent sur les lèvres d'Oishi, lui indiquant de se taire.

- Je veux que tu saches que ton sourire est la plus belle chose au monde, que tes encouragements me font pousser des ailes, que ton rire fait exploser mon coeur, que tes caresses me font trembler un peu plus à chaque fois, que le moindre regard de toi pourrait me faire faire absolument n'importe quoi. Je veux que tu saches que je me fiche totalement de tout ce qui peut arriver au reste du monde tant que tu es auprès de moi... Et je veux que tu saches que... que quoi qu'il arrive je t'aime.

Tezuka récupéra sa main, montrant qu'il avait fini.
Les bras d'Oishi l'encerclèrent lentement puis le serrèrent fermement, les deux garçons n'osant plus se lâcher.

- Tezuka... ne pars pas.

Tezuka tressaillit au son de la voix d'Oishi. Son visage qui s'était glissé dans le creux de l'épaule de son amant se redressa, et il constata qu'une larme s'était échappée d'un des yeux d'Oishi, glissant silencieusement sur sa joue.

- Je suis désolé.

Il sentit les larmes lui monter aux yeux aussi et ne tenta pas de les arrêter alors qu'il réenfouissait son visage tout contre celui de son petit ami, calant son menton sur l'épaule du collégien.

- ... quand tu reviendras... on ne se quittera plus ?
- Plus jamais. Je te le jure. Plus jamais.
- Alors guéris le plus vite possible.
___________________________


Il n'avait plus vécu ce spectacle depuis longtemps... et ne le reverrait pas avant longtemps.
Tezuka dormait tout contre lui, et Oishi avait l'impression que la respiration du jeune homme était le seul bruit qu'il pouvait entendre.
Au final, ils s'étaient tous les deux endormis. Après avoir discuté, fait l'amour, re-discuté, re-fait l'amour, ils s'étaient écroulés dans les bras l'un de l'autre et s'étaient progressivement endormis en échangeant baisers et caresses.

Et il s'était réveillé le premier, toujours fatigué, mais avait pris la décision de regarder Tezuka dormir plutôt que de se rendormir.
Il aimait toujours autant voir Tezuka dormir.
Autant il avait pensé que ce serait perdre leur temps que de dormir cette nuit, autant il n'avait pas envie de réveiller son petit ami.
Il avait l'air tellement serein pendant son sommeil.
Peut-être était-il en train de rêver.
Est-ce que Tezuka rêvait de lui ?
Oishi fit un sourire sans vraiment le vouloir et sentit son coeur se serrer alors qu'il reposait son visage sur la paume de sa main.
Ils s'étaient tellement dit qu'ils s'aimaient cette nuit-là qu'il était devenu absolument impossible d'en douter et Oishi savait pertinemment que cet amour était... réel.
Ils avaient quatorze et quinze ans.
C'aurait pu être un simple... amour d'enfance.
Ca l'avait peut-être été au début.
Mais ce qu'il ressentait pour Tezuka était tellement fort. Il ne pouvait tout simplement pas imaginer son avenir sans le jeune homme. En tout cas, tant qu'il voudrait bien de lui.
Et Oishi était persuadé que... qu'ils ne se lasseraient pas l'un de l'autre avant longtemps.
Il savait qu'il attendrait Tezuka. Aussi longtemps qu'il le faudrait. Il reviendrait. Pour lui.
Et après ? Que feraient-ils quand ils entreraient au lycée ? Quand Tezuka passerait pro, d'ici peut-être deux ou trois ans au maximum ? Est-ce qu'ils pourraient toujours être aussi proches ? Est-ce que tout serait encore aussi simple ?

Il n'avait pas réalisé qu'il avait fermé les yeux quand il sentit ses lèvres attrapées par celles de son petit ami.
Elles lui avaient semblé froides et sèches la première seconde, mais cette impression avait tout de suite disparu quand Tezuka l'avait renversé sur le lit, approfondissant le baiser tout en s'allongeant sur son petit ami.
Quand leurs lèvres se séparèrent, Oishi fit un petit sourire.

- Tu es réveillé ?
- Ou peut-être une crise de somnambulisme, on ne sait jamais.

Le visage de Tezuka s'était enfoui dans sa gorge et ses lèvres venaient jouer avec la peau de son cou.

- Hmm... on m'a dit qu'il ne fallait jamais contrarier un somnambule, ça peut être dangereux.

Tezuka souffla légèrement sur la peau de sa gorge préalablement humidifiée, faisant frissonner Oishi.

- Tu vas devoir subir tout ce dont j'ai envie, alors...
- ... je n'ai pas le choix.

Les lèvres des deux garçons se retrouvèrent, refusant de se quitter pendant de longs instants.
Leurs jambes s'emmêlèrent, deux mains se retrouvèrent et le baiser arriva à une fin.

- Tu es réveillé depuis longtemps ?
- Non, pas vraiment.
- A quoi tu pensais ?
- A toi, à nous... à ce qui va se passer...
- Et ?
- Je suppose qu'on n'aura pas une fin à la "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants"...

Les sourcils de Tezuka se redressèrent une seconde avant que son expression habituelle ne refasse surface sur son visage.

- Peut-être pas... tâchons au moins de vivre heureux.
- Je serai heureux tant que je serai avec toi.
- ... alors nous serons heureux.
- Et dans cinq ans ? Dans dix ans ?
- Quoi ?
- Rien... j'ai juste l'impression des fois que je t'aime trop. Que ce n'est peut-être pas normal à mon âge de me dire que je veux vivre avec toi et rester avec toi jusqu'à la fin de mes jours.
- Qu'est-ce que tu en as à faire que ce soit normal ou pas ?

Oishi émit un petit rire.

- Je crois que je m'inquiète juste un peu trop.
- Peut-être... peut-être pas...

Les doigts de Tezuka émirent une légère pression sur la main d'Oishi.

- ... mais on va faire de notre mieux, hmm ?

Oishi répondit par un sourire et retourna la pression sur les doigts de Tezuka.

- Oui.

Un léger silence prit place, les deux collégiens laissant désormais leurs mains vagabonder sur le corps de l'autre.

- Tezuka ?
- Hmm ?
- Il y a une question que je voudrais te poser.
- Je t'en prie.
- Tu comptes... tu comptes passer pro ?

Tezuka poussa un léger soupir.

- Si je peux.
- Bien sûr tu pourras. Tu as déjà le niveau.
- Et déjà le tennis elbow, aussi.
- Pas vraiment. Et tu seras bientôt guéri.
- Hmm.
- ... Tezuka ?
- ... hmm ?
- Quand tu seras pro, et riche, et que tu passeras 90 pourcents de ton temps à l'étranger, tu ne m'oublieras pas ?
- Imbécile.

Les lèvres de Tezuka retrouvèrent celles d'Oishi et le temps sembla s'étirer à l'infini alors que les premiers rayons du jour perçaient à travers les rideaux de la chambre de Tezuka.
___________________________

- Tezuka.

L'interpelé se contenta de plonger son regard dans celui d'Oishi, de moins en moins sûr de vouloir vraiment partir et quitter son petit ami fraîchement retrouvé.
Mais maintenant qu'il avait son billet d'avion et qu'ils étaient à l'aéroport, ce n'était peut-être plus le moment de revenir sur sa décision.

- Reviens vite.
- Hmm.
- Et... nous pourrons à nouveau...

Oishi glissa un coup d'oeil vers Ryuzaki-sensei qui les avait amenés ici.

- ... jouer au tennis ensemble.

Ca paraîtrait peut-être bizarre aux oreilles de Ryuzaki-sensei, vu qu'ils ne jouaient que rarement ensemble.
Mais bon, il n'avait pas eu le courage de dire... plus, en présence de leur entraîneur.

- Hmm.

Tezuka le regarda encore un long instant, et ils échangèrent une poignée de main avant que le jeune homme ne se décide à s'écarter et à... y aller.
Ils s'étaient tout dit. Plus de deux ans auparavant ils s'étaient promis d'aller en national ensemble. Et à présent, ils s'étaient promis de se retrouver dès qu'ils le pourraient.
Tezuka reviendrait.
Oishi regarda un instant son petit ami soulever son sac et se diriger vers la partie réservée aux voyageurs.
Sans vraiment le contrôler, il fit quelques pas en avant et attrapa le bras de Tezuka, le tirant en arrière légèrement.
Non, il ne pouvait pas le laisser partir comme ça.
Le jeune homme se retourna, un peu surpris, persuadé qu'il venait de faire ses derniers "adieux" à Oishi.
Son petit ami lui faisait un léger sourire coupable, et après avoir susurré un "désolé", attrapa ses lèvres des siennes.
D'abord un peu surpris, Tezuka s'accomoda bien vite de cet au revoir, lâchant un de ses sacs pour entourer le corps d'Oishi d'un bras.
Bien que court, ce baiser contenait tous les sentiments d'Oishi, et Tezuka sentit son coeur se déchirer à cette avalanche de sentiments.
Il était encore dans ses bras, mais Oishi lui manquait déjà. C'était une sensation étrange, illogique, mais horriblement prenante.
Quand Oishi s'écarta, tout en lui offrant le plus beau de ses sourires, malgré la tristesse qu'on pouvait lire dans ses yeux, Tezuka faillit renoncer à ce départ.
Il venait à peine de retrouver Oishi. Il voulait rester auprès de celui qu'il aimait.
Oishi chercha son regard du sien une seconde, voyant que Tezuka était absorbé par ses pensées, et serra une dernière fois sa main dans la sienne.

- Je t'aime.

Tezuka répondit en acquieçant de la tête et Oishi laissa partir sa main.
Le jeune homme put encore contempler le dos de son petit ami quelques instants avant que celui-ci ne disparaisse.
Un peu rougissant, il se retourna alors vers Ryuzaki-sensei.

- C'est beau la jeunesse...
- ... désolé.

Ryuzaki-sensei se mit à rire, pas bien discrètement, et lança une grande tape dans le dos d'Oishi.

- Il n'y a pas de quoi être désolé. Et ne t'inquiète pas... il reviendra.

Oishi hasarda un petit sourire et lança un dernier regard vers le couloir dans lequel avait disparu Tezuka.
Oui, il serait bientôt de retour...
... ou sinon, il irait le chercher.

___________________________

- Shûichirô, Kunimitsu-kun au téléphone !

Oishi se rua vers le combiné, l'arrachant pratiquement des mains de sa mère.

- Tezuka ??
- Tu vas bien ?
- Oui, oui, toi ?
- Hmm. Je suis arrivé il y a une heure.
- Le voyage n'était pas trop fatigant ?
- Si, assez. Et il est seulement onze heures du matin ici.
- Alors, c'est comment ?
- Je n'ai pas encore eu le temps de voir grand chose. Mais bon, j'ai déjà été en Europe.
- Ah, oui, c'est vrai...

Un léger silence prit place.

- ... Oishi, tu vas me manquer.
- Je ne te manque pas encore ?
- ... à mon avis tu me manqueras dès que j'aurai raccroché ce combiné.

Oishi fit un petit sourire, sachant pertinemment que son petit ami ne pouvait pas le voir.

- Tu me manques déjà.
- ... je dois encore appeler mes parents et ranger mes affaires... je peux te rappeler un de ces jours ?
- Bien sûr ! Ca ne va pas te coûter trop cher ?
- ... je t'enverrai des e-mails.
- Tu sais faire ça ??
- ....... j'ai demandé à ma soeur de m'apprendre avant de partir.

Oishi se mit à rire, imaginant très bien la scène.

- Bon, et bien j'attends tes mails, alors.
- Je t'aime, Oishi.
- Hmm, moi aussi.

Oishi raccrocha le téléphone avec un énorme sourire placardé sur son visage.
_____________________________


- Oishiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!

L'interpelé se retourna vers son partenaire de doubles qui arrivait en courant.

- Raconte-moi tout !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
- Hein ?
- Ben oui, je n'allais pas te déranger alors qu'il ne vous restait que quelques jours, mais maintenant, tu as intérêt à tout me raconter dans les détails !! Comment ça s'est passé ? C'est toi qui a fait le premier pas ? Ou lui ? Et après ? Et maintenant ? Et...
- ... Eiji, calme-toi un peu.
- Comment tu veux que je me calme alors qu'il s'est enfin passé quelque chose dans ta vie sentimentale !!???
- ... tu n'es pas obligé de le crier non plus.
- Bah, tout le monde est déjà au courant. Inui le sait. Et il paraît que vous vous êtes même embrassés devant les première année. Rôôô, je n'aurais pas cru ça de Tezuka. De toi à la limite, mais quand même, c'est indécent...
- Je plaide non-coupable, on n'aurait jamais fait ça.
- ... je me disais bien que Momo me racontait encore n'importe quoi. Mais bon, racooooonte !
- Ben... on s'est juste remis ensemble.

Oishi se mit à rougir légèrement et à sourire un peu bêtement, quelque part particulièrement heureux de pouvoir dire ça.

- Oui, mais je veux des détaaaails. C'est à peine si Inui avait des choses à raconter à ce sujet ! Des détails, des détails, des détails !
- Je... je lui ai juste dit que je l'aimais et... tu avais raison, il m'aimait encore alors... on est de nouveau ensemble.
- Oishi, tu ne sais pas raconter quelque chose, c'est incroyable. Bon, quand est-ce que c'est arrivé ?
- Il y a quatre jours.
- Ca je sais, mais qu'est-ce qui a déclenché tout ça ??
- Oh. Euh, quand il m'a demandé de le remplacer... en tant que capitaine. Je me suis dit qu'il n'allait peut-être pas revenir... ou tout du moins avant longtemps. Alors... je lui ai dit.
- Nyaaaaa, c'est mignon. Qu'est-ce qu'il a dit ? Qu'est-ce qu'il a fait ? Il a souri ? Je suis sûr qu'il a souri ! Grumpf, j'ai encore loupé ça ! Prends-le en photo la prochaine fois que tu le vois sourire !

Oishi se mit à rire de l'attitude de son partenaire de doubles.

- Il n'a pas souri. Ou alors je ne l'ai pas vu.
- Et et et, il a juste dit qu'il t'aimait aussi ???
- Pas en ces termes, mais à peu près.

Eiji poussa un long soupir.

- J'aime les histoires d'amour qui finissent bieeeeen ^______^
- ... sauf qu'il est à 10 000 kilomètres, là.
- Seulement pour un temps.
- Hmm.
- Tu n'avais qu'à aller le récupérer avant ! Je t'avais dit que tu ne risquais rien et que tu pourrais le récupérer, mais tu ne m'as pas écouté, comme d'habitude...
- J'admets, tu avais raison.

Eiji fit un grand sourire à la déclaration d'Oishi et laissa un petit silence s'installer alors qu'il savourait cette victoire.

- Oishiiiiiiii ?
- ... hmm ?
- Je peux te poser une question indiscrète ?
- Ce n'est pas ce que tu fais continuellement à longueur de journée ?
- Non, je veux dire, 'vraiment' indiscrète.
- Bah... vas-y.

Eiji se mit à légèrement rougir, et Oishi se demanda ce que pouvait être la question pour qu'elle embarrasse Eiji.

- Quand vous êtes ensemble tous les deux, avec Tezuka...
- ... oui ?
- Je veux dire... ensemble... hmm... intîmement, quoi.

Oishi se mit à rougir aussi et tenta de garder son sérieux du mieux possible.

- C'est lui ou c'est toi... qui... enfin... qui est au-dessus ?

Oishi ne put s'empêcher d'éclater de rire à la question d'Eiji qui se mit à rire lui aussi.

- Pourquoi tu demandes ?
- J'ai fait un pari avec Inui. ... alors, j'ai droit à une réponse ?
- ... Ca dépend des jours, en fait.
- Ah ? Pas de préférence ?
- Non, pas vraiment. Désolé, je suppose que maintenant, il n'y a pas de gagnant à votre pari...

Eiji se remit à rire légèrement.

- Non, mais c'est pas grave...
- Qu'est-ce que tu avais parié ?
- Oh, rien d'important. Inui aurait juste été mon serviteur personnel pendant une semaine si j'avais gagné.
- Non, je voulais dire, "sur quoi" tu avais parié ?

Eiji se leva en quatrième vitesse.

- Mince, j'avais un rendez-vous avec mon grand-frère que j'ai oublié ! A la prochaine Oishi !!!

Et le garçon éclata de rire en s'éloignant les jambes à son cou, laissant Oishi avec un petit air boudeur sur les lèvres qui se dissipa vite pour laisser un sourire apparaître sur ses lèvres.
_____________________________

Il avait vite pris ses habitudes en Allemagne.
Ce n'était pas la première fois qu'il était si loin de chez lui, mais la première fois où il y était... tout seul.
La concierge du bâtiment l'avait vite pris en affection, même si elle ne parlait pas un mot de japonais.
En fait, elle l'avait pris en affection avant même qu'il arrive, se disant qu'elle aurait un adolescent de 14 ans à surveiller, et peut-être à materner.
Elle n'avait pas eu l'air trop déçu de voir qu'il faisait tout sauf 14 ans et qu'il pouvait vivre tout seul sans difficulté apparente, mais Tezuka avait été bien heureux quand elle s'était proposé de lui faire sa lessive. A vrai dire, la première fois avait été assez catastrophique, et sa chemise préférée avait déteint sur certains de ses sous-vêtements, colorant quelques-uns de ses caleçons d'un magnifique mauve un peu passé. Il avait aussi été bien heureux quand elle lui avait fait comprendre qu'il pouvait manger chez elle quand il en avait envie.
Il n'était pas vraiment plus doué pour la cuisine que pour la lessive, en fait, et au final, il se retrouvait chez sa concierge pratiquement tous les jours, et avait fini par comprendre que "Hunger" voulait dire "faim", "essen", "manger" et le plus important, "Wurst" voulait dire "saucisse". Il ne pensait pas qu'il apprécierait autant la cuisine allemande. Bien sûr, ses 3 bols de riz quotidiens lui manquaient de temps à autres, et il s'était bien tenté à faire une soupe miso un jour où il se sentait en forme, mais le résultat avait été assez pathétique, malgré le fait qu'il ait trouvé tous les ingrédients dans une boutique asiatique pas trop loin.

Il n'avait plus cours, il ne pouvait pas jouer au tennis, et surtout ne pouvait plus passer de temps avec Oishi.
En une semaine il avait lu tous les livres qu'il avait emmenés.
Il avait ensuite décidé de s'acheter du matériel de pêche et de faire un peu de tourisme.
Mais il lui restait encore de loooongs moments de libre où tout ce qu'il arrivait à faire était penser au collégien qu'il avait laissé derrière lui.
Oishi.
C'était tellement agréable de penser au jeune homme, de se dire que... qu'ils s'aimaient, tout simplement.
Que la prochaine fois qu'il le verrait, il pourrait le prendre dans ses bras et l'embrasser, contrairement à ces six derniers mois.
Et à côté de ça, 'trop' penser à Oishi ne lui faisait que du mal, puisqu'il fallait se rendre à l'évidence : son petit ami était tout sauf à proximité, et ce pour un bout de temps.

Tezuka avait fini par trouver son rythme quotidien. Il se levait assez tôt et faisait un jogging matinal.
En rentrant, il prenait une douche, puis allait lire le mail qu'Oishi lui aurait envoyé pendant la nuit.
Son petit bonheur quotidien.
Les mails d'Oishi étaient toujours plus longs que les siens.
Il avait un peu culpabilisé au début, puis s'était dit qu'Oishi avait toujours parlé plus que lui dans leurs discussions.
Au bout de quelques temps, un jour, il s'était permis de lire le mail quotidien avant de prendre sa douche, pressé d'avoir des nouvelles de son petit ami, pressé d'avoir juste un "je t'aime" qui lui ferait oublier que son médecin lui avait dit la veille qu'il ne pouvait toujours pas reprendre l'entraînement.
Il se l'était ensuite permis une deuxième fois, puis une troisième, puis tous les jours, jusqu'à décider que c'était plus intelligent de lire le mail avant d'aller sous la douche, vu que ça lui permettait de réfléchir à ce qu'il allait répondre sous le jet d'eau brûlante qui le détendait après son footing quotidien.

Une ou deux fois, il avait repensé aux erreurs qu'il avait commises, à ce qu'il avait fait subir à Oishi, et s'était dit que son petit ami méritait... tellement mieux. Avant de se rendre compte que c'était exactement ce genre de pensées qui l'avaient amené à s'écarter du jeune homme.
Oishi l'aimait.
Même s'il ne souriait pas, même s'il parlait peu, même s'il était incapable du moindre geste pouvant 'vraiment' prouver son amour.
Il ne comprenait pas pourquoi. Ne comprenait toujours pas pourquoi.
Mais il se persuadait lentement que ça suffisait largement.
Et que temps qu'Oishi l'aimerait, il serait heureux.
_____________________________

- Hoi hoooooooooooooooooooooooooooooooi !

L'arrivée de Kikumaru fut accueillie par un silence retentissant.
Un des garçons de la classe s'approcha de lui.

- Oishi n'est pas là.
- Hoi ?
- Il a emporté son bentô...
- Hoi ??
- ... et il a dit qu'il serait sur le toit si jamais on le cherchait.
- Merciiiiiiiiiiiiiiiiii !

Kikumaru grimpa les escaliers et arriva en quatrière vitesse sur le toit du collège.
Plusieurs groupes d'élèves déjeunaient là mais Eiji repéra Oishi sans difficulté, le collégien étant seul et étendu à terre, à regarder le ciel.

- Nyoooooooooooooooooooooooooooohoooo ! Tu n'as rien contre un peu de compagnie ?
- Oh, Eiji... non, bien sûr que non.

Oishi se redressa et Eiji s'assit à côté de lui.

- Qu'est-ce que tu faisais ?
- Je regardais les nuages.
- Ils ont quelque chose de particulièrement intéressants aujourd'hui ?
- Non, non, j'avais juste besoin d'un peu de calme pour penser...
- Penser à quoiiii ?
- Bah...
- Tezuka en a de la chance ^o^

Oishi se mit à rougir alors qu'Eiji pouffait de rire.

- Hmm... ça ne sert à rien de le cacher.
- C'est mignon.

Un petit silence prit place, les deux garçons ne sachant pas vraiment ce qu'ils devaient dire.

- ... il me manque.
- Je sais. Tu veux en parler ? Enfin... tu es plutôt en période "il ne faut pas en parler sinon il va me manquer encore plus" ou en période "oui, j'ai absolument besoin de quelqu'un à qui dire combien je l'aime et qu'il est loin et que je suis malheureux" ?

Oishi éclata de rire.

- ... deuxième solution, je dirais...
- Alors vas-y, ne te gêne pas, je t'écoute.
- ... il me manque.
- Ca tu l'as déjà dit.
- Hmm... aah.
- En plus il faut te tirer les vers du nez... qu'est-ce qui te manque ?
- Tout.

Eiji poussa un petit soupir.

- A quoi tu pensais quand je suis arrivé ?
- Au dernier jour où il était là... à l'école, je veux dire. Il est venu jusqu'à ma classe à chaque intercours, et au dernier... on n'a pas échangé un seul mot, mais c'était comme si on avait eu une looongue discussion.
- J'ai toujours su que tu étais capable de lire ses pensées. Sinon tu n'aurais pas grand chose à te mettre sous la dent. Et de quoi vous avez parlé télépathiquement ?

Oishi se mit à rire de nouveau et regarda ses chaussures d'un air pensif.

- Du fait qu'il m'aimait, et qu'il reviendrait, et que nous aurions encore des tas de moments comme celui-là.
- Tezuka m'a tout l'air d'un grand romantique.
- Ou alors j'ai peut-être tout interprété n'importe comment...
- Mais noooon. Qu'est-ce que vous êtes mignons... Ah !!
- Quoi ?

Eiji fouilla dans une poche de son pantalon et en tira une photo.

- C'est Fuji qui me l'a repassée ! Je ne savais pas que tu étais aussi choupiiii en première année. On te mangerait ! Et Tezuka ! Mwahahaha, c'est la même chose en plus petit !! Qu'est-ce que j'ai ri.

Oishi attrapa la photo. C'était la même que celle que Fuji lui avait donnée, à peu près deux ans auparavant.

- Ne te moque pas. Pendant longtemps ça a été la seule photo de nous deux que j'avais...
- Ooooh ? J'en déduis que maintenant tu en as tout plein ??

Oishi rougit légèrement.

- Pas tout plein, non, quelques-unes.
- Il faudra que tu me les montres ^_______________^

Oishi rougit un peu plus et sortit son porte-feuille de sa poche.

- J'en ai une ou deux, là.
- Oh mon Dieu, des purikura avec Tezuka dessus ! Je ne pensais pas que ça pouvait seulement EXISTER !!!
- Et je suis sûr que tu vas te faire un plaisir de le raconter à tout le monde.
- Ahem... mais non, bien sûr, le seul but de cette discussion est de te remettre de bonne humeur, pas de récolter des informations que je pourrais échanger avec Inui ^o^;;;
- Je me disais bien...
- C'est une blague, hein.
- Oui, oui, je sais. Il est mignon sur celle-là, non ?
- Pour moi il est pareil que sur celle d'avant et celle d'après ^^;;; Je ne voudrais pas te vexer, mais Tezuka est assez... hmm... comment dire... mono-expressif ?

Oishi poussa un soupir et regarda ses photos de plus près.
Il voyait pourtant des tas de différences d'une photo à l'autre. Peut-être qu'Eiji avait besoin de lunettes.

- Ah...
- Tu es vraiment graaaavement atteint.

Oishi rougit à nouveau légèrement.

- Excuse-moi. C'est juste qu'aujourd'hui... il me manque un peu plus que d'habitude... un petit passage à vide.

Eiji passa une main dans les cheveux d'Oishi.

- Ne t'excuse pas, c'est normal. Et puis c'est à ça que servent les amis, hmm ? Et puis il sera bientôt de retour...
- Hmm...

Un nouveau silence prit place alors qu'Oishi rangeait son porte-feuille dans sa poche.

- ... tu veux manger ? Je meurs de faim.

Eiji fit un grand sourire à la proposition d'Oishi.

- Graaaaande idée !

_________________________________


Quand il ouvrit sa boîte mail ce matin-là, Tezuka fut surpris de recevoir un mail ne provenant pas d'Oishi.

"Hoi hoi Tezuka !
Comment tu vas ? (Mieux j'espère, parce que sinon ça ne servait à rien que tu partes...)
Le pourquoi du comment de ce mail est... bah, tu t'en doutes, Oishi ^o^ (promis, je ne te le vole pas pendant que tu n'es pas là, même si c'est trèèèès tentant). Il déprime un peu en ce moment, tu lui manques beaucoup... alors je ne sais pas, si tu as l'occasion, écris-lui, ou téléphone-lui, enfin, je ne sais pas, fais quelque chose, quoi ! C'était juste pour te le dire et que tu nous le remettes de bonne humeur par je-ne-sais-quel miracle ^^
Et dépêche-toi de revenir !"

Il avait été surpris de recevoir un mail de Kikumaru, et autant plus surpris d'apprendre qu'Oishi... déprimait ? Bien sûr, il était évident qu'ils se manquaient mutuellement, mais les mails d'Oishi n'avaient rien laissé paraître de tel... d'ailleurs celui d'aujourd'hui était comme tous les autres, relatant deux trois petites choses arrivées au sein du club, quelques mots d'amour, quelques espoirs pour quand ils se reverraient mais... rien qui sortât de l'ordinaire.

Il était 7 heures en Allemagne. 15 au Japon. Oishi devait être en cours. Il attendrait un peu, et l'appelerait dès que possible.
Peut-être qu'il pourrait l'attraper sur son portable entre le dernier cours et les activités du club.
Il essayerait.

Et bizarrement, il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet.

__________________________________

- Allô ?
- Tu me manques.
- Tezuka ???
- Comment tu vas ?
- Euh... bien... toi ?
- Bien. Mais tu me manques.

Oishi poussa un léger soupir.

- Toi aussi. Horriblement.
- Je t'aime.
- Je sais. Moi aussi.
- Je serai bientôt de retour.
- Hmm.
- Et une fois que je serai rentré, je ne te laisserai plus partir.
- Ne dis pas des choses comme ça, tu vas me faire pleurer au milieu des vestiaires.
- ... c'est pour ça que tu ne m'as pas dit "je t'aime" en retour ? Qui est à côté ?

Tezuka avait très clairement entendu la voix de Kikumaru dire "c'est Tezuka, c'est Tezuka !!" dans le fond, puis quelqu'un qui devait être Fuji lui disant "tu sautes dans tous les sens comme si c'était toi qu'il appelait..."

- Un peu tout le monde.
- Tu leur diras bonjour de ma part. Et là tu vas sortir des vestiaires et me dire que tu m'aimes.

Tezuka ne pouvait pas le voir, mais il était certain qu'Oishi devait rougir.
Et ce spectacle lui manquait.
Il ferma les yeux, imaginant que le jeune homme était face à lui.

- Mais euh... je peux le dire ici... Je t'aime.

Tezuka entendit des tollés dans le fond, quelques sifflements et même ce qu'il assimila comme un applaudissement.

- Tu peux le redire encore ?
- Ca te fait plaisir de me ridiculiser auprès de l'intégralité du club ?
- Non, j'ai mal entendu la première fois, il y avait un... bruit de fond.
- ... je t'aime.

Tezuka entendit un "Il faudrait peut-être les laisser seuls", mais il n'était pas bien sûr de qui l'avait dit... en tout cas tout le monde avait ri.

- Je t'aime aussi. Plus que tout. Et tu me manques.
- Tezuka...

Tezuka entendit une sorte de long soupir puis un silence.

- ... Oishi ?

Un "Ouste, tout le monde dehors" très clairement prononcé par Kikumaru, et apparemment tout le monde se mettant en mouvement. Qu'est-ce qu'il se passait ?

- Oishi, ça va ?
- ... Hmm, hmm...

"Tezukaaaaa, j'espère que c'est de bonheur que tu le fais pleurer, sinon je te préviens, je te ferai avaler ta raquette !!"
La voix de Kikumaru encore, et la porte qui se fermait.
Oishi devait être seul à présent.

- Oishi, tu pleures ?
- ... excuse-moi.
- C'est moi qui m'excuse. Je suis désolé. Je... je pensais que ce coup de fil te ferait plaisir. Excuse-moi, je ne... suis vraiment pas doué.
- Non, non, je suis heureux que tu aies appelé. Vraiment, vraiment heureux. Je t'aime. Je t'aime tellement. Mais j'ai tellement envie de te voir et... je ne peux pas.

Tezuka mordit sa lèvre inférieure. Il avait la furieuse envie de serrer Oishi dans ses bras et il ne pouvait pas. Ne pouvait rien faire pour consoler le jeune homme.
Il se détestait de rendre les choses encore plus compliquées et d'être incapable de faire ce qu'on attendait de lui et de juste remettre Oishi de bonne humeur.

- Oishi, oublions ça. On... ne peut rien y changer pour le moment. L'important c'est... qu'on sera bientôt ensemble.
- Hmm.
- Dis-moi encore que tu m'aimes.
- Je t'aime.
- Dis-moi que tu m'attendras.
- Je t'attendrai. Mais reviens.
- Bientôt. Dès que je peux.
- Je veux te voir.
- Moi aussi.
- Je t'aime.
- Je t'aime aussi.
- Et ta facture de téléphone va être salée si on continue ainsi...

Tezuka entendit un petit rire et une sorte de reniflement de l'autre côté du fil.

- Tu ne pleures plus, hein ?
- Non.
- Parce que si tu pleures quand je t'appelle, je vais mal le prendre et je ne vais pas recommencer.

Oishi rit un peu plus fort.

- Je suis un grand garçon, j'y arriverai.
- J'ai une séance de rééducation qui va commencer... je te rappelle dans deux heures ?
- Dans deux heures ? Ca ne va pas 'vraiment' te coûter cher ?
- Je m'en fiche. Je veux te parler. Ca... me fait du bien.
- ... Je t'aime. A dans deux heures.
- Dans deux heures. Et fais les courir 30 tours pour se mêler de nos affaires.

Oishi éclata de rire.

- Promis. Il va falloir que tu raccroches parce que je n'en suis pas capable.
- Hmm. Je t'aime, à dans deux heures.

Et il raccrocha.
Un sourire aux lèvres.

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- 30 tours de terrain pour tout le monde !
- Hein ?? Mais pourquoi ?
- C'est une idée de Tezuka pour vous prouver qu'il pense encore à vous.

Les collégiens se mirent en mouvement, Kikumaru venant faire du sur place devant Oishi.

- Alors, alors ?
- Alors quoi ?
- Tu déprimes encore ?
- ... non.
- La prochaine fois que tu déprimes, dis-le lui.

Oishi rougit légèrement.

- ... pourquoi ?
- Parce que c'est le seul qui peut y faire quelque chose ^o^

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Oishi poussa un soupir et s'effondra sur son lit, un sourire aux lèvres.
Ca y était, ils étaient qualifiés pour le tournoi national.
Le tournoi du Kantô n'était pas terminé, mais ils avaient au moins leur place assurée en national.
Il avait tenu sa promesse, même si être capitaine remplaçant n'avait pas été de tout repos.

Il avait envoyé un court mail à Tezuka dès la fin de leur match, attendant avec une impatience certaine que ce dernier réponde, même si ce n'était pas l'horaire habituel auquel il envoyait la plupart de ses mails.

C'était étrange de converser avec Tezuka par mails. Le jeune homme n'était doué ni avec les mots, ni avec les machines, et Oishi était heureux de voir que malgré cela son petit ami faisait l'effort de lui écrire quelque chose tous les jours, des fois juste une courte phrase, un encouragement avant un match ou juste un "je t'aime".
Par mails, le genre de discussions qu'ils pouvaient avoir quand ils étaient dans les bras l'un de l'autre semblait déplacé, et au final, malgré ce contact constant, Tezuka lui manquait.

Il ne savait pas ce qui lui manquait le plus. Ce qui lui manquait vraiment.
La présence physique du jeune homme ? Ses baisers, ses caresses ? Sa façon de lui dire qu'il l'aimait ? Ou simplement ces bêtes moments qu'ils passaient ensemble et qui les rendaient heureux sans raison bien précise ?
Peut-être que tout lui manquait en fait.
Et au final, chacun de ses mails à lui finissait par "tu me manques".

Oishi vérifia ses mails pour la vingtième fois depuis qu'il était rentré chez lui et fut heureux de voir que la réponse était là, que Tezuka partageait sa joie de voir Seigaku aller au tournoi national, que le jeune homme le félicitait et lui promettait une nouvelle fois de revenir pour les nationales... et pour lui.
Et Oishi remarqua que pour la première fois, Tezuka avait répondu quelque chose à la phrase "tu me manques".
Une ligne sautée et les mots "Alors viens".
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- Notre club est lentement en train de se délocaliser en Europe, j'en ai peur.
- Hmm, je me demande ce qu'il y a de SI intéressant en Allemagne pour qu'ils décident tous d'y aller.

Oishi rougissait à la discussion entre Inui et Fuji alors qu'il venait d'annoncer à quelques membres du club son intention d'aller retrouver Tezuka en Allemagne pour les vacances d'été, une fois le tournoi du Kantô terminé.

- Vous ne trouvez pas ça adoraaaaaaaaaaaaaaable ??

Eiji lui avait sauté dessus en hurlant ça, Oishi ayant la soudaine impression que son partenaire de doubles ne cherchait qu'à le ridiculiser.

- Eiji.
- Bah quoi ???

Inui avait remonté ses lunettes sur son nez, Taka-san s'était mis à rougir, Momo faisait un de ses grands sourires alors que Fuji gardait son expression habituelle de joie constante.

- Tu n'as pas besoin de crier.
- Mais c'est tellement mignooooon ^o^

Oishi poussa un léger soupir et regarda l'assemblée.

- Vous êtes... vous êtes tous au courant ?

Oishi avait encore eu le faible espoir que peut-être l'intégralité du club de tennis ne considérait pas sa relation avec Tezuka comme le dernier sujet de potins à la mode et que même, peut-être, certains ne savaient pas qu'ils étaient plus que des amis (même si après sa grande déclaration en public au téléphone, il en doutait fortement).
Force était de constater que tout le monde acquiesçait à sa question et qu'Eiji avait d'ailleurs rejoint Inui pour entamer une conversation sur le sujet.
Mais après tout, il s'en fichait... il allait retrouver Tezuka.
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- En Allemagne ?
- C'est peut-être la seule occasion que j'aurais d'y aller...
- Tu es un peu jeune pour voyager tout seul...
- Ce ne sera que le voyage en avion, après Tezuka viendra me chercher.
- ... il n'est pas plus âgé que toi.
- Maman, s'il te plaît... j'utiliserais mes économies pour le billet d'avion, et puis Tezuka pourra me loger ! Je suis sûr que ça ne posera pas de problème...
- Hmm...
- Je suis assez grand, je t'assure.
- ... bon, bon... et puis tu pourras en profiter pour aller voir la soeur de ton père.
- Hein ?
- Ta tante Akiko. Je suis sûre que ça lui ferait plaisir de te voir, ça doit faire presque 10 ans qu'elle n'est pas rentrée au Japon.

Oishi se souvenait effectivement vaguement d'avoir une tante et des cousins en Europe, quelque part.

- Euh... elle habite où, encore ?
- En Moldavie.
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- Allô ?
- Tezuka ???
- Oishi ?
- J'ai eu l'autorisation de venir ! Je peux venir !
- Je... je ne sais pas quoi dire.
- Dis que tu es heureux que je vienne.
- Je suis heureux. Très heureux. Tu veux que je te rappelle ?
- Bah, 5 minutes d'appel à l'étranger ne se remarqueront pas sur la facture de téléphone de mes parents, vu qu'ils appellent souvent une de mes tantes qui est en Europe en ce moment.
- Ah ?
- Oui, ma mère ne me laisse partir que si je vais voir ma tante pendant mon voyage... j'espère que ça ne te dérange pas...?
- Bien sûr que non.
- Tu pourras sûrement venir aussi si tu veux ! Tu as déjà visité la Moldavie ?
- Je crois que je ne sais même pas où ça se trouve...

Oishi entendit Tezuka pousser un baillement et regarda sa montre.
Il... avait totalement oublié le décalage horaire avant d'attraper son téléphone.

- Tezuka, quelle heure est-il en Allemagne ?
- Attends, j'allume la lumière... 3 heures du matin d'ici quelques minutes...
- Excuuuuuuuse-moi !!!!!
- Ce n'est rien, ça ne me dérange pas d'être réveillé si c'est par toi.
- Je suis vraiment vraiment désolé.
- Tu n'as pas à l'être. Cette nouvelle méritait bien un réveil abrupt. Je suis vraiment heureux que tu puisses venir.
- Je te donnerai plus de détails par mail... enfin, quand ce sera fixé.
- Hmm.
- Tezuka ?
- Oui ?
- Je t'aime. Bonne nuit.
- Passe une bonne journée.
- ... tu ne me dis pas que tu m'aimes ?
- Tu le sais parfaitement.
- ... dis-le moi.
- Je t'aime. Et cette fois-ci ne compte pas sur moi pour raccrocher, Oishi.
- Oh, c'est injuste.
- C'est injuste que ce soit toujours à moi de raccrocher.
- Mais je n'ai pas envie de raccrocher...
- Tu crois que moi j'en ai envie ?
- ... tu me manques.
- Ca ne marchera pas. C'est toi qui raccrocheras.
- Tezukaaa...
- Tu me manques aussi.
- Hmpf...
- ... je te passe trop de choses.
- Tezuka, je t'aime.
- Il va falloir le dire plus d'une fois si tu veux que je raccroche.
- Je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime.
- Imbécile.
- Tu ne sais pas ce que tu veux.
- Seulement toi.

Oishi se sentit rougir.

- ... bientôt.
- Tu veux toujours que je raccroche ?
- Hmm... si ça ne te gêne pas.
- Oishi... je... J'ai hâte de te voir.
- ... d'ici peu.
- Je vais raccrocher.
- Hmm. Je t'aime.
- Je t'aime. A bientôt.

Un court silence prit place, mais au bout de quelques secondes qui lui parurent une éternité, Oishi entendit Tezuka raccrocher et il reposa le combiné à son tour.

...
Bientôt.